Archives de janvier 2008

Epiphanie (prose parisienne de l’)

Vendredi, janvier 4th, 2008

HISTOIRE - Cette prose (ou séquence) est entrée au missel de Paris de 1685, elle s’est diffusée ensuite rapidement dans beaucoup de diocèses français. Nous la donnons ici avec la traduction du Missel de Paris latin-français, 1764.

Ad Jesum accurite
Corda vestra subdite
Regi novo Gentium.

Prosternés aux pieds de Jésus, venez en foule soumettre vos cœurs à ce nouveau Roi des Gentils.
Stella foris prædicat,
Intus fides indicat
Redemtorem omnium.

L’étoile qui frappe les yeux, marque l’endroit où il est né; mais la foi qui anime les cœurs, apprend à le reconnaître pour le Rédempteur de tous les hommes.
Huc afferte munera
Voluntate libera,
Sed munera cordium.

Empressez-vous de lui apporter des présents ; mais que ce soient les présents de vos cœurs
Hæc erit gratissima
Salvatori victima
Mentis sacrificium.

C’est là le plus agréable sacrifice que vous puissiez offrir au Sauveur.
Offert aurum caritas,
Et myrrham austeritas,
Et thus desiderium.

Offrez-lui l’or d’une charité pure, la myrrhe d’une vie pénitente, & l’encens de vos saints désirs.
Auro Rex agnoscitur,
Homo myrrha, colitur
Thure Deus Gentium.

L’or est l’hommage rendu à sa royauté, la myrrhe une preuve de son humanité, & l’encens une marque du culte souverain qui est dû à sa divinité.
Judæa, gaudentibus
Non invide Gentibus
Relectum mysterium.

Juifs, n’enviez point aux Gentils la connaissance qui leur est donnée de ce divin mystère.
Post custodes ovium,
Se Magi fidelium
Jungunt in consortium.

Les mages suivent de près les bergers, & viennent se joindre à cette bienheureuse troupe des premiers fidèles.
Qui Judæos advocat
Christus Gentes convocat
In unum tugurium.

Jésus-Christ
appelle à soi les Gentils comme les Juifs, & rassemble
ces deux peuples dans une même crêche.
Bethléem fit hodie
Totius Ecclesiæ
Nascentis exordium.

Bethléem devient aujourd’hui le berceau de toute l’Eglise naissante.
Regnet Christus cordibus,
Et victis rebellibus
Proferat imperium. Amen.

Que Jésus règne dans nos cœurs; & qu’après avoir vaincu ses ennemis rebelles, il étende partout son empire. Amen.

MUSIQUE - La mélodie, du 1er ton, reprend celle d’une vieille prose du XIIème siècle. Le rythme est mesuré, ternaire. Le second ut des versets 3 & 4 (Ut afferte munera / Hæc erit gratissima) est altéré en ut dièse (altération de la sensible) dans certains diocèses français. La musique que nous donnons ici provient des livres du propre de Paris publiés au XIXème siècle sous le cardinal Richard :

Prose de l'Epiphanie - Ad Jesum accurite

Epiphanie (Fête de l’)

Vendredi, janvier 4th, 2008
L

Fête célébrée le 6 janvier qui prolonge le cycle de l’Incarnation, lequel est commencé par l’Avent, exalté dans la solennité de Noël et achevé à la Purification.

ORIGINE - Le nom grec d’Epiphanie (qui signifie : apparition, manifestation, en particulier, apparition de la lumière du jour, secours apporté par des êtres divins, manifestation de la puissance d’un souverain) montre assez que l’origine de cette fête doit être cherchée en Orient.

Chez les auteurs et liturgies latins, on emploie la dénomination grecque, ou bien on la traduit par festivitas declarationis (saint Léon le Grand), ou manifestatio (saint Fulgence d’Algesiras) ou apparitio.

Comme en témoigne saint Epiphane pour Alexandrie et d’autres lieux, il s’agissait à l’origine de substituer - par une fête en l’honneur de la manifestation du Christ - des cérémonies païennes en l’honneur du soleil.

