Regnantem sempiterna – séquence du IInd dimanche de l’Avent

Regnantem sempiterna - prose du second dimanche de l'Avent

Source : Missale parisiense du XIIIème siècle (BnF Latin 1112)

regnantem-sempiterna-missel-de-paris-du-13e-siecle

Regnántem sempitérna
Per sæcla susceptúra
Cóncio, devóte cóncrepa :
Fáctóri reddéndo débita :
Quem júbilant ágmina cœlica,éjus vúltu exhilaráta :
Quem exspéctant ómnia térrea,éjus nútu examinánda
Distríctum ad judícia :
Cleméntem in poténtia.
Túa nos sálva, Chríste, cleméntia, propter quos pássus es díra.
Ad póli ástra súbleva nítida,qui sórde térgis sæcula.
Influe sálus véra,effuga perícula.
Omnia ut sint munda tríbue pacífica :
Ut hic túa sálvi misericórdia,
Læti régna post adeámus súpera :
Quo régnas sæcula per infiníta. Amen.
Assemblée des fidèles, applaudis avec sentiment le Roi que tu t’apprêtes à recevoir : Il règne pour les siècles, éternellement ! Rends à ton Créateur ce que tu lui dois : pour lui jubilent les armées célestes, illuminées par son visage. Tous, sur terre, l’attendent, destinés à son jugement. Sévère est sa justice, mais douce est sa puissance. Ô Christ, sauve-nous dans ta grande clémence : C’est pour nous que tu as souffert de tels tourments ! Emporte-nous vers les astres étincelants, Toi qui purifies le monde de sa fange ! Salut véritable, descends et mets en fuite les périls ! Pour que le monde entier soit pur, accorde-nous la paix ! Fais que, sauvés dès ici-bas par ta miséricorde, nous entrions ensuite là-haut, dans le Royaume, ô toi qui règnes dans les siècles sans fin. Amen.

La composition de cette séquence est attribuée à Notker le Bègue (c. 840 † 912), moine de l’Abbaye de Saint-Gall, qui passe pour être l’inventeur de cette forme liturgique développée à l’origine sur les jubili des Alleluia.

L’usage parisien ancien utilisait Regnatem sempiterna pour le IInd dimanche de l’Avent, à l’instar de nombreux diocèses de l’espace carolingien qui l’avaient adoptée.

Cette séquence est en effet bien écrite dans le Ier ton, en continuité avec l’Alleluia Lætatus sum du second dimanche de l’Avent, même si la prose n’utilise que d’assez loin le matériel mélodique de cet Alléluia pour développer sa propre mélodie. Remarquons que tous les stiques se terminent par la voyelle a : cette rime découle sans doute du fait que la pièce suivait le chant de l’alléluia.

Notre transcription suit les variantes mélodiques et textuelles de détail des manuscrits parisiens, avec le rythme traditionnel pour les proses de la cathédrale Notre-Dame.

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Programme du second dimanche de l’Avent

Saint-Eugène, le dimanche 4 décembre 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

Après tant de signes et de prodiges que le Sauveur avait fait voir, il ne pouvait être pour personne un sujet de scandale, mais il aurait dû rester pour tous un sujet d’admiration. Cependant après tant de miracles, sa mort causa un très grand scandale dans l’esprit des infidèles ; et c’est pourquoi saint Paul a dit : « Nous prêchons le Christ crucifié ; scandale pour les Juifs, folie pour les Gentils ». Oui, les hommes regardèrent comme une folie que l’auteur de la vie mourût pour le salut des hommes ; et ainsi l’homme a tiré un sujet de scandale de ce qui devait le plus exciter sa reconnaissance. Car Dieu doit être honoré par les hommes d’une manière d’autant plus digne, qu’il a souffert pour les hommes de plus indignes traitements.
Homélie de saint Grégoire, pape, VIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

Catéchisme de l’Avent

A la sainte messe :

IIndes vêpres du IInd dimanche de l’Avent. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O Salutaris Hostia – sur le ton de Conditor Alme siderum, hymne des vêpres de l’Avent
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Alma Redemptoris Mater – Vème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es Pastor ovium – Ier ton
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo – IIIème ton
  • Chant final, de l’Avent : Rorate cœli desuper – Ier ton

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Programme du XXIVème dimanche après la Pentecôte – Fête de la Présentation – ton 7

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 4 décembre 2016 du calendrier grégorien – 21 novembre 2016 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15.

Dimanche du ton VII de l’Octoèque. Nous fêtons aussi en ce jour l’Entrée au Temple de notre très-sainte Dame la Mère de Dieu.

La fête de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu, célébrée le 21 novembre (4 décembre grégorien), constitue l’une des 12 grandes fêtes de l’année liturgique byzantine (la 2nde dans l’ordre du calendrier des 5 grandes fêtes dédiées à la Sainte Vierge). Elle est précédée dans le rit byzantin d’un jour d’avant-fête le 20 novembre et suivie de 4 jours d’après-fête qui se clôturent le 25 novembre.

L’épisode de la présentation au Temple de Jérusalem de la Vierge Marie n’est pas scripturaire mais se trouve dans un apocryphe, le Protoévangile de Jacques. Composé probablement en Egypte avant le milieu du IInd siècle, ce texte est déjà évoqué par saint Justin (mort vers 165) dans le Dialogue avec Tryphon, par saint Clément d’Alexandrie et par Origène qui s’y réfère explicitement dans le Commentaire de saint Matthieu. Quoique contenant beaucoup de récits merveilleux visant à satisfaire la curiosité des fidèles et bien qu’il ait subi de nombreuses et complexes modifications ultérieures, le texte, de par son ancienneté, a pu toutefois recueillir des traditions orales authentiques. Voici le passage du Protoévangile de Jacques relatif à l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu :

Les mois se succédèrent pour la petit fille. Lorsqu’elle eut deux ans, Joachim dit : Menons-la au Temple du Seigneur, afin que s’accomplisse la promesse que nous avons faite, sinon le Tout-Puissant nous avertirait et l’offrande que nous lui ferions serait rejetée. Mais Anne répondit : Attendons la troisième année pour que l’enfant soit en âge de reconnaître son père et sa mère. Et Joachim répondit : Attendons !

Lorsque la petite fille eut trois ans, Joachim dit : Appelez les filles d’Hébreux de race pure, et qu’elles prennent chacune un flambeau, un flambeau qui ne s’éteindra pas. L’enfant ne devra pas retourner en arrière et son cœur ne se fixera pas hors du Temple du Seigneur. Elles obéirent à cet ordre et elles montèrent ensemble au Temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l’enfant et la prit dans ses bras. Il la bénit, en disant : Il a glorifié ton nom, le Seigneur, dans toutes les générations. C’est en toi qu’aux derniers jours il révélera la Rédemption qu’il accorde aux fils d’Israël ! Et il fit asseoir l’enfant sur le troisième degré de l’autel. Et le Seigneur Dieu fit descendre sa grâce sur elle. Et, debout sur ses pieds, elle se mit à danser. Et elle fut chère à toute la maison d’Israël. Les parents redescendirent du Temple, et ils étaient remplis d’admiration, et ils louaient Dieu car l’enfant ne s’était pas retournée en arrière. Et Marie demeurait dans le Temple du Seigneur, semblable à une colombe, et la main d’un Ange la nourrissait.

Ce récit de cette consécration à Dieu de la Vierge Marie est d’ailleurs si conforme à ce que la dévotion chrétienne à toujours ressenti relativement à la vie immaculée de Marie non décrite dans l’Évangile, qu’il a jouit très tôt de la faveur des fidèles. C’est ainsi qu’on voit dans la crypte de Saint-Maximin dans le Var, datant du Vème siècle, une image de la Vierge Marie orante gravée sur une pierre tombale avec l’inscription suivante en mauvais latin : Marie la Vierge servant dans le Temple de Jérusalem.

L’origine de la fête de la Présentation de la Vierge Marie au Temple serait peut-être palestinienne : la vie de saint Jean le Silentiaire, écrite au milieu du VIème siècle par Cyrille de Scythopolis, nous apprend qu’en novembre 543, à Jérusalem, eut lieu la dédicace de la basilique Sainte-Marie-la-Neuve, construite sur ordre de Justinien dans la partie méridionale de la plate-forme qui avait porté le Temple et ses annexes. Il est probable que la date du 21 novembre rappelle le souvenir de cette dédicace. En tous cas, à Constantinople, la fête de la Présentation de Marie est attestée dès le VIIIème siècle, et des homélies de saint André de Crête (mort en 740) lui sont consacrées. En 1166, Michel Comnène la mît au nombre des fêtes où étaient défendues les séances judiciaires. La fête de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu figure parmi les 12 grandes fêtes de l’année liturgique byzantine. Le très beau tropaire de la fête (Ce jour est le prélude de la bienveillance de Dieu) fait une référence à l’Eudoxia du Gloria chanté par les Anges à Noël.

En Occident, l’Angleterre célèbre cette fête un peu avant l’occupation normande, un calendrier hongrois la note au début du XIIIème siècle. Pour le rit romain, l’introduction de cette fête est due aux soins de Philippe de Maizières, envoyé de Pierre II de Lusignan, roi de Chypre et de Jérusalem, à la cour papale d’Avignon. En effet, l’ambassadeur décrivit sous des couleurs si brillantes cette solennité orientale à Grégoire XI, que celui-ci se décida à l’introduire dans le calendrier de la Curie en 1372. Dès 1373, le roi Charles V l’introduit en la chapelle royale de France et, l’année suivante, convie tout le royaume à l’imiter, ce que fit aussi la Navarre. Comme Grégoire XI rentra à Rome après avoir fait célébrer la Présentation, cette fête devint plus importante et, peu à peu, elle fut adoptée un peu partout en Occident. Elle figure au missel romain de 1505 et à rang de fête double dans le bréviaire romain de 1550. Elle fut supprimée par saint Pie V dans le bréviaire de 1568 (la fête n’avait pas de fondement scripturaire ; or l’un des buts de la réforme tridentine était d’enlever des arguments aux protestants dans ce domaine) mais fut rétablie par le pape Sixte Quint en 1585 comme fête double puis élevée par Clément VIII en 1602 comme double majeur avec un nouvel office.

*

Aux heures
A tierce : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de la fête. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion  : du dimanche.
A sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de la fête. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion  : de la fête.

A LA DIVINE LITURGIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME

Première antienne, Psaumes 47 & 86, ton 2
Grand est le Seigneur, & digne de toute louange, dans la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte (Psaume 47, 2).
R/. Par les prières de la Mère de Dieu, Sauveur, sauve-nous.
On a dit de toi des choses glorieuses, ô cité de Dieu (Psaume 86, 3).
Dieu sera connu dans ses maisons (Psaume 47, 4).
Ce que nous avons entendu, nous l’avons vu dans la cité du Seigneur (Psaume 47, 9).
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Seconde antienne, Psaumes 45, 95, 117 & 64, ton 2
Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle (Psaume 45, 5).
R/. Sauve-nous, ô Fils de Dieu, par les prières de la Mère de Dieu, nous qui te louons : Alléluia !
La sainteté & la splendeur sont dans son sanctuaire (Psaume 95, 6).
C’est là la porte du Seigneur, les justes entreront par elle (Psaume 117, 20).
Saint est ton temple, admirable en justice (Psaume 64, 5).
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Troisième antienne, Psaume 44, ton 4
Tous les riches d’entre le peuple vous offriront leurs humbles prières (Psaume 44, 13).
Tropaire, ton 4 : Aujourd’hui est le prélude de la bienveillance de Dieu * et le salut des hommes est proclamé. * Dans le Temple de Dieu la Vierge est présentée * pour annoncer à tous les hommes la venue du Christ. * En son honneur, nous aussi, à pleine voix chantons-lui : * Réjouis-toi, ** accomplissement du dessein du Créateur.
Toute la gloire de celle qui est la fille du Roi lui vient du dedans, au milieu des franges d’or (Psaume 44, 14).
Des vierges seront amenées au Roi après elle ; et l’on vous présentera celles qui sont ses plus proches (Psaume 44, 15).
Elles seront présentées avec des transports de joie : on les conduira jusque dans le temple du Roi. (Psaume 44, 16).

