Programme du dimanche de l’expulsion d’Adam du Paradis – ton 3

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 26 février 2017 du calendrier grégorien – 13 février 2017 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15. A l’issue de la divine liturgie, chant des vêpres du pardon (vêpres d’entrée en Carême).

Dimanche du ton III de l’Octoèque. Le dimanche de l’expulsion d’Adam du Paradis perdu est aussi appelé dimanche de la Tyrophagie car ce jour est le dernier jour de la semaine de la Tyrophagie, où les fidèles peuvent encore user des laitages. Ce dimanche est le dernier jour avant le grand Carême, lequel commence aux vêpres de ce soir. Techniquement, ce dimanche correspond au Ier dimanche de Carême dans la tradition latine (en Occident, le jeûne de Carême commençait aussi jusqu’à saint Grégoire le Grand au lundi suivant ce dimanche ; c’est toujours le cas dans les rits ambrosien & mozarabe).

Les vêpres de ce dimanche soir appartiennent déjà liturgiquement au lendemain lundi, qui est le premier jour du jeûne du Carême dans le rit byzantin. Cet office des vêpres du dimanche soir est donc le premier office du Carême byzantin.

« Ta grâce a resplendi, Seigneur, * & nos âmes sont illuminées. * Voici le temps favorable, voici le temps du repentir ; * laissons les œuvres des ténèbres * & revêtons les armes de la lumière, * afin de traverser le vaste océan du jeûne, * & de parvenir à la Résurrection du troisième jour ** de notre Seigneur & Sauveur Jésus-Christ, qui sauve nos âmes. » (premier stichère idiomèle des apostiches).

Dans le rit byzantin, l’entrée en Carême se fait à l’entrée du clergé dans le sanctuaire après le chant du lucernaire de ces vêpres du dimanche soir, à l’issue desquelles se déroulent dans la tradition russe le rit émouvant du pardon : le célébrant demande pardon à tous pour les blessures et les offenses qu’il a pu causer ; tous se demandent alors pardon tandis que le chœur a pris récemment coutume de chanter les stichères de Pâques (rien n’est prescrit à cet endroit par le Typikon ; dans certains lieux, on a pris coutume de chanter le psaume 136 « Sur le bord des fleuves de Babylone » ou les stichères du psaume 50 de l’Avant-Carême : « Ouvre-moi les portes de la pénitence »). Les stichères de Pâques sont chantés à ce moment comme un avant-goût de la joie pascale qui nous attend au terme du Carême, mais aussi en raison du pardon mutuel & de la fraternité chrétienne véritable qu’ils chantent :

« C’est le jour de la Résurrection, * soyons illuminés par le triomphe, * embrassons-nous les uns les autres, * disons : « Frères », * même à ceux qui nous haïssent ; * pardonnons tout dans la Résurrection. »

Aux vêpres du pardon, les stichères de Pâques sont chantés tout doucement à mi-voix par le chœur ; elles seront proclamées à pleine voix dans la nuit de la résurrection.

Aux heures
A tierce & à sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : du Triode.

A la divine liturgie

Tropaires des Béatitudes : six tropaires du ton dominical occurrent et quatre tropaires de la 6ème ode du canon du Triode (de Christophe l’hymnographe) :
1. Adam, notre premier père, ayant transgressé ton commandement, * ô Christ, tu l’as chassé du Paradis ; * mais, compatissant, tu fis entrer le bon Larron * te confessant sur la croix et criant : * Souviens-toi de moi, Sauveur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
2. Pour notre faute, tu nous condamnas * à la malédiction de la mort, Seigneur source-de-vie ; * mais, souffrant dans ton corps, Maître sans péché, * tu fis revivre les morts qui s’écrièrent : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
3. Ressuscité d’entre les morts, tu nous sauvas de nos passions, * Seigneur, par ta sainte Résurrection ; * et, Sauveur, tu as détruit toute la puissance de la mort ; * c’est pourquoi nous, les fidèles, te crions : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
4. Par ta sépulture de trois jours tu éveillas, * Dieu, les morts qu’aux Enfers tu vivifias ; * et, dans ta bonté, tu fus la source de l’immortelle vie * pour nous tous, fidèles, qui sans cesse te crions : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
5. Aux Myrophores tu apparus d’abord, * Sauveur ressuscité d’entre les morts, * leur criant  : Réjouissez-vous ! * et par elles, ô Christ, tu révèles ton éveil à tes amis ; * aussi te crions-nous : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
6. Sur la montagne Moïse, étendant les bras, préfigurait la croix et triomphait d’Amalec ; * nous-mêmes, nous la prenons pour combattre les démons * et tous ensemble avec foi te crions : * Souviens-toi de nous aussi ** quand tu entreras dans ton royaume.
7. Lorsque je vois * l’océan de cette vie * soulevé par la tempête des tentations, * j’accours à ton havre de paix * et je crie, O Dieu de bonté : ** A la fosse rachète ma vie.
8. Sauveur, au Paradis * tu m’avais revêtu, dans ta bonté, * d’un vêtement divin ; * mais, séduit par le démon, * j’ai violé ton commandement ** et, malheureux, j’ai reconnu, ma nudité.
9. Pauvre âme, tu t’es éloignée, * dans ta négligence, de Dieu ; * le Paradis de délices te fut ravi * et des Anges tu fus séparée ; * dans la fosse tu es tombée : ** quelle chute, ce jour-là  !
10. Fais-moi grâce et prends pitié, * Seigneur tout-puissant ; * Dieu de bonté, ne méprise pas * l’ouvrage de tes mains, * bien que je me sois éloigné ** du cortège de tes Saints.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 3 : Que les Célestes soient en liesse ! * Que les terrestres se réjouissent ! * Car le Seigneur a établi son Règne par son bras, * terrassant la mort par la mort, * Lui le Premier-Né d’entre les morts. * Il nous libère du ventre de l’enfer, ** et offre au monde la grande miséricorde.
2. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
3. Kondakion du Triode, ton 6 : Guide de sagesse & maître de savoir, * pédagogue qui nous donnes la raison, * protecteur des pauvres, fortifie & instruis mon cœur, * acccorde-moi de chanter : ** Dieu de tendresse, aie pitié de moi, pauvre pécheur.

Prokimen
Du Triode, ton 8 :
R/. Prononcez des vœux et accomplissez-les pour le Seigneur, notre Dieu (Psaume 75, 12).
V/. Dieu est connu en Judée, en Israël son Nom est grand (Psaume 75, 2).

Epître
Du dimanche de l’expulsion d’Adam : Romains (§ 112), XIII, 11 – XIV, 4.
La nuit est déjà fort avancée, et le jour s’approche ; quittons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière.

Alleluia
Du Triode, ton 6 :
V/. Ton amour, Seigneur, à jamais je le chante, d’âge en âge ma parole annonce ta fidélité (Psaume 88, 2).
V/. Car j’ai dit : l’amour est bâti à jamais, aux cieux tu as fondé ta fidélité (Psaume 88, 3).

Evangile
Du dimanche de l’expulsion d’Adam : Matthieu (§ 17), VI, 14-21.
Car si vous pardonnez aux hommes les fautes qu’ils font, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez point aux hommes leurs fautes, votre Père ne vous pardonnera point non plus vos péchés.

Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

La divine liturgie sera suivie directement des

vêpres d’entrée en Carême

Lucernaire, ton 3
4 stichères de l’octoèque, ton 3 (deux des vêpres du dimanche soir, deux des apostiches des matines du lundi matin), 3 stichères du Triode, ton 2 & 3 stichères des Ménées (au 14 février : de notre vénérable Père Auxence de Bithynie († c. 470)), ton 4. Théotokion des Ménées, ton 4..
1. De l’Octoèque (tiré du lucernaire des vêpres), ton 3 : J’ai péché, Seigneur mon Dieu, j’ai péché : * Verbe, fais-moi grâce, ne me repousse pas, dans ta répugnance pour moi ; * mais, dans ton unique miséricorde & compassion, * accueille-moi qui, dans la pénitence, retourne vers toi * & donne-moi la force d’accomplir, ** Dieu de tendresse, tes préceptes de salut.
2. De l’Octoèque (tiré du lucernaire des vêpres), ton 3 : Hâte-toi, Seigneur, * de m’arracher à la main de l’Ennemi, * car je me suis laissé captiver par l’erreur * & me suis éloigné de tes préceptes, Sauveur ; * donne-moi l’occasion du repentir * & conduis-moi vers la lumière de la componction, ** afin que je pleure au souvenir de mes forfaits.
3. De l’Octoèque (tiré des apostiches des matines du lundi), ton 3 : Rassemble, Seigneur, mon esprit dispersé, * émonde les ronces de mon cœur, * comme à Pierre donne-moi le repentir * & comme au Publicain les soupirs, * comme à la courtisane les pleurs, * afin que d’une voix forte je m’écrie : * Sauve-moi, ô mon Dieu, ** ami des hommes, le seul compatissant.
4. De l’Octoèque (tiré des apostiches des matines du lundi), ton 3 : Souvent lorsque je chantais pour toi * je me suis trouvé en état de péché, * &, lorsque ma bouche te louait, * mon âme méditait des vanités ; * par la pénitence corrige-moi tout entier, ** ô Christ notre Dieu, aie pitié & sauve-moi.
5. Du Triode, de saint Joseph l’Hymnographe († 886), ton 2 : Entrant dans le stade divin du jeûne purificateur, * hâtons-nous, par la tempérance, de rendre humble la chair, * par les prières et les larmes, recherchons le Seigneur qui nous sauve, * oublions définitivement tout mal et clamons : * Christ Roi, nous avons péché contre Toi, * sauve-nous comme jadis Tu as sauvé les Ninivites ** et, dans ta tendresse, rends-nous participants du Royaume céleste.
6. Du Triode, de saint Joseph l’Hymnographe († 886), ton 2 : Seigneur, je désespère de moi-même, * à la pensée de mes oeuvres qui méritent le châtiment, * car voici, Sauveur, j’ai négligé tes saints commandements * et j’ai dépensé ma vie dans le péché. * Aussi, je T’implore, Toi le seul miséricordieux, * purifie-moi dans les flots du repentir, * illumine-moi par le jeûne et la prière * et ne Te détourne pas de moi, ô Très-bon, ** Toi qui combles de biens l’univers.
7. Du Triode, de saint Théodore Studite (759 † 826), ton 2 : Commençons dans la joie le temps du jeûne, * engageons le combat spirituel, * purifions l’âme, purifions la chair, * abstenons-nous de toute passion, comme de nourriture, * pour goûter aux vertus de l’Esprit en persévérant dans leur désir, * afin d’être rendus dignes de contempler * la Passion vénérable du Christ Dieu ** et, dans l’allégresse spirituelle, sa sainte Pâque.
8. Du vénérable Père Auxence, ton 4 : Auxence, en l’ascèse croissant, * de Dieu tu reçus * l’augmentation de tes charismes pour guérir les maladies * et chasser les démons * en invoquant le Christ avec foi, Père bienheureux ; * alors, comblé de la puissance de l’Esprit * et de sa grâce divine, tu as atteint, ** sous sa conduite, le havre de la paix.
9. Du vénérable Père Auxence, ton 4 : Ayant purifié ton esprit, * tu reçus la grâce des miracles et des guérisons ; * en effet, tu avais repoussé loin de toi * le mal des passions, le brouillard et la tempête de la chair * et changé le climat de ton âme en un temps radieux ; * c’est pourquoi tu es devenu resplendissant * en l’assemblée des Moines saints, * où tu pries l’Ami des hommes pour les fidèles t’acclamant.
10. Du vénérable Père Auxence, ton 4 : Tu as accru le talent * qui te fut confié, Bienheureux, * en le faisant fructifier abondamment ; * ayant semé dans les larmes, tu moissonnes à présent dans la joie, * recueillant au centuple allégresse et jubilation ; * grâce au crédit que tu possèdes auprès du Christ, * supplie le Maître en faveur ** de qui te chante, Père Auxence porteur-de-Dieu.
Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
Théotokion des Ménées, au 14 février, ton 4 : A mon âme faible et relâchée, * Vierge Mère, immaculée, * accorde puissance et vigueur, * pour qu’en la crainte et l’amour * elle accomplisse les commandements de ton divin Fils ; * alors j’échapperai au feu dévorant * et grâce à toi je recevrai l’héritage du ciel * et la vie sans fin, dans l’éternelle exultation.

Entrée – Lumière joyeuse

Grand prokimenon de vêpres :
R/. Ne détourne pas ta Face de ton serviteur, car je suis dans l’affliction ; * hâte-Toi de m’exaucer. Prête attention à mon âme, et délivre-la. (Psaume 68, 18-19)
V/. Que ton salut, ô Dieu, vienne me secourir. (Psaume 68, 30)
V/. Que les pauvres voient et se réjouissent. (Psaume 68, 33)
V/. Cherchez Dieu, et votre âme vivra. (Psaume 68, 33)

Litanie ardente – prière de vêpres – Litanies de demandes.

Apostiches, ton 4
1. Ta grâce a resplendi, Seigneur, * et nos âmes sont illuminées. * Voici le temps favorable, voici le temps du repentir ; * laissons les œuvres des ténèbres * et revêtons les armes de lumière, * afin de traverser le vaste océan du jeûne, * et de parvenir à la Résurrection du troisième jour ** de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qui sauve nos âmes.
V/. J’ai levé les yeux vers Toi qui habites dans les cieux. Comme les yeux des serviteurs sont fixés sur la main de leurs maîtres, comme les yeux de la servante sont fixés sur la main de sa maîtresse, ainsi nos yeux sont tournés vers le Seigneur, notre Dieu, jusqu’à ce qu’Il nous fasse miséricorde.
2. (On répète le premier).
V/. Aie pitié de nous, Seigneur, aie pitié de nous, car nous avons été par trop rassasiés de mépris, notre âme a été par trop rassasiée de l’opprobre des nantis et du mépris des orgueilleux. (Psaume 122, 3-4)
3. Ô Christ notre Dieu, * Toi qui es glorifié dans la mémoire de tes saints, ** par leurs supplications, accorde-nous la grande miséricorde.
V/. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
4. Théotokion : Les ordres des anges te glorifient, * ô Mère de Dieu, toute pure, * toi qui as enfanté Dieu, coéternel au Père et à l’Esprit, * qui par sa volonté a créé du néant les puissances des anges. * Prie-Le, ô Toute-pure, ** de sauver et d’illuminer les âmes de ceux qui te chantent dans la vraie foi.

Cantique de Siméon – Trisaghion & Oraison dominicale

Tropaire apolytikia de Carême, ton 4 :
1. Vierge Mère de Dieu, * réjouis-Toi, Marie, pleine de grâce, * le Seigneur est avec Toi ; * Tu es bénie entre toutes les femmes, * et béni est le fruit de ton sein, ** car Tu as enfanté le Sauveur de nos âmes.
On fait ici une grande métanie.
2. Baptiste du Christ, * souviens-toi de nous tous, * afin que nous soyons délivrés de nos iniquités ; ** car tu as reçu la grâce d’intercéder pour nous.
On fait ici une grande métanie.
3. Priez pour nous, saints apôtres et vous, tous les saint ; * afin que nous soyons délivrés des dangers et des peines, * car en vous nous possédons de fervents défenseurs ** auprès du Sauveur.
On fait ici une grande métanie.
4. Sous ta miséricorde nous nous réfugions, ô Mère de Dieu, * ne méprise pas les supplications que nous T’adressons dans l’adversité, * mais délivre-nous des dangers, * Toi seule pure, seule bénie.

Prières finales – Prière de saint Ephrem le Syrien – Conclusion des vêpres & renvoi

Rit du pardon avec le chant des stichères de Pâques.

Télécharger le livret des choristes pour ce dimanche.
Télécharger le livret des vêpres de l’entrée en Carême pour l’année 2017.

Anonyme – Trisaghion polonais

Auteur anonyme polonais (XVIème siècle).
Sanctus Deus – Trisaghion.
4 voix (STTB).
4 pages.

Le Trisaghion (en grec Τρισάγιον, Trois fois saint) est un chant liturgique qui remonte aux premiers temps de l’Eglise et que l’on retrouve dans les liturgies d’Orient et d’Occident. Son origine est probablement syrienne et il est possible que les Pères réunis au Concile de Chalcédoine en 451 soient à l’origine de sa large diffusion à Constantinople et dans tout l’Orient. En Occident, l’antique liturgie des Gaules au VIème l’utilisait à chaque messe, mais la liturgie romaine ne l’a reçu que pour la messe des présanctifiés du Vendredi Saint.

Cette mise en musique de ce texte liturgique nous vient de Pologne, dont le royaume, au XVIème englobait de larges territoires pratiquant la liturgie byzantine (où le Trisaghion se chante à toutes les messes). C’est un faux-bourdon dans le style polonais d’alors, style qui a fortement influencé la construction de la polyphonie russe ultérieure.

Voici le texte de ce Trisaghion, ainsi qu’une traduction :

R/. Sanctus Deus, Santus fortis, * Sanctus im-mortalis miserere nobis. (ter) Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous. (ter)
V/. Gloria Patri et Fílio et Spiritui Sancto. Sicut erat in principio et nunc et semper et in sæcula sæculórum. Amen. * Sanctus immortalis mise-rere nobis. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. Comme il était au commencement et mainte-nant et toujours et dans les siècles des siècles Amen. Saint Immortel, aie pitié de nous.
R/. Sanctus Deus, Santus fortis, * Sanctus im-mortalis miserere nobis. (ter) Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous. (ter)

Les premières mesures de cette partition :

Trisaghion polonais

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Palestrina – Super flumina Babylonis

Giovanni Pierluigi da Palestrina (c. 1525 † 1594), maître de la chapelle papale de Saint-Pierre du Vatican, de Saint-Jean de Latran & de Sainte-Marie-Majeure.
Super flumina Babylonis.
4 voix mixtes.
4 pages – Mi mineur.

Ce motet Super flumina Babylonis figure en 3ème position dans le « Motectorum liber secundus », recueil des motets à 4 voix de Palestrina, publié à Venise en 1581 & réédités en 1584.

Palestrina y met magnifiquement en musique les deux premiers versets du psaume CXXXVI, le seul du Psautier à évoquer l’exil du peuple juif à Babylone. La tonalité de mi mineur illustre bien la tragique tristesse du texte.

Ce motet n’est pas assigné à une période déterminée de l’année, mais convient particulièrement bien au temps de la Septuagésime. En voici le texte latin & sa traduction :

Super flúmina Babylónis, illic sédimus et flévimus : * dum recordarémur Sion.

Au bord des fleuves de Babylone, là nous étions aussi & pleurions, nous souvenant de Sion.

In salícibus in médio ejus, * suspéndimus órgana nostra.

Aux saules qui sont en son milieu, nous avions suspendu nos instruments.