HISTOIRE - Cette fête est une des plus ancienne de l’année liturgique. Son origine est a rechercher en Orient et sans doute à Alexandrie. Les actes du martyre de saint Philippe, évêque d’Héraclée mort en 304, parlent de l’Epiphanie comme d’une grande fête, & de celles qui nous ont appelés à la foi.

En Orient, ce fut d’abord une fête de la naissance du Christ. Saint Clément d’Alexandrie affirme ainsi que les chrétiens regardent le 6 janvier comme le jour de la naissance du Sauveur, tandis que les hérétiques Basilidiens croient qu’il est né le 10 janvier.

Puis, au IVème siècle, il advint que par suite d’influences réciproques entre les diverses Eglises d’Orient et d’Occident, la fête du 25 décembre (d’origine romaine) s’acclimata en Orient entre 380 et 430, et la fête du 6 janvier fut reçue en Occident, d’abord en Gaule puis en Espagne et enfin à Rome.

Dès lors, le caractère de chacune des deux fêtes se fixa définitivement : Noël célèbre la naissance charnelle du Sauveur, l’Epiphanie sa manifestation glorieuse à tous les hommes.

On commémora donc le 6 janvier les trois grandes Epiphanies-manifestation du Christ-Dieu :

  • L’adoration des Mages venus de l’Orient et reconnaissant le Messie,
  • le baptême du Christ au Jourdain, où la voix du Père se fait entendre et où l’Esprit Saint descend sur les eaux,
  • le premier miracle aux noces de Cana en Galilée.
  • Si la mention de ces trois manifestations figurent toujours en ce jour dans les différents textes liturgiques d’Orient et d’Occident, en Occident, l’accent mis par la ferveur populaire se porta surtout sur l’adoration des Mages, et à l’inverse en Orient sur le baptême dans le Jourdain.

    Notons ainsi pour le rit romain que :

  • les matines du 6 janvier parlent surtout du baptême du Seigneur,
  • les antiennes des laudes, des petites heures et des vêpres, les textes de la messe parlent surtout de l’adoration des mages,
  • l’hymne Hostis Herodes impie, les grandes antiennes de Magnificat et de Benedictus parlent des trois manifestations,
  • l’évangile de l’adoration des mages est lu le 6 janvier, celui du baptême du Christ au Jourdain le jour octave (13 janvier), celui des noces de Cana le Second Dimanche après l’Epiphanie.
  • Le continuateur la Chronique latine de Guillaume de Nangis, pour l’an 1375, dit qu’autrefois les rois de France, à l’exemple des Mages, allaient à l’offrande & présentaient à l’autel de l’or, de la myrrhe et de l’encens.

    REGLES LITURGIQUES - I. Quatrième des cinq grandes fêtes de l’année liturgique nommées “Fêtes cardinales” (après Pâques, Noël et la Pentecôte et avant l’Ascension), elle n’est pourtant plus jour férié en France, où la solennité externe en est de ce fait obligatoirement transférée au dimanche suivant.

    II. La couleur liturgique est le blanc au rit romain. Dans les traditions diocésaines françaises, on usait souvent en ce jour du jaune (à distinguer du drap d’or) qui rappelait l’offrande des mages.

    III. La préface est propre à la fête de l’Epiphanie (et à son octave) :

    Vere dignum et justum est…
    quia cum Unigenitus tuus in subtantia nostræ mortalitais apparuit, nova nos immortalitatis suæ luce reparavit.
    Et ideo…

    Vraiment, il est digne et juste…
    de ce que votre Unique engendré, apparaissant dans la substance de notre mortalité, nous a réparés par cette nouvelle lumière de son immortelle splendeur.
    Et donc…

    IV. Le jour de la fête, l’office des matines possède une particularité remarquable : il ne possède pas d’invitatoire ni d’hymne, mais le psaume 94 (qui constitue l’invitatoire ordinaire le restant de l’année) est chanté avec reprises de l’antienne à la manière antique au cours du 3ème nocturne.
    Autrefois, dans les diocèses français, on chantait à la fin des matines l’évangile de la Généalogie du Christ selon saint Luc (faisant ainsi pendant au chant de la généalogie du Christ selon saint Matthieu à la fin des matines de Noël).
    On regrettera la désaffection générale de ce noble et antique office tandis que la célébration des matines au milieu de la nuit est encore très populaire dans les différents rits orientaux et il y a peu dans le rit ambrosien.