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 7 : Tu as détruit la mort par ta croix, * ouvert au Larron le Paradis ; * changé en joie les pleurs des myrrophores * et ordonné aux apôtres de prêcher. * Tu es ressuscité, ô Christ Dieu, ** donnant au monde ta grande miséricorde !
2. Tropaire de la fête, ton 4 : Aujourd’hui est le prélude de la bienveillance de Dieu * et le salut des hommes est proclamé. * Dans le Temple de Dieu la Vierge est présentée * pour annoncer à tous les hommes la venue du Christ. * En son honneur, nous aussi, à pleine voix chantons-lui : * Réjouis-toi, ** accomplissement du dessein du Créateur.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Kondakion du dimanche, ton 7 : La puissance de la mort ne peut plus retenir les hommes, * car le Christ est descendu pour briser et détruire sa force. * Les enfers sont enchaînés, * les prophètes en chœur se réjouissent et disent : * Le Sauveur est apparu aux croyants. ** Venez, fidèles, prendre part à la Résurrection.
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion de la fête, ton 7 : Le très-saint temple du Sauveur, * sa chambre nuptiale de grand prix, la Vierge, * trésor sacré de la gloire de Dieu, * en ce jour est présentée dans la maison du Seigneur ; * elle y apporte la grâce de l’Esprit divin * aussi les Anges de Dieu proclament * Voici le tabernacle céleste.

Prokimen
Du dimanche, ton 7 :
R/. Le Seigneur donne la puissance à son peuple, le Seigneur bénit son peuple dans la paix (Psaume 28, 11).
V/. Rendez au Seigneur, fils de Dieu, rendez au Seigneur la puissance & la gloire (Psaume 28, 1).
De la fête, ton 3 :
R/. Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur (Luc 1, 46).

Epîtres
Du dimanche : Ephésiens (§ 221) II, 14-22.
Car c’est par Lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du Père dans un même Esprit.
De la fête : Hébreux (§ 320) IX, 1-7.
Après le second voile était le tabernacle, appelé, le Saint des saints.

Alleluia
Du dimanche, ton 7 :
V/. Il est bon de rendre grâce au Seigneur, de chanter pour ton Nom, ô Très-Haut, (Psaume 91, 1)
V/. de publier au matin ton amour, ta fidélité au long des nuits (Psaume 91, 2).
De la fête, ton 8 :
V/. Ecoute, ma fille, regarde et tends l’oreille (Psaume 44, 11).

Evangiles
Du dimanche : Luc (§ 66) XII, 16-21.
Mais Dieu dit à cet homme : Insensé que tu es ! on va te redemander ton âme cette nuit même ; et pour qui sera ce que tu as amassé ?
De la fête : Luc (§ 54) X, 38-42 ; XI, 27-28.
Jésus lui dit : Mais plutôt heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la pratiquent !

Mégalinaire à la Mère de Dieu, durant l’anaphore, ton 4 :
Les Anges s’émerveillèrent, * devant l’Entrée au Temple de la Vierge * s’étonnant de voir comme elle avançait 
jusqu’au Saint des saints.
Que de l’arche vivante de Dieu * aucune main profane n’ose s’approcher, * mais que nos lèvres fidèlement redisent sans cesse à la Mère de Dieu * le salut de l’ange Gabriel * et dans l’allégresse lui chantent : * Vierge pure, Dieu t’a élevée * plus haut que toute créature.

Verset de communion
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1).
De la Mère de Dieu : J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur (Psaume 115, 13). Alleluia, alleluia, alleluia.

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Les chasubles pliées – histoire et liturgie

Chasubles pliées espagnoles en usage à la FSSP à Lyon - Mercredi des Cendres 2016Les chasubles pliées sont les ornements que portent le diacre et le sous-diacre pendant les temps de pénitence, au lieu & place de la dalmatique et de la tunique. Cet usage remonte aux premiers temps de l’Eglise, lorsque tout le clergé portait la chasuble.

HISTOIRE – La chasuble est à l’origine un vêtement civil déjà connu des anciens Etrusques & qui connait une vogue sensible dans l’Empire romain à compter du premier siècle de notre ère, au point d’y devenir un vêtement élégant d’usage courant : il s’agit d’un vêtement rond, percé en son centre pour laisser passer la tête et qui recouvre le haut du corps jusqu’au genoux. Elle est connu sous différents noms dont les principaux sont : pænula (le plus courant dans la Rome antique), casula (littéralement « petite maison » car elle constitue une sorte de petite tente, ce terme a donné notre français chasuble), planeta (terme consacré ultérieurement par les livres liturgiques de Rome, tandis qu’ailleurs le reste de l’Europe occidentale a toujours préféré celui de casula) & amphibalus (employé principalement par les Pères de l’Eglise de Gaule).

Pænula étrusque du IVème siècle avant Jésus-Christ.

Pænula étrusque (partiellement retroussée sur les bras) du IVème siècle avant Jésus-Christ.

La chasuble tend alors, au début de notre ère, à remplacer l’antique toge, trop lourde et moins pratique, au point que les avocats romains réclament de pouvoir plaider avec celle-ci plutôt qu’avec celle-là, afin d’être plus libre dans leurs gestes oratoires[1]. Sous Trajan (98-117), les tribuns du peuple en sont revêtus, et l’empereur Commode (180-192) impose l’assistance aux spectacles en chasuble et non plus en toge. La chasuble devient vêtement sénatorial en 382.

Les chrétiens naturellement usaient de ce vêtement[2] et Tertullien au début du IIIème siècle fustigeait les fidèles qui avaient tendance à ôter leurs chasubles pour les prières liturgiques, pour des raisons qu’il qualifie de superstitieuses[3]. A mesure que la chasuble devenait un vêtement d’honneur des hautes fonctions de l’empire, les chrétiens voulurent de même en faire une marque distinctive d’honneur pour leurs propres tribuns et sénateurs qu’étaient les évêques, les prêtres et les diacres : c’est ainsi que l’on voit un évêque en chasuble consacrer une vierge sur une fresque datant du IIIème siècle dans les catacombes de sainte Priscille.

Dans les textes chrétiens, la première mention de la chasuble comme vêtement proprement liturgique est relativement tardive : on la trouve dans la seconde des deux lettres que rédige saint Germain de Paris († 576) et qui contiennent une fameuse description de la messe selon l’ancien rit des Gaules :

Casula quam amphibalum vocant, quod sacerdos induetur, tota unita per Moysem legiferum instituta primitus demonstratur. Jussit ergo Dominus fieri dissimilatum vestimentum, ut talem sacerdos induerit, quale indui populus non auderetur. Ideo sine manicas, quia sacerdos potius benedicit quam ministrat. Ideo unita prinsecus, non scissa, non aperta ; quia multae sunt Scripturae sacrae secreta mysteria, quae quasi sub sigillo sacerdoti doctus debet abscondere, et unitatem fidei custodire, non in haerese vel schismata declinare.
La chasuble, qu’on appelle amphibalus et que le prêtre revêt, montre originairement l’unité de toutes les institutions du législateur Moïse. Le Seigneur ordonna qu’on fît des vêtements différents, de sorte que le peuple ne se permît pas de mettre ce que le prêtre aurait mis. C’est pourquoi elle n’a pas de manches, parce que le prêtre bénit plutôt qu’il ne sert. C’est pourquoi aussi elle est d’une seule pièce sur le devant, sans fente, sans ouverture ­ : nombreux en effet sont les mystères cachés de la Sainte Ecriture que celui qui sait doit cacher pour ainsi dire sous le sceau du pontife, et préserver l’unité de la Foi pour qu’elle ne tombe ni dans l’hérésie ni dans le schisme.

Chasuble de saint Ambroise à Milan. Notez l'échancrure qui facilite les mouvements du bars droit. Mosaïque datant de 375 de la chapelle Saint-Victor au ciel d'Or de la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Chasuble de saint Ambroise à Milan. Notez l’échancrure qui facilite les mouvements du bras droit.
Mosaïque datant de 375 de la chapelle Saint-Victor-au-Ciel-d’Or de la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Cependant, bien avant cette première mention, de très nombreuses fresques, mosaïques ou miniatures depuis le IVème siècle montrent indubitablement que la chasuble est largement adoptée dès cette époque comme vêtement liturgique, aussi bien en Orient qu’en Occident.

Dès cette époque la chasuble était l’ornement général de tout le clergé, non seulement celui de l’évêque et des prêtres, mais aussi celui des diacres, des sous-diacres, et – selon Alcuin (c. 730 † 804) dans certaines circonstances – même des acolytes ! Amalaire de Metz (775 † 850) nous indique que la chasuble est encore portée de son temps par tous les clercs sans distinction, l’appelant le « generale indumentum sacrorum ducum ».[4] On note encore son emploi par les acolytes dans certaines régions au XIème siècle.[5]

Pour l’évêque ou le prêtre célébrant, ce vêtement n’était pas incommode pour l’accomplissement des cérémonies sacrées, ainsi que le note excellemment saint Germain de Paris : « C’est pourquoi elle n’a pas de manches, parce que le prêtre bénit plutôt qu’il ne sert ». Mais pour les ministres – diacres et sous-diacres – dont le propre de l’office était de servir et non de consacrer – l’usage de la chasuble ne put se faire qu’au moyen d’une adaptation : les pans antérieurs du vêtement furent repliés, afin que les bras des ministres fussent libres pour manipuler les vases sacrés. De là est venu leur nom de chasubles pliées, planetæ plicatæ ante pectus comme disent les livres liturgiques latins.

Afin de bien comprendre la forme que prenait cette pliure, voici des photographies tirées de la revue L’Art d’Eglise (n°4 de 1948) et qui présentent un essai très réussi de reconstitution de la forme antique des chasubles pliées par les moines de l’Abbaye de Saint-André en Belgique :

Chasuble pliée du sous-diacre.

Chasuble pliée du sous-diacre.

Du chant de l’évangile à la fin de la messe, le diacre – pour être encore plus libre de ses mouvements, roulait sa chasuble en bandoulière au travers de ses épaules, sur son étole :

Chasuble du diacre : roulée en bandoulière ou simplement pliée, selon les différents moments de la messe.

Chasuble du diacre : roulée en bandoulière ou simplement pliée, selon les différents moments de la messe.