Les premières mesures de cette partition :

Super flumina Babylonis - Palestrina

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Quelques vidéos en ligne :

Super flumina Babylonis - Palestrina

Les chasubles pliées – histoire et liturgie

Chasubles pliées espagnoles en usage à la FSSP à Lyon - Mercredi des Cendres 2016Les chasubles pliées sont les ornements que portent le diacre et le sous-diacre pendant les temps de pénitence, au lieu & place de la dalmatique et de la tunique. Cet usage remonte aux premiers temps de l’Eglise, lorsque tout le clergé portait la chasuble.

HISTOIRE – La chasuble est à l’origine un vêtement civil déjà connu des anciens Etrusques & qui connait une vogue sensible dans l’Empire romain à compter du premier siècle de notre ère, au point d’y devenir un vêtement élégant d’usage courant : il s’agit d’un vêtement rond, percé en son centre pour laisser passer la tête et qui recouvre le haut du corps jusqu’au genoux. Elle est connu sous différents noms dont les principaux sont : pænula (le plus courant dans la Rome antique), casula (littéralement « petite maison » car elle constitue une sorte de petite tente, ce terme a donné notre français chasuble), planeta (terme consacré ultérieurement par les livres liturgiques de Rome, tandis qu’ailleurs le reste de l’Europe occidentale a toujours préféré celui de casula) & amphibalus (employé principalement par les Pères de l’Eglise de Gaule).

Pænula étrusque du IVème siècle avant Jésus-Christ.

Pænula étrusque (partiellement retroussée sur les bras) du IVème siècle avant Jésus-Christ.

La chasuble tend alors, au début de notre ère, à remplacer l’antique toge, trop lourde et moins pratique, au point que les avocats romains réclament de pouvoir plaider avec celle-ci plutôt qu’avec celle-là, afin d’être plus libre dans leurs gestes oratoires[1]. Sous Trajan (98-117), les tribuns du peuple en sont revêtus, et l’empereur Commode (180-192) impose l’assistance aux spectacles en chasuble et non plus en toge. La chasuble devient vêtement sénatorial en 382.

Les chrétiens naturellement usaient de ce vêtement[2] et Tertullien au début du IIIème siècle fustigeait les fidèles qui avaient tendance à ôter leurs chasubles pour les prières liturgiques, pour des raisons qu’il qualifie de superstitieuses[3]. A mesure que la chasuble devenait un vêtement d’honneur des hautes fonctions de l’empire, les chrétiens voulurent de même en faire une marque distinctive d’honneur pour leurs propres tribuns et sénateurs qu’étaient les évêques, les prêtres et les diacres : c’est ainsi que l’on voit un évêque en chasuble consacrer une vierge sur une fresque datant du IIIème siècle dans les catacombes de sainte Priscille.

Dans les textes chrétiens, la première mention de la chasuble comme vêtement proprement liturgique est relativement tardive : on la trouve dans la seconde des deux lettres que rédige saint Germain de Paris († 576) et qui contiennent une fameuse description de la messe selon l’ancien rit des Gaules :

Casula quam amphibalum vocant, quod sacerdos induetur, tota unita per Moysem legiferum instituta primitus demonstratur. Jussit ergo Dominus fieri dissimilatum vestimentum, ut talem sacerdos induerit, quale indui populus non auderetur. Ideo sine manicas, quia sacerdos potius benedicit quam ministrat. Ideo unita prinsecus, non scissa, non aperta ; quia multae sunt Scripturae sacrae secreta mysteria, quae quasi sub sigillo sacerdoti doctus debet abscondere, et unitatem fidei custodire, non in haerese vel schismata declinare.
La chasuble, qu’on appelle amphibalus et que le prêtre revêt, montre originairement l’unité de toutes les institutions du législateur Moïse. Le Seigneur ordonna qu’on fît des vêtements différents, de sorte que le peuple ne se permît pas de mettre ce que le prêtre aurait mis. C’est pourquoi elle n’a pas de manches, parce que le prêtre bénit plutôt qu’il ne sert. C’est pourquoi aussi elle est d’une seule pièce sur le devant, sans fente, sans ouverture ­ : nombreux en effet sont les mystères cachés de la Sainte Ecriture que celui qui sait doit cacher pour ainsi dire sous le sceau du pontife, et préserver l’unité de la Foi pour qu’elle ne tombe ni dans l’hérésie ni dans le schisme.

Chasuble de saint Ambroise à Milan. Notez l'échancrure qui facilite les mouvements du bars droit. Mosaïque datant de 375 de la chapelle Saint-Victor au ciel d'Or de la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Chasuble de saint Ambroise à Milan. Notez l’échancrure qui facilite les mouvements du bras droit.
Mosaïque datant de 375 de la chapelle Saint-Victor-au-Ciel-d’Or de la basilique Saint-Ambroise de Milan.

Cependant, bien avant cette première mention, de très nombreuses fresques, mosaïques ou miniatures depuis le IVème siècle montrent indubitablement que la chasuble est largement adoptée dès cette époque comme vêtement liturgique, aussi bien en Orient qu’en Occident.

Dès cette époque la chasuble était l’ornement général de tout le clergé, non seulement celui de l’évêque et des prêtres, mais aussi celui des diacres, des sous-diacres, et – selon Alcuin (c. 730 † 804) dans certaines circonstances – même des acolytes ! Amalaire de Metz (775 † 850) nous indique que la chasuble est encore portée de son temps par tous les clercs sans distinction, l’appelant le « generale indumentum sacrorum ducum ».[4] On note encore son emploi par les acolytes dans certaines régions au XIème siècle.[5]

Pour l’évêque ou le prêtre célébrant, ce vêtement n’était pas incommode pour l’accomplissement des cérémonies sacrées, ainsi que le note excellemment saint Germain de Paris : « C’est pourquoi elle n’a pas de manches, parce que le prêtre bénit plutôt qu’il ne sert ». Mais pour les ministres – diacres et sous-diacres – dont le propre de l’office était de servir et non de consacrer – l’usage de la chasuble ne put se faire qu’au moyen d’une adaptation : les pans antérieurs du vêtement furent repliés, afin que les bras des ministres fussent libres pour manipuler les vases sacrés. De là est venu leur nom de chasubles pliées, planetæ plicatæ ante pectus comme disent les livres liturgiques latins.

Afin de bien comprendre la forme que prenait cette pliure, voici des photographies tirées de la revue L’Art d’Eglise (n°4 de 1948) et qui présentent un essai très réussi de reconstitution de la forme antique des chasubles pliées par les moines de l’Abbaye de Saint-André en Belgique :

Chasuble pliée du sous-diacre.

Chasuble pliée du sous-diacre.

Du chant de l’évangile à la fin de la messe, le diacre – pour être encore plus libre de ses mouvements, roulait sa chasuble en bandoulière au travers de ses épaules, sur son étole :

Chasuble du diacre : roulée en bandoulière ou simplement pliée, selon les différents moments de la messe.

Chasuble du diacre : roulée en bandoulière ou simplement pliée, selon les différents moments de la messe.

La chasuble du célébrant ne nécessitait pas de pliure[6] car le diacre et le sous-diacre devaient précisément l’aider en soulevant à certains moments (aux encensements & à l’élévation) les pans de cet ornement, beau geste qui a été fidèlement conservé par la suite dans la liturgie romaine, quand bien même qu’avec les échancrures prononcées qu’on a ménagées par la suite à la chasuble du célébrant, cela ne le nécessitait plus forcément.

De fait, les chasubles pliées du diacre et du sous-diacre signifient clairement leur fonction même de ministres sacrés, à savoir leur rôle de serviteur du célébrant.

Les chasubles pliées des diacres et des sous-diacres furent ultérieurement remplacées à partir du Vème siècle par deux nouveaux vêtements, la dalmatique & la tunique, vêtements dotés de manches et de ce fait plus maniables pour l’accomplissement de leur fonctions liturgiques & de service.

Toutefois Rome fut très longue à adopter cette nouveauté, et les Ordines Romani qui décrivent la liturgie romaine au temps de saint Grégoire le Grand et un peu après (VIIème siècle) ne connaissent encore que la chasuble comme vêtement du pape, des diacres & des sous-diacres. Jean Diacre (c. 825 † 880), le biographe de saint Grégoire le Grand (c. 540 † 604), dans sa Vita Gregorii Magni, désigne du reste tout le clergé qui accompagnait le Pape lors des processions sous le terme de planeti (« ceux qui portent des planètes », des chasubles donc).

Lorsqu’ultérieurement, Rome reçut l’usage des dalmatiques & des tuniques, elle conserva toutefois pendant le Carême et les temps de pénitence l’usage des chasubles pliées pour le diacre & le sous-diacre, selon le principe liturgique généralement observé que les temps tenus pour les plus sacrés sont aussi ceux qui sont épargnés par les innovations liturgiques.

De plus, la dalmatique et la tunique sont des ornements fastueux qui symbolisent la joie & l’innocence. Longtemps, leur couleur fut obligatoirement blanche, & la dalmatique antique était de plus ornée des deux brillantes bandes pourpres verticales (lati claves) qui ornaient primitivement les vêtements des sénateurs. Lors de l’ordination d’un diacre, l’évêque lui impose la dalmatique par ces termes : « Que le Seigneur vous revête de l’habit de la félicité et de la robe de la joie (indumento lætitiæ) et qu’il vous environne toujours de la dalmatique de la justice ». La prière équivalente pour la remise de la tunique au sous-diacre parle de même de vestimento lætitiæ. L’emploi de la dalmatique & de la tunique ne convenait donc absolument pas dans les temps de pénitence, pour lesquels on a donc conservé l’antique chasuble pliée.

Distribution des cierges à la fête de la Purification.

Distribution des cierges à la fête de la Purification.

REGLES D’EMPLOI LITURGIQUE – Les chasubles pliées sont donc en usage dans la liturgie romaine aux temps de pénitence. L’étendue exacte de ces temps est décrit au titre XIX, §§ 6 et 7 des rubriques du Missel Romain de saint Pie V (De qualitate paramentorum)[7] :

« Aux jours de jeûne (sauf aux vigiles des Saints), ainsi qu’aux dimanches de l’Avent et du Carême, et avant la messe en la vigile de la Pentecôte (mais en exceptant :
– le dimanche de Gaudete et lorsque cette messe est reprise dans la semaine,
– le dimanche de Lætare,
– la vigile de Noël,
– le Samedi Saint, à la bénédiction du cierge [pascal] et à la messe,
– et les Quatre-temps de la Pentecôte),
de même qu’à la bénédiction des cierges et à la procession le jour de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, à la bénédiction des cendres, ainsi qu’à la bénédiction et à la procession des palmes, dans les cathédrales et les grandes églises, [les diacre et sous-diacre portent] des chasubles pliées devant la poitrine ; le diacre dépose cette chasuble etc.
Dans les petites églises, en ces jours de jeûne, ils accomplissent leurs fonctions revêtus simplement de l’aube : le sous-diacre avec le manipule, le diacre portant aussi l’étole sur l’épaule gauche pendant sous le bras droit. »

Ordinations au Samedi des Quatre-Temps : le diacre et le sous-diacre, ministres de l'évêque, portent les chasubles pliées.

Ordinations au Samedi des Quatre-Temps :
le diacre et le sous-diacre, ministres de l’évêque, portent les chasubles pliées.

Détaillons quelque peu certains aspects de cette rubrique, qui en dépit de sa complexité apparente, suit quelques principes logiques simples :
1. Les chasubles pliées n’existent que pour les temps de pénitence et donc que dans les couleurs violettes et noires. On ne les utilise pas (même si la rubrique susdite ne le précise pas) pour la messe du Jeudi Saint célébrée en blanc mais on le fait pour les Présanctifiés du Vendredi Saint célébrés en noir. Avant les réformes des années 50, la vigile de la Pentecôte était comme une seconde vigile pascale et comprenait 6 prophéties avant le début proprement dit de la messe. Cette avant-messe était célébrée en violet et donc voyait l’usage des chasubles pliées. La messe subséquente était en rouge. De même, le Samedi Saint, le diacre bénit le cierge pascal en dalmatique blanche, puis reprend sa chasuble pliée pour l’avant-messe – en violet – (qui comportait 12 prophéties puis la bénédiction des fonds). La messe qui suit cette avant-messe est en ornements blancs.
2. Les dimanches de l’Avent et du Carême ne sont pas jours de jeûnes (on ne jeûne jamais le dimanche qui fête toujours la résurrection du Christ) mais sont tout de même inclus dans des temps de pénitence car on y célèbre en violet. Cependant la rubrique du Missel Romain ne fait pas mention des dimanches de la Septuagésime, où l’on célèbre aussi en violet. Il y a eu quelques hésitations, mais en général, les auteurs n’ont pas recommandé l’usage des chasubles violet durant ce temps d’avant-Carême. (En rigoureuse fidélité à la rubrique, on ne devrait pas les employer le dimanche durant la Septuagésime mais on pourrait imaginer le faire aux lundis, mercredis et vendredis des trois semaines de ce temps, qui étaient primitivement jeûnés).
3. Les deux dimanches de Gaudete et de Lætare constituent deux pauses au milieu de l’Avent et du Carême. Ce sont deux jours de joie où l’Eglise donne un avant-goût au fidèles des réjouissances qui les attendent au terme de ces deux temps de pénitence : les ornements sont de couleur rose et non violette, on orne les autels de fleurs, l’orgue et les instruments de musique se font entendre. La messe du dimanche de Gaudete peut éventuellement être reprise dans la semaine qui suit et bénéficie de ces privilèges (le dimanche de Lætare ne peut lui être repris au cours de la semaine qui suit, chaque jour du Carême étant pourvu d’une messe propre).
4. Les Quatre-Temps de la Pentecôte sont les seuls des Quatre-Temps à n’être pas jeûnés car ils sont inclus dans l’octave de la Pentecôte. Contrairement à ceux de septembre, de l’Avent et du Carême, ils ne voient donc pas l’usage des chasubles pliées.
5. Par grandes églises on désigne les cathédrales, les collégiales mais aussi les églises paroissiales. C’est ce qu’a précisé une décision de la Sacrée Congrégation des Rites du 11 septembre 1847 adressée à l’évêque de Londres, Mgr Nicholas Wiseman (lequel rétablissait alors la hiérarchie catholique en Angleterre et dont les toutes nouvelles paroisses étaient encore souvent dépourvues en ornements) ; la même décision lui conseille même de faire célébrer dans sa cathédrale sans ministres sacrés plutôt que d’y faire officier des diacres & sous-diacres sans chasubles pliées. Cette décision dut paraître un peu trop raide car elle fut supprimée des collections ultérieures de la S.C.R. : une grande église dépourvue de chasubles pliées peut toujours faire servir les ministres sacrés sans chasubles pliées, juste en aube, étole & manipules.
6. Les petites églises paraissent avoir été dispensées de l’usage des chasubles pliées non pas tant parce qu’elles n’en avaient pas mais parce qu’il y était plus compliqué d’avoir trois chasubles parfaitement assorties dont deux étaient pliées.
7. Notons une autre réponse de la Congrégation des rites (n°5385 du 31 août 1867) précisant qu’il faut utiliser – devant le Saint Sacrement exposé – les chasubles pliées aux prières des 40 heures qui se dérouleraient pendant l’Avent ou le Carême.
8. L’usage des chasubles pliées étant lié à une notion de temps liturgique, elles ne servaient pas aux messes de Requiem, qui ne sont pas liées à un temps liturgique particulier : on y emploie des dalmatique et tunique noires.

Ostension des reliques de la Vraie Croix le Vendredi Saint devant la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome

USAGE LITURGIQUE – Pour assister le célébrant, il suffit aux ministres que le devant de leur chasuble soit replié ; mais lorsque le diacre ou le sous-diacre doivent accomplir une tâche qui leur est propre, ils retirent complètement ou replient encore davantage ce vêtement.

Ainsi, le sous-diacre dépose sa chasuble pliée avant de chanter l’épître, après quoi il la reprend aussitôt.[8]

L’office propre du diacre commence avec le chant de l’évangile et se poursuit jusqu’à la fin de la communion, dont il est ministre, mais il ne dépose pas complètement sa chasuble pliée pendant tout ce temps : il la porte roulée en bandoulière sur l’épaule gauche, attaché sous le bras droit par des cordelettes (ou même en faisant un nœud), par-dessus son étole. Après la communion, il déroule le tissu et remet la chasuble pliée comme auparavant.

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l'évangile.

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l’évangile.

Pour simplifier quelque peu ce procédé, on s’est mis à rouler par avance une autre chasuble, que le diacre prenait sur l’épaule en temps voulu ; par la suite, on a le plus souvent substitué à cette chasuble roulée une simple bande du même tissu, communément appelée stolon ou étole large.[9]

Evolution de la chasuble transversale au stolon : à gauche, la chasuble roulée sur une statue médiévale de la cathédrale de Wells en Angleterre ; à droite, le stolon dans sa forme moderne : simple bande de tissu non galonnée sur les bords.

Evolution de la chasuble transversale jusqu’au stolon : à gauche, la chasuble roulée sur une statue médiévale de la cathédrale de Wells en Angleterre ; à droite, le stolon dans sa forme moderne : simple bande de tissu non galonnée sur les bords.

Lors d’une messe pontificale, les diacres assistants prennent leurs ornements – à savoir : la chasuble pliée devant, par-dessus la cotta ou le rochet – vers la fin de Tierce, avant que l’évêque ne chante l’oraison.[10]

Un sous-diacre porte-croix porterait aussi une chasuble pliée.[11]

Chasuble pliée & stolon de la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Rome.

Chasuble pliée & stolon de la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Rome.

EVOLUTIONS DES FORMES – 1. De la chasuble pliée à la chasuble coupée.

Jusqu’à nos jours s’était conservé l’usage de réellement replier la partie avant de la chasuble et de la maintenir ainsi au moyen de cordons ou d’agrafes.

Chasubles réellement pliées du diacre & du sous-diacre.

Chasubles réellement pliées du diacre & du sous-diacre. Angleterre.

Au XVIIème siècle, Pisacara Castaldo rappelle que les chasubles pliées ne doivent pas différer de celle du célébrant.[12] Au XVIIIème siècle Merato commentant Gavantus précise encore qu’il faut en retirer les agrafes qui les maintiennent pliées entre les cérémonies afin de ne pas les abimer & pour que les prêtres puissent les utiliser commodément pour les messes basses.[13]

Une chasuble pliée est donc, de ce fait, exactement ce que son nom suggère : une chasuble comme une autre, portée avec la partie antérieure pliée, à l’intérieur, afin de la remonter au niveau des coudes, et souvent attachée en cette position par deux pinces d’acier.

New Jersey - USA - FSSP.

New Jersey – USA – FSSP.

Toutefois, au fil des siècles, tandis que la chasuble du célébrant s’échancrait sur les côtés, par commodité, on se mit à coudre de façon définitive la pliure des chasubles du diacre et du sous-diacre pour finir par les couper définitivement de l’excédent de tissu (on pourrait donc parler de « chasubles coupées » mais l’usage à maintenu le terme de « chasubles pliées »).