    V. Dans les cathédrales (et les églises principales par extension), l’archidiacre chante le Noveritis (Voyez Publication de la date de Pâques).

    VI. “L’aliam viam” - Une antique coutume veut qu’aujourd’hui la procession retourne à la sacristie après la messe en empruntant un itinéraire différent de celui du reste de l’année, pour marquer le retour par un autre chemin des mages lorsqu’ils eurent adoré l’Enfant-Dieu, ainsi que le diacre le chante dans l’évangile d’aujourd’hui : “Et responso accepto in somnis, ne redirent ad Herodem, per aliam viam reversi sunt in regionem suam” - “Mais ayant été avertis en songe de ne pas revenir auprès d’Hérode, ils retournèrent dans leur pays par un autre chemin” (Luc II, 12).

    VI. L’Epiphanie est au moins depuis le VIIIème siècle suivie d’une octave (hélas supprimée dans le calendrier de 1962 - en pratique cette suppression est limitée par le fait que le jour octave existe toujours sous le nom de Commémoraison du Baptême du Christ et que les différentes féries répètent la messe du 6 janvier).
    Cette octave avait au Moyen-Age une grande solennité (octave privilégiée de 2e ordre dans le calendrier antérieur, l’octave de Noël était de 3e ordre). On trouve le jour octave chômé en France sous Louis le Débonnaire, comme on le voit dans les Capitulaires de ce Prince rapportés par l’Abbé Ansegise.
    Dans les anciens rits romano-francs du Moyen-Age (e.g. Missel de Paris dans l’édition de 1584), chaque jour de cet octave recevait une prose particulière.
    La Messe du dimanche dans l’octave était celle de la Station qui se faisait à Rome au lendemain de la fête sur le mont Célius; celle du jour octave (13 janvier) est celle de la fête, à l’exception de la collecte, qui, dit le cardinal Schuster, a toute la valeur de l’âge léonien, et de l’évangile du baptême du Christ, qui se lisait autrefois à la synaxe du mercredi après la fête.

    VII. L’Epiphanie a donné son nom au temps ou période liturgique qui la suit jusqu’à la Septuagésime ; d’où le terme : “dimanches après l’Epiphanie”.
    La couleur de tout ce temps est le vert.
    Les dimanches après l’Epiphanie sont au nombre de six. Lorsqu’arrive la Septuagésime, les dimanches qui n’ont pu être célébrés trouvent leur place entre le 23ème et le dernier dimanche après la Pentecôte.

    VIII. Le rituel romain comporte une solennelle bénédiction de l’eau lors de la vigile nocturne de l’Epiphanie, qui rappelle fortement ce qui se pratique dans les rits orientaux. Trois autres bénédictions marquent aussi cette fête :

  • Bénédiction des maisons le jour de l’Epiphanie (cette bénédiction comporte aussi un encensement de la maison),
  • Bénédiction de l’or, de l’encens & de la myrrhe,
  • Bénédiction des craies (avec lesquelles on marque sur le linteau des portes le millésime & les trois initiales des rois mages (lesquelles signifieraient également “Christus Benedicat Mansionem”).
  • On nous prie d’annoncer

    Vendredi, janvier 4th, 2008

    AVANDA
    Association Versaillaise des Amis de Notre Dame des Armées

    CONFERENCE

    Le jeudi 10 janvier 2008 à 20h45
    à l’Université Inter-Ages
    6, Impasse des Gendarmes
    VERSAILLES

    A LA LUMIERE DE L’ENCYCLIQUE « SPE SALVI »,
    LA RECEPTION DU MOTU PROPRIO
    ET L’ACTUALITE DE L’APOSTOLAT
    DE LA FRATERNITE SACERDOTALE SAINT PIERRE

    par

    M.l’Abbé John BERG , Supérieur Général,
    &
    M. l’Abbé Vincent RIBETON , Supérieur du District de France

    Canon de l’Epiphanie

    Vendredi, janvier 4th, 2008

    Dans l’ancien bréviaire parisien, on lisait les dimanches & jours de fêtes un Canon tirés des décisions des saints Conciles à la fin de l’office de prime. Voici celui de l’Epiphanie :

    CANON

    Du IV. Concile d’Orléans, l’an 541, c. 1, & du Concile d’Auxerre, sous S. Aunaire, l’an 578, c. 2.