La chasuble du célébrant ne nécessitait pas de pliure[6] car le diacre et le sous-diacre devaient précisément l’aider en soulevant à certains moments (aux encensements & à l’élévation) les pans de cet ornement, beau geste qui a été fidèlement conservé par la suite dans la liturgie romaine, quand bien même qu’avec les échancrures prononcées qu’on a ménagées par la suite à la chasuble du célébrant, cela ne le nécessitait plus forcément.

De fait, les chasubles pliées du diacre et du sous-diacre signifient clairement leur fonction même de ministres sacrés, à savoir leur rôle de serviteur du célébrant.

Les chasubles pliées des diacres et des sous-diacres furent ultérieurement remplacées à partir du Vème siècle par deux nouveaux vêtements, la dalmatique & la tunique, vêtements dotés de manches et de ce fait plus maniables pour l’accomplissement de leur fonctions liturgiques & de service.

Toutefois Rome fut très longue à adopter cette nouveauté, et les Ordines Romani qui décrivent la liturgie romaine au temps de saint Grégoire le Grand et un peu après (VIIème siècle) ne connaissent encore que la chasuble comme vêtement du pape, des diacres & des sous-diacres. Jean Diacre (c. 825 † 880), le biographe de saint Grégoire le Grand (c. 540 † 604), dans sa Vita Gregorii Magni, désigne du reste tout le clergé qui accompagnait le Pape lors des processions sous le terme de planeti (« ceux qui portent des planètes », des chasubles donc).

Lorsqu’ultérieurement, Rome reçut l’usage des dalmatiques & des tuniques, elle conserva toutefois pendant le Carême et les temps de pénitence l’usage des chasubles pliées pour le diacre & le sous-diacre, selon le principe liturgique généralement observé que les temps tenus pour les plus sacrés sont aussi ceux qui sont épargnés par les innovations liturgiques.

De plus, la dalmatique et la tunique sont des ornements fastueux qui symbolisent la joie & l’innocence. Longtemps, leur couleur fut obligatoirement blanche, & la dalmatique antique était de plus ornée des deux brillantes bandes pourpres verticales (lati claves) qui ornaient primitivement les vêtements des sénateurs. Lors de l’ordination d’un diacre, l’évêque lui impose la dalmatique par ces termes : « Que le Seigneur vous revête de l’habit de la félicité et de la robe de la joie (indumento lætitiæ) et qu’il vous environne toujours de la dalmatique de la justice ». La prière équivalente pour la remise de la tunique au sous-diacre parle de même de vestimento lætitiæ. L’emploi de la dalmatique & de la tunique ne convenait donc absolument pas dans les temps de pénitence, pour lesquels on a donc conservé l’antique chasuble pliée.

Distribution des cierges à la fête de la Purification.

Distribution des cierges à la fête de la Purification.

REGLES D’EMPLOI LITURGIQUE – Les chasubles pliées sont donc en usage dans la liturgie romaine aux temps de pénitence. L’étendue exacte de ces temps est décrit au titre XIX, §§ 6 et 7 des rubriques du Missel Romain de saint Pie V (De qualitate paramentorum)[7] :

« Aux jours de jeûne (sauf aux vigiles des Saints), ainsi qu’aux dimanches de l’Avent et du Carême, et avant la messe en la vigile de la Pentecôte (mais en exceptant :
– le dimanche de Gaudete et lorsque cette messe est reprise dans la semaine,
– le dimanche de Lætare,
– la vigile de Noël,
– le Samedi Saint, à la bénédiction du cierge [pascal] et à la messe,
– et les Quatre-temps de la Pentecôte),
de même qu’à la bénédiction des cierges et à la procession le jour de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, à la bénédiction des cendres, ainsi qu’à la bénédiction et à la procession des palmes, dans les cathédrales et les grandes églises, [les diacre et sous-diacre portent] des chasubles pliées devant la poitrine ; le diacre dépose cette chasuble etc.
Dans les petites églises, en ces jours de jeûne, ils accomplissent leurs fonctions revêtus simplement de l’aube : le sous-diacre avec le manipule, le diacre portant aussi l’étole sur l’épaule gauche pendant sous le bras droit. »

Ordinations au Samedi des Quatre-Temps : le diacre et le sous-diacre, ministres de l'évêque, portent les chasubles pliées.

Ordinations au Samedi des Quatre-Temps :
le diacre et le sous-diacre, ministres de l’évêque, portent les chasubles pliées.

Détaillons quelque peu certains aspects de cette rubrique, qui en dépit de sa complexité apparente, suit quelques principes logiques simples :
1. Les chasubles pliées n’existent que pour les temps de pénitence et donc que dans les couleurs violettes et noires. On ne les utilise pas (même si la rubrique susdite ne le précise pas) pour la messe du Jeudi Saint célébrée en blanc mais on le fait pour les Présanctifiés du Vendredi Saint célébrés en noir. Avant les réformes des années 50, la vigile de la Pentecôte était comme une seconde vigile pascale et comprenait 6 prophéties avant le début proprement dit de la messe. Cette avant-messe était célébrée en violet et donc voyait l’usage des chasubles pliées. La messe subséquente était en rouge. De même, le Samedi Saint, le diacre bénit le cierge pascal en dalmatique blanche, puis reprend sa chasuble pliée pour l’avant-messe – en violet – (qui comportait 12 prophéties puis la bénédiction des fonds). La messe qui suit cette avant-messe est en ornements blancs.
2. Les dimanches de l’Avent et du Carême ne sont pas jours de jeûnes (on ne jeûne jamais le dimanche qui fête toujours la résurrection du Christ) mais sont tout de même inclus dans des temps de pénitence car on y célèbre en violet. Cependant la rubrique du Missel Romain ne fait pas mention des dimanches de la Septuagésime, où l’on célèbre aussi en violet. Il y a eu quelques hésitations, mais en général, les auteurs n’ont pas recommandé l’usage des chasubles violet durant ce temps d’avant-Carême. (En rigoureuse fidélité à la rubrique, on ne devrait pas les employer le dimanche durant la Septuagésime mais on pourrait imaginer le faire aux lundis, mercredis et vendredis des trois semaines de ce temps, qui étaient primitivement jeûnés).
3. Les deux dimanches de Gaudete et de Lætare constituent deux pauses au milieu de l’Avent et du Carême. Ce sont deux jours de joie où l’Eglise donne un avant-goût au fidèles des réjouissances qui les attendent au terme de ces deux temps de pénitence : les ornements sont de couleur rose et non violette, on orne les autels de fleurs, l’orgue et les instruments de musique se font entendre. La messe du dimanche de Gaudete peut éventuellement être reprise dans la semaine qui suit et bénéficie de ces privilèges (le dimanche de Lætare ne peut lui être repris au cours de la semaine qui suit, chaque jour du Carême étant pourvu d’une messe propre).
4. Les Quatre-Temps de la Pentecôte sont les seuls des Quatre-Temps à n’être pas jeûnés car ils sont inclus dans l’octave de la Pentecôte. Contrairement à ceux de septembre, de l’Avent et du Carême, ils ne voient donc pas l’usage des chasubles pliées.
5. Par grandes églises on désigne les cathédrales, les collégiales mais aussi les églises paroissiales. C’est ce qu’a précisé une décision de la Sacrée Congrégation des Rites du 11 septembre 1847 adressée à l’évêque de Londres, Mgr Nicholas Wiseman (lequel rétablissait alors la hiérarchie catholique en Angleterre et dont les toutes nouvelles paroisses étaient encore souvent dépourvues en ornements) ; la même décision lui conseille même de faire célébrer dans sa cathédrale sans ministres sacrés plutôt que d’y faire officier des diacres & sous-diacres sans chasubles pliées. Cette décision dut paraître un peu trop raide car elle fut supprimée des collections ultérieures de la S.C.R. : une grande église dépourvue de chasubles pliées peut toujours faire servir les ministres sacrés sans chasubles pliées, juste en aube, étole & manipules.
6. Les petites églises paraissent avoir été dispensées de l’usage des chasubles pliées non pas tant parce qu’elles n’en avaient pas mais parce qu’il y était plus compliqué d’avoir trois chasubles parfaitement assorties dont deux étaient pliées.
7. Notons une autre réponse de la Congrégation des rites (n°5385 du 31 août 1867) précisant qu’il faut utiliser – devant le Saint Sacrement exposé – les chasubles pliées aux prières des 40 heures qui se dérouleraient pendant l’Avent ou le Carême.
8. L’usage des chasubles pliées étant lié à une notion de temps liturgique, elles ne servaient pas aux messes de Requiem, qui ne sont pas liées à un temps liturgique particulier : on y emploie des dalmatique et tunique noires.

Ostension des reliques de la Vraie Croix le Vendredi Saint devant la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome

USAGE LITURGIQUE – Pour assister le célébrant, il suffit aux ministres que le devant de leur chasuble soit replié ; mais lorsque le diacre ou le sous-diacre doivent accomplir une tâche qui leur est propre, ils retirent complètement ou replient encore davantage ce vêtement.

Ainsi, le sous-diacre dépose sa chasuble pliée avant de chanter l’épître, après quoi il la reprend aussitôt.[8]

L’office propre du diacre commence avec le chant de l’évangile et se poursuit jusqu’à la fin de la communion, dont il est ministre, mais il ne dépose pas complètement sa chasuble pliée pendant tout ce temps : il la porte roulée en bandoulière sur l’épaule gauche, attaché sous le bras droit par des cordelettes (ou même en faisant un nœud), par-dessus son étole. Après la communion, il déroule le tissu et remet la chasuble pliée comme auparavant.

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l'évangile.

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l’évangile.

Pour simplifier quelque peu ce procédé, on s’est mis à rouler par avance une autre chasuble, que le diacre prenait sur l’épaule en temps voulu ; par la suite, on a le plus souvent substitué à cette chasuble roulée une simple bande du même tissu, communément appelée stolon ou étole large.[9]

Evolution de la chasuble transversale au stolon : à gauche, la chasuble roulée sur une statue médiévale de la cathédrale de Wells en Angleterre ; à droite, le stolon dans sa forme moderne : simple bande de tissu non galonnée sur les bords.

Evolution de la chasuble transversale jusqu’au stolon : à gauche, la chasuble roulée sur une statue médiévale de la cathédrale de Wells en Angleterre ; à droite, le stolon dans sa forme moderne : simple bande de tissu non galonnée sur les bords.

Lors d’une messe pontificale, les diacres assistants prennent leurs ornements – à savoir : la chasuble pliée devant, par-dessus la cotta ou le rochet – vers la fin de Tierce, avant que l’évêque ne chante l’oraison.[10]

Un sous-diacre porte-croix porterait aussi une chasuble pliée.[11]

Chasuble pliée & stolon de la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Rome.

Chasuble pliée & stolon de la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Rome.

EVOLUTIONS DES FORMES – 1. De la chasuble pliée à la chasuble coupée.

Jusqu’à nos jours s’était conservé l’usage de réellement replier la partie avant de la chasuble et de la maintenir ainsi au moyen de cordons ou d’agrafes.

Chasubles réellement pliées du diacre & du sous-diacre.

Chasubles réellement pliées du diacre & du sous-diacre. Angleterre.