Formes classiques romaines : stolon du diacre, chasuble du célébrant et chasuble pliée du sous-diacre - Londres

Formes classiques romaines :
stolon du diacre, chasuble du célébrant et chasuble pliée du sous-diacre.
Juventutem – Londres.

DISPARITION DES CHASUBLES PLIEES ? – La généralisation de la découpe de la partie antérieure de la chasuble pliée – certes commode – a dû contribuer à la faire percevoir comme un vêtement distinct de la chasuble du célébrant, ce qu’elle n’est pourtant absolument pas à l’origine. Paradoxalement, cela a pu contribuer à la désaffection de son usage. Dès 1914, le jésuite Braun[14] déplore la disparition des chasubles pliées dans toute l’Allemagne. La France n’a pas l’air mieux lotie pour la même époque (si les cérémoniaux publiés continuent de décrire l’usage des chasubles pliées, il est assez rare de trouver des exemplaires ni même des photographies du XXème siècle). L’usage semble avoir perduré davantage en Italie, dans la Péninsule ibérique ou dans les Iles britanniques.

Déjà supprimées pour la vigile pascale dans ses nouvelles formes expérimentales de 1951 et 1952, les chasubles pliées furent entièrement bannies de la Semaine Sainte réformée de 1955 au profit de dalmatiques et tuniques violettes et noires, tout en continuant pourtant d’être utilisée le reste du Carême et aux autres temps de pénitence. Cette anomalie cessa avec la publication du nouveau code des rubriques de 1960 qui remarquent tout à la fin des rubriques générales que « Les chasubles pliées et l’étole large ne sont plus employées désormais ».[15]

Voici ce que notait Mgr Gromier, cérémoniaire papal, au cours de sa célèbre conférence sur les réformes de la Semaine Sainte :

« Les chasubles pliées sont une des caractéristiques les plus anciennes du rite romain ; elles remontent au temps où tout le clergé portait la chasuble, et furent conservées [… pour] la plus austère pénitence. Leur abandon fait mentir les peintures des catacombes : c’est une perte immense, un outrage à l’histoire et à […] tord, dit-on, on aurait donné cette explication proportionnée au méfait : on ne trouve pas facilement des chasubles pliées. Or c’est juste le contraire : on trouve partout des chasubles violettes, qui peuvent se plier, tandis que les dalmatiques violettes sont beaucoup moins répandues.[16] En outre on a toujours la ressource de servir en aube. »

On pourrait ajouter qu’il était curieux de supprimer les chasubles pliées au moment même où l’on entendait promouvoir partout le retour à la forme ample & antique de la chasuble.

Contrairement aux catholiques, l’usage des chasubles pliées ne s’est pas interrompu chez les anglo-catholiques (et peut-être verra-t-on son usage être progressivement repris par les différents nouveaux ordinariats érigés pour recevoir ces communautés au sein de l’Eglise catholique). Par ailleurs, avec la renaissance des études liturgiques dans les communautés catholiques traditionnelles, on note qu’un nombre grandissant de celles-ci reprend l’antique usage.

Vigile de la Pentecôte à Saint Magnus, paroisse anglicane de Londres.

Vigile de la Pentecôte à Saint-Magnus, paroisse anglicane de Londres.

DANS LES AUTRES RITS OCCIDENTAUX – L’usage de la chasuble pliée n’est pas limitée au rit romain et se rencontre – avec des variantes – dans les liturgies suivantes :

1. Dans le rit ambrosien : les chasubles pliées sont utilisées pendant l’Avent, le Carême et les Litanies majeures et mineures (i.e. les Rogations, qui ont lieu le lundi après l’Ascension dans ce rit et au cours desquelles on impose les Cendres) et les autres jours de jeûne durant l’année. Comme dans le rit romain, le sous-diacre dépose sa chasuble pliée pour chanter l’épître. Le diacre roule la sienne transversalement comme au romain de l’évangile à la fin de la communion. A noter que lors des dimanches de Carême, le diacre doit chanter des litanies très anciennes après l’ingressa au début de la messe ; pour ce faire, comme il remplit son office propre, il roule également sa chasuble transversalement. Les couleurs liturgiques différent du romain ; violet foncé pendant l’Avent et les dimanches de Carême, mais les féries de Carême sont en noir. Les Litanies majeures sont en violet foncé et les mineures sont en noir. Lors d’une exposition du Saint-Sacrement un jour de pénitence, on doit employer obligatoirement les chasubles pliées, même dans les petites églises. Différence notable avec l’usage romain : toute la Semaine Sainte (qui débute au Samedi de la veille des Rameaux, in Traditione Symboli) est célébrée en rouge et on utilise dalmatique et tunique.
2. Dans le rit de Braga : usage identique au romain, sauf pour la procession des Rameaux où l’on utilise dalmatique et tunique.
3. Dans le rit de Lyon : de façon très intéressante, les chasubles pliées ne se prennent qu’après le premier dimanche de Carême, souvenir de l’époque antérieure à saint Grégoire le Grand où le premier jour du jeûne quadragésimal était le lundi suivant ce dimanche. Le diacre dépose sa chasuble avant de chanter l’évangile mais ne la roule pas sur ses épaules (comme ce que fait le sous-diacre à l’épitre donc). Les chasubles pliées ne sont pas en usage le Vendredi Saint.
5. Dans le rit de Paris : Les chasubles ne sont pas pliées mais roulées sur les épaules. (les cérémoniaux parlent de chasubles traversales : planetis transversis super humeros). Elles ne sont pas employées pendant les dimanches de l’Avent (qui sont célébrés en blanc à Paris) mais on y use de la dalmatique et de la tunique. Elles sont toutefois utilisées aux messes fériales de l’Avent dans les grandes églises où il y a beaucoup d’ecclésiastiques, les petites églises en sont dispensées. Les chasubles transversales s’emploient une première fois les Mercredi des Cendres puis les dimanches de Carême et le Vendredi Saint (les ornements sont noirs à chaque fois). Les féries de Carême en revanche, le diacre et le sous-diacre ne servent qu’en aubes, étole & manipules, sans chasubles, même à la cathédrale. Les Quatre-Temps de septembre sont célébrés avec des chasubles transversales rouges (ces jours appartenant au Temps après la Pentecôte, qui est en rouge à Paris).
6. Chez les Prémontrés : particularité notable, ce rit connait l’usage des chasubles pliées depuis la Septuagésime.
7. Chez les Cisterciens, les Dominicains & les Carmes : ces 3 rits ont des usages similaires : pendant les temps de pénitence, le diacre et le sous-diacre servent en aube, étole & manipules, comme dans les petites églises du rit romain. Notons que chez les dominicains, la dalmatique et la tunique ne sont pas non plus employées aux messes fériales pendant l’année.
8. Chez les Chartreux : ce rit est très dépouillé et ignore complètement l’usage de la dalmatique et de la tunique toute l’année durant. A la messe, le diacre ne prend l’étole que pour chanter l’évangile. De ce fait, les chasubles pliées sont complètement ignorées.

ET EN ORIENT ? – Au témoignage des représentations artistiques anciennes, l’Orient byzantin connait depuis au moins le Vème siècle l’usage de la chasuble qui s’appelle en grec φαιλόνιονphélonion (à rapprocher du latin pælonia).

Théophile d'Alexandrie - miniature sur papyrus du Vème siècle.

Théophile d’Alexandrie.
Miniature sur papyrus du Vème siècle.

Par un intéressant processus similaire à ce qui s’est produit en Occident, la partie avant du phélonion s’est beaucoup échancrée afin de faciliter les gestes du célébrant.

Icône représentant saint Jean de Novgorod - le phélonion est tenu replié sur les bras.

Icône représentant saint Jean de Novgorod – le phélonion est tenu replié sur les bras.

Prêtre byzantin portant le phélonion. La partie avant du vêtement est désormais coupée pour faciliter les gestes liturgiques.

Prêtre byzantin portant le phélonion. La partie avant du vêtement est désormais coupée pour faciliter les gestes liturgiques.

Certaines chasubles pliées espagnoles sont de forme très semblables aux actuels phélonia échancrés par devant des byzantins :

Chasubles pliées d'origine espagnole, assez proche de l'actuelle coupe byzantine.

Chasubles pliées d’origine espagnole, assez proches de l’actuelle coupe byzantine.

On ne trouve toutefois pas de traces que les diacres et les sous-diacres aient porté des chasubles en Orient (ceux-ci se revêtent de dalmatiques). Toutefois, dans l’usage russe[17], lors de l’ordination d’un chantre ou d’un lecteur, l’évêque lui impose un petit phélonion sur les épaules, vraisemblablement l’équivalent oriental de la chasuble pliée occidentale.

Ordination d'un lecteur dans l'usage russe.

Ordination d’un lecteur dans l’usage russe.

Le petit phélonion est ensuite retiré une fois que le nouveau lecteur aura chanté une épître.

Le lecteur byzantin nouvellement ordonné & revêtu du petit phélonion chante l'épître

Le lecteur byzantin nouvellement ordonné & revêtu du petit phélonion chante l’épître

A l’ordination d’un sous-diacre non-moine, le candidat se présente à l’évêque vêtu du petit phélonion. Ce vêtement n’est plus utilisé en dehors de ces deux ordinations[18], mais il pourrait bien être le souvenir d’un état plus antique où la chasuble était portée par le clergé mineur.

Phélonion et petit phélonion russes.

Phélonion et petit phélonion russes.

Les autres rites orientaux ne connaissent pas en général la chasuble, même pour le célébrant qui utilise en général la chape. Notons toutefois chez les Arméniens l’existence de l’équivalent du petit phélonion russe[19], court camail qui recouvre les épaules des clercs mineurs de ce rit et devenu le plus souvent solidaire de l’aube de nos jours :

Messe dans le rit arménien - cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix de Paris.

Messe dans le rit arménien – cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix de Paris.

Ordinations de diacres arméniens.

Ordinations de diacres arméniens.

CONCLUSION – L’empressement de Mgr Bugnini à faire disparaître les chasubles pliées (il note avec dédain que les chasubles pliées ne manqueront à personne)[20] fait resurgir une question plus large qui émerge naturellement lorsqu’on étudie les réformes liturgiques de 1951-1969 : ces réformes ont été présentées alors aux fidèles comme un heureux retour de la liturgie à l’antiquité chrétienne, enfin débarrassée des scories du bas Moyen-Age et de l’époque baroque. Mais dès lors, comment expliquer l’abandon dédaigneux de cet élément véritablement antique du rit romain que sont les chasubles pliées, précieux usage qui nous reliait à la prière et à la pratique même de nos Pères dans la foi des premiers siècles ? Hélas, cet exemple précis est loin d’être unique & l’on peut signaler l’abandon de nombreux éléments antiques au profit de pures créations intellectuelles au cours de ces réformes. Plus globalement, on pourra s’interroger sur la nature de la réforme liturgique de 1951 à 1969 : constitue-t-elle un développement organique continu de la liturgie de l’Eglise ou se situe-t-elle en rupture radicale avec la pratique pluri-séculaire du rit romain ?

Il est intéressant de constater qu’en divers endroits du monde, des communautés traditionnelles reprennent désormais l’usage des chasubles pliées. Gageons que ces communautés perçoivent que celles-ci constituent une part de la richesse symbolique que nous avait livrée la tradition et dont nous avons été injustement privés.

Messe de Mgr Amodeo au Panthéon. Rome.

Messe de Mgr Amodeo au Panthéon. Rome.

Chasuble pliée - Rome.

Chasuble pliée – Rome.

Mercredi des Cendres.

Mercredi des Cendres.

Londres.

Vendredi Saint. Londres.

Stolon noir du Vendredi Saint. Londres.

Stolon noir du Vendredi Saint. Londres.

Passion selon saint Matthieu - messe pontificale des Rameaux - Rome.

Passion selon saint Matthieu – messe pontificale des Rameaux – Rome.

Second dimanche de Carême 2016 - collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 – collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 - collégiale Saint-Just de Lyon.

Second dimanche de Carême 2016 – collégiale Saint-Just de Lyon.

A l'aspersion - second dimanche de Carême 2016 - Société Saint-Hugues de Cluny - Connecticut.

A l’aspersion – second dimanche de Carême 2016 – Société Saint-Hugues de Cluny – Connecticut.

Notez la chasuble transversale roulée - second dimanche de Carême 2016 - Société Saint-Hugues de Cluny - Connecticut.

Notez la chasuble transversale véritablement roulée – second dimanche de Carême 2016 – Société Saint-Hugues de Cluny – Connecticut.

Distribution des cierges de la Chandeleur 2016 - Institut du Christ-Roi - Gricigliano.

Distribution des cierges de la Chandeleur 2016 – Institut du Christ-Roi – Gricigliano.

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Notes :

Notes :    (↵ reviens au texte)
  1. Cf. De Oratoribus chap. XXXIX, attribué à Tacite (58 – c. 120).
  2. Notons l’existence de plusieurs chasubles qui auraient appartenues à saint Paul.
  3. Tertullien, De Oratione, chap. XV.
  4. Amalaire de Metz, De ecclesiasticis officiis, II, 19 (P.L. 105, 1095).
  5. A. King, Liturgy of the Roman Church, London-New York-Toronto, Longmans, 1957, p. 130.
  6. Encore que l’on note parfois des pliures ou des cordelettes sur celle du célébrant également ; ce fut l’usage de la cathédrale de Reims.
  7. De qualitate paramentorum tit. XIX, n. 6, 7. « In diebus vero ieiuniorum (præterquam in vigiliis Sanctorum) et in Dominicis et feriis Adventus et Quadragesimæ ac in vigilia Pentecostes ante Missam (exceptis Dominica Gaudete, si eius Missa infra hebdomadam repetatur, et Dominica Lætare, Vigilia Nativitatis Domini, Sabbato Sancto in benedictione Cerei et in Missa, ac quatuor temporibus Pentecostes) item in benedictione Candelarum et Processione in die Purificationis Beatæ Mariæ, et in benedictione Cinerum ac benedictione Palmarum et Processione, in Cathedralibus et præcipuis Ecclesiis utuntur Planetis plicatis ante pectus ; quam planetam Diaconus dimittit, etc. In minoribus autem Ecclesiis, prædictis diebus ieiuniorum Alba tantum induti ministrant : Subdiaconus cum manipulo, Diaconus etiam cum stola ab humero sinistro pendente sub dextrum ».
  8. « Si les ministres portent la chasuble pliée, le premier acolyte se lèvera durant la dernière collecte avant l’épître et retirera la chasuble pliée du sous-diacre, puis celui-ci recevra le livre, chantera l’épître, et baisera la main du célébrant ; après qu’il a rendu le livre, il revêtira de nouveau la chasuble pliée – soit près de l’autel, soit à la crédence – et transférera du côté de l’évangile le missel avec son coussin ou pupitre. » Pio Martinucci, Manuale sacrarum Cæromoniarum, chap. VI, n°14.
  9. « Après que le célébrant a commencé sa lecture [à voix basse] de l’évangile, le diacre descendra de l’autel par le côté, comme il a été dit. Près de la crédence, il déposera la chasuble pliée et se revêtira de l’étole large ; puis il prendra l’évangéliaire, l’apportera à l’autel, et accomplira la suite de ses fonctions. Pio Martinucci, Manuale sacrarum Cæromoniarum, chap. VI, n°15.
    Après la communion, lorsque le diacre a porté le missel (avec son coussin ou pupitre) du côté de l’épître, il descendra de l’autel par le côté et viendra à la crédence ; assisté par un acolyte, il déposera l’étole large et reprendra la chasuble pliée, après quoi il regagnera sa place derrière le célébrant. Pio Martinucci, ibidem n°20.
  10. Cæremoniale Episcoporum, Livre II, chap. XIII, n°3.
  11. Pierre Jean Baptiste de Herdt, Pratique de la liturgie selon le rit romain, p. 213.
  12. A. Pisacara Castaldo, Praxis caeremoniarum, Neapoli, Scoriggium, 1645, p. 178.
  13. B. Gavantus – G.M. Merato, Thesaurus Sacrorum Rituum, Venetiis, Balleoniana, 1792, I, p. 48.
  14. G. Braun, Die liturgischen Paramente, 1914, p. 98.
  15. Rubricæ generales XIX, n°137 : Planetæ plicatæ et stola latior amplius non adhibentur.
  16. En effet, en bonne rigueur les dalmatiques et tuniques violettes ne pouvaient servir que pour les trois dimanches de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime.
  17. Lequel conserve très souvent des structures bien plus anciennes que l’usage grec.
  18. Le lecteur-chantre utilise ordinairement un genre de tunique pour son office, le sticharion – στιχάριον. Notons que certaines paroisses ont tenté de restaurer un usage plus fréquent du petit phélonion.
  19. Selon l’avis de R. Pilkington, I riti orientali, Turin, L.I.C.E. – Berruti, p. 31.
  20. Cf. A. Bugnini – C. Braga, Ordo Hebdomadae Sanctae instauratus commentarium, Bibliotheca Ephemerides Liturgicae Sectio Historica 25, Roma, Edizioni Liturgiche, 1956, p. 56, nt. 28.

Les Quarante-Heures – histoire & liturgie

Les Quarante-Heures à l'Oratoire de Londres.

Les Quarante-Heures à l’Oratoire de Londres.

On désigne sous le terme de Quarante-Heures une supplication instante par laquelle on implore Dieu en se relayant dans l’adoration du Saint Sacrement exposé avec solennité 40 heures durant. Cette supplication a lieu le plus souvent et par tradition pendant les heures qui précèdent l’ouverture du Carême, du dimanche de la Quinquagésime au mardi avant les Cendres, mais peut se faire à d’autres moments de l’année.

HISTOIRE – Durant la Semaine Sainte, les fidèles veillaient dans les églises auprès de la représentation du sépulcre du Christ, depuis sa mort – à none du Vendredi Saint – jusqu’à sa résurrection, que la liturgie marquait par la procession pascale au petit matin de Pâques, soit environ 40 heures. Dans beaucoup d’endroits, le clergé ensevelissait le Corps du Christ en mettant une hostie dans le tombeau après la messe des Présanctifiés le Vendredi Saint, et c’est cette hostie qui était retirée du tombeau et conduite solennellement en procession pour être ramenée triomphalement à l’autel au matin de Pâques. Ce chiffre symbolique de 40 heures passées par le Christ dans la mort remonte à une haute tradition, il est déjà rapporté par saint Augustin (De Trinitate IV, 6 : Ab hora ergo mortis usque ad diluculum resurrectionis horæ sunt quadraginta, ut etiam ipsa hora nona connumeretur. Cui numero congruit etiam vita ejus super terram post resurrectionem in quadraginta diebus. Rappelons que la manière antique de décompter les heures ne correspond pas à notre pratique actuelle d’heures fixes de 60 minutes).

