Cappa magna

Mgr de Langavant en cappa
Mgr François Emile Marie Cléret de Langavant,
9ème évêque de Saint-Denis (Ile de La Réunion),
s’apprête à entrer dans sa cathédrale,
revêtu de la cappa épiscopale déployée (chaperon d’été)

Grand manteau de chœur que portent les cardinaux, les évêques, le clergé des basiliques, certains dignitaires de la cour pontificale ainsi que les chanoines de certaines cathédrales.

Littéralement, il faudrait dire chape, mais ce mot est devenu l’équivalent de pluvial ; ou cape, qui s’applique à une forme déterminée de manteau, qui, raccourci, est un des vêtements propres aux camériers de cape et d’épée. On l’appelle aussi tout simplement cappa ou chape prélatice. Lorsque la cappa est déployée, elle constitue un signe de juridiction (il ne peut donc y avoir qu’une seule cappa déployée dans une cérémonie).

FORME – C’est une chape fermée de toutes parts, qui ne comporte qu’une fente médiane ou deux fentes latérales pour passer les bras. La partie antérieure tombe jusqu’aux pieds en avant et se tient relevée, retroussée sur les bras, par un ruban pour permettre la marche (lorsque celui qui la porte est debout, la partie antérieure du manteau est retroussée sur les bras et quand il est au chœur, assis ou à genoux, il la laisse retomber au sol). En arrière elle se termine par une longue queue (tortillon), portée par un caudataire ou retroussée sur le bras gauche. Le chaperon se termine par un capuchon, qui se relève et s’attache sur le dos.

MATIERE – Le corps de la cappa est en laine violette (mérinos, escot, mais jamais de drap). La soie, interdite aux évêques, est propres aux cardinaux. Le chaperon est en hermine, en principe sans mouchetures, avec doublure de laine violette et de soie rouge pour le capuchon. En été le chaperon est de laine violette par-dessous et de soie rouge foncée par-dessus.

Pie XII en cappa
Le futur pape Pie XII, alors nonce apostolique en Allemagne,
entre les deux guerres, suivi de son caudataire.
Jean XXIII en cappa
Le futur pape Jean XIII en cappa magna.

COULEUR – La cappa des évêques est toujours violette, même s’ils portent usuellement le noir en temps de deuil ou de pénitence.
Les cardinaux portent la cappa rouge en temps ordinaire, la cappa violette en temps de deuil ou de pénitence, la cappa rose le 3e dimanche de l’Avent (Gaudete) et le 4e dimanche de Carême (Lætare).
Les cardinaux & évêques réguliers pouvaient revêtir des cappa différentes : cappa noire pour les évêques et cardinaux bénédictins, dominicains et ermites de Saint-Augustin ; cappa blanche pour les cisterciens, olivétains, prémontrés et carmes ; cappa gris perle (avec fourrure