Au XVIIème siècle, Pisacara Castaldo rappelle que les chasubles pliées ne doivent pas différer de celle du célébrant.[12] Au XVIIIème siècle Merato commentant Gavantus précise encore qu’il faut en retirer les agrafes qui les maintiennent pliées entre les cérémonies afin de ne pas les abimer & pour que les prêtres puissent les utiliser commodément pour les messes basses.[13]

Une chasuble pliée est donc, de ce fait, exactement ce que son nom suggère : une chasuble comme une autre, portée avec la partie antérieure pliée, à l’intérieur, afin de la remonter au niveau des coudes, et souvent attachée en cette position par deux pinces d’acier.

New Jersey - USA - FSSP.

New Jersey – USA – FSSP.

Toutefois, au fil des siècles, tandis que la chasuble du célébrant s’échancrait sur les côtés, par commodité, on se mit à coudre de façon définitive la pliure des chasubles du diacre et du sous-diacre pour finir par les couper définitivement de l’excédent de tissu (on pourrait donc parler de « chasubles coupées » mais l’usage à maintenu le terme de « chasubles pliées »).

Formes classiques romaines : stolon du diacre, chasuble du célébrant et chasuble pliée du sous-diacre - Londres

Formes classiques romaines :
stolon du diacre, chasuble du célébrant et chasuble pliée du sous-diacre.
Juventutem – Londres.

DISPARITION DES CHASUBLES PLIEES ? – La généralisation de la découpe de la partie antérieure de la chasuble pliée – certes commode – a dû contribuer à la faire percevoir comme un vêtement distinct de la chasuble du célébrant, ce qu’elle n’est pourtant absolument pas à l’origine. Paradoxalement, cela a pu contribuer à la désaffection de son usage. Dès 1914, le jésuite Braun[14] déplore la disparition des chasubles pliées dans toute l’Allemagne. La France n’a pas l’air mieux lotie pour la même époque (si les cérémoniaux publiés continuent de décrire l’usage des chasubles pliées, il est assez rare de trouver des exemplaires ni même des photographies du XXème siècle). L’usage semble avoir perduré davantage en Italie, dans la Péninsule ibérique ou dans les Iles britanniques.

Déjà supprimées pour la vigile pascale dans ses nouvelles formes expérimentales de 1951 et 1952, les chasubles pliées furent entièrement bannies de la Semaine Sainte réformée de 1955 au profit de dalmatiques et tuniques violettes et noires, tout en continuant pourtant d’être utilisée le reste du Carême et aux autres temps de pénitence. Cette anomalie cessa avec la publication du nouveau code des rubriques de 1960 qui remarquent tout à la fin des rubriques générales que « Les chasubles pliées et l’étole large ne sont plus employées désormais ».[15]

Voici ce que notait Mgr Gromier, cérémoniaire papal, au cours de sa célèbre conférence sur les réformes de la Semaine Sainte :

« Les chasubles pliées sont une des caractéristiques les plus anciennes du rite romain ; elles remontent au temps où tout le clergé portait la chasuble, et furent conservées [… pour] la plus austère pénitence. Leur abandon fait mentir les peintures des catacombes : c’est une perte immense, un outrage à l’histoire et à […] tord, dit-on, on aurait donné cette explication proportionnée au méfait : on ne trouve pas facilement des chasubles pliées. Or c’est juste le contraire : on trouve partout des chasubles violettes, qui peuvent se plier, tandis que les dalmatiques violettes sont beaucoup moins répandues.[16] En outre on a toujours la ressource de servir en aube. »

On pourrait ajouter qu’il était curieux de supprimer les chasubles pliées au moment même où l’on entendait promouvoir partout le retour à la forme ample & antique de la chasuble.

Contrairement aux catholiques, l’usage des chasubles pliées ne s’est pas interrompu chez les anglo-catholiques (et peut-être verra-t-on son usage être progressivement repris par les différents nouveaux ordinariats érigés pour recevoir ces communautés au sein de l’Eglise catholique). Par ailleurs, avec la renaissance des études liturgiques dans les communautés catholiques traditionnelles, on note qu’un nombre grandissant de celles-ci reprend l’antique usage.

Vigile de la Pentecôte à Saint Magnus, paroisse anglicane de Londres.

Vigile de la Pentecôte à Saint-Magnus, paroisse anglicane de Londres.

DANS LES AUTRES RITS OCCIDENTAUX – L’usage de la chasuble pliée n’est pas limitée au rit romain et se rencontre – avec des variantes – dans les liturgies suivantes :

1. Dans le rit ambrosien : les chasubles pliées sont utilisées pendant l’Avent, le Carême et les Litanies majeures et mineures (i.e. les Rogations, qui ont lieu le lundi après l’Ascension dans ce rit et au cours desquelles on impose les Cendres) et les autres jours de jeûne durant l’année. Comme dans le rit romain, le sous-diacre dépose sa chasuble pliée pour chanter l’épître. Le diacre roule la sienne transversalement comme au romain de l’évangile à la fin de la communion. A noter que lors des dimanches de Carême, le diacre doit chanter des litanies très anciennes après l’ingressa au début de la messe ; pour ce faire, comme il remplit son office propre, il roule également sa chasuble transversalement. Les couleurs liturgiques différent du romain ; violet foncé pendant l’Avent et les dimanches de Carême, mais les féries de Carême sont en noir. Les Litanies majeures sont en violet foncé et les mineures sont en noir. Lors d’une exposition du Saint-Sacrement un jour de pénitence, on doit employer obligatoirement les chasubles pliées, même dans les petites églises. Différence notable avec l’usage romain : toute la Semaine Sainte (qui débute au Samedi de la veille des Rameaux, in Traditione Symboli) est célébrée en rouge et on utilise dalmatique et tunique.
2. Dans le rit de Braga : usage identique au romain, sauf pour la procession des Rameaux où l’on utilise dalmatique et tunique.
3. Dans le rit de Lyon : de façon très intéressante, les chasubles pliées ne se prennent qu’après le premier dimanche de Carême, souvenir de l’époque antérieure à saint Grégoire le Grand où le premier jour du jeûne quadragésimal était le lundi suivant ce dimanche. Le diacre dépose sa chasuble avant de chanter l’évangile mais ne la roule pas sur ses épaules (comme ce que fait le sous-diacre à l’épitre donc). Les chasubles pliées ne sont pas en usage le Vendredi Saint.
5. Dans le rit de Paris : Les chasubles ne sont pas pliées mais roulées sur les épaules. (les cérémoniaux parlent de chasubles traversales : planetis transversis super humeros). Elles ne sont pas employées pendant les dimanches de l’Avent (qui sont célébrés en blanc à Paris) mais on y use de la dalmatique et de la tunique. Elles sont toutefois utilisées aux messes fériales de l’Avent dans les grandes églises où il y a beaucoup d’ecclésiastiques, les petites églises en sont dispensées. Les chasubles transversales s’emploient une première fois les Mercredi des Cendres puis les dimanches de Carême et le Vendredi Saint (les ornements sont noirs à chaque fois). Les féries de Carême en revanche, le diacre et le sous-diacre ne servent qu’en aubes, étole & manipules, sans chasubles, même à la cathédrale. Les Quatre-Temps de septembre sont célébrés avec des chasubles transversales rouges (ces jours appartenant au Temps après la Pentecôte, qui est en rouge à Paris).
6. Chez les Prémontrés : particularité notable, ce rit connait l’usage des chasubles pliées depuis la Septuagésime.
7. Chez les Cisterciens, les Dominicains & les Carmes : ces 3 rits ont des usages similaires : pendant les temps de pénitence, le diacre et le sous-diacre servent en aube, étole & manipules, comme dans les petites églises du rit romain. Notons que chez les dominicains, la dalmatique et la tunique ne sont pas non plus employées aux messes fériales pendant l’année.
8. Chez les Chartreux : ce rit est très dépouillé et ignore complètement l’usage de la dalmatique et de la tunique toute l’année durant. A la messe, le diacre ne prend l’étole que pour chanter l’évangile. De ce fait, les chasubles pliées sont complètement ignorées.

ET EN ORIENT ? – Au témoignage des représentations artistiques anciennes, l’Orient byzantin connait depuis au moins le Vème siècle l’usage de la chasuble qui s’appelle en grec φαιλόνιονphélonion (à rapprocher du latin pælonia).

Théophile d'Alexandrie - miniature sur papyrus du Vème siècle.

Théophile d’Alexandrie.
Miniature sur papyrus du Vème siècle.

Par un intéressant processus similaire à ce qui s’est produit en Occident, la partie avant du phélonion s’est beaucoup échancrée afin de faciliter les gestes du célébrant.

Icône représentant saint Jean de Novgorod - le phélonion est tenu replié sur les bras.

Icône représentant saint Jean de Novgorod – le phélonion est tenu replié sur les bras.

Prêtre byzantin portant le phélonion. La partie avant du vêtement est désormais coupée pour faciliter les gestes liturgiques.

Prêtre byzantin portant le phélonion. La partie avant du vêtement est désormais coupée pour faciliter les gestes liturgiques.

Certaines chasubles pliées espagnoles sont de forme très semblables aux actuels phélonia échancrés par devant des byzantins :

Chasubles pliées d'origine espagnole, assez proche de l'actuelle coupe byzantine.

Chasubles pliées d’origine espagnole, assez proches de l’actuelle coupe byzantine.

On ne trouve toutefois pas de traces que les diacres et les sous-diacres aient porté des chasubles en Orient (ceux-ci se revêtent de dalmatiques). Toutefois, dans l’usage russe[17], lors de l’ordination d’un chantre ou d’un lecteur, l’évêque lui impose un petit phélonion sur les épaules, vraisemblablement l’équivalent oriental de la chasuble pliée occidentale.

Ordination d'un lecteur dans l'usage russe.

Ordination d’un lecteur dans l’usage russe.

Le petit phélonion est ensuite retiré une fois que le nouveau lecteur aura chanté une épître.

Le lecteur byzantin nouvellement ordonné & revêtu du petit phélonion chante l'épître

Le lecteur byzantin nouvellement ordonné & revêtu du petit phélonion chante l’épître

A l’ordination d’un sous-diacre non-moine, le candidat se présente à l’évêque vêtu du petit phélonion. Ce vêtement n’est plus utilisé en dehors de ces deux ordinations[18], mais il pourrait bien être le souvenir d’un état plus antique où la chasuble était portée par le clergé mineur.

Phélonion et petit phélonion russes.

Phélonion et petit phélonion russes.

Les autres rites orientaux ne connaissent pas en général la chasuble, même pour le célébrant qui utilise en général la chape. Notons toutefois chez les Arméniens l’existence de l’équivalent du petit phélonion russe[19], court camail qui recouvre les épaules des clercs mineurs de ce rit et devenu le plus souvent solidaire de l’aube de nos jours :

Messe dans le rit arménien - cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix de Paris.

Messe dans le rit arménien – cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix de Paris.

Ordinations de diacres arméniens.

Ordinations de diacres arméniens.