Machine des Quarante-Heures - église de Bottanuco.

Les Quarante-Heures – église de Bottanuco.

Cette vénération du Christ au tombeau – qui de fait, dans de larges parties de l’Europe médiévale, était aussi une véritable garde du Corps eucharistique au tombeau en attente de la résurrection – fut reprise à compter du XVIème siècle en dehors de la Semaine Sainte, en réponse aux négations protestantes de la présence réelle du Christ dans la sainte hostie hors de la messe.

Les Quarante-Heures – en tant que supplication exceptionnelle – virent le jour en effet à Milan en 1527, dans un contexte de guerres & de calamité (sac de Rome & invasion française du Milanais). Elles y furent instituées par Jean-Antoine Bellotti au début de chaque trimestre, et ce jusqu’en 1529. En 1537, le capucin milanais Giuseppe da Ferno les reprends et en fait une chaîne de prières solennelles avec procession eucharistique : lorsque une paroisse terminait ses Quarante-Heures, une autre prenait la relève, de sorte que le Saint Sacrement était adoré de façon perpétuelle (cette pratique est à l’origine de l’adoration perpétuelle). Saint Antoine-Marie Zaccaria (1502 † 1539), fondateur, à Milan toujours, des Clercs réguliers de saint Paul (ou Barnabites) les propage ardemment.

Les Quarante-Heures à Arrone en Italie.

Les Quarante-Heures à Arrone en Italie.

Les Capucins et les Barnabites contribuent rapidement à diffuser les Quarante-Heures en dehors de Milan. Giuseppe da Ferno les fait connaître, lors de ses missions des années 1537-1539 à Pavie, Sienne, Arezzo, son confrère François de Soriano les acclimate en Ombrie. En 1550, saint Philippe Néri les introduit à Rome et prend coutume de les organiser au début de chaque mois dans les différentes églises de confréries qu’il anime, dont celle de la Très-Sainte-Trinité-des-Pèlerins. A Messine, assiégée par les Turcs en 1552, ce sont les Jésuites qui les organisent pour demander et obtenir la libération de la ville. A partir de 1556, l’ordre des Jésuites prend l’habitude de faire la prière des Quarante-Heures du dimanche de la Quinquagésime au mardi avant les Cendres, pour expier les fautes qui se commettent durant la période du Carnaval.

Machine des Quarante-Heures de l'église de Bienno, Italie.

Machine des Quarante-Heures de l’église de Bienno, Italie.

En 1575, l’archevêque de Milan saint Charles Borromée, dans une lettre pastorale d’une éloquence admirable sur la sainteté du temps de la Septuagésime, déplore le malheur des chrétiens relâchés qui emploient si mal ces jours précieux, durant lesquels ils devraient s’appliquer spécialement à la prière et aux bonnes œuvres. A cet effet, saint Charles règle l’organisation des Quarante-Heures dans le plus grand diocèse d’Europe qu’il dirige : on exposera le Saint Sacrement les trois jours précédant le Carême, dans la cathédrale de Milan, et dans trente autres églises de la ville ; le matin et le soir il y aura procession solennelle, et MM. les Curés distribueront les heures de la journée à leurs paroissiens, de manière à ce qu’il y eût toujours un nombre assez considérable d’adorateurs devant le Très-Saint Sacrement.

Machine des Quarante-Heures de la paroisse de Colere - Italie.

Machine des Quarante-Heures de la paroisse de Colere – Italie.

Le 25 novembre 1592, le pape Clément VIII, par la Constitution Graves & diuturnæ, organise les Quarante-Heures dans la Ville de Rome à la manière de ce qu’avait fait précédemment Giuseppe da Ferno : de manière continue, les prières commençant dans telle église romaine au moment où elle se terminaient dans telle autre. En les instituant, le Pape demandait que la prière des Quarante-Heures soit alors effectuée pour 3 intentions :
1. pour le salut du royaume de France, alors déchiré par la succession d’Henri III,
2. pour la victoire de la Chrétienté contre les Turcs,
3. pour l’unité de l’Eglise.
Le Pape démarra cette chaîne de prières le 30 novembre 1592 à la Chapelle Sixtine.

Le pape Clément XI (1700 † 1721), publia le 21 janvier 1705 diverses directives pour le maintien de cette observance dans les églises de Rome.

Machine des Quarante-Heures napolitaine.

Machine des Quarante-Heures napolitaine.

Mais c’est surtout le pape Clément XII (1730 † 1740) qui les republia le 1erseptembre 1731, sous la forme d’une instruction en italien, l’Instruction clémentine, qui fixe le cadre liturgique des supplications des Quarante-Heures dans les église romaines. L’Instruction clémentine n’était – à strictement parler – rigoureusement obligatoire que dans la Ville éternelle, mais les règles générales qu’elle a édictées ont valeur partout, en vertu des rubriques et des décisions de la Sacré Congrégation des Rites (n. 2403). C’est, dit Stercky, « un excellent traité de l’exposition du Saint-Sacrement » auquel il est louable de se rapporter et de se conformer dans tous les diocèses du rit romain.

Mandement du cardinal de Noailles en 1725 pour les Quarante-Heures à Paris. Le télécharger.

Mandement du cardinal de Noailles en 1725 pour les Quarante-Heures à Paris.
Le télécharger.

LES QUARANTE-HEURES EN FRANCE – La France ne fut pas en reste de l’Italie, car dès 1574 un Jésuite, le R.P. Auger, avait obtenu de l’Archevêque de Paris que les Quarante-Heures soient organisées dans toutes les églises de notre capitale, malgré la forte opposition alors du curé de Saint-Eustache. De Paris, la supplication des Quarante-Heures se répandit rapidement dans toute la France. On les note à Rouen en 1584 et 1589, à l’Isle-sur-Sorgue & à Lyon en 1593, à Avignon en 1596, à Annemasse en 1597, à Thonon en 1598, à Marseille en 1599, à Gap en 1604, etc… Les Quarante-Heures sont célébrées très solennellement dans le cadre de missions de prédications, à l’initiative des Capucins, pour faire revenir à l’Eglise les fidèles égarées par le protestantisme, et soutenir et confirmer la foi des néophytes. Les Quarante-Heures deviennent dans notre pays une véritable « machine de guerre » de la Contre-Réforme catholique, déplaçant de grandes foules (100 000 personnes à Gap en 1618 par exemple) et réalisant de nombreuses conversions, par la convocation de tous les arts (des décors extraordinaires et des musiques magnifiques sont mis en place à chaque fois) pour exalter la Sainte Eucharistie.

Par le Bref Sacri apostolatus ministerio, le Pape Grégoire XV (qui régna de 1621 à 1623) exhorte les archevêques et évêques de France à organiser partout des prières des Quarante-Heures pour le « succès des entreprises royales contre les hérétiques du royaume, l’extirpation des hérésies & l’exaltation et la paix de notre Sainte Mère l’Eglise ». Ce bref accordait déjà une indulgence plénière aux fidèles français qui, après s’être confessés et avoir communié, priaient aux intentions du Souverain Pontife (cette indulgence est générale pour tout l’univers catholique depuis Pie XI en 1931). Peu après, en 1625, le pape Urbain VIII donna de plus aux capucins français (puis à d’autres ordres missionnaires), lorsqu’ils confessaient dans le cadre des Quarante-Heures, d’amples facultés d’absolution réservées ordinairement aux évêques, ce qui ne contribua pas peu aux succès des nombreuses missions capucines – toujours assorties de Quarante-Heures magnifiques – tout au long du XVIIème siècle dans notre pays (les fidèles préféraient venir en masse se confesser à des missionnaires de passage plutôt qu’à leur curé, qui – pour les cas réservés à l’évêque – ne pouvaient leur donner l’absolution !).

En 1617, à Cahors, la foule de ceux qui voulaient assister aux Quarante-Heures célébrées à l’église des Jésuites fut si nombreuse que cela entraina des émeutes. A Gap en 1628, où les Quarante-Heures enregistrèrent l’abjuration de 1500 protestants, des « hérétiques qui venaient des plus hautes montagnes du Dauphiné, entrant dans l’église et la voyant parée en si grande pompe et magnificence, éclairée avec tant de lumières pour honorer le Très-Saint Sacrement qui était exposé en évidence, se mettaient d’abord à genoux, croyant d’être dans le Paradis et disaient tout haut : Vive l’Eglise romaine qui est si magnifique et non pas le temple des ministres qui semblent des étables à bêtes » (Archives départementales des Hautes-Alpes, 3H2, 1, p. 89, cité in Bernard Dompnier, Un aspect de la dévotion eucharistique dans la France du XVIIe siècle : les prières des Quarante-Heures, Revue d’histoire de l’Eglise de France, 1981, Vol. 67, n°178, p. 17)

Si les Quarante-Heures étaient célébrées toute l’année pendant les missions capucines, comme en Italie, on en vint assez rapidement à les célébrer à la Quinquagésime, pour les 3 derniers jours avant le Carême. A Paris, l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet se met à célèbrer annuellement les Quarante-Heures à la Quinquagésime dès l’année 1616. Des actes de fondation établis entre 1628 et 1637 dans cette paroisse indiquent que les Quarante-Heures y étaient un grandiose préambule du Carême, assorti d’une invitation à la confession & à la communion. Ces actes décrivent assez bien comment se déroulaient alors ces supplications solennelles à Saint-Nicolas-du-Chardonnet : les sonneries des cloches devaient se faire comme au jour de première classe, le maître-autel devait être décoré de reliquaires, tableaux, d’un grand nombre de cierges « et autres ornements pieux & sacrés », « le tout avec l’appareil, ornements, cérémonies & solennité de fête solennelle comme du propre jour de la Fête-Dieu voire et au-delà autant que faire se peut. » La province des Capucins de Paris décide elle aussi d’organiser ses Quarante-Heures à la Quinquagésime dès 1621-1622. Mais ce furent les Jésuites français – et saint Jean-François Régis (1597 † 1640) tout particulièrement – qui généralisèrent dans notre pays l’usage italien de leur compagnie de faire les Quarante-Heures à la Quinquagésime en préambule du Carême.

1956 - Les Quarantes-Heures au sanctuaire de San Francesco de Geronimo.

1956 – Les Quarantes-Heures au sanctuaire de San Francesco de Geronimo.

La révolution française porta dans notre pays un coup certain aux Quarante-Heures, et il semble que l’usage de les faire soit devenu moins usuel au cours du XIXème siècle. Un indice de cette désaffection se rencontre dans les différents cérémoniaux et manuels de liturgie publiés au cours de ce siècle en France, où l’on ne trouve qu’exceptionnellement une description des cérémonies des Quarante Heures. La Semaine Religieuse du diocèse de Lyon constate ainsi en 1911 que « dans notre diocèse, il n’est guère possible d’observer à la lettre l’Instruction Clémentine, et de faire les Quarante-Heures sans interruption aucune de jour ni de nuit » (p. 218). Il est probable que la Seconde guerre mondiale porta un coup encore plus fatal à cette tradition, qui est demeurée pourtant vivace jusqu’aujourd’hui au Royaume Uni et en Italie, y compris dans le nouveau rit.

LA MACHINE DES QUARANTE-HEURES – Pour rehausser la solennité de l’exposition du Saint Sacrement durant les Quarante-Heures, la piété des fidèles, alliée à tout le génie décoratif de l’âge baroque, conçut de grandes construction temporaires afin d’y placer un trône élevé pour l’ostensoir, orné de très nombreux candélabres. Ces constructions temporaires pour les 3 jours de l’exposition reçurent le nom de « Machine des Quarante-Heures » (« Macchine delle Quarantore » en italien). La première machine semble avoir été conçue par les Jésuites de Rome. Les plus grands architectes et artistes collaborent à leurs réalisations, qui témoignent de l’extraordinaire piété de nos pères. Nicolas Poussin reçoit ainsi en 1633 la commande du Repos pendant la fuite en Egypte et de l’Adoration des Mages pour orner les Quarante-Heures d’un oratoire romain.

Voici la machine dessinée en 1650 pour les supplications des Quarante-Heures des Jésuites à l’église du Gesù de Rome :

Dessin de la machine des Quarante Heures en 1650 dans l'église jésuite du Gesù à Rome

Voici une gravure représentant le Pape Pie VI en adoration du Saint Sacrement disposé sur l’extraordinaire machine des Quarante-Heures conçue par le Bernin lui-même pour le Vatican :

Machine des Quarante-Heures pour le Vatican conçue par le Bernin - gravure de Desprez

Louis-Jean Desprez (Auxerre, 1743 – Stockholm, 1804) et Francesco Piranesi (Rome, 1758/9 – Paris, 1810) – « Pie VI en adoration dans la Chapelle Pauline pendant la cérémonie des Quarante Heures », vers 1783-1785. Aquarelle et gouache (Desprez) sur traits gravés (Piranese). Source : La Galerie Tarantino, que nous remercions vivement ici pour cette aide iconographique.

Voici encore quatre dessins de machines des Quarante-Heure du XVIIème siècle :

  • Le premier porte une indication manuscrite indiquant que la machine comportait 140 lumières
  • Le second est un projet de décor des Quarante-Heures. Rome, fin du XVIIème siècle. Source : Galerie Tarantino.
  • Le Troisième est un projet de décor pour les Quarante-Heures figurant le « Retour des explorateurs du pays de Canaan » par Giacinto Calandrucci (élève de Maratta), vendu à la National Gallery de Washington (lesdits explorateurs avaient passés 40 jours à explorer Canaan).
  • Beneduci di Orzinuovi – dessin d’une machine des Quarante-Heures.

Voici une vidéo de la machine des Quarante-Heures de l’église Santa Maria dell’Orto à Rome, toujours en usage (mais pour le reposoir du Jeudi Saint). Exécutée en 1848, elle comporte 231 cierges. Elle est l’oeuvre d’un certain Luigi Clementi, et a coûté, selon les archives, 500 écus pour le travail du bois et 50 autres pour la dorure.

SYMBOLISME DU NOMBRE 40 – Le nombre 40 se retrouve de très nombreuses fois dans l’Ecriture, où souvent, il est en relation avec la rencontre avec Dieu. En voici les principales occurrences. Ainsi :

REGLES LITURGIQUES – Les supplications des Quarante Heures sont régies par l’Instruction clémentine, promulguée en 1731 par le pape Clément XII à partir d’une première publication réalisée par le pape Clément XI en 1705. Ce document est cité en neuvième lieu dans la liste officielle des livres liturgiques de l’Eglise romaine (Sacré Congrégation des Rites, n°4266 du 17 mai 1911). Nous sommes heureux de vous offrir en téléchargement cette instruction sur notre site :

L’Instruction est divisée en 37 paragraphes dont le cadre nous fournira une présentation succincte des règles liturgiques pour la célébration des Quarante-Heures :

Les Quarante-Heures à l'Oratoire de Londres

Les Quarante-Heures à l’Oratoire de Londres

Règles générales

  • Un signe extérieur (un écu ou une bannière) doit être apposé auprès de la porte principale de l’église où le Saint-Sacrement est exposé solennellement. Ce signe doit comporter un symbole du Saint Sacrement, afin que le peuple sache que les Quarante-Heures se déroulent dans cette église.
  • L’autel où a lieu l’exposition ne doit présenter aucune relique de saints ni de symboles funèbres. Il est régulièrement le maître-autel de l’église. Si une peinture figure sur le retable de cet autel, elle doit être recouverte d’un tissu blanc ou rouge. De même pour les statues de saints qui orneraient l’autel (mais pas celles d’anges tenant des candélabres).
  • Sur l’autel doit être placé un trône élevé où sera placé l’ostensoir renfermant le Saint Sacrement. Des draperies blanches (galonnées d’or précise Barbier de Montault) formant dais ou baldaquin pourront être disposées, en particulier si le trône n’est pas couvert.
  • Les parements & la décoration de l’autel doivent être de couleur blanche et ne pas cacher l’ostensoir.
  • On ne placera jamais de fleurs devant le tabernacle. Les fleurs ne sont pas prohibées mais doivent rester discrètes. A Rome, on n’en met pas.
  • De jour comme de nuit, il convient qu’un minimum de 20 cierges brûlent en permanence à cet autel.
  • On ne placera pas de luminaire derrière l’hostie pour tenter de la faire briller.
  • Les fenêtres de l’église proches de l’autel de l’exposition pourront être occultées, l’idéal étant de faire briller les cierges de l’autel au milieu des ténèbres, afin de favoriser la concentration et la prière.
  • Un banc pour s’agenouiller est préparé et sera placé pour l’adoration du clergé au bas des marches de l’autel d’exposition une fois la messe d’exposition et sa procession finies. Ce banc pourra être couvert de rouge ou de vert.
  • La réserve eucharistique – si elle est conservée habituellement à l’autel de l’exposition – devra être placée à un autre autel. En tout état de cause, la communion ne pourra jamais être reçue à l’autel de l’exposition.
  • Les cloches doivent sonner avec solennité la veille du début de l’exposition à l’Angelus, puis une demi-heure avant le coucher du soleil et une heure après celui-ci. Durant l’exposition, les cloches de l’église doivent sonner chaque heure, de nuit comme de jour.
  • Le Saint Sacrement ne devra pas être visible de la rue durant l’adoration (pour éviter les blasphèmes, en particulier pendant le temps de Carnaval). Un drap devra être tendu au niveau de la porte d’entrée, si nécessaire, pour occulter la vue de l’autel de l’exposition depuis la rue.
  • Si les Quarante-Heures se tiennent de coutume à partir du dimanche de la Quinquagésime, on peut aussi les pratiquer toute l’année sauf durant le Triduum pascal où elles sont bien sûr interdites. Cependant, si pendant que durent les Quarante-Heures, devaient avoir lieu la bénédiction des cierges et la procession de la Chandeleur, la distribution des Cendres du Mercredi saint, la bénédiction et la procession des Rameaux, l’exposition du Saint Sacrement devrait être interrompue durant la durée de ces cérémonies et reprendraient après elles. Des règles spécifiques existent également dans le cas où les Quarante-Heures comprennent le 2 novembre.

Tenues des clercs & des laïcs

  • Deux membres du clergé devraient adorer en permanence le Saint-Sacrement.
  • L’usage de l’étole ne leur est pas prescrit pendant qu’ils adorent.
  • Les clercs qui entretiennent le luminaire seront toujours en surplis. Des laïcs peuvent suppléer ces clercs, à condition de revêtir la soutane et le surplis lors de l’entretient des cierges.
  • La génuflexion à deux genoux doit se faire toutes les fois qu’on entre ou qu’on quitte le sanctuaire où est exposé le Saint Sacrement, et chaque fois qu’on passe devant celui-ci.