    Le Concile, guidé par l’inspiration d’un Dieu plein de bonté pour les hommes, a statué que les prêtres célébrassent dans le même temps la sainte Pâque, & qu’on annonçât tous les ans au peuple dans l’Eglise le jour de l’Epiphanie cette fête solennelle… Que les prêtres envoient avant l’Epiphanie des députés à l’évêque pour être informés de sa part du commencement du carême, & pour pouvoir en instruire les fidèles le jour de l’Epiphanie.

    Programme de la fête de l’Epiphanie

    Jeudi, janvier 3rd, 2008
    L

    > Catéchisme sur la fête de l’Epiphanie

    Saint-Eugène, le dimanche 6 janvier 2008, grand’messe de 11h.

  • Procession d’entrée : “Dans les cieux, quel astre radieux ?” Marche des rois - musique attribuée à Jean-Batiste de Lully (1632 † 1687), surintendant de la musique de la Chambre du roi Louis XIV - texte traditionnel
  • Kyrie de la Messe de Minuit pour Noël (H . 9) de Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704) maître de la musique de la Sainte Chapelle
    Kyrie sur « Joseph est bien marié »
    Christe sur « Or nous dites Marie »
    Kyrie sur « Une jeune pucelle de noble cœur »
  • Gloria de la Messe de Minuit pour Noël (H . 9) de Marc-Antoine Charpentier
    Laudamus te sur « Tous les bourgeois de Chastre »
    Quoniam tu solus sanctus sur « Où s’en vont ces gays bergers »
  • Séquence de l’Epiphanie : Ad Jesum accurite – Prose entrée au missel de Paris de 1685, mélodie du XIIème siècle - conformément à la tradition, l’or-gue “chante” les versets impairs - traduction du Missel de Paris latin-français, 1764
  • Publication de la date de Pâques et de celles des fêtes mobiles qui en dépendent : selon une tradition remontant aux premiers temps de l’Eglise, on proclame aujourd’hui la date de Pâques et des principales fêtes en découlant, sur le même ton employé pour la bénédiction du cierge pascal dans la nuit de Pâques
  • Credo III
  • Et incarnatus est de la Messe de Minuit pour Noël de Marc-Antoine Charpentier
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Noël suisse – noël d’orgue de Louis-Claude d’Aquin (1694 † 1772), organiste de la chapelle royale et de Saint-Paul
  • Sanctus : Sanctus de la Messe de Minuit de Marc-Antoine Charpentier, sur « O Dieu que n’estois-je ne vie »
  • Après la Consécration : O salutaris sur « A la venue de Noël » – Henri Adam de Villiers
  • Agnus Dei de la Messe de Minuit de Marc-Antoine Charpentier, sur « A Minuit fut fait un réveil »
  • Pendant la communion : Ab Oriente – antienne de Magnificat en plain-chant & Magnificat du huitième ton de Claudin de Sermisy (1490 – 1562), maître de la chapelle royale
  • Hostis Herodes impie – Hymne de l’Epiphanie – versets d’orgue de Guillaume Gabriel Nivers (1632 † 1714), organiste de Saint Sulpice et des damoiselles de Saint-Cyr
  • Tribus miraculis - Grande antienne du jour, célébrant les trois épiphanies - plain-chant
  • Prière pour la France, sur le ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Ite missa est VIII
  • Au dernier Evangile : Alma Redemptoris Mater
  • « Aliam viam » - conformément à une antique tradition, la procession de ce jour retourne à la sacristie par un chemin différent de celui habituel, afin de marquer symboliquement que les Mages, divinement avertis, retournèrent chez eux « par une autre voie ».
  • Pour sauver l’humanité - cantate sur le Noël “Bon Joseph écoutez-moi”, d’après Louis-Claude d’Aquin (1694 † 1772), organiste de la chapelle royale et de Saint-Paul
  • Ensemble instrumental & Schola Sainte Cécile
    Direction : Henri Adam de Villiers
    Hilaire Vallier & Marie-Estelle Baraston, flûtes
    Pierre-Alain Chouard, Romaric Pokorny, Corentin Pokorny,
    Emmeran Pokorny, Céline Boursier, cordes
    Gilles Lacombe, cor anglais, John Chappuis, guitare baroque, Stanley Smith, violoncelle
    à l’orgue, Anne Foulard

    Télécharger le livret de la messe au format PDF.

