Catéchisme sur la Fête de tous les Saints

Jean Fouquet - La Trinité, la Vierge & tous les saints

Demande. Quelle fête l’Eglise célèbre-t-elle le 1er novembre ?
Réponse. L’Eglise célèbre la Fête de tous les Saints qu’on nomme vulgairement Toussaint.

D. Cette fête est-elle ancienne dans l’Eglise ?
R. Elle a été instituée en l’an 835 par le pape Grégoire IV.

D. N’est-elle établie qu’en l’honneur des saints dont on fait la fête pendant l’année ?
R. Elle est établie en l’honneur de tous les saints qui sont dans le ciel.
Explication. Il n’était pas possible d’établir des fêtes particulières en l’honneur de chacun des saints qui sont dans le ciel ; d’ailleurs un grand nombre ne sont pas connus ; cependant tous les saints méritent notre culte, & l’Eglise a institué cette fête générale afin que nous remplissions ce devoir. Cette fête intéresse même chaque chrétien en particulier ; il n’y en a point qui n’ait quelque parent, quelque ami, quelques enfants dans le ciel, on ne fait pas assez attention que c’est aussi leur fête, qu’on doit les honorer & s’adresser à eux avec toute la confiance que mérite le pouvoir qu’ils ont auprès de Dieu.

D. Pour quelles raisons l’Eglise a-t-elle établi la Fête de la Toussaint ?
R. Pour quatre raisons principales.

D. Quelle est la première raison de l’Eglise dans l’institution de la Toussaint ?
R. C’est pour honorer tous les saints qui sont dans le ciel, n’étant pas possible de les honorer tous par des fêtes particulières.

D. Quelle est la seconde raison ?
R. C’est pour réparer les fautes qu’on fait pendant l’année dans la célébration des fêtes.
Explication. C’est ce que dit expressément le pape Urbain IV dans la bulle de l’institution de la Fête-Dieu.

D. Quelle est la troisième raison ?
R. C’est pour exciter les chrétiens à la vertu par l’exemple des saints.
Explication. Pourquoi, se disait saint Augustin à lui-même, pourquoi ne pourrais-tu pas faire ce que tels & tels que tu connais ont fait ? Et pourquoi ne pourrions-nous pas faire nous-même ce que tant de saints ont fait avant nous ? Ces saints étaient dans l’état où nous sommes, ils avaient les mêmes passions, peut-être de plus vives que nous ; ils n’avaient pas d’autres moyens de salut ; pourquoi ne les imiterions-nous pas ? Nous avons de plus qu’eux l’exemple qu’ils nous ont laissé.

D. Quelle est la quatrième raison ?
R. C’est pour obtenir plus facilement ce que nous demandons à Dieu par l’intercession de tant de saints.
Explication. De nous-mêmes que pouvons-nous ? Faibles, fragiles, souvent vicieux, de quels secours, de quelle protection n’avons-nous pas besoin pour trouver grâce devant la Majesté infinie que nos péchés ont outragée ? Le pouvoir des saints n’est pas douteux. Intéressons-les en notre faveur en leur demandant le puissant secours de leur médiation. L’intérêt qu’ils prennent à la gloire de Dieu & à notre salut assure le succès de nos demandes.

D. Que faut-il faire pour entrer dans l’esprit de l’Eglise en cette fête ?
R. Trois choses principales.

D. Quelle est la première ?
R. Il faut remercier Dieu de la gloire qu’il a accordée aux saints.

D. Quelle est la seconde ?
R. Il faut nous souvenir que nous sommes créés pour le même bonheur, & désirer ardemment d’y parvenir.

D. Quelle est la troisième ?
R. Il faut sanctifier toutes les actions de notre vie & prendre les saints pour modèle de notre conduite.
Explication. Nous arriverions tous au ciel si nous imitions les saints ; nous deviendrions ce qu’ils sont aujourd’hui si nous pratiquions comme eux les vertus chrétiennes. Et que faut-il pour cela ? Sanctifier chacune de nos actions, mêmes les plus ordinaires, les faire en esprit de religion & en vue de Dieu : voilà le grand secret des saints. Qui peut refuser de suivre un chemin si facile pour arriver au comble du bonheur ? Et quand il y aurait quelques peines à le faire, la récompense infinie qui en est le prix ne doit-elle pas nous engager à faire les plus grands sacrifices ? On fait chaque jour pour de vils intérêts, ou pour satisfaire ses passions des efforts bien plus grands que ceux que la religion nous prescrit pour être éternellement heureux.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774
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