Célébration de la messe

  • La messe ne sera jamais célébrée à l’autel de l’exposition, si ce n’est le 1er jour pour la messe d’exposition (encore que celle-ci ne débute « techniquement » en réalité qu’après la procession qui suit ladite messe) et le 3ème jour pour la reposition.
  • Les messes de l’exposition (le 1er jour) et de la reposition (le 3ème jour) seront des messes votives solennelles du Saint Sacrement (avec Gloria et Credo), chantées avec ministres sacrés (diacres & sous-diacres), sauf si ces messes votives sont empêchées par la messe du jour. Les jours empêchés, on dira la messe du jour avec mémoire du Saint Sacrement sous une seule conclusion. Toutefois l’antependium de l’autel d’exposition et le voile huméral seront toujours blancs, quelle que soit la couleur de la messe qui est célébrée.
  • Le 2nd jour on célèbrera une messe votive solennelle avec ministres sacrés, pour la paix ou pour une autre nécessité (avec Gloria – sauf si la messe est en ornements violets), selon les prescriptions de l’évêque.
  • Cette messe du 2nd jour ne sera célébrée ni à l’autel de l’exposition, ni à celui où serait conservée la réserve eucharistique.
  • Pendant la durée de l’exposition, on ne doit célébrer aucune messe de requiem.
  • L’antependium de l’autel de l’exposition sera toujours blanc, quelle que soit la couleur de la messe et de l’office du jour.
  • Lorsque le Saint Sacrement est exposé il est défendu de faire usage de la clochette aux messes basses. Il convient que son usage soit aussi interdit aux messes solennelles.
  • Il est de même interdit de faire toute quête dans l’église pendant que le Très-Saint Sacrement est exposé, ni d’y disposer des troncs spéciaux.
  • Les prédications pendant les Quarante-Heures ne sont pas encouragées ; mais si toutefois elles ont lieu, elles doivent être brèves et ne devront porter que sur l’Eucharistie ; il est interdit au prédicateur de faire usage de la barrette et de l’étole. Le prédicateur devra se placer de biais près de l’autel de l’exposition de sorte qu’aucun fidèle n’ait à tourner le dos à celui-ci.

Particularités de la messe d’exposition

  • L’autel est préparé avant la messe pour l’exposition mais seuls les six cierges habituels seront allumés au début de la messe. La croix de l’autel reste à sa place. Un corporal peut être placé au trône d’exposition, si celui-ci est distinct de l’emplacement de la croix de l’autel. L’ostensoir sera préparé, recouvert d’un voile blanc, ainsi que le livre qui devra servir aux prières finales après la procession (on les trouve dans le Rituale Romanum par exemple). On préparera aussi le dais, les cierges à porter pendant la procession et deux encensoirs pour celle-ci.
  • A cette messe du 1er jour, le célébrant consacre deux grandes hosties, dont l’une servira pour l’exposition.
  • L’ostensoir est placé sur le corporal après la communion.
  • A partir du moment où la seconde grande hostie a été renfermée dans l’ostensoir par le diacre, le reste de la messe est célébré avec les rubriques de la Missa coram Sanctissimo :
    • le célébrant et ses ministres font la génuflexion devant le Saint Sacrement chaque fois qu’ils s’approchent ou se retirent du milieu de l’autel,
    • lorsque le célébrant ou le diacre s’adressent au peuple (pour le Dominus vobiscum, l’Ite, missa est et la bénédiction finale), ils se placent de biais côté évangile afin de ne pas tourner le dos au Très-Saint Sacrement
    • au cours du dernier évangile, le célébrant génuflecte à Et Verbum caro factum est en se tournant vers le Corps du Seigneur.
  • Après le dernier évangile, le célébrant et ses ministres génuflectent à deux genoux au bas des marches de l’autel puis vont à la banquette où ils déposent leurs manipules, le célébrant laissant la chasuble pour prendre la chape, tout en ayant soin de ne pas tourner le dos se faisant au Saint Sacrement. La croix, les canons et le missel sont retirés de l’autel. Les deux thuriféraires viennent de la sacristie avec les éventuels céroféraires. Ils génuflectent à deux genoux en passant devant l’autel. Le célébrant impose l’encens – sans le bénir – aux deux encensoirs, à la banquette même (seule exception liturgique où cela se rencontre), assisté du diacre pendant que le sous-diacre soulève sa chape. Le célébrant et ses ministres vont s’agenouiller au pied de l’autel et il encense (avec l’encensoir du premier thuriféraire) le Saint Sacrement (comme au salut) puis reçoit le voile huméral blanc du cérémoniaire, que le sous-diacre attache. Le célébrant monte les marches avec ses ministres et s’agenouille. Le diacre, ayant fait la génuflexion sur le marchepied, prend l’ostensoir et le remet au célébrant agenouillé. Pendant ce temps, on forme la procession.

Procession du Saint Sacrement
Celle-ci ressemble beaucoup à la procession de la Fête-Dieu :

  • Les chantres entonnent alors l’hymne Pange lingua et la procession se met en marche.
  • Les confréries doivent marcher devant la croix et le clergé.
  • Le porte-croix est vêtu du surplis (et non de la tunique) et accompagné de deux acolytes et suivis des chantres.
  • Huit prêtres ou clercs doivent marcher devant le dais. Tous ont la tête découverte et il n’est pas permis de porter une calotte pour raison de santé.
  • Tous (clergé & peuple) portent des cierges en l’honneur du Saint Sacrement, qu’ils tiennent de la main extérieure.
  • Les ecclésiastiques parés ne peuvent revêtir que des ornements blancs.
  • Sur le parcours de la procession, on ne peut représenter des tableaux vivants de saints par des garçons ou des filles (cela se faisait beaucoup en France au XVIIème siècle).
  • Le clergé porte le dais. Toutefois, les magistrats les plus dignes peuvent les relayer pour porter les hampes du dais, mais seulement en dehors de l’église.
  • Deux thuriféraires devant le dais doivent encenser continuellement le Saint Sacrement sans se retourner.
  • Le célébrant, même évêque, doit marcher et porter l’ostensoir dans ses mains, et non à l’aide d’une quelconque machine.
  • Toutes les cloches doivent sonner pendant la procession, non seulement celles de l’église, mais aussi celles d’auprès desquelles la procession passerait. La procession peut aussi ne se faire que dans l’église (auquel cas elle prendrait par la droite en sortant du chœur pour prendre le bas-côté, puis remonterait l’allée centrale).
  • Si le parcours est long, un ou deux reposoirs peuvent être aménagés.
  • Au retour de la procession à l’autel où va avoir l’exposition, le diacre reçoit l’ostensoir du célébrant et le place sur le trône d’exposition. On chante alors les deux dernières strophes de l’hymne Pange lingua : Tantum ergo et Genitori Genitoque.
  • L’officiant impose l’encens & encense le Saint Sacrement comme à l’ordinaire.
  • Deux chantres viennent alors s’agenouiller au milieu du chœur et commencent les litanies des saints. Tous restent à genoux. Après les litanies, le célébrant toujours à genoux, entonne le Pater noster qui est continué en secret. Les chantres entonnent ensuite le psaume 69 Deus, in adjutorium meum intende que le chœur poursuit en dialoguant. Puis le célébrant chante les versets Salvos fac servos tuos et suivants. Il se lève à Dominus vobiscum et chante les 5 oraisons des Quarante-Heures sur le ton férial. Après ces oraisons, le célébrant chante le verset Domine, exaudi orationem meam, les chantres chantent le verset Exaudiat nos omnipotens et misericors Dominus et le célébrant termine recto tono sur une note grave : Fidelium animæ per misericordiam Dei requiescant in pace. Commence alors l’adoration du Saint Sacrement.
Messe de reposition des Quarante-Heures célébrée devant le Saint-Sacrement exposé.

Messe de reposition des Quarante-Heures célébrée devant le Saint-Sacrement exposé.

Particularités de la reposition
La reposition à la fin des Quarante-Heures est sensiblement identique à l’exposition, avec toutefois l’ordre suivant : messe / litanies des saints / procession / fin des litanies (au lieu de messe / procession / litanies des saints).

  • La messe de reposition doit être chantée à l’autel de l’exposition, devant le Saint Sacrement exposé, et doit, de ce fait, suivre les rubriques de la missa coram Sanctissimo.
  • A la fin de la messe, comme à la messe d’exposition, le célébrant et ses ministres vont à la banquette retirer manipules et chasuble ; le célébrant prend la chape. La croix d’autel (si il y en avait une d’utilisée), les canons d’autel et le missel sont retirés de l’autel, un corporal est déployé au centre de celui-ci, la clef du tabernacle et un voile huméral blanc sont préparés.
  • Les ministres sacrés & le célébrant reviennent s’agenouiller sur la première marche au bas de l’autel. Deux chantres, agenouillés au milieu de l’autel, chantent les litanies des saints suivies du psaume 69. Le célébrant chante les versets jusqu’au verset Domine exaudi orationem meam et sa réponse.
  • Vers la fin des litanies des saints, deux thuriféraires sont allés préparer les deux encensoirs, la procession se forme et on distribue à tous des cierges.
  • Quand le verset Domine exaudi orationem meam et sa réponse ont été chantés, le célébrant se lève et impose l’encens dans les deux encensoirs, sans bénir. Il reçoit le voile huméral et monte les marches avec ses ministres. Là le diacre donne au célébrant agenouillé l’ostensoir, comme au premier jour et on part en procession.
  • Pendant la procession, on chante le Pange lingua, comme au premier jour des Quarante-Heures, puis on revient à l’autel. Le diacre dépose l’ostensoir sur le corporal au milieu de l’autel. Les deux dernières strophes du Pange lingua (Tantum ergo & Genitori Genitoque) sont alors chantées, le Saint Sacrement étant encensé comme à l’ordinaire durant la dernière strophe.
  • Comme au salut, les chantres chantent le verset Panem de cœlo, le célébrant se lève pour chanter l’oraison du Saint Sacrement Deus qui nobis sub sacramento mirabili (sans Dominus vobiscum, comme à l’ordinaire) et ajoute les 4 autres prières des Quarante-Heures, comme au premier jour.
  • Comme au premier jour, après ces oraisons, le célébrant chante le verset Domine, exaudi orationem meam, les chantres chantent le verset Exaudiat nos omnipotens et misericors Dominus et le célébrant termine recto tono sur une note grave : Fidelium animæ per misericordiam Dei requiescant in pace.
  • Le célébrant donne alors la bénédiction du Saint Sacrement, comme à l’ordinaire. Le diacre remet le Très-Saint Sacrement au tabernacle, tous éteignent leurs cierges et on rentre à la sacristie après avoir salué l’autel.

Rit parisien – Antienne de Magnificat Quod autem cecidit – Ières vêpres du dimanche de la Quinquagésime

Dominica in Sexagesima
Ad primas vesperas

Magnificat

Rit parisien - Antienne de Magnificat Quod autem cecidit - Ières vêpres du dimanche de la Sexagésime - intonation

Magnificat IIIème ton en B

Mon âme glorifie le Seigneur ;

Et exsultávit IIIème ton en B

Et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur,

Qui-a respéxit humilitátem an-cíl-læ su-æ : *
ec-ce enim ex hoc beátam me dicent omnes genera-tió-nes.
Parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante ; & désormais je serai appelée bienheureuse dans la succession de tous les siècles.
Qui-a fecit mihi magna qui po-tens est : *
& sanc-tum no-men e-jus.
Car il a fait en moi de grandes choses, lui qui est tout-puissant, & de qui le nom est saint.
Et mi-sericórdia ejus a progénie in progé-ni-es *
ti-mén-ti-bus e-um.
Sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Fe-cit poténtiam in brá-chio su-o : *
dis-pér-sit supérbos mente cor-dis su-i.
Il a déployé la force de son bras. Il a dissipé ceux qui s’élevaient d’orgueil dans les pensées de leur cœur.
De--suit po-tén-tes de se-de, *
et e-xaltá-vit -miles.
Il a arraché les grands de leur trône, & il a élevé les petits.
E-su-rientes im-plé-vit bo-nis : *
& -vites dimísit i-nes.
Il a rempli de biens ceux qui étaient affamés, & il a renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Sus--pit Israel -erum su-um : *
re-cor-dátus misericórdi su-æ,
S’étant souvenu de sa miséricorde, il a pris en sa protection Israël son serviteur,
Si-cut locútus est ad pa-tres nos-tros, *
A-bra-ham et sémini ejus in -cula.
Selon la promesse qu’il a faite à nos pères, à Abraham & à sa race pour toujours.
Gló-ri-a Pa-tri, et Fí-li-o, *
et Spi-rítu-i Sanc-to.
Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
Si-cut erat in princípio, et nunc, et sem-per, *
et in sæcula sæculó-rum. A-men.
Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.

Rit parisien - Antienne de Magnificat Quod autem cecidit - Ières vêpres du dimanche de la SexagésimeAnt. Enfin ce qui tombe dans la bonne terre,
marque ceux qui ayant écouté la parole avec un cœur bon, la retiennent,
et portent du fruit par la patience.

Oratio

Si l’officiant est au moins diacre, il dit recto tono :

V/. Dóminus vobíscum. V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et cum spíritu tuo. R/. Et avec votre esprit.

Si l’officiant n’est pas au moins diacre, il dit recto tono :

V/. Dómine, exáudi oratiónem meam. V/. Seigneur, exaucez ma prière.
R/. Et clamor meus ad te véniat. R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

L’officiant chante l’oraison du dimanche recto tono.

Orémus. – Deus, qui cónspicis, quia ex nulla nostra actióne confídimus : concéde propítius : ut contra advérsa ómnia, Doctóris géntium protectióne muniámur. Prions. – Dieu qui vois que nous ne pouvons nous confier à aucune de nos actions, dans votre bonté défendez-nous contre toute adversité, par la protection du Docteur des Gentils.
Per Dóminum nostrum Jesum Christum Fílium tuum, qui tecum vivit & regnat in unitáte Spiritus sancti Deus : per ómnia sæcula sæculórum. Par notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, qui avec vous vit et règne en l’unité du Saint Esprit, Dieu pour tous les siècles des siècles.
R/. Amen. R/. Amen.

Télécharger le propre de ce dimanche à vêpres.

Sources : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID : 0003873. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656 – Magnificat : Psalterium Parisiense de 1494 (Sainte-Geneviève OEXV 805 Rés.).

Louis-Nicolas de Clérambault – Motet pour le dimanche de la Quinquagésime : Domine, ante te

Louis-Nicolas de Clérambault (1676 † 1749), organiste de Saint-Sulpice & de la Maison royale de Saint-Cyr.
Motet pour le dimanche de la Quinquagésime : Domine, ante te.
2 voix égales & basse continue.
4 pages – Mi mineur.

Ce motet pour le dimanche de la Quinquagésime a été composé par Clérambault pour être chanté par les demoiselles de la Maison royale de Saint-Cyr. Il est le premier d’une série de trois motets prévus pour être chantés aux saluts du Très-Saint Sacrement des trois jours qui précèdent le Carême.

Ce motet de la Quinquagésime assemble trois versets de trois psaumes différents (traduction de Pierre Thomas du Fossé (1634 † 1698) pour la Bible de Port-Royal) :

Dómine, ante te omne desidérium meum : * et gémitus meus a te non est abscónditus. Seigneur ! tout mon désir est exposé à vos yeux ; et mon gémissement ne vous est point caché (Psaume 37, 10).
Delíctum meum cógnitum tibi feci : * et injustítiam meam non abscondi. Je vous ai fait connaître mon péché, et je n’ai point caché mon injustice (Psaume 31, 5).
Vide humilitátem meam, & labórem meum : * et dimítte univérsa delícta mea. Regardez l’état si humilié et si pénible où je me trouve ; et remettez-moi tous mes péchés (Psaume 24, 18).

Chaque verset est introduit par une soliste, avant d’être repris en chœur. Dans ses conseils d’exécution, Clérambault indique une grande latitude d’adaptation en fonctions des effectifs. Nous proposons, outre la version à deux voix de femmes, une partition pour deux voix d’hommes.

Ce motet de Clérambault prend la suite d’un motet sur le même texte & pour la même destination, en ré mineur, qu’avait composé pour Saint-Cyr son prédécesseur Guillaume-Gabriel Nivers (1632 † 1714). Ce motet ne comportait une voix seule alternant avec le chœur à une voix. Ce précédent motet était lui-même un remaniement d’un motet plus ancien écrit par Nivers pour une voix seule, en sol mineur (le texte du dernier verset était toutefois différent) pour être chanté aux saluts quel que soit le temps de l’année (in Motets à voix seule, accompagnée de la basse continue, et quelques autres motets à deux voix, propres pour les religieuses, avec l’art d’accompagner sur la basse continue, pour l’orgue et le clavecin, par le sieur Nivers, organiste de la Chapelle du roy et de l’église Saint-Sulpice. A Paris, chez l’auteur, 1689).

Les premières mesures de cette partition :

Louis-Nicolas de Clérambault - Motet pour le dimanche de la Quinquagésime - Domine, ante te

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Rit parisien – Antienne de Magnificat Erunt primi novissimi – Ières vêpres du dimanche de la Sexagésime

Dominica in Sexagesima
Ad primas vesperas

Magnificat

Rit parisien - Antienne de Magnificat Erunt primi novissimi - Ières vêpres du dimanche de la Sexagésime - intonation

Magnificat Ier ton en A

Mon âme glorifie le Seigneur ;

Et exsultávit Ier ton en A

Et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur,

Qui-a respéxit humilitátem ancíl-læ su-æ : *
ec-ce enim ex hoc beátam me dicent omnes gene-ra-tió-nes.
Parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante ; & désormais je serai appelée bienheureuse dans la succession de tous les siècles.
Qui-a fecit mihi ma-gna qui po-tens est : *
& sanc-tum no-men e-jus.
Car il a fait en moi de grandes choses, lui qui est tout-puissant, & de qui le nom est saint.
Et mi-sericórdia ejus a progéni-e in progé-ni-es *
ti-mén-ti-bus e-um.
Sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Fe-cit poténtiam in brá-chio su-o : *
dis-pér-sit supérbos mente cor-dis su-i.
Il a déployé la force de son bras. Il a dissipé ceux qui s’élevaient d’orgueil dans les pensées de leur cœur.
De--suit potén-tes de se-de, *
et e-xal-tá-vit -miles.
Il a arraché les grands de leur trône, & il a élevé les petits.
E-su-rientes implé-vit bo-nis : *
& -vites dimí-sit i-nes.
Il a rempli de biens ceux qui étaient affamés, & il a renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Sus--pit Isra-el -erum su-um : *
re-cor-dátus misericór-di-æ su-æ,
S’étant souvenu de sa miséricorde, il a pris en sa protection Israël son serviteur,
Si-cut locútus est ad pa-tres nos-tros, *
A-bra-ham et sémini e-jus in -cula.
Selon la promesse qu’il a faite à nos pères, à Abraham & à sa race pour toujours.
Gló-ria Pa-tri, et Fí-li-o, *
et Spi-rí-tu-i Sanc-to.
Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
Si-cut erat in princípio, et nunc, et sem-per, *
et in sæcula sæcu-rum. A-men.
Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.