    In memoriam : Abbé Franck-Marie Quoëx (1967 † 2007)

    Mercredi, janvier 2nd, 2008
    Abbé Franck-Marie Quoëx

    Il y a un an, le mardi 2 janvier 2007, en cette fête du Saint Nom de Jésus, Monsieur l’Abbé Franck Quoëx, prêtre du diocèse de Vaduz (principauté de Liechtenstein), professeur de liturgie à la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre, était rappelé à Dieu, âgé de 39 ans.

    Grand liturgiste, il était docteur en théologie de l’université Angelicum à Rome. Il y avait soutenu sa thèse en 2001 : « Les Actes extérieurs du culte dans l’histoire du salut, selon saint Thomas d’Aquin ». Historien de la liturgie au Moyen Âge, il recensait et étudiait pour l’École pratique des Hautes Études (Paris-Sorbonne, Section des Sciences historiques et philologiques) les manuscrits liturgiques de la Bibliothèque capitulaire de Verceil. Il résidait en Suisse romande où il exerçait son ministère sacerdotal (diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg), lorsque le cancer l’a cruellement frappé.

    J’avais pu apprécier le savoir si précis en liturgie de Monsieur l’Abbé Quoëx a de nombreuses reprises. J’avais aussi eu le bonheur de suivre les cours de liturgie qu’il dispensa à Notre-Dame-du-Lys (Paris XV) : je ne crois pas avoir jamais lu ni vu ni ouï de meilleure synthèse sur la liturgie : Monsieur l’Abbé Quoëx en effet établissait un équilibre parfait entre l’histoire factuelle & la spiritualité des rites. Sa présentation de la notion de sacrifice - plus intéressante que celle développée par René Girard sous certains aspects, me fit aussi grande impression.

    *

    Voici une présentation de ce grand liturgiste - qui était aussi un parfait liturge en cérémonies - par Monsieur l’Abbé Meissonnier, fssp :

    “Le mardi 2 janvier dernier, en la fête du St Nom de Jésus, l’abbé Franck Quoëx était rappelé à Dieu, terrassé par un cancer implacable. Ce prêtre de 39 ans seulement, incardiné dans l’archidiocèse de Vaduz (principauté du Liechtenstein), était d’abord, pour ceux qui eurent l’honneur de l’approcher et de le connaître, un prêtre d’une grande délicatesse et d’une grande courtoisie, élégant et discret, fidèle en amitié et d’une politesse exquise. Mais l’abbé Quoëx était surtout, et c’est en cela qu’il va cruellement manquer à la science ecclésiastique, un grand scientifique, un liturgiste incomparable, spécialiste incontesté de la liturgie romaine, de son histoire et de son cérémonial, un professeur recherché et aujourd’hui regretté. Toute la courte vie de l’abbé Franck Quoëx aura été centrée sur la liturgie.

    Né le 21 juin 1967, à Bonneville en Haute-Savoie, d’une ancienne famille savoyarde, il aimait à se définir comme savoyard plutôt que français, signe de sa double culture mêlant le meilleur de la France et de l’Italie.

    En 1986, il entre au Séminaire international St-Pie X à Ecône. Mais en 1989, il rejoint le jeune Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, d’abord à Moissac puis à Gricigliano. Il sera de cet Institut l’emblématique cérémoniaire et professeur de liturgie.