CONCLUSION – L’empressement de Mgr Bugnini à faire disparaître les chasubles pliées (il note avec dédain que les chasubles pliées ne manqueront à personne)[20] fait resurgir une question plus large qui émerge naturellement lorsqu’on étudie les réformes liturgiques de 1951-1969 : ces réformes ont été présentées alors aux fidèles comme un heureux retour de la liturgie à l’antiquité chrétienne, enfin débarrassée des scories du bas Moyen-Age et de l’époque baroque. Mais dès lors, comment expliquer l’abandon dédaigneux de cet élément véritablement antique du rit romain que sont les chasubles pliées, précieux usage qui nous reliait à la prière et à la pratique même de nos Pères dans la foi des premiers siècles ? Hélas, cet exemple précis est loin d’être unique & l’on peut signaler l’abandon de nombreux éléments antiques au profit de pures créations intellectuelles au cours de ces réformes. Plus globalement, on pourra s’interroger sur la nature de la réforme liturgique de 1951 à 1969 : constitue-t-elle un développement organique continu de la liturgie de l’Eglise ou se situe-t-elle en rupture radicale avec la pratique pluri-séculaire du rit romain ?

Il est intéressant de constater qu’en divers endroits du monde, des communautés traditionnelles reprennent désormais l’usage des chasubles pliées. Gageons que ces communautés perçoivent que celles-ci constituent une part de la richesse symbolique que nous avait livrée la tradition et dont nous avons été injustement privés.

Messe de Mgr Amodeo au Panthéon. Rome.

Messe de Mgr Amodeo au Panthéon. Rome.

Chasuble pliée - Rome.

Chasuble pliée – Rome.

Mercredi des Cendres.

Mercredi des Cendres.

Londres.

Vendredi Saint. Londres.

Stolon noir du Vendredi Saint. Londres.

Stolon noir du Vendredi Saint. Londres.

Passion selon saint Matthieu - messe pontificale des Rameaux - Rome.

Passion selon saint Matthieu – messe pontificale des Rameaux – Rome.

Second dimanche de Carême 2016 - collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 – collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 - collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 – collégiale Saint-Just de Lyon.

A l'aspersion - second dimanche de Carême 2016 - Société Saint-Hugues de Cluny - Connecticut.

A l’aspersion – second dimanche de Carême 2016 – Société Saint-Hugues de Cluny – Connecticut.

Notez la chasuble transversale roulée - second dimanche de Carême 2016 - Société Saint-Hugues de Cluny - Connecticut.

Notez la chasuble transversale véritablement roulée – second dimanche de Carême 2016 – Société Saint-Hugues de Cluny – Connecticut.

Distribution des cierges de la Chandeleur 2016 - Institut du Christ-Roi - Gricigliano.

Distribution des cierges de la Chandeleur 2016 – Institut du Christ-Roi – Gricigliano.

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Notes :

Notes :    (↵ reviens au texte)
  1. Cf. De Oratoribus chap. XXXIX, attribué à Tacite (58 – c. 120).
  2. Notons l’existence de plusieurs chasubles qui auraient appartenues à saint Paul.
  3. Tertullien, De Oratione, chap. XV.
  4. Amalaire de Metz, De ecclesiasticis officiis, II, 19 (P.L. 105, 1095).
  5. A. King, Liturgy of the Roman Church, London-New York-Toronto, Longmans, 1957, p. 130.
  6. Encore que l’on note parfois des pliures ou des cordelettes sur celle du célébrant également ; ce fut l’usage de la cathédrale de Reims.
  7. De qualitate paramentorum tit. XIX, n. 6, 7. « In diebus vero ieiuniorum (præterquam in vigiliis Sanctorum) et in Dominicis et feriis Adventus et Quadragesimæ ac in vigilia Pentecostes ante Missam (exceptis Dominica Gaudete, si eius Missa infra hebdomadam repetatur, et Dominica Lætare, Vigilia Nativitatis Domini, Sabbato Sancto in benedictione Cerei et in Missa, ac quatuor temporibus Pentecostes) item in benedictione Candelarum et Processione in die Purificationis Beatæ Mariæ, et in benedictione Cinerum ac benedictione Palmarum et Processione, in Cathedralibus et præcipuis Ecclesiis utuntur Planetis plicatis ante pectus ; quam planetam Diaconus dimittit, etc. In minoribus autem Ecclesiis, prædictis diebus ieiuniorum Alba tantum induti ministrant : Subdiaconus cum manipulo, Diaconus etiam cum stola ab humero sinistro pendente sub dextrum ».
  8. « Si les ministres portent la chasuble pliée, le premier acolyte se lèvera durant la dernière collecte avant l’épître et retirera la chasuble pliée du sous-diacre, puis celui-ci recevra le livre, chantera l’épître, et baisera la main du célébrant ; après qu’il a rendu le livre, il revêtira de nouveau la chasuble pliée – soit près de l’autel, soit à la crédence – et transférera du côté de l’évangile le missel avec son coussin ou pupitre. » Pio Martinucci, Manuale sacrarum Cæromoniarum, chap. VI, n°14.
  9. « Après que le célébrant a commencé sa lecture [à voix basse] de l’évangile, le diacre descendra de l’autel par le côté, comme il a été dit. Près de la crédence, il déposera la chasuble pliée et se revêtira de l’étole large ; puis il prendra l’évangéliaire, l’apportera à l’autel, et accomplira la suite de ses fonctions. Pio Martinucci, Manuale sacrarum Cæromoniarum, chap. VI, n°15.
    Après la communion, lorsque le diacre a porté le missel (avec son coussin ou pupitre) du côté de l’épître, il descendra de l’autel par le côté et viendra à la crédence ; assisté par un acolyte, il déposera l’étole large et reprendra la chasuble pliée, après quoi il regagnera sa place derrière le célébrant. Pio Martinucci, ibidem n°20.
  10. Cæremoniale Episcoporum, Livre II, chap. XIII, n°3.
  11. Pierre Jean Baptiste de Herdt, Pratique de la liturgie selon le rit romain, p. 213.
  12. A. Pisacara Castaldo, Praxis caeremoniarum, Neapoli, Scoriggium, 1645, p. 178.
  13. B. Gavantus – G.M. Merato, Thesaurus Sacrorum Rituum, Venetiis, Balleoniana, 1792, I, p. 48.
  14. G. Braun, Die liturgischen Paramente, 1914, p. 98.
  15. Rubricæ generales XIX, n°137 : Planetæ plicatæ et stola latior amplius non adhibentur.
  16. En effet, en bonne rigueur les dalmatiques et tuniques violettes ne pouvaient servir que pour les trois dimanches de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime.
  17. Lequel conserve très souvent des structures bien plus anciennes que l’usage grec.
  18. Le lecteur-chantre utilise ordinairement un genre de tunique pour son office, le sticharion – στιχάριον. Notons que certaines paroisses ont tenté de restaurer un usage plus fréquent du petit phélonion.
  19. Selon l’avis de R. Pilkington, I riti orientali, Turin, L.I.C.E. – Berruti, p. 31.
  20. Cf. A. Bugnini – C. Braga, Ordo Hebdomadae Sanctae instauratus commentarium, Bibliotheca Ephemerides Liturgicae Sectio Historica 25, Roma, Edizioni Liturgiche, 1956, p. 56, nt. 28.

Rit parisien – Antienne processionnelle de l’Avent Missus est Angelus Gabriel

Antienne processionnelle de l'Avent - Missus est Angelus

Ant. L’ange Gabriel fut envoyé de Dieu en la ville de Nazareth, à la Vierge Marie, mariée à Joseph, & il lui dit : Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous, sera appelé le Fils de Dieu. Alors Marie dit à l’ange : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole ! Alléluia.
(cf. Luc, i, 26-27, 35, 38)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID : 0003792. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

Comme dans toutes les Eglises de France autrefois, on faisait à Paris chaque dimanche & fête une grande procession avant la grand’messe (plus exactement entre prime et tierce, la messe étant chantée juste après cette petite heure). Cette tradition immémoriale paraît remonter au moins à l’époque carolingienne. Les livres liturgiques français – en particulier les processionnaux – indiquent jusqu’au XIXème siècle les pièces qui s’y chantaient : un ensemble de pièces fixes (dont l’Asperges me pour l’aspersion dominicale) et en général une ou deux pièces variables en fonction du jour liturgique : le plus souvent un répons, ou, plus exceptionnellement, une grande antienne processionnelle.

Les livres liturgiques parisiens médiévaux indiquent cette belle antienne processionnelle Missus est Angelus Gabriel pour les quatre dimanches de l’Avent, unifiant de ce fait ce temps liturgique par la contemplation du mystère de l’Incarnation. Peut-être est-ce pour cette raison que l’ancien rit parisien célébrait tout l’Avent en faisant curieusement usage du blanc comme couleur liturgique, et non du violet ou du bleu profond (l’hyacinthe) qu’on trouve dans les autres rits occidentaux. Le choix du texte – tiré du fameux évangile Missus est (Luc I, 26-38) de la messe du Mercredi des Quatre-Temps de l’Avent (la messe Rorate, autrefois appelée la « Messe d’or ») – témoigne de la piété de nos pères envers ce fameux évangile, qui constituait l’un des sommets de l’Avent :

Le choix de cet Évangile (…) a donné une célébrité particulière au Mercredi de la troisième semaine de l’Avent. On voit, par d’anciens Ordinaires à l’usage de plusieurs Églises insignes, tant Cathédrales qu’Abbatiales, que l’on transférait les fêtes qui tombaient en ce Mercredi  ; qu’on ne disait point ce jour-là, à genoux, les prières fériales ; que l’Évangile Missus est, c’est-à-dire de l’Annonciation, était chanté à Matines par le Célébrant revêtu d’une chape blanche, avec la croix, les cierges et l’encens, et au son de la grosse cloche ; que, dans les Abbayes, l’Abbé devait une homélie aux Moines, comme aux fêtes solennelles. C’est même à cet Usage que nous sommes redevables des quatre magnifiques Sermons de saint Bernard sur les louanges de la Sainte Vierge, et qui sont intitulés : Super Missus est.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique.

Palestrina – Alma Redemptoris Mater

Giovanni Pierluigi da Palestrina (c. 1525 † 1594), maître de la chapelle papale de Saint-Pierre du Vatican, de Saint-Jean de Latran & de Sainte-Marie-Majeure.
Alma Redemptoris Mater.
4 voix mixtes.
4 pages – Ré Majeur.

L’Alma Redemptoris Mater, l’une des quatre grandes antiennes mariales, est utilisée par le rit romain pour chanter la Sainte Vierge à la fin des offices, depuis les 1ères vêpres de l’Avent incluses jusqu’aux secondes vêpres de la Purification (2 février) incluses.

Alma Redemptóris Mater quae pérvia cœli porta manes, et stella maris, succúrre cadénti, súrgere qui curat, pópulo : tu quæ genuísti, natura miránte, tuum sanctum Genitórem, Virgo prius ac postérius, Gabriélis ab ore Sumens illud Ave, peccatórum miserére.

Sainte Mère du Rédempteur, Porte du ciel toujours ouverte & Étoile de la mer, secoure ce peuple qui tombe, mais cherche à se relever. À l’étonnement de la nature entière, tu as mis au monde le Dieu saint ; Vierge avant & après l’enfantement, accueille cet Ave dont Gabriel te saluait, aie pitié les pécheurs.

Les premières mesures de cette partition :
Palestrina - Alma Redemptoris Mater à 4 voix

Téléchargez la partition moyennant un « Like » sur les réseaux sociaux, en cliquant sur l’un des 4 boutons ci-dessous. Le lien vers la partition apparaîtra ensuite.