Rit parisien - Antienne de Magnificat Erunt primi novissimi - Ières vêpres du dimanche de la Sexagésime Ant. Les premiers seront les derniers & les derniers les premiers ;
beaucoup en effet sont appelés, mais peu sont élus, dit le Seigneur.

Oratio

Si l’officiant est au moins diacre, il dit recto tono :

V/. Dóminus vobíscum. V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et cum spíritu tuo. R/. Et avec votre esprit.

Si l’officiant n’est pas au moins diacre, il dit recto tono :

V/. Dómine, exáudi oratiónem meam. V/. Seigneur, exaucez ma prière.
R/. Et clamor meus ad te véniat. R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

L’officiant chante l’oraison du dimanche recto tono.

Orémus. – Preces pópuli tui, quæsumus, Dómine, cleménter exáudi : ut, qui juste pro peccátis nostris afflígimur, pro tui nóminis glória misericórditer liberémur. Prions. – Aux prières de votre peuple, Seigneur, montrez-vous favorable ; et, pour votre gloire, faites que nous soyons libérés, par miséricorde, de ce que, en justice, nous souffrons pour nos péchés.
Per Dóminum nostrum Jesum Christum Fílium tuum, qui tecum vivit & regnat in unitáte Spiritus sancti Deus : per ómnia sæcula sæculórum. Par notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, qui avec vous vit et règne en l’unité du Saint Esprit, Dieu pour tous les siècles des siècles.
R/. Amen. R/. Amen.

Télécharger le propre de ce dimanche à vêpres.

Sources : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID : 0003873. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656 – Magnificat : Psalterium Parisiense de 1494 (Sainte-Geneviève OEXV 805 Rés.).

Le temps d’Avant-Carême (Septuagésime) dans les liturgies chrétiennes : antiquité & universalité

SeptuagesimeDans toutes les anciennes liturgies chrétiennes, on retrouve une période préparatoire au grand jeûne du Carême, pendant laquelle les fidèles sont avertis de l’arrivée de cette période majeure de l’année liturgique, afin qu’ils puissent débuter progressivement les exercices d’ascèse qui les accompagneront jusqu’à Pâques. Cette période préparatoire au Carême dure en général 3 semaines dans la plupart des rites. Dans le rit romain, ces 3 dimanches portent les nom de Septuagésime, Sexagésime & Quinquagésime. Ces appellations proviennent du système de comptage en usage dans l’antiquité et désignent la décade dans laquelle tombe chacun de ces dimanches. Ils précèdent le premier dimanche de Carême (Quadragésime).

Les Eglises de traditions syriaque et copte ont conservé un état plus ancien comprenant des périodes de jeûne plus courtes, le jeûne des Ninivites et le jeûne d’Héraclius, à partir desquelles s’est probablement constituée la période d’Avant-Carême des autres rits.

Le souvenir de la fragilité humaine, la méditation sur les fins dernières et par conséquence la prières pour les morts sont des éléments récurrents de cette période liturgique.

Inexplicablement, le rit moderne de Paul VI a supprimé de son année liturgique ce temps d’Avant-Carême, qui avait pourtant pour lui à la fois l’antiquité & l’universalité.
 

Aux origines de l’Avant-Carême : le jeûne des Ninivites

Jonas & la baleine

« Le Seigneur parla une seconde fois à Jonas, et lui dit : Allez présentement en la grande ville de Ninive, et prêchez-y ce que je vous ordonne. Jonas partit aussitôt, et alla à Ninive, selon l’ordre du Seigneur : Ninive était une grande ville qui avait trois jours de chemin. Et Jonas y étant entré, y marcha pendant un jour ; et il cria en disant : Dans quarante jours Ninive sera détruite. Les Ninivites crurent Dieu ; ils ordonnèrent un jeûne public, et se couvrirent de sacs, depuis le plus grand jusqu’au plus petit. Cette nouvelle ayant été portée au roi de Ninive, il se leva de son trône, quitta ses habits, se couvrit d’un sac, et s’assit sur la cendre. Ensuite il fit crier partout et publier dans Ninive cet ordre, comme venant de la bouche du roi et de ses princes : Que les hommes, les chevaux, les bœufs et les brebis ne mangent rien, qu’on ne les mène point aux pâturages, et qu’ils ne boivent point d’eau. Que les hommes et les bêtes soient couverts de sacs, et qu’ils crient au Seigneur de toute leur force : que chacun se convertisse ; qu’il quitte sa mauvaise voie, et l’iniquité dont ses mains sont souillées. Qui sait si Dieu ne se retournera point vers nous pour nous pardonner, s’il n’apaisera point sa fureur et sa colère, et s’il ne changera point l’arrêt qu’il a donné pour nous perdre ? Dieu donc considéra leurs œuvres ; il vit qu’ils s’étaient convertis en quittant leur mauvaise voie  ; et la compassion qu’il eut d’eux, l’empêcha de leur envoyer les maux qu’il avait résolu de leur faire. »
Jonas III.

Jonas est rejeté par la Baleine devant NinivePour commémorer le jeûne des Ninivites, les Eglises de Syrie instituèrent un jeûne qui se déroule à partir du lundi de la 3ème semaine avant le début du Carême (correspondant au lundi de la Septuagésime romaine). Ces jours de jeûne sont appelés Baʻūṯá d-Ninwáyé en syriaque, expression qu’on peut rendre par Rogation (ou Supplication) des Ninivites. Il semble que ce jeûne durait initialement toute la semaine, plus précisément du lundi au vendredi, car le jeûne du samedi et du dimanche sont inconnus en Orient (mais l’abstinence sans jeûne pouvait se prolonger pour ces deux jours) ; le jeûne de Ninive fut réduit ultérieurement à 3 jours : lundi, mardi et mercredi (le jeudi est devenu un « jour d’action de grâce des Ninivites » dans le rit assyro-chaldéen). Traditionnellement, on explique le chiffre de ces trois jours de jeûne par les trois jours passés par Jonas dans la baleine. Ce jeûne de Ninive, très strict, est toujours pratiqué par les différentes Eglises araméennes tant de tradition orientale (Eglise chaldéenne, Eglise assyrienne, Eglises syro-malabares) que de tradition occidentale (Eglises syriaques). On y lit le livre de Jonas cité ci-dessus (chez les Assyro-Chaldéens, à la messe du 3ème jour). Ce jeûne est resté très populaire, certains fidèles vont jusqu’à ne pas boire ni manger pendant les trois jours. Seule parmi les Eglises de tradition syriaque, l’Eglise maronite ne connait plus de nos jours le jeûne des Ninivites à proprement parler (mais cette Eglise a adopté la disposition qu’on retrouvera plus loin des trois dimanches de préparation au Grand Carême).

Les neufs saints syriens qui évangélisèrent les campagnes d'Ethiopie au VIème siècleL’Eglise copte d’Egypte, de même que l’Eglise éthiopienne, a reçu des Eglises syriennes cet usage de la Supplication des Ninivites. Dans la liturgie copte égyptienne, ces 3 jours de rogation en mémoire du Jeûne de Ninive (appelé aussi « Jeûne de Jonas ») suivent strictement les usages liturgiques de Carême (la messe est célébrée après vêpres, les hymnes sont chantées sur le ton de Carême & sans cymbales, les lectures sont lues dans le lectionnaire de Carême). Le jeûne de Ninive fut adopté par l’Eglise copte d’Egypte sous le 62ème patriarche d’Alexandrie, Abraham (ou Ephrem) (975 † 978), qui était d’origine syrienne. Il est possible que l’adoption du jeûne de Ninive en Ethiopie fusse plus ancienne (le premier évêque d’Axoum, saint Frumence, était syrien d’origine et l’Eglise d’Ethiopie fut réorganisée au VIème siècles par le groupe des neufs saints syriens, qui contribuèrent grandement à l’évangélisation des campagnes éthiopiennes. Le jeûne de Ninive (Soma Nanawe) est très sévère dans l’Eglise d’Ethiopie et nul ne peut s’en dispenser.

Saint Grégoire l'Illuminateur et le baptême de l'ArménieA quand remonte l’institution du jeûne des Ninivites chez les Syriaques ? Il est probable que ce jeûne fut pratiqué à une haute époque, en voici quelques indices. Saint Ephrem, diacre d’Edesse, compose des hymnes sur le jeûne des Ninivites (il semble que la période de jeûne soit alors d’une semaine et non de 3 jours comme aujourd’hui). L’Eglise arménienne connaît un jeûne de Ninive qui dure cinq jours : il commence le même lundi que les Eglises syriaques (3ème lundi avant le début du Carême) & s’arrête au vendredi suivant (où l’on fait mention de l’appel de Jonas aux Ninivites), soit une semaine complète (on ne jeûne jamais ni le samedi ni le dimanche chez les Arméniens, ce qui est une constante en Orient). Ces jours connaissent un jeûne et une abstinence sévères, semblable à ceux du grand Carême et les auteurs arméniens posent qu’ils ont été institués par saint Grégoire l’Illuminateur au moment de la conversion générale des Arméniens en 301. Il est probable que saint Grégoire l’Illuminateur ne faisait que reprendre une coutume déjà en vigueur chez les chrétiens syriaques voisins. L’institution de ce jeûne – qui paraît être ancienne chez les assyro-chaldéens, pourrait être passée (ou réactivée) au VIème siècle chez leurs cousins les syriaques jacobites par l’action de saint Maruthua, catholicos jacobite de Tagrit, à l’occasion d’une épidémie de peste dans la région de Ninive. Il est possible que la réduction du jeûne à 3 jours au lieu d’une semaine remonte à cette époque.
 

Aux origines de l’Avant-Carême : la semaine de la Quinquagésime, le jeûne d’Héraclius, la semaine de la Tyrophagie

En Orient comme en Occident, la semaine qui précède immédiatement le Carême se revêt très tôt d’un caractère pénitentiel : on y débute une première abstinence, celle des viandes. Rappelons que dans l’Eglise primitive, les chrétiens suivent un régime strictement végétalien durant tout le Carême. Au cours de la semaine qui précède immédiatement le Carême (Quinquagésime latine, Tyrophagie byzantine), si les viandes sont retranchées, en revanche les laitages, les œufs et les autres produits d’origine animale restent encore consommés.

Le Christ au désert servi par les Anges - Philippe de ChampaignePour mieux comprendre l’origine de cette semaine précédant le Carême, rappelons que celui-ci dure 7 semaines en Orient et 6 semaines en Occident. En Orient, où l’on ne jeûne ni le samedi (hormis le samedi saint) ni le dimanche, cela fait donc un Carême de 36 jours de jeûne. En Occident, où l’on jeûne le samedi mais jamais le dimanche, on arrivait donc (avant saint Grégoire le Grand) au compte identique de 36 jours de jeûne. Pour compenser les jours de jeûne manquants et atteindre le chiffre symbolique de 40 (les 40 jours de jeûne du Christ au désert) en tenant compte de la possible occurrence de fêtes qui suppriment le jeûne (principalement l’Annonciation), de pieux chrétiens choisirent d’anticiper d’une semaine le début officiel du Carême.

La communion de saint Grégoire le GrandLa suppression des viandes la semaine précédant le Carême est tôt attestée en Occident. Le dimanche de la Quinquagésime est appelé dans les anciens livres latins « Dominica ad carnes tollendas » ou « Dominica ad carnes levandas » (d’où le nom de Carnaval…), ce qui indiquait bien qu’on commençait à retrancher les viandes au lendemain de ce dimanche, pour ne passer au régime strictement végétalien du Carême que la semaine suivante. Le premier dimanche de Carême qui suit est lui qualifié de « in capite jejunii » (au début du jeûne). Rappelons qu’avant saint Grégoire le Grand, le Carême romain ne commençait qu’au lundi qui suit le premier dimanche de Carême (disposition conservée chez les Ambrosiens & chez les Mozarabes). Saint Grégoire fit commencer le jeûne au mercredi de la Quinquagésime afin d’arriver à un compte rond de 40 jours de jeûne (pour autant, le rit romain jusqu’à nos jours maintient l’ordonnance des offices de la Quinquagésime après le mercredi des Cendres, les rubriques propres au Carême ne commencent qu’aux premières vêpres du Ier dimanche de Carême).

Saint Léon le GrandL’institution du dimanche de la Quinquagésime est attribuée dans le Liber Pontificalis au pape saint Télesphore, 8ème pape de 125 à 136–138. Cette attribution est peut-être légendaire, mais comme la notice relative au pape Télesphore fut rédigée sous le pape saint Hormisdas (514 † 523), on peut en inférer que cet usage était déjà immémorial à cette époque pour pouvoir être attribué de façon plausible à un pontificat aussi ancien. Le sacramentaire léonien contient une messe de la Quinquagésime ; ses textes passent pour avoir été rédigés sous le pape Vigile vers 538.

En Orient, on peut suivre également les indices précoces de l’établissement de la Semaine de la Tyrophagie (Semaine des Laitages) une semaine avant le Carême. La pèlerine Egérie (Itinéraire 27, 1) rapporte dans son récit qu’une huitième semaine de pénitence était en usage à Jérusalem dès le IVème siècle. Au Vème – VIème siècle, les lectionnaires georgiens, qui témoignent de la liturgie de Jérusalem pour cette période, témoignent de l’existence de lectures particulières pour les deux dimanches qui précèdent le Carême.

Saint Dorothée de Gaza au VIème siècle témoigne que l’institution d’une semaine de pénitence en préambule du Carême est déjà ancienne et ne remonte pas à son temps :

« Ce sont les Pères qui, par la suite, convinrent d’ajouter une autre semaine, à la fois pour exercer à l’avance et comme pour disposer ceux qui vont se livrer au labeur du jeûne, & pour honorer ces jeûnes par le chiffre de la Sainte Quarantaine que notre Seigneur passa lui-même dans le jeûne. »
Dorothée de Gaza, Œuvres spirituelles XV, 159.

L'empereur Héraclius défait l'empereur perse ChosroèsL’usage d’une semaine d’ascèse immédiatement avant l’ouverture du Carême, déjà attesté avant le VIème siècle (Saint Sévère d’Antioche la compte dans sa description du Carême), va être sanctionné par des décisions officielles au VIIème siècle sous le règne d’Héraclius. L’origine du jeûne d’Héraclius est incertaine. La majorité des auteurs la met en relation avec les évènements de la guerre qui eut lieu entre l’Empire romain byzantin et l’Empire perse sassanide de 602 à 628, durant laquelle les populations juives de Palestine entrèrent en rébellion contre les chrétiens et le pouvoir de Constantinople et s’allièrent avec les troupes perses, ce qui aboutit à la chute de Jérusalem aux mains des Perses, à la perte de la relique de la Vraie Croix, emportée en Perse, et au massacre de 90 000 chrétiens. Lorsqu’en 629 Héraclius entra triomphalement dans Jérusalem reconquise par les troupes byzantines, toutes les églises chrétiennes, dont le Saint-Sépulchre, étaient ruinées ; l’empereur ordonna un massacre des milices juives rebelles, en dépit d’une promesse d’amnistie qu’il leur avait faite. En pénitence de ce parjure, le patriarche de l’Eglise de Jérusalem institua une semaine de jeûne avant le début du Grand Carême. Cette ordonnance ne devait durer initialement que 70 ans mais perdure encore aujourd’hui sous ce nom de Jeûne d’Héraclius chez les coptes d’Egypte et d’Ethiopie. A côté de cette explication, la plus répandue, on néglige en général une autre : Héraclius prescrivit à ses troupes une semaine d’abstinence des viandes et de réduction aux laitages lors de la sixième année de ses guerres contre les Perses, afin d’implorer Dieu pour la victoire. Il est d’ailleurs possible que les deux explications soient vraies et plus que probable qu’elles ne faisaient que sanctionner un usage déjà bien répandu. Au siècle suivant, saint Jean Damascène témoigne que le Carême est précédé d’une semaine préparatoire (cf. Du Jeûne sacré, 5).

L’institution d’une semaine de jeûne mitigé juste avant le grand Carême, observée très tôt tant en Orient qu’en Occident, possédait deux vertus, l’une symbolique et l’autre pratique : d’une part, ces jours de semi-jeûne étaient perçus comme une compensation pour atteindre le compte des 40 jours effectifs de jeûne ; d’autre part le passage au régime végétalien strict du Carême était facilité car plus progressif.
 

Synthèse du jeûne des Ninivites et de la Semaine sans viande – extension de l’Avant-Carême sur trois semaines

On l’a vu, au sixième siècle, l’usage de faire précéder le Carême d’une semaine d’abstinence de viandes est déjà bien installé en Orient et en Occident. Seul le 24ème canon du concile d’Orléans de 511 en proscrit l’observance, ce qui a contrario prouve qu’elle tendait à se répandre dès avant cette date dans la France mérovingienne. Certaines Eglises en Orient ajoutent le jeûne des Ninivites dans la 3ème semaine précédant le Carême. Il était dès lors tentant de relier ces deux périodes, et d’étendre l’Avant-Carême d’une à trois semaines.

Eglise arménienneIl est possible qu’en Orient ce pont liturgique entre Carême et le jeûne de Ninive fut jeté en premier en Arménie. Le temps de l’Avant-Carême arménien s’appelle Aratchavor. Il comporte trois dimanches, la Septuagésime s’appelant Barekendam (ou dernier jour gras). La première semaine est stricte & consacrée au jeûne des Ninivites (institué par saint Grégoire l’Illuminateur au IVème siècle). La seconde & la troisième semaine sont moins marquées par la pénitence, on n’y observe que les jeûnes des mercredis & des vendredis.

Sacramentaire de Charles le Chauve : folio 3 r° : saint Grégoire le Grand dicte ses livres liturgiques à ses scribes, sous l'inspiration du Saint-EspritA Rome, c’est dès le cours du VIème siècle que le dimanche de la Quinquagésime se voit lui-même précédé de deux autres dimanches : Sexagésime & Septuagésime. L’Epistolier de Victor de Capoue (datant de 546) atteste de la présence du dimanche de la Sexagésime dès cette époque. Le sacramentaire gélasien ancien (Vat. Reg. 316) contient des textes d’oraisons propres pour la Septuagésime et la Sexagésime. Les stations des trois dimanches sont fixées sous les papes Pélage Ier (556 † 561) & Jean III (561 † 574) dans les basiliques de Saint-Laurent, Saint-Paul et Saint-Pierre. On possède les homélies prononcées par saint Grégoire le Grand pour la Septuagésime, la Sexagésime & la Quinquagésime. Il est du reste plus que probable que saint Grégoire ait remanié la liturgie de ces trois dimanches, en accentuant leur caractère pénitentiel. Le plus ancien lectionnaire romain connu, le lectionnaire dit de Würzburg, rédigé dans la première moitié du VIème siècle, qui fut en usage en Gaule et qui correspond à la structure du sacramentaire gélasien ancien, témoigne que les lectures des 3 dimanches de Septuagésime, Sexagésime & Quinquagésime que nous utilisons encore aujourd’hui étaient déjà en usage. La plupart des variantes diocésaines médiévales du rit romain comportaient aussi des lectures spéciales pour les mercredis et vendredis de ces trois semaines, rappelant que ces jours de jeûnes connaissaient à l’origine des stations liturgiques spéciales.