    Le 21 juin 1992, il est ordonné prêtre, dans et pour le rit tridentin, par le Cardinal Pallazzini. Il commence alors des études de théologie à l’Université pontificale de l’Angelicum à Rome, tout en assurant un ministère pastoral dans la Ville éternelle, ville plus que toute autre chère à son cœur, ville qui sera la passion de toute sa vie, ville où il aurait tant voulu mourir ! Car l’abbé Quoëx était foncièrement et viscéralement romain, dans ce que cette acception a de plus noble. Ce qui faisait dire à ses amis qu’il était « le plus romain des prêtres français ». Le souvenir et les amitiés qu’il a laissés dans la capitale de la chrétienté sont à l’image de l’amour et de la passion qu’il portait à Rome.

    En mai 2001, il soutient brillamment, dans la prestigieuse université romaine, sa thèse de doctorat, avec pour sujet : « les actes extérieurs du culte dans l’histoire du salut, selon St Thomas d’Aquin ». Ce thème original et riche lui permettra de développer ses talents de théologien et d’historien du culte. L’alliance de ces deux facettes caractérisera toujours sa démarche intellectuelle, faisant ainsi de lui l’élève des grands liturgistes de la fin du XIXe et du XXe siècles. Parmi eux, citons le RP Gy o.p., qui malgré leurs divergences sur le fond, avait loué à de nombreuses reprises et publiquement l’intelligence, l’érudition et la remarquable qualité des travaux liturgiques de l’abbé Quoëx. Les deux hommes s’estimaient grandement, et restèrent en contact fréquent jusqu’au décès du dominicain.

    La thèse de doctorat, dont l’abbé Quoëx préparait la publication aux éditions Ad Solem, fut à l’époque remarquée par le Cardinal Ratzinger, à qui elle avait été envoyée. Durant ces dernières années, l’abbé Quoëx reprit son sujet de thèse pour plusieurs articles importants dans diverses revues, comme la Revue thomiste (« St Thomas d’Aquin mystagogue : l’expositio missae de la Somme théologique ») ou Sedes sapientiae, à laquelle il confia cinq grands articles et des recensions.

    A partir de 2001, il est de plus en plus sollicité, pour des colloques, diverses recherches scientifiques, ou tout simplement pour son enseignement. Il était jusqu’à sa maladie professeur de liturgie au Séminaire international St-Pierre de Wigratzbad, et au Couvent St-Thomas d’Aquin de Chémeré-le-Roi. Il venait aussi d’être nommé, quelques jours avant son décès, professeur à l’Université pontificale Ste-Croix à Rome, pour la rentrée 2007.

    Le professeur Bruno Neveu, de l’Institut, président de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, l’encourage à passer le diplôme de la prestigieuse institution qu’il dirige, ce qui requiert l’étude d’un sujet jamais exploité. L’abbé Quoëx choisit de faire le catalogue raisonné des manuscrits liturgiques de la Bibliothèque capitulaire de Verceil (Italie). Ce travail d’une folle érudition, qu’il prépare sous la direction du Pr Jean-Loup Lemaître, permet, pour la première fois, une classification et une étude de ces sources liturgiques inestimables et très précieuses pour l’histoire du culte. L’Ecole publiera prochainement le résultat de ce long labeur.

    L’abbé Quoëx se spécialise dans l’histoire de la liturgie romaine durant le Haut Moyen Age, et en particulier dans la transplantation et l’adaptation de cette liturgie dans l’espace franc. Dans ce domaine, il écrit des articles d’histoire de la liturgie, notamment pour la revue Aevum (Université du Sacré-Cœur de Milan). Il participe aussi à plusieurs colloques et séminaires d’étude, comme le séminaire de musicologie médiévale de la Fondation Ars antica à Gênes, le 3e colloque international d’études du chant grégorien à Subiaco, etc… Son autre thème de prédilection est la liturgie papale. En 2005, il reçoit les félicitations du pape Benoît XVI, à qui il a fait parvenir une étude importante sur ce sujet.