Cette belle mise en musique de Palestrina utilise le thème du plain-chant à la voix supérieure. Vous pouvez écouter un enregistrement de cette partition en vidéo sur YouTube (The Tallis Scholars sous la direction de Peter Phillips – enregistrement de février 1994 en la Basilique Sainte-Marie-Majeure, Rome) :

Abbé Lambert (harm.) – Venez, divin Messie

Harmonisation de l’Abbé Lambert (Versailles, 1845)
Venez, divin Messie.
4 voix. 2 pages.

Ce cantique de l’Avent est adapté sur le chant du vieux noël traditionnel français « Laissez paistre vos bestes », attesté en Bresse au XVIème siècle. Le texte des paroles provient des travaux de M. l’Abbé Simon-Joseph Pellegrin (1663 † 1745), lequel composa à l’attention des demoiselles de Saint-Cyr de très nombreux vers sur les chants des vieux noëls de France, afin d’en renouveler les textes.

Voici en guise de comparaison le refrain et la première strophe de l’ancien noël bressan :

Laissez paistres vos bestes, Pastoureaux,
Par monts et par vaux,
Laissez paistre vos bestes,
Et venez chanter Nau.
J’ai ouy chanter le rossignô,
Qui chantoit un chant si nouveau,
Si haut, si beau,
Si résonneau,
Il me rompoit la teste,
Tant il preschoit
Et caquetoit.
Adonc prins ma houlette
Pour aller voir Naulet.

Le texte reçu de Venez, divin Messie connaît plusieurs variantes de détail tant dans les paroles que dans la répartition des vers entre les strophes. Pellegrin a du reste composé plusieurs textes sur le mètre de ce noël, en voici le refrain de l’un d’entre eux :

Le sauveur vient de naître :
Allons, Pasteurs, éveillez-vous
Venez voir votre Maître,
Marchez, accourez tous.

Voici la leçon du texte que nous présentons en partition :

R/. Venez, divin Messie,
Sauvez nos jours infortunés,
Vous êtes notre vie,
Venez, venez, venez.

1. Ah ! descendez, hâtez vos pas,
Seigneur de l’éternel trépas
Délivrez-nous, ne tardez pas.
Les temps se renouvellent
Sans voir nos crimes pardonnés
Les peuples vous appellent,
Venez, venez, venez.

2. Que nos soupirs soient entendus,
Les biens que nous avons perdus
Ne nous seront-ils pas rendus.
Voyez couler nos larmes
Grand Dieu si vous nous pardonnez
Nous n’aurons plus d’alarmes
Venez, venez, venez.

3. Ah ! Puissions-nous chanter un jour
Dans votre bienheureuse cour
Et votre gloire et votre amour.
A nous livrer la guerre
Tous les démons sont acharnés
Pour vaincre leur colère,
Venez, venez, venez.

4. Si vous venez en ces bas lieux,
Nous vous verrons victorieux,
Fermer l’enfer, ouvrir les cieux.
Nous l’espérons sans cesse ;
Les cieux nous furent destinés :
Tenez votre promesse ;
Venez, venez, venez.

Pour mémoire, signalons l’existence d’une version moderne du texte, considérablement appauvrie, loin du charme indéniable de la langue de Pellegrin (lequel fut aussi librettiste de Rameau). L’harmonisation à 4 parties de M. l’Abbé Lambert est très usitée dans les communautés traditionnelles en France. Nous en proposons deux transpositions : en Si bémol majeur (ton original) et en La bémol majeur (plus apte au chant de l’assemblée).

Les premières mesures de cette partition :

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Marc-Antoine Charpentier – O salutaris Hostia de la veille des O (H. 36)

Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
O salutaris Hostia de la veille des O (H. 36).
3 voix égales & basse continue.
3 pages – Ut Majeur (transposition en La majeur disponible).

Ecrit par Charpentier dans la tonalité d’Ut majeur, soit « gai & guerrier » dans sa conception des « énergies des modes », cet O salutaris Hostia a été écrit pour un salut du Très-Sacrement devant être chanté la veille des grandes antiennes d’O, soit le 16 décembre. Il constitue en quelque sorte le prélude à l’admirable série des 7 antiennes d’O écrite par Charpentier.

Les antiennes d’O – ou « grandes O » – sont les 7 antiennes qui se chantent aux Magnificat des vêpres des 7 jours précédant Noël : O sapientia (17 décembre), O Adonai (18 décembre), O radix Jesse (19 décembre), O clavis David (20 décembre), O Oriens (21 décembre), O Rex gentium (22 décembre), O Emmanuel (23 décembre). Les initiales de chaque nom divin ainsi énumérés, pris à l’envers, forment l’acronyme suivant : ERO CRAS (je serai là demain). Le chant de ces antiennes de Magnificat revêtait beaucoup de solennité dans les antiques usages diocésains français ; l’antienne d’O était triplée (chantée intégralement 3 fois : avant le Magnificat, avant le Gloria Patri, à la fin après le Sicut erat) voire triomphée (le chant de l’antienne était intégralement repris entre chaque verset du Magnificat). Les 7 antiennes de Charpentier purent servir pour l’une de ces reprises (probablement l’ultime).

Les premières mesures de cette partition :

Marc-Antoine Charpentier - O salutaris Hostia (H. 36)

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Vous pouvez écouter un enregistrement de cette partition sur YouTube (Les Arts Florissants, dirigés par William Christie) :

Guillaume Bouzignac (attr.) – Tu quis es ?

Musique attribuée à Guillaume Bouzignac (c. 1587 † ap. 1643), maître de chapelle des cathédrales d’Angoulème, de Bourges, de Rodez, de Clermont-Ferrand & de la collégiale Saint-André de Grenoble.
Tu quis es ?
Motet à deux chœurs en l’honneur de saint Jean Baptiste, pour le temps de l’Avent – 8 voix mixtes (SATB/SATB) – première partie seulement.
4 pages – La mineur.

Voici une très étonnante composition de Guillaume Bouzignac, tirée du manuscrit Deslauriers de la Bibliothèque Nationale de France. Bouzignac dramatise le texte de l’évangile du troisième dimanche de l’Avent (Jean, I, 19-28), le transformant en dialogue haletant entre les juifs & saint Jean Baptiste, les brefs échanges entre les deux chœurs recevant encore plus de puissance par une écriture harmonique verticale & simple. On est bien ici en présence d’un mini-oratorio avant l’invention du genre.

Les premières mesures de cette partition :

Guillaume Bouzignac - Tu quis es - motet à saint Jean-Baptiste pour l'Avent

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Virgile Le Blanc – Conditor Alme Siderum – Hymne des vêpres de l’Avent

Attribué à Virgile Le Blanc (ed. 1592).
Conditor Alme Siderum – hymne de l’Avent, à vêpres.
4 voix mixtes (SATB).
1 page.

Conditor Alme Siderum est la fameuse hymne des vêpres de l’Avent dont la composition initiale remonte au IXème siècle. Dans les livres liturgiques anciens, sa mélodie est en général très clairement notée selon un rythme ternaire joyeux. C’est ce rythme ternaire qui est usuellement repris par les compositeurs polyphoniques. En voici un bel exemple, tiré des Paraphrases des Hymnes & Cantiques spirituelz pour chanter avec la Doctrine chrestienne, publié en 1592 à Lyon par le R.P. Coyssard, de la Compagnie de Jésus. La musicologue Denise Launay, qui a étudié cet ouvrage, attribue la paternité de la musique qui y est notée à Virgile Le Blanc. Ce livre de chants tient une position clef dans l’histoire de la musique sacrée catholique : c’est en effet l’un des tous premiers exemples que nous ayons d’une réaction musicale à la musique de la Réforme protestante au lendemain du Concile de Trente. Abandonnant résolument l’antique contrepoint, le compositeur écrit des harmonisations verticales, à la tournure populaire.

Notre adaptation conserve le ton ternaire le plus usuel du plain-chant à voix seule pour les strophes impaires de l’hymne, tandis que les strophes paires reçoivent l’harmonisation à 4 parties de Virgile Le Blanc.

Le ton original de Fa Majeur est un peu tendu pour les voix. On peut chanter en Mib Majeur, ou alors, réagencer les parties de sorte à chanter les 4 lignes dans l’ordre suivant : Ténor – Superius – Altus – Bassus, ce qui a pour effet de placer le chant liturgique au Ténor.

Le texte ici présenté est le texte antique de cette hymne, non celui corrigé par la Commission Médicéenne (lequel n’avait pas été reçu en France avant les éditions modernes du XXème siècle).

Les premières mesures de cette partition :
Virgile Le Blanc, Conditor Alme Siderum

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Catéchisme sur l’Avent

Vox clamans in deserto - Saint Jean Baptiste prêchant - tableau de BacchiaccaDemande. Qu’est-ce que l’Avent ?
Réponse. L’Avent est un temps de prières & de pénitence établi par l’Eglise pour préparer les Chrétiens à la Naissance de Jésus-Christ.

D. Combien de temps renferme l’Avent ?
R. L’Avent renferme les quatre semaines qui précèdent la Fête de Noël.

D. L’Avent est-il bien ancien dans l’Eglise  ?
R. En regardant l’Avent comme un temps de préparation à la naissance de Jésus-Christ, il a été établi dès les premiers siècles.

D. Que fit-on ensuite, & qu’ajouta-t-on aux prières & aux instructions qu’on faisait pendant l’Avent ?
R. On y ajouta le jeûne ; & quand on eut cessé de jeûner, on garda encore pendant quelques temps l’abstinence.

D. En quoi consiste aujourd’hui l’Avent ?
R. L’Avent consiste principalement à se préparer par la prière & par les bonnes œuvres à la Fête de la Naissance de Jésus-Christ.

D. Que signifie le mot d’Avent ?
R. Le mot Avent signifie avènement, comme qui dirait avènement ou arrivée de Jésus-Christ.

D. Combien y a-t-il d’avènements de Jésus-Christ ?
R. Il y en a deux.

D. Quel est le premier avènement de Jésus-Christ ?
R. Le premier avènement de Jésus-Christ est celui de sa naissance temporelle.

D. Quel est le second avènement de Jésus-Christ ?
R. Le second avènement de Jésus-Christ est celui qui se fera à la fin du monde lorsqu’il viendra juger tous les hommes.
Explication. L’Eglise pendant l’Avent rappelle aux fidèles le second avènement de Jésus-Christ, afin qu’ils s’y préparent en vivant saintement. Mais son objet principal est la naissance du Sauveur, ou son avènement dans la chair ; c’est à célébrer dignement cette auguste naissance que tendent toutes les pratiques de piété que l’Eglise a établies pendant l’Avent.

D. Que faut-il faire pour sanctifier le temps de l’Avent ?
R. Il faut faire quatre choses.

D. Quelle est la première chose qu’il faut faire pour sanctifier le temps de l’Avent ?
R. Il faut réfléchir avec attention sur le grand bienfait de la Rédemption.
Explication. Tous les hommes étaient perdus sans ressource, si un Dieu ne s’était chargé de les racheter. Toute la terre, si l’on excepte la Judée, était plongée dans l’idolâtrie au temps de la naissance du Sauveur ; le vrai Dieu était, pour ainsi dire, le seul qui ne fût pas connu. Avec l’idolâtrie régnaient tous les crimes, les débauches les plus grossières, les vices les plus infâmes. Quel besoin la terre n’avait-elle pas du Rédempteur, qui, avec la connaissance plus particulière du vrai Dieu, y a apporté une Loi toute sainte, une morale toute divine, des mœurs admirables ! Tels sont les fruits heureux de la naissance du Sauveur.

D. Quelle est la seconde chose qu’il faut faire pour sanctifier le temps de l’Avent ?
R. Il faut désirer ardemment la venue de Jésus-Christ dans nos cœurs.
Explication. Les anciens Patriarches soupiraient après l’arrivée du Désiré des Nations : ils souhaitaient que les cieux s’ouvrissent & que le Juste descendit sur la terre : ils ne cessaient de former les vœux les plus ardents, les désirs les plus enflammés de voir le Messie. Dieu le montra en esprit à Abraham, qui fut au comble de la joie. Le saint vieillard Siméon l’ayant vu, se crut assez heureux, & ne demanda plus qu’à mourir. L’Eglise sur la fin de l’Avent répète ces désirs & ces vœux dans des antiennes particulières ; formons-les nous-mêmes ; désirons avec ardeur que le Sauveur naisse dans nos cœurs par la grâce ; disons-lui souvent ce beau mot de l’Ecriture : Venez, Seigneur Jésus, ne tardez pas.

D. Quelle est la troisième chose ?
R. Il faut adorer le Sauveur dans le sein de sa mère.
Explication. Que le Sauveur est grand dans ses anéantissements ! qu’il est aimable & qu’il est digne de nos hommages dans ses humiliations ! Son amour pour nous lui fait quitter en quelque sorte le ciel, le séjour de sa gloire & de sa grandeur, la souveraine Majesté réside dans le sein d’une de ses créatures ; mais plus le Sauveur s’abaisse, plus nous lui devons de reconnaissance de sa tendresse & de sa bonté.
Une pratique très conforme à l’esprit de l’Eglise en ce temps, est de réciter avec piété l’Angelus, qui est une prière composée pour adorer le Sauveur dans le sein de sa Mère, & pour féliciter Marie de l’éminente dignité de Mère de Dieu, à laquelle Dieu l’a élevée. Il y a cent jours d’indulgence chaque fois qu’on dit cette prière à genoux au son de la cloche ; indulgence plénière une fois par mois, en y joignant la confession & la communion. On doit dire cette prière debout le samedi soir et tout le dimanche, de même que pendant le temps pascal, pendant lequel on dit à cette place le Regina Cœli, suivant la permission de Benoît XIV.

D. Quelle est la quatrième chose qu’il faut faire pour sanctifier le temps de l’Avent ?
R. Il faut se préparer à faire une bonne communion le jour de Noël.
Explication. Anciennement, on communiait chaque dimanche pendant l’Avent ; la communion était prescrite à Noël comme celle de Pâques : les bons Chrétiens ne manquent pas de communier en ce saint jour. Pour se préparer saintement à cette communion, il faut se confesser dès la première semaine de l’Avent, assister, autant qu’on le peut, chaque jour à la sainte messe, aux prières qui se font le soir à l’Eglise, pratiquer quelques œuvres de charité, l’aumône, l’instruction des domestiques, &c.

D. Quels fruits devons-nous retirer de ce catéchisme ?
R. C’est d’adorer chaque jour de l’Avent Jésus-Christ dans le sein de sa Mère, de le remercier de ce qu’il s’est incarné pour nous, & de lui demander d’avoir part aux fruits de sa Rédemption.

D. Comment ferez-vous ces actes d’adoration, d’action de grâces & de demande ?
R. Mon divin Jésus, je vous adore dans le sein de votre Mère ; je vous remercie de ce que vous vous êtes fait homme pour me racheter ; ne permettez pas que le plus grand de vos bienfaits me devienne inutile.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Domine, salvam fac Galliam – Prière pour la France du IInd ton en faux-bourdon parisien

Arrangements Henri de Villiers.
Prière pour la France : Domine, salvam fac Galliam du IInd ton en faux-bourdon parisien.
3 voix égales (TBB) ou 4 voix mixtes (SATB).
1 page – Ré mineur.

Sous l’Ancien Régime, la prière pour les autorités publiques utilisait le dernier verset du Psaume 19 : Domine, salvum fac Regem, & exaudi nos in die qua invocaverimus te. L’Empire transforma ce verset en Domine, salvum fac imperatorem nostrum Napoleonem, la République en Domine, salvam fac Rem Publicam. Le XXème siècle a chanté également Domine, salvum fac gentem Francorum. Le texte que nous utilisons, Domine, salvam fac Galliam – Seigneur, sauvez la France était déjà en usage au XIXème siècle.

De tradition, ce verset est chanté le dimanche à la grand’messe à la fin de la communion (uniquement le dimanche à partir du XXème siècle), ainsi qu’aux saluts du Très-Saint Sacrement. Il a été psalmodié sur divers tons, les Vème & VIème tons ayant eu aux XVIIIème & XIXème siècles les plus grandes faveurs. A Saint-Eugène, nous chantons ordinairement (sauf aux grandes fêtes) le Domine salvam fac dans le ton de l’antienne de communion qui le précède immédiatement. Le faux-bourdon parisien employé se retrouve dans de nombreuses éditions liturgiques de ce diocèse depuis le XVIIIème siècle. Il est néanmoins beaucoup plus ancien.

Le rythme de cette prière pour la France s’inspire directement de celui utilisé par Charles Gounod dans sa Messe solennelle de sainte Cécile (où le te final est considéré comme enclitique et déplace l’accent tonique d’invocavérimus). D’autres solutions rythmiques ont été utilisées du XVIIème au XIXème siècle pour la cadence finale.

Dans le faux-bourdon à 4 voix, les parties de dessus et de taille sont interchangeables.

Les premières mesures de cette partition :

Domine salvam fac Galliam du second ton - faux-bourdon parisien

Dómine, salvam fac Gálliam : *
Et exáudi nos in die
qua invocavérimus te. (ter).
Seigneur, sauve la France,
Et exauce-nous au jour
où nous t’invoquerons.

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Programme du premier dimanche de l’Avent

Avent01Saint-Eugène, le dimanche 27 novembre 2016 : premières vêpres le samedi à 20h, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

Catéchisme de l’Avent
Le temps de l’Avent – du latin adventus qui signifie venue – est le temps liturgique préparatoire de Noël. Cette période a été instituée en Occident au cours du Vème siècle, sans doute en écho des conciles d’Ephèse et de Chalcédoine qui ont mis l’accent des prédicateurs sur l’Incarnation. A Rome, la messe stationale de ce premier jour de l’année liturgique se fait en la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, reconstruite en 432 après le Concile d’Ephèse en l’honneur de la Mère de Dieu. Du reste, l’homélie de saint Grégoire le Grand qui se lit cette nuit à l’office nocturne a été prononcée dans cette basilique.

Dans l’Eglise romaine, l’Avent commence quatre dimanches avant Noël. Suivant le 9ème canon du concile de Macon de 581, l’Avent de l’ancien rit des Gaules comportait lui six dimanches (et commençait par la saint Martin le 11 novembre), comme du reste le font toujours les Milanais qui suivent le rit ambrosien et les Mozarabes (qui l’adoptèrent en 650). Les syriaques orientaux (assyriens & chaldéens) observent un Avent de quatre semaines comme les romains, et ce sont les seuls orientaux à avoir un temps liturgique spécial avant Noël. Chez les byzantins, seul un jeûne préparatoire commençant le 15 novembre est observé, sans incidence marquée dans les textes liturgiques, et les deux dimanches avant Noël font mémoire des ancêtres du Christ selon la chair.

L’Avent dans le rit romain est un temps de pénitence, que les usages liturgiques marquent de plusieurs façons : le violet devient la couleur de la liturgie, on n’orne plus les autels de fleurs, l’orgue cesse de se faire entendre seul, le diacre & le sous-diacre déposent leur dalmatique & leur tunique pour prendre les chasubles pliées. Le chant du Te Deum est supprimé de l’office nocturne et celui du Gloria de la messe (ce dernier, qui commence par les paroles même du chant des Anges lors de la naissance du Sauveur, se fera de nouveau entendre à Noël à la messe de minuit). Toutefois, ce temps de pénitence est aussi un temps de joyeuse espérance, avec l’emploi de textes magnifiques qui la chantent, l’alleluia n’y est du reste pas supprimé, contrairement au Carême. A l’office nocturne, on commence en ce jour la lecture du livre du prophète Isaïe, laquelle s’achèvera à Noël. On cantile les leçons d’Isaïe sur un ton spécial, particulièrement joyeux.

Il convient que tout homme se prépare à l’avènement du Sauveur ; de crainte qu’il ne le trouve livré à la gourmandise, ou embarrassé dans les soucis du siècle. Il est prouvé, par une expérience de tous les jours, que la vivacité de l’esprit s’altère par l’excès du boire, et que l’énergie du cœur est affaiblie par une trop grande quantité d’aliments. Le plaisir de manger peut devenir nuisible, même à la santé du corps, si la raison et la tempérance ne le modèrent, ne résistent à l’attrait, et ne retranchent au plaisir ce qui serait superflu.
Sermon de saint Léon le Grand, pape, Vème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

Ières vêpres du Ier dimanche de l’Avent. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O Salutaris Hostia – sur le ton de Conditor Alme siderum, hymne des vêpres de l’Avent
  • Motet de l’Avent : Rorate cœli desuper – Ier ton
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Alma Redemptoris Mater – Vème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es Pastor ovium – Ier ton
  • Prière pour Mgr l’Archevêque de Paris : Oremus pro antistite nostro Andreæ – VIIème ton
  • Prière pour la paix : Da pacem Domine – IInd ton
  • Prière pour la France : Domine salvam fac Galliam – VIème ton royal
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo – IIIème ton
  • Chant d’action de grâces : Laudate Dominum – Psaume CXVI – VIème ton royal

A la sainte messe :

IIndes vêpres du IInd dimanche de l’Avent. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O Salutaris Hostia – sur le ton de Conditor Alme siderum, hymne des vêpres de l’Avent
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Alma Redemptoris Mater – Vème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es Pastor ovium – Ier ton
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo – IIIème ton
  • Chant final, de l’Avent : Rorate cœli desuper – Ier ton

Télécharger le livret des Ières vêpres & du salut du Très-Saint Sacrement au format PDF.
Télécharger le livret de cette messe au format PDF.
Télécharger le livret du commun des messes de l’Avent au format PDF.
Télécharger le livret des IIndes vêpres & du salut du Très-Saint Sacrement au format PDF.

Programme du XXIIIème dimanche après la Pentecôte – Saint Philippe – ton 7

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 26 novembre 2016 du calendrier grégorien – 14 novembre 2016 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15.

Dimanche du ton VI de l’Octoèque. Nous fêtons aussi en ce jour le saint apôtre Philippe.

Philippe – dont le nom grec signifie « ami des chevaux » – est originaire de Bethsaïde, sur la rive nord du lac de Tibériade, en Galilée, comme André et son frère Pierre. Cette ville est alors sous l’administration de Philippe le Tétrarque, fils d’Hérode Le Grand, et il est probable que le saint Apôtre tire son prénom de son souverain. Philippe était marié et avait plusieurs filles.

Jean le Baptiste, qui se tenait à Béthanie au delà du Jourdain avec deux de ses disciples, leur dit en voyant Jésus : « Voici l’agneau de Dieu. » Les deux disciples suivirent Jésus, l’un d’eux était André, le second sans doute Philippe. Jésus leur dit « Viens, suis-moi. » Tout de suite Philippe évangélise Nathanaël : « Nous avons trouvé le Messie… viens et vois » (Jean I, 45-46).

On retrouve Philippe au moment de la multiplication des pains : « Jésus dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains pour que tous ces gens puissent manger ? » (Jean VI, 5)

Saint Clément d’Alexandrie rapporte (Stromates III) comme un fait que tout le monde convenait (et Tertullien semble l’indiquer de même en son Traité du Baptême c. XII), que ce fut saint Philippe qui demanda au Christ la permission d’aller enterrer son père, et à qui Jésus répondit : « Laisse les morts enterrer les morts ».

Peu avant la Passion, des Grecs qui veulent voir Jésus, s’adressent à lui : « Nous voulons voir Jésus » (Jean XII, 20-22). Et au soir de la dernière Cène, Philippe lui, veut voir Dieu : « Montre-nous le Père et cela nous suffit. – Philippe qui me voit, voit le Père » (Jean 14, 8). Philippe est donc en quelque sorte le disciple qui veut voir et fait voir !

Après la Pentecôte, il partit évangéliser plusieurs régions d’Asie Mineure et s’établit à Hiérapolis, en Phrygie, avec ses filles, vierges et prophétesses (qui y ressuscitèrent un mort). Au témoignage de Polycrate d’Ephèse, deux de ses filles furent ensevelies près de leur père à Hiérapolis et une troisième le fut à Ephèse, où elle fut martyrisée sous Trajan. Celle-ci parait être sainte Hermione (fêtée le 4 septembre) et pourrai avoir été mariée (selon Clément d’Alexandrie suivant l’interprétation des textes de Clément d’Alexandrie et de Polycrate d’Ephèse menée par Le Nain de Tillemont). Saint Philippe avait encore une sœur, sainte Mariamne ou Marie, qui participa à ses travaux apostoliques et qui après la mort de son frère, se retira en Lycaonie où elle mourut en paix.

Tombe de saint Philippe à HiérapolisEn 2011, une équipe archéologique qui fouillait les ruines d’une église dans l’antique ville d’Hiérapolis de Phrygie (l’actuelle Pamukkale turque) a retrouvé la tombe de saint Philippe.

Le tombeaux, ouvert en 2011, fut retrouvé vide. En effet, les reliques du saint avaient toutefois été transférées vers 560 en la basilique des Douze Apôtres à Rome, avec celle de saint Jacques, un 1er mai, qui est la date traditionnelle de sa fête en Occident (le Martyrologe hiéronymien le fêtait auparavant au 22 avril).

Le 5 septembre 394, saint Philippe apparut avec saint Jean l’Evangéliste à l’empereur Théodose le Grand à la veille de la victoire de la Rivière Froide, près d’Aquilée, au cours de laquelle il put vaincre l’usurpateur Eugène qui voulait revivifier le paganisme. Cette victoire marque en effet la fin du paganisme antique.

Dans le rit byzantin, le jeûne préparatoire à la fête de Noël commence le lendemain de la fête de saint Philippe et dure 40 jours. Ce carême est de ce fait souvent appelé populairement « jeûne de saint Philippe » et correspond à la période de l’Avent des Latins. Les hasards des calendriers grégorien & julien font que cette année, l’ouverture du jeûne de Noël correspond au début de l’Avent romain. Ce carême de Philippe a été probablement introduit au VIème siècle dans des monastères syriens ou palestiniens. On retrouve mention de ce jeûne au VIIème siècle comme un jeûne controversé, dans les écrits d’Anastase le Sinaïte. Au IXème siècle, Théodore le Studite le décrit comme un jeûne généralement accepté dans les milieux monastiques. L’abstinence y est marquée par un régime végétalien strict, sans huile ni vin. Toutefois, le poisson est autorisé les samedis, dimanches et aux principales fêtes, l’huile et le vin le sont chaque jeudi et à quelques fêtes.

*

Aux heures
A tierce : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de l’Apôtre. Kondakion  : du dimanche.
A sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de l’Apôtre. Kondakion : de l’Apôtre.

Tropaires des Béatitudes : 6 tropaires du dimanche ton VI, & 4 tropaire de la 3ème ode du canon de l’Apôtre, œuvre de saint Théophane le Marqué, l’Hymnographe, métropolite de Nicée (c. 778 † 845) :
1. Souviens-toi de moi, Dieu Sauveur, * quand tu entreras dans ton royaume, ** seul Ami des hommes, sauve-moi.
2. Adam fut séduit par l’arbre défendu, * mais par celui de la Croix tu as sauvé * le bon Larron s’écriant : ** Dans ton royaume, Seigneur, souviens-toi de moi.
3. Ayant brisé les portes & les verrous de l’Enfer, * tu as ressuscité, Source de vie, * Sauveur, tous ceux qui s’écrient : ** Gloire à ta sainte Résurrection.
4. Souviens-toi de moi, Seigneur * qui par ta sépulture triomphas de la mort * & comblas de joie l’univers, ** Dieu de tendresse, par ta Résurrection.
5. Les Myrophores venues au tombeau * entendirent l’Ange proclamer : * Il est vraiment ressuscité, ** le Christ qui illumine le monde entier.
6. Le Christ qui fut cloué * sur le bois de la croix * & sauva le monde de l’erreur, ** chantons-le tous d’un même chœur.
7. Comblé de la clarté * de la contemplation à laquelle tu parvins par l’action, * bienheureux Philippe, tu as mérité * de servir le Christ, * cette grande lumière ** qui est venue parmi nous.
8. Le mystère auquel tu fus initié * s’est révélé pour les croyants * la base des enseignements de la foi : * grâce à toi nous connaissons en effet * la consubstantielle unité ** qui relie au Père le Fils.
9. Tu fus un chandelier d’or * introduisant parmi les hommes * l’éternelle Clarté * et de sa connaissance illuminant, * excellent apôtre Philippe, ** clairement la terre entière.
10. Ayant mis en toi mon espoir, * ô Vierge toute-pure, * puissé-je ne pas déchoir * des biens que j’attends de toi ; * mais en Mère compatissante de l’Ami des hommes, ** délivre-moi des filets de l’ennemi.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 6 : Devant ton sépulcre les Puissances des cieux, * autant que les soldats, furent frappées d’effroi ; * et Marie (Madeleine) se tenait près du tombeau, * cherchant ton corps immaculé ; * mais tu brisas l’Enfer sans te laisser vaincre par lui, * tu rencontras la Vierge et nous donna la vie. * Ressuscité d’entre les morts, ** Seigneur, gloire à toi.
2. Tropaire de l’Apôtre, ton 3 : Saint Apôtre Philippe, * prie le Dieu de miséricorde * afin que, le pardon de nos péchés, ** il l’accorde à nos âmes.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Kondakion de l’Apôtre, ton 8 : Le prédicateur de Dieu, Philippe, ton disciple et ami, qui imita ta passion, * a proclamé au monde entier que Tu es Dieu ; * par ses prières et l’intercession de la Mère de Dieu, ** préserve ton Église et toute ville des ennemis, ô Très- miséricordieux.
7. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
8. Kondakion du dimanche, ton 6 : De sa main, source de vie, * le Donateur de vie a ressuscité tous les morts du fond des ténèbres, * lui, le Christ Dieu, * qui a accordé la résurrection à l’homme qu’il avait façonné, * car il est le Sauveur, la résurrection et la Vie de tous, ** lui, le Dieu de l’univers.

Prokimen
Du dimanche, ton 6 :
R/. Sauve, Seigneur ton peuple, et béni ton héritage (Psaume 27, 9).
V/. Vers Toi, Seigneur, j’appelle : mon Dieu, ne sois pas sourd envers moi (Psaume 27, 1).
De l’Apôtre, ton 8 :
R/. Par toute la terre a retenti leur message, & leur parole jusqu’aux limites du monde (Psaume 18, 5).

Epîtres
Du dimanche : Ephésiens (§ 220) II, 4-10.
Et il nous a ressuscités avec lui, et nous a fait asseoir dans le ciel en Jésus-Christ.
De l’Apôtre : I Corinthiens (§ 131) IV, 9-16.
Car il semble que Dieu nous traite, nous autres apôtres, comme les derniers des hommes, comme ceux qui sont condamnés à la mort, nous faisant servir de spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

Alleluia
Du dimanche, ton 6 :
V/. Ton amour, Seigneur, à jamais je le chante, d’âge en âge ma parole annonce ta fidélité (Psaume 88, 2).
V/. Car j’ai dit : l’amour est bâti à jamais, aux cieux tu as fondé ta fidélité (Psaume 88, 3).
De l’Apôtre, ton 4 :
V/. Les cieux racontent tes merveilles, Seigneur, et ta vérité dans l’assemblée des saints (Psaume 88, 6).

Evangile
Du dimanche : Luc (§ 53) X, 25-37.
Il s’approcha donc de lui, versa de l’huile et du vin dans ses plaies, et les banda ; et l’ayant mis sur son cheval, il le mena dans une hôtellerie, et prit soin de lui.
De l’Apôtre : Jean (§ 5) I, 43-51.
Et Philippe ayant trouvé Nathanaël, lui dit : Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et les prophètes : Jésus de Nazareth, fils de Joseph.

Versets de communion
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux (Psaume 148, 1).
De l’Apôtre : Par toute la terre a retenti leur message, & leur parole jusqu’aux limites du monde (Psaume 18, 5). Alleluia, alleluia, alleluia.

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Programme de la fête de sainte Cécile, Vierge & Martyre, patronne de la paroisse, de notre schola & des musiciens

Sainte Cécile par Jacques BlanchardSaint-Eugène, le mardi 22 novembre 2016, grand’messe de 19h.

Sainte Cécile est l’une des plus illustres parmi les vierges-martyres de Rome. C’est à la fin du IIIème siècle qu’elle joignit à la couronne des vierges celle des martyrs. Mariée de force au païen Valérien, elle le convertit à la foi véritable ainsi que son beau-frère Tiburce. Les Actes de sainte Cécile nous rapportent que le jour de son mariage forcé, tandis que résonnait la musique païenne des noces, Cécile chantait en son cœur une hymne au Christ, le priant de la garder immaculée. Pour cette raison Cécile est devenue patronne des musiciens. Valérien, Tiburce et Cécile recevront tous les trois la palme du martyre, proclamant jusque dans leur mort leur fidélité au Christ Rédempteur. Cécile fut ébouillantée, puis reçut les trois coups de glaives légaux, auxquels elle survivra néanmoins trois jours encore, agonisant péniblement dans sa maison qu’elle laissa en héritage au Pape Urbain ; plus tard cette maison fut dédicacée comme église un 22 novembre, et placée sous son patronage. En octobre 1599, lorsque, sous les ordres du cardinal Sfondate, on y ouvrit le sarcophage de la sainte, son corps était encore intact. Le nom de sainte Cécile figure au Canon de la Messe romaine.

Pour fêter notre patronne, la Schola Sainte Cécile interprète cette année la Missa Secunda de Hans Leo Hassler (1564 † 1612), organiste & maître de chapelle de l’Electeur de Saxe.

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