L’Avant-Carême existe aussi dans la tradition ambrosienne. Les trois dimanches s’appellent comme au romain : Septuagésime, Sexagésime & Quinquagésime. On notera que l’Alleluia n’y est pas supprimé (il le sera au dimanche de Quadragésime, la veille du début du jeûne). Les textes employés pour ces trois dimanches sont très différents de ceux du rit romain, ce qui n’aurait pas été le cas si la Septuagésime n’avait pas été très ancienne à Milan et si elle avait été empruntée à Rome. Citons le beau Transitorium de la messe de la Septuagésime, qui annonce le programme de ce temps spécial d’Avant-Carême :

Convertímini * omnes simul ad Deum mundo corde, & ánimo, in oratióne, jejúniis & vigíliis multis : fúndite preces vestras cum lácrymis : ut deleátis chirógrapha peccatórum vestrórum, priúsquam vobis repentínus supervéniat intéritus ; ántequam vos profúndum mortis absórbeat : & cum Creátor noster advénerit, parátos nos invéniat.

Convertissez-vous tous à Dieu, d’un cœur & d’une âme purs, dans la prière, les jeûnes et les veilles nombreuses. Répandez vos prières avec larmes, afin d’effacez la sentence méritée par vos péchés, avant que la mort ne vienne tout à coup fondre sur vous ; avant que le gouffre de la mort ne vous engloutisse. Et quand notre Créateur adviendra , qu’il nous trouve prêts.

Si l’on considère que le Carême à Rome commençait avant l’époque de saint Grégoire le Grand (fin du VIème siècle) au lundi suivant le Ier dimanche de Carême (comme c’est le cas encore à Milan & à Tolède), et en faisant coïncider ce dimanche avec celui qui précède le Carême byzantin (dimanche de l’Expulsion d’Adam), voici les correspondances entre les Avant-Carêmes romain & byzantin :

Rit romain

Rit byzantin

Septuagésime Dimanche du Publicain & du Pharisien
Sexagésime Dimanche du Fils prodigue
Quinquagésime Dimanche du Jugement dernier
Dernier jour des viandes avant la Semaine de la Tyrophagie
Ier dimanche de Carême Dimanche de l’Expulsion d’Adam

Le rit byzantin choisit au cours de cette période de faire lire des évangiles préparant les fidèles à la pénitence du Carême. L’organisation des trois semaines est attestée par le Typikon de la Grande Eglise (IXème-Xème siècle) ; l’absence de documents liturgiques plus anciens ne permet pas de préciser davantage le temps de cette organisation. A noter que dans la première semaine, celle qui suit le dimanche du Publicain & du Pharisien, & à la suite de polémiques médiévales complexes, les byzantins suppriment complètement tout jeûne, même ceux habituels du mercredi & du vendredi, afin de se démarquer du jeûne des Arméniens de cette même semaine.

Seuls quelques rares rits, isolés du courant général de la chrétienté par les progrès de l’Islam, n’ont pas développé les trois semaine de l’Avant-Carême. Le rit hispano-mozarabe est ainsi resté au stade primitif antérieur au début du VIème siècle d’un seul dimanche préparant le Carême (Quinquagésime). Ce dimanche est appelé dans ce rit Dominica ante carnes tollendas, ce qui indique que le Carême était bien précédé d’une semaine où l’on retranchait les viandes mais pas encore les laitages ni les autres produits non strictement végétaliens. L’Egypte et l’Ethiopie possèdent à la fois le jeûne de Ninive et le jeûne d’Héraclius, mais n’ont pas englobé ces deux jeûnes dans une période d’Avant-Carême. Chez les Ethiopiens toutefois, le dimanche correspondant à la Sexagésime latine – quoique compté encore liturgiquement dans le temps après l’Epiphanie – est fixé de fait par rapport au dimanche suivant (Quinquagésime – Za-Warada ou Qabbaka som) : il s’agit du dimanche du Fiancé (Zamana Qebbala Mar’awi) (car on utilise Matthieu 25, 1-13 dans le texte des antiennes) ; il marque aussi l’arrêt du temps où les mariages sont possibles. Les Assyro-Chaldéens enfin s’en sont tenus aux Rogations des Ninivites et ne connaissent pas l’équivalent de la Quinquagésime.
 

L’Avant-Carême & la méditation sur la fragilité humaine

Ayant montré l’antiquité & l’universalité de la période d’Avant-Carême dans les différents rits, nous terminons cette présentation par la mise en lumière de thèmes récurrents employés par les liturgies d’Orient & d’Occident.
 

La lecture de la Genèse : méditation sur la chute de l’homme et la nécessité de la Rédemption

Adam fut privé des délices du Paradis * par l’amertume du fruit ; * sa gourmandise lui fit rejeter * le commandement du Seigneur ; * il fut condamné à travailler * la terre dont il était lui-même formé ; * à la sueur de son front * il dut gagner le pain qu’il mangeait. * Aussi, gardons la tempérance, pour ne pas devoir comme lui * pleurer devant la porte du Paradis, * mais efforçons-nous d’y entrer.
Cathisme des matines du dimanche de l’Expulsion d’Adam

L’hymnographie byzantine du dimanche qui précède immédiatement le premier jour du Carême (qui donc techniquement correspond en fait au Ier dimanche de Carême des latins) est consacrée à la Création et au péché d’Adam & Eve, mettant en rapport la gourmandise de notre premier père & le jeûne de 40 jours du Seigneur au désert. De fait, on retrouve fréquemment la lecture du livre de la Genèse soit au début du Carême, soit remontée trois semaine au dimanche de la Septuagésime. Au rit romain, on commence encore la lecture de la Genèse aux matines du dimanche de la Septuagésime ; à sa suite les autres livres de la Bible sont lus dans l’ordre tout au long de l’année liturgique.
 

Le souvenir de la mort & les fins dernières

La méditation sur la chute d’Adam s’est naturellement accompagnée de celle sur la fragilité de l’homme, sa mort, et la nécessité de faire pénitence avant le jugement dernier.

L’introït par lequel s’ouvre la messe romaine du dimanche de la Septuagésime est parfaitement éloquent :

Circumdederunt me * gémitus mortis, dolóres inférni circumdedérunt me : et in tribulatióne mea invocávi Dóminum, et exáudivit de templo sancto suo vocem meam.   Les angoisses de la mort m’ont environné et les douleurs de l’enfer m’ont assailli ; dans ma tribulation, j’ai invoqué le Seigneur, et il a exaucé de son saint Temple ma voix.

Media vita : répons pour la Septuagésime de Notker Le BègueLe Media vita est lui aussi un texte encore souvent chanté durant la Septuagésime dans le rit romain. Cette antienne dont l’origine semble remonter au VIIIème siècle fut par la suite transformée en répons (lui-même plutôt intégré dans le temps du Carême). Au Moyen-Age, son texte dramatique lui assura une grande ferveur, on le chantait sur les champs de bataille. En voici la traduction :

R/. Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort : quel secours chercher, sinon toi, Seigneur ? toi qui à bon droit es irrité de nos péchés : * Saint Dieu, Saint fort, Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livre pas à la mort amère. V/. En toi ont espéré nos pères : ils ont espéré et tu les as libéré. V/. Vers toi ont crié nos pères : ils ont crié et ne furent pas confondus. V/. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.

Dans le rit byzantin, le dimanche du Jugement dernier (qui correspond à notre Quinquagésime) fait de même tourner les regards des fidèles vers les fins dernières.
 

La prière pour les morts

Comme la liturgie de l’Avant-Carême nous rappelle notre condition mortelle déchue par le péché, ce temps est aussi devenu dans beaucoup de traditions liturgiques un moment privilégié pour prier pour les morts.

Dans le rit arménien, le jeudi de la Quinquagésime (dernier jeudi avant le début du Carême) est consacré à la commémoraison de tous les défunts.

Dans le rit byzantin, le samedi qui précède immédiatement le dimanche du Jugement dernier est dédié – bien logiquement – à la prière pour tous les fidèles défunts. Son existence est attesté dans le typikon de la Grande Eglise (IXème – Xème siècle, document majeur qui nous décrit l’organisation des offices à Sainte-Sophie).

Dans le rit assyro-chaldéen, le vendredi de la seconde semaine avant le Carême (notre Vendredi de la Sexagésime) est consacré à la commémoraison de tous les fidèles défunts.

Chez les Maronites, les trois dimanches d’Avant-Carême sont consacrées au souvenir des morts : le dimanche des prêtres défunts (Septuagésime), le dimanche des Justes & droits (Sexagésime), le dimanche des fidèles défunts (Quinquagésime). La disposition de l’Avant-Carême syriaque jacobite est sans doute plus primitif : jeûne des Ninivites (Sawmo d’ninwoyé – du lundi au mercredi de la Septuagésime), dimanche des prêtres défunts (Kohné – Sexagésime), dimanche des fidèles défunts (‘Aneedé – Quinquagésime).
 

Conclusions

Les acteurs de la réforme liturgique du missel de Paul VI ont inexplicablement supprimé le temps de la Septuagésime, cet antique élément du rit romain, sans égard pour son antiquité et son universalité (la Septuagésime avait même été conservée dans le Book of Common Prayer des Anglicans et chez nombre de communautés luthériennes !). Cet article a permis de préciser les points suivants :

1. Dans toutes les traditions liturgiques, le Carême est précédé d’une période pénitentielle. Cette période est à l’origine soit le jeune des Ninivites, dans la troisième semaine avant le Carême, soit la semaine qui précède immédiatement le Carême (Tyrophagie / Quinquagésime / jeûne d’Héraclius). Les plus anciens témoignages de cette période d’Avant-Carême remontent au IVème siècle (saint Grégoire l’Illuminateur, saint Ephrem, Egérie à Jérusalem). Les Coptes d’Egypte & d’Ethiopie connaissent ces deux jeûnes, le rit Mozarabe ne connaît que la Quinquagésime, les Assyro-Chaldéens que les Rogations des Ninivites. A partir du début du VIème siècle, l’Avant-Carême se développe & s’étend sur les trois semaines précédent le Carême (rits romain, ambrosien, byzantin, arménien, syro-jacobite, maronite).

2. Ce temps est conçu comme une entrée progressive dans le Carême, permettant une ascèse graduée & une préparation spirituelle. Cet aspect est mis en avant par le protoprêtre Alexandre Schmemann dans sa description des dimanches d’Avant-Carème :

« Trois semaines avant que ne commence réellement le Grand Carême, nous entrons dans une période de préparation. C’est une caractéristique constante de notre tradition liturgique que chaque événement liturgique majeur – Noël, Pâques, Carême, etc, est annoncé et préparé longtemps à l’avance. Connaissant notre manque de concentration, l’état « matérialiste » de notre vie, l’Église attire notre attention sur l’aspect important de l’événement qui s’approche, nous invite à en méditer les différentes « dimensions » ; dès lors, avant que nous ne puissions pratiquer le Grand Carême, on nous en donne la théologie de base. »
Protopresbyter Alexander Schmemann, The Liturgical Structure of Lent.

3. La médiation sur la chute de l’homme et les fins dernières (avec pour conséquence l’institution fréquente de prières pour les fidèles défunts) constituent des éléments récurrents dans les différents rits.

Sortie du dimanche de la Quinquagésime – improvisation sur Ave Regina cœlorum

Bruno Rattini aux grandes orgues de Saint-Eugène.

Sortie de la messe du dimanche de la Quinquagésime (10 février 2013), dernière pièce d’orgue avant le Carême, pendant lequel l’orgue ne pourra plus se faire entendre seul.

Catéchisme sur la Septuagésime

Evangile de la Septuagésime

Demande. Comment appelle-t-on le 9ème dimanche avant Pâques ?
Réponse. On l’appelle le Dimanche de la Septuagésime.

D. Qu’il y a-t-il de particulier dans l’Eglise le Dimanche de la Septuagésime ?
R. L’Eglise commence en ce jour un temps particulier de pénitence.
Explication. L’Eglise regarde le temps depuis la Septuagésime jusqu’au carême comme un temps de pénitence, & une préparation au jeûne du carême, comme le carême est lui-même la préparation à la grande solennité de Pâques. Voilà pourquoi l’Eglise retranche ses chants de joie en ce temps & prend la couleur violette, qui est le symbole de la mortification.

D. Pourquoi l’Eglise commence-t-elle déjà ce temps particulier de mortification ?
R. Afin que les fidèles se préparent de bonne heure à la grande fête de Pâques.
Explication. Une excellente manière de se préparer à la pénitence du carême & à la communion pascale, est de se confesser dans le temps de la Septuagésime. L’Eglise, qui ordonne de se confesser au moins chaque année, désire qu’on le fasse avant le carême, afin que par cette précaution on soit plus en état de profiter des grâces attachées à ce saint temps, & mieux disposés à participer aux saints mystères. Cette confession permettra aussi de gagner l’indulgence plénière des Quarante Heures, comme on le verra ci après.

D. L’Eglise n’a-t-elle pas d’autres raisons en commençant la pénitence à la Septuagésime ?
R. Oui : c’est pour empêcher les chrétiens de se livrer aux honteux divertissements du carnaval.
Explication. Les divertissements du carnaval sont un reste du paganisme. Il est inconcevable qu’il faille les défendre à des chrétiens. Se peut-il que la veille d’un temps consacré à pleurer les péchés, on s’y plonge sans mesure ? Peut-on recevoir des cendres, symbole de l’humiliation, en sortant du tumulte des assemblées mondaines & licencieuses  ?

D. Qu’à fait l’Eglise pour s’opposer aux divertissements du carnaval ?
R. L’Eglise a institué les prières des Quarante Heures.

D. Qu’est-ce que la solennité des Quarante Heures ?
R. C’est une dévotion établie pour empêcher les chrétiens de se livrer aux désordres du carnaval, & pour demander pardon à Dieu des excès & des péchés qui s’y commettent.
Explication. Dans la première institution de cette dévotion, le Saint Sacrement était exposé pendant quarante heures, ce qui a donné le nom à cette pratique de piété. Depuis le Bref de Clément XIII, le temps n’est plus obligatoirement fixé à quarante heures. On expose le Saint Sacrement pendant plusieurs jours, si l’on veut, ou pendant un seul qui est désigné. L’indulgence plénière est accordée à ceux qui, confessés & communiés, visitent le Saint Sacrement pendant ce temps, & prient pour la conversion des pécheurs & des infidèles, pour l’exaltation de l’Eglise, la paix entre les Princes chrétiens.

D. Que faut-il faire pour sanctifier le temps de la Septuagésime jusqu’au carême ?
R. Trois choses.
1. Faire tous ces exercices de piété dans un esprit de pénitence.
2. Ne prendre aucune part aux divertissements défendus du carnaval, & empêcher ceux qui dépendent de nous de s’y livrer.
3. Se préparer à approcher saintement des sacrements de Pénitence & d’Eucharistie pour gagner l’indulgence des Quarante Heures.

Abbé Meusy, Catéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Programme du dimanche de la Sexagésime

Saint-Eugène, le dimanche 19 février 2017, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

> Catéchisme sur la Septuagésime

> Le temps d’Avant-Carême (Septuagésime) dans les liturgies chrétiennes : antiquité & universalité

Le dimanche de la Sexagésime est le IInd des dimanches de l’Avant-Carême du rit romain. A l’office nocturne, l’Eglise poursuit la lecture du livre de la Genèse, commencée au dimanche de la Septuagésime, avec l’histoire de Noé.

A la messe se chante l’évangile de la parabole du Semeur. A Rome, la station de ce dimanche se célèbre à Saint-Paul-hors-les-Murs, d’où l’importante portion de la Seconde Epître aux Corinthiens où Paul livre l’intimité de ses combats et de ses grâces apostoliques.

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Programme du dimanche du Jugement dernier ou de l’Apocréo (dernier jour des viandes) – après-fête de la Rencontre du Seigneur – ton 2

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 19 février 2017 du calendrier grégorien – 5 février 2017 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15. Après la divine liturgie, pannychide pour tous les paroissiens décédés dans l’année.

Dimanche du ton II de l’Octoèque. Ce dimanche est appelé dimanche du jugement dernier en raison du péricope de l’évangile lu ce jour (Matthieu 25, 31-46) et correspond au dimanche de la Quinquagésime du rit romain.

L’hymnographie propre à ce dimanche traite largement de ce thème du jugement dernier ; cela a entraîné que le samedi – samedi de l’Apocréo – qui le précède soit devenu consacré à la prière pour tous les fidèles défunts dans le rit byzantin.

Ce dimanche est aussi appelé dimanche de l’Apocréo (ou de Carnaval – ce mot à la même étymologie, latine, que le mot Apocreo venant du grec : carnes levandas en latin, ce qui signifie « où l’on retire les viandes ») marque le dernier jour où les fidèles peuvent user de la viande, et ce jusqu’à Pâques. Le retranchement de la viande se faisait également à partir du dimanche de la Quinquagésime en Occident.

Fête de la Rencontre du SeigneurCe dimanche se combine cette année avec l’après-fête de la Rencontre du Seigneur (Hypapante), appelée en Occident Purification de la Sainte Vierge ou « Chandeleur » (les livres liturgiques occidentaux appelaient aussi autrefois cette fête Occursum Domini. Du reste, deux pièces de la liturgie byzantine – le tropaire et le premier des apostiches idiomèles – ont été transcrites en latin au VIIIème siècle pour servir à la procession latine de la Chandeleur.

Aux heures
A tierce : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de la fête. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : de la fête.
A sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de la fête. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : du Triode.