    Notre ami collabore aussi à plusieurs reprises avec le CNRS, dans le cadre du groupe de travail « Morphogenèse de l’espace ecclésial et religieux au Moyen Age ». Il préparait, toujours sous l’égide du CNRS, un travail à la fois remarquable et considérable : l’étude des diaires manuscrits des maîtres des cérémonies pontificales de l’époque moderne, dont la rédaction s’échelonne de la Renaissance au XIXe siècle, une étude inédite et fondamentale pour l’histoire de la liturgie papale. Ces diaires réglementent également des évènements en lien avec le concept de souveraineté temporelle des papes, s’avérant d’une importance particulière pour la connaissance de la cérémonialité baroque en général. L’objectif était de montrer l’influence du cérémonial politico-religieux du Pontife romain sur celui des cours européennes catholiques des XVIe et XVIIe siècles. L’abbé Quoëx proposait une étude systématique (catalogation, classification, édition des textes) de ces diaires, en commençant par celui de Paride de Grassi (cérémoniaire de Jules II vers 1520), jusqu’aux contemporains de l’avènement d’Urbain VIII (1623). Hélas cette contribution capitale à l’histoire de la liturgie restera inachevée.

    Mais l’abbé Quoëx n’était pas qu’un pur intellectuel. Il fut aussi un grand praticien de la liturgie, un incomparable cérémoniaire. C’est peut-être d’ailleurs cette image qu’il laissera au « grand public ». Artisan de la restauration des rites pontificaux, dont il maîtrisait mieux que quiconque la pratique, il sut aussi former et inspirer toute une génération de disciples, qui aujourd’hui dirigent les cérémonies dans la plupart de nos instituts traditionnels. Son immense culture ne faisait jamais défaut, et il savait non seulement expliquer l’arcane des rites liturgiques, mais aussi communiquer l’amour des cérémonies de l’Eglise.

    Historien, théologien, praticien de la liturgie, mais aussi esthète, il était convaincu que « la parfaite beauté de la liturgie permet d’entrevoir la suprême beauté de Dieu », comme il l’écrivait. D’un goût infaillible, il ne confondait pas le beau et le clinquant, le raffiné et le pompeux, le sobre et l’indigent. Tout dans la liturgie doit participer à nous faire entrevoir « la suprême beauté de Dieu ». D’où le soin tout particulier qu’il apportait à retrouver les formes les plus nobles, les plus élégantes et les plus abouties de la paramentique. Inlassablement, à travers les tableaux, les fresques et les gravures, il se mit en quête de l’esthétique parfaite, sa préférence allant à la période de la Réforme catholique à Rome. Il fut le premier à faire réaliser, avec l’aide du célèbre paramentiste de Vérone Piero Montelli, des ornements, des aubes, des surplis s’inspirant de cette période qui était à ses yeux celle de l’apogée de la liturgie catholique. Son goût de la perfection le poussait encore à dessiner lui-même ses chandeliers, ses autels, les faisant réaliser par les meilleurs artisans italiens, avec l’aide d’un ami esthète, l’héraldiste romain Maurizio Bettoja.

    Ne voulant pas garder pour lui seul le fruit de ses recherches, et voulant participer à sa manière au renouveau liturgique, l’abbé Quoëx avait projeté de fonder une société pour l’étude et la promotion des traditions et des arts liturgiques (SEPTAL). L’idée, originale et passionnante, était de rassembler ainsi des spécialistes de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la musique, de l’héraldique, de la paramentique et de l’orfèvrerie religieuses, des liturgistes, des esthètes, des philosophes, des historiens de l’art, des théologiens du culte, des biblistes, des patrologues, le tout dans une optique délibérément tridentine. Désireux d’unir la formation et la recherche, il envisageait la publication de Cahiers, pour transmettre le fruit de tous ces travaux. En excellent pédagogue, il souhaitait que les articles réunis soient scientifiques, précis, inédits, sans toutefois être abscons. Là aussi sa mort prématurée l’aura empêché de mener à bien cet ambitieux projet, mais ne peut-il espérer que son idée aboutisse un jour ?

    En 2005, il avait déjà fondé avec quelques amis et disciples, reprenant une idée du Pr Bruno Neveu, la Société Barbier de Montault, qui a pour objet de faire connaître la personne, l’œuvre et l’esprit de Mgr Xavier Barbier de Montault (1830-1901). Ce prélat romain, archéologue, liturgiste, canoniste et héraldiste, fut à son époque un modèle atypique d’exceptionnelle érudition ecclésiastique. Dans une France fortement imprégnée de néo-gallicanisme, Mgr Barbier de Montault fut le propagateur acharné de l’esprit, de la liturgie et des coutumes romaines. Il laissa une œuvre colossale, livres et articles, se distinguant donc par un goût et une spiritualité profondément romaines. Une partie, encore inédite, pourra désormais être publiée. L’abbé Quoëx, premier président de la Société, était un disciple exemplaire de celui que le Bx Pie IX appelait « le plus liturgiste des archéologues et les plus archéologue des liturgistes ».

    Fervent admirateur de la poétesse italienne Cristina Campo (1923-1977), l’abbé Quoëx traduisit et présenta en 2006, pour les éditions Ad Solem, son recueil de poèmes liturgiques : « Entre deux mondes ». Avec elle il partageait une conception plutôt « orientale » de la liturgie, vue comme célébration et contemplation des mystères divins. De même il appréciait sa vision doctrinale de la liturgie : « le combat de Cristina, s’il est mû par son amour de la beauté, ne se réduit pas à la seule dimension esthétique ou, plus exactement, il sous-tend le beau comme splendeur du vrai. Il suppose la foi et l’amoureux ravissement de tout l’être en Jésus-Christ. La liturgie est la beauté suprême, l’archétype de la poésie, parce qu’elle est théophanie du Verbe fait chair, rayonnement du divin Poète. C’est pourquoi ce combat peut et doit devenir doctrinal, mû non seulement par amour de ce qui est menacé, mais aussi par amour pour ce peuple de Dieu avide de ce sacré et de ces gestes sublimes dont on veut le priver ».

    Enfin comment ne pas souligner que l’abbé Quoëx était avant tout un prêtre, un pasteur d’âmes, un directeur spirituel. Le souvenir qu’il a laissé dans ses divers lieux d’apostolat, Rome, Strasbourg, et depuis 2004 Genève, Lausanne et Neuchâtel, nous prouve que sa mission sacerdotale était bien ce qui lui importait le plus. Il sut toucher les âmes par son intelligence, sa culture, certes, mais aussi et surtout par sa bonté courtoise et sa délicate charité. Et c’est en prêtre qu’il est mort, le 2 janvier 2007, à l’hôpital d’Aubonne, en Suisse. Laissons la parole aux amis qui l’ont veillé jour et nuit pendant un mois, jusqu’à son dernier soupir : « notre cher abbé Quoëx est mort, oserais-je dire, comme un saint ! Après quelques mois de maladie implacable et une agonie qui aura duré plus d’un mois, de grandes souffrances, et toujours une grande générosité intérieure, des petits mots délicats, des plaintes détournées et à peine formulées, s’excusant d’être à charge. (…) Toujours il a bu la prière comme une eau d’une grande saveur, tandis que tout le corps semblait brûlure. Il aimait particulièrement la prière de Jésus. Combien de fois nous aura-t-il demandé, sur le petit matin, après une nuit de souffrance : “Aidez-moi à me lever, je veux dire la messe…” Il fallait alors lui expliquer qu’il ne pourrait pas se lever, et que la messe il la disait avec le Christ des douleurs, avant de la dire bientôt dans le Ciel, cette belle liturgie du Ciel dont il nous avait si bien parlé un jeudi saint… Il s’est éteint doucement ce matin, fête du Saint Nom de Jésus, tandis qu’une très proche le veillait. Celle-ci, après avoir chanté l’hymne Jesu dulcis memoria et récité les laudes dans cette chambre d’hôpital, après lui avoir lu aussi un poème de Cristina Campo (Non si può nascere, ma si può morire innocenti) s’est approché le soutenant et lui a dit : “C’est la fête du Saint Nom de Jésus. Vous allez la célébrer là-haut, la liturgie du Ciel est plus belle que celle que vous avez décrite. Allez-y, Monsieur l’Abbé, allez-y, la porte du Ciel est grande ouverte”. Il a alors pris le souffle à deux reprises, et y est allé…»

    L’abbé Franck Quoëx avait trente-neuf ans et quinze ans de sacerdoce.

    RIP”

    Abbé Brice Meissonnier, fssp.

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    On pourra aussi consulter le site http://www.quoex.com/