Tropaires des Béatitudes : quatre tropaires du ton dominical occurrent, quatre tropaires de la 6ème ode du canon du Triode, œuvre de saint Théodore Studite (759 † 826), & 4 tropaires de la 7ème ode du canon de la fête (œuvre de saint Côme de Maïouma)  :
1. Reprenant la prière du bon Larron, * ô Christ, nous te disons : * Souviens-toi de nous, Seigneur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
2. Ta croix, nous te l’offrons * pour la rémission de nos péchés : * Seigneur, tu l’as supportée ** par amour pour les hommes.
3. Devant ta Sépulture & ta sainte Résurrection, * Maître, nous nous prosternons : * par elles tu rachetas de la corruption, ** Ami des hommes, le monde entier.
4. Seigneur, l’empire de la Mort * par ta mort fut englouti, * & par ta sainte Résurrection, ** Dieu sauveur, tu as sauvé l’univers.
5. Dans ton terrible avènement, Christ, quand Tu viendras du ciel * quand les trônes seront posés, quand les livres seront ouverts ** alors épargne, Sauveur, épargne ta créature.
6. Là Dieu sera Juge. Rien ne pourra t’aider * ni zèle, ni art, ni gloire, ni amitié ** sinon ta force qui vient des œuvres, mon âme.
7. Là où seront ensemble le roi et le prince, le pauvre et le riche, mon âme * nul père ne donnera sa force, nulle mère n’aidera ** nul frère ne délivrera de la condamnation.
8. Pense, mon âme, au terrible réquisitoire du Juge, et tremble dès ici bas. * Prépare ce que tu as à dire ** pour n’être pas condamnée dans les liens éternels.
9. Toi qui dans la fournaise couvris de rosée * les Jeunes Gens bénissant le Seigneur * et choisis pour demeure la Vierge immaculée, * nous te louons comme Verbe et chantons : ** Dieu de nos Pères, Seigneur, tu es béni.
10. Je m’en vais informer Adam aux Enfers * et porter à la mère des vivants * la bonne nouvelle, s’écria Siméon, * exultant avec les Prophètes et disant : ** Dieu de nos Pères, Seigneur, tu es béni.
11. Afin de sauver le genre humain, * jusqu’aux Enfers descendra notre Dieu ; * aux captifs il donnera la rémission, * aux aveugles la vue, aux muets de chanter : ** Dieu de nos Pères, Seigneur, tu es béni.
12. Et toi, prédit à la divine Mère Siméon, * Toute-pure, un glaive transpercera ton cœur * lorsque tu verras sur la croix * ton Fils, pour lequel nous chantons : ** Dieu de nos Pères, Seigneur, tu es béni.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 2 : Lorsque tu descendis jusqu’en la mort, * ô Vie immortelle, * l’Enfer fut tué par la splendeur de ta divinité. * Lorsque tu relevas les morts des bas-fonds, * toutes les vertus célestes te clamèrent : * Donateur de vie, Christ Dieu, gloire à toi !
2. Tropaire de la fête, ton 1 : Je te salue, pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu : * de toi, en effet, s’est levé le soleil de justice, le Christ notre Dieu, * illuminant ceux qui sont dans les ténèbres ; * et toi, juste vieillard, * sois dans la joie, * car tu as reçu dans tes bras le libérateur de nos âmes, ** celui qui nous donne la résurrection.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Kondakion du Triode, ton 1 : Lorsque Tu viendras, ô Dieu, sur la terre dans la gloire * et que trembleront toutes choses, * un fleuve de feu emportera tout devant le tribunal, * les livres seront ouverts et les secrets révélés. * Alors, délivre-moi du feu qui ne s’éteint pas ** et rends-moi digne de me tenir à ta droite, ô très juste Juge.
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion de la fête, ton 1 : Tu as sanctifié le sein virginal par ta nativité * et Tu as béni les bras de Syméon, comme il convenait ; * Tu es venu et Tu nous as sauvés en ce jour, Christ-Dieu, * dans ses guerres, donne la paix à Ta cité * et affermis les chrétiens orthodoxes ** que Tu as aimés, Toi seul Ami des hommes.

Prokimen
Du dimanche du Jugement dernier, ton 3 :
R/. Grand est le Seigneur, et grande est sa force, et sa sagesse n’a pas de bornes (Psaume 146, 5).
V/. Louez le Seigneur parce qu’il est bon de le louer ; que la louange que l’on donne à Dieu lui soit agréable & digne de lui (Psaume 146, 1).
De la fête, ton 3 :
R/. Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur (Luc I, 46).

Epître
Du dimanche du Jugement dernier : I Corinthiens (§ 140), VIII, 8 – IX, 2.
Les aliments ne nous rendront pas agréables à Dieu : si nous mangeons, nous n’en aurons rien davantage ; ni rien de moins, si nous ne mangeons pas.

Alleluia
Du dimanche du Jugement dernier, ton 8 :
V/. Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons le Dieu qui nous sauve
(Psaume 94, 1).
V/. Allons devant lui en actions de grâces, au son des musiques, acclamons-le
(Psaume 94, 2).
De la fête, ton 8 :
V/. Maintenant laisse s’en aller ton serviteur, Maître, selon ta parole, dans la paix. (Luc II, 29).

Evangile
Du dimanche du Jugement dernier : Matthieu (§ 106), XXV, 31-46.
Et ceux-ci iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle.

Versets de communion
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1).
De la fête : J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur (Psaume 115, 13). Alleluia, alleluia, alleluia.

Télécharger le livret des choristes pour ce dimanche.
Télécharger le livret des choristes pour le chant de la pannychide.

Programme du dimanche de la Septuagésime

Saint-Eugène, le dimanche 12 février 2017, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

> Catéchisme sur la Septuagésime

> Le temps d’Avant-Carême (Septuagésime) dans les liturgies chrétiennes : antiquité & universalité
 
La Septuagésime nous prépare au Carême en nous invitant à penser à notre destinée. Ce temps d’Avant-Carême est caractérisé par la mise en place des règles liturgiques suivantes, propre à marquer la pénitence :

1. La couleur violette sert à l’office & à la messe du Temps de la Septuagésime pour tous les vêtements & ornements liturgiques.

2. L’Alleluia est supprimé depuis la fin des Ières vêpres de la Septuagésime jusqu’à la vigile pascale. A la fin des Ières vêpres de la Septuagésime, on fait l’adieu de l’Alleluia (Clausum Alleluia) : 2 chantres chantent en conclusion de ces vêpres, sur le ton de Pâques  :

V/. Benedicamus Domino, alleluia, alleluia.

Et on y répond :

R/. Deo gratias, alleluia, alleluia.

Après ce renvoi, l’Alleluia qui termine chaque Deus, in adjutorium au début de tous les offices est remplacé par Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ (Louange à toi, Seigneur, Roi d’éternelle gloire).

A la messe, l’Alleluia qui suit le graduel est remplacé par le chant du trait le dimanche & aux jours de fête (on ne chante que le graduel seul aux messes fériales).

3. Les glorieuses hymnes que sont le Te Deum à l’office de la nuit et le Gloria in excelsis Deo à la messe sont supprimées. Elles reviendront à Pâques (et, pour le Gloria in excelsis Deo, à titre exceptionnel à la messe du Jeudi Saint). Dans le rit traditionnel, le Benedicamus Domino remplace l’Ite, missa est à la fin de la messe (la règle traditionnelle est simple & générale : on ne chante l’Ite, missa est à la messe que lorsqu’on y chante le Gloria in excelsis Deo).

4. On peut toutefois continuer à toucher l’orgue seul (jusqu’au Mercredi des Cendres).

5. Les auteurs ne s’accordent pas sur le maintien de la dalmatique du diacre et de la tunique du sous-diacre. La plupart notent qu’on continue à utiliser ces vêtements liturgiques (qui sont signes de joie), quelques uns néanmoins indiquent qu’il faut passer aux chasubles pliées, utilisées pour les jours de pénitence. Il est vrai que la rubrique du Missel (Partie I, titre 19, n°6) n’indique l’emploi des chasubles pliées pour les jours de jeûne et que le temps de la Septuagésime n’est pas jeûné (historiquement, on n’y jeûnait que le mercredi, le vendredi & le samedi comme le reste de l’année) ; la même rubrique précise l’emploi des chasubles pliées aux dimanche de Carême (qui ne sont pas jeûnés) sans faire remonter cet usage aux dimanches de Quinquagésime, Sexagésime et Septuagésime.

Au dimanche de la Septuagésime, à l’office nocturne, l’Eglise romaine démarre la lecture de la Bible dans l’ordre, en commençant par le livre de la Genèse : la création du monde et la chute d’Adam. On trouvera des allusions à ces thèmes dans diverses pièces de l’office divin et de la messe.

A la sainte messe :

IIndes vêpres du dimanche de la Septuagésime. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : Ave verum – VIème ton
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Ave Regina cœlorum – VIème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es Petrus – VIIème ton
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo – Ier ton, sur le ton de Pange lingua gloriosi prœlium certaminis
  • Chant final, d’action de grâces : Benedictus es in firmamento cœli – 4ème antienne des laudes de la Septuagésime – Ier ton

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Programme du Dimanche du Fils prodigue – Synaxe des 3 Docteurs – ton 1

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 12 février 2017 du calendrier grégorien – 30 janvier 2017 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15.

Dimanche du ton I de l’Octoèque. Le Dimanche du Fils prodigue est le second du cycle du Triode du Carême et, par son évangile, prépare les fidèles à la perspective du jeûne de la grande Quarantaine qui arrive. Il correspond au dimanche de la Sexagésime dans le rit romain et inaugure la semaine dite de l’apokréo ou de carnaval, dernière semaine pendant laquelle les laïcs peuvent encore consommer de la viande. Ce dimanche de l’avant-Carême est attesté au moins à partir du IXème siècle dans les évangéliaires constantinopolitains. Aux matines à partir de ce dimanche et pour les deux autres dimanches suivants de l’avant-Carême, on ajoute aux psaumes 134 & 135 du polyéleos le psaume 136 (« Au bord des fleuves de Babylone ») (ou plutôt, le chant du psaume 136, qui existait à l’origine tous les dimanches de l’année, n’a été conservé que pour ces trois dimanches).

Synaxe des Trois Saints Docteurs Basile le Grand, Grégoire le Theologien et Jean ChrysostomeNous fêtons aussi en ce jour la synaxe des trois Docteurs œcuméniques & Saintetés Basile le Grand, Grégoire le Théologien & Jean Chrysostome.

La fête commune des trois Docteurs fut instituée vers 1100 sous le règne d’Alexis Comnène, par suite de chaudes discussions qui s’étaient élevées pour savoir, des 3 hiérarques célébrés dans le mois de janvier, lequel des 3 était le plus grand : Basile le Grand (fêté le 1er du mois), Jean Chrysostome (fêté le 27) ou Grégoire de Naziance (fêté le 25) ? Les uns optaient pour saint Basile à cause de sa haute intelligence et de ses mœurs monastiques austères ; d’autres pour Chrysostome, insurpassable par la douceur convaincante de ses discours ; l’élégance rhétorique de Grégoire lui attirait les suffrages de beaucoup. Dans cette perplexité, on recourut au saint & docte Jean, métropolite des Euchaïtes. Celui-ci se mit en prière et eut la nuit suivante une apparition des trois saints Docteurs qui lui dirent :

Dis à ces chrétiens de cesser ces discussions inutiles. Devant Dieu, aucun de nous trois n’est plus grand que les autres. Nous ne faisons qu’un : entre nous il n’y a ni désaccords ni divisions. Ce que l’un croit & a enseigné, les autres le croient & l’ont enseigné. Lève-toi donc & avertis-les de se tenir dans la paix & la concorde. Et afin d’affirmer pratiquement cette unité de notre foi, choisis un jour et fais-y célébrer en notre honneur une liturgie afin de remercier Dieu des grâces qu’il a octroyées à nous trois & par nous à l’Eglise, & spécialement celle-ci que dans la foi orthodoxe & dans son enseignement, Dieu nous a toujours maintenus un, en accord avec la Sainte Eglise Catholique. »

Le métropolite Jean choisit le 30 janvier pour célébrer cette nouvelle solennité et en composa lui-même l’admirable office. Depuis lors, comme dit cet office, « un triple soleil éclaire cette journée. » Cette fête est en effet une figure de la Divine Trinité.

Nous le savons : avant l’Incarnation du Christ et son abaissement, tout était perdu, tout était corrompu ; mais, après qu’il se soit humilié, il a tout relevé. Il a aboli la malédiction, détruit la mort, ouvert le paradis, mis à mort le péché, dévérouillé les portes du ciel pour y ramener les prémices de notre humanité.
Saint Jean Chrysostome, Homélie contre les Anoméens, 8, 6.

Il nous a fallu un Dieu qui s’incarne et qui meure pour que nous vivions. Nous sommes morts avec lui pour être purifiés ; morts avec lui, nous sommes ressuscités avec lui ; ressuscités avec lui, avec lui nous sommes glorifiés.
Saint Grégoire de Naziance, Homélie pour la Pâque (Hom. 45), 9.

Homme, rends-toi compte de ta grandeur en considérant le prix versé pour toi : vois le prix de ton rachat, et comprends ta dignité !
Saint Basile le Grand, Homélie sur le psaume 48, 8.

*

Aux heures
A tierce : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de Leurs Saintetés. Et maintenant. Theotokion de tierce. Kondakion : de Leurs Saintetés.
A sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de Leurs Saintetés. Et maintenant. Theotokion de sexte. Kondakion : du Triode.

Tropaires des Béatitudes : 4 tropaires du dimanche, ton 1, 4 tropaires de la 3ème ode du canon du Triode (œuvre de saint Joseph l’Hymnographe (816 † 886)) & 4 tropaires de la 6ème ode du canon de Leurs Saintetés (œuvre de Jean, métropolite des Euchaïtes († ap. 1075)) :
1. Du Paradis l’Ennemi fit chasser Adam * lorsqu’il eut mangé le fruit défendu, * mais par la croix le Christ y fit entrer le bon Larron qui lui criait : Souviens-toi de moi, Seigneur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
2. Je me prosterne devant ta Passion * et je glorifie ta sainte Résurrection ; * avec Adam & le bon Larron * je te crie : Souviens-toi de moi, Seigneur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
3. Librement, Seigneur sans péché, * tu as souffert la croix & la mise au tombeau ; * mais, comme Dieu, tu es ressuscité, * faisant surgir avec toi * Adam qui s’écrie : Souviens-toi de moi, Seigneur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
4. Le temple de ton corps, tu l’as relevé * du tombeau le troisième jour ; * avec Adam, ô Christ notre Dieu, * tu as ressuscité le genre humain, * qui chante : Souviens-toi de moi, Seigneur, ** quand tu entreras dans ton royaume.
5. J’étais tout entier sorti de moi-même * follement attaché à ceux qui me découvraient les passions. ** Mais reçois moi, Christ, comme le fils prodigue.
6. Imitant la voix du fils prodigue je T’appelle : * Père j’ai péché. ** Comme lui embrasse moi maintenant. Ne me renvoie pas.
7. Etends tes bras, Christ, en ta miséricorde reçois moi ** qui reviens des pays lointains du péché et des passions.
8. Je me suis appauvri en tant de fautes * Toute Pure, belle entre les femmes, * donne moi la richesse des formes de la beauté ** que je puisse te glorifier.
9. Nous avons appris à proclamer divine et à chanter * en la Triade l’Unité, * en la Monade la Trinité, * et les Pères nous ont enseigné l’adoration ** d’une seule nature en trois personnes.
10. Auprès du Père, au commencement, * était le Verbe coéternel, * avec le Verbe, l’Esprit divin de même éternité, * unique, consubstantielle, co-naturelle Divinité, ** comme l’ont dit les divins Prédicateurs.
11. J’assemble et je distingue * ce qui peut être en son ensemble distingué ; * je conçois l’indivisible unité * et contemple les trois personnes, recevant ** des trois saints Docteurs ma conviction de croire ainsi.
12. Sans mère avant la chair, * sans père après l’incarnation * est le Fils du Père et de la Mère, qu’on appelle ainsi ; * deux filiations qui dépassent l’entendement, * car à Dieu conviennent les merveilles dépassant l’ordre commun.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 1 : La pierre scellée par les Juifs, * et ton corps très pur gardé par les soldats, * Tu ressuscites le troisième jour, ô Sauveur, * donnant la vie au monde. * C’est pourquoi les vertus célestes te crient, ô Donateur de vie : * « Gloire à ta résurrection, Christ, * Gloire à ton royaume ! ** Gloire à ton économie, seul Ami de l’Homme ! »
2. Tropaire de Leurs Saintetés, ton 4 : Vous dont la vie égale celle des apôtres, * et qui êtes les grands docteurs œcuméniques, * priez le Maître de toutes choses * de donner la paix au monde entier ** et à nos âmes la grande miséricorde.
3. Kondakion du dimanche, ton 1 : Ressuscité du tombeau dans la gloire divine, * tu as ressuscité le monde avec toi ; * la nature humaine te chante comme Dieu, * la mort s’évanouit, * Adam jubile, Seigneur, * & Eve, désormais libérée de ses liens, * proclame dans l’allégresse : ** O Christ, c’est toi qui accordes à tous la résurrection.
4. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
5. Kondakion de Leurs Saintetés, ton 2 : Les saints prédicateurs de Dieu et chefs des théologiens, * Tu les as reçus, Seigneur, * pour la jouissance de tes bienfaits et le repos ; / Tu as agréé leurs labeurs et leur mort plus que tout holocauste, ** toi qui seul glorifies tes saints.
6. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
7. Kondakion du Fils prodigue, ton 3 : Dans ma déraison, j’ai fui ta gloire paternelle, * par de mauvaises actions j’ai dissipé les richesses que Tu m’avais léguées. * Aussi comme le fils prodigue je te clame : * J’ai péché contre toi, Père compatissant ; * reçois-moi qui me repens ** et fais de moi l’un de tes serviteurs.

Prokimen
1. Du dimanche, ton 1 :
R/. Sur nous, Seigneur, soit ton amour, ainsi qu’en toi fut notre espoir ! (Psaume 32, 22).
V/. Justes, exultez dans le Seigneur, aux cœurs droits convient la louange (Psaume 32, 1).
De Leurs Saintetés, ton 8 :
R/. Par toute la terre a retenti leur message, & leur parole jusqu’aux limites du monde (Psaume 18, 5).

Epîtres
Du dimanche du Fils prodique : 1 Corinthiens (§ 135) VI, 12-20.
Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui réside en vous, et qui vous a été donné de Dieu, et que vous n’êtes plus à vous-mêmes ?
De Leurs Saintetés : Hébreux (§ 334) XIII, 7–16.
Souvenez-vous de vos conducteurs, qui vous ont prêché la parole de Dieu ; et considérant quelle a été la fin de leur vie, imitez leur foi.

Alleluia
Du dimanche, ton 1 :
V/. C’est Dieu qui me donne les vengeances & prosterne les peuples sous moi (Psaume 17, 48).
V/. Il multiplie pour son roi les délivrances et montre de l’amour pour son Christ (Psaume 17, 51).
De Leurs Saintetés, ton 4 :
V/. Les cieux rendent grâce pour tes merveilles, Seigneur, pour ta fidélité, dans l’assemblée des saints (Psaume 88, 6).

Evangiles
Du dimanche du Fils prodique : Luc (§ 79) XV, 11-32.
Parce que mon fils que voici était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé.
De Leurs Saintetés : Matthieu (§ 11) V, 14–19.
Celui donc qui violera l’un de ces moindres commandements, et qui apprendra aux hommes à les violer, sera regardé dans le royaume des cieux comme le dernier ; mais celui qui fera et enseignera, sera grand dans le royaume des cieux.

Verset de communion
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1).
De leurs Saintetés : Réjouissez-vous, justes, dans le Seigneur ; aux cœurs droits convient la louange (Psaume 32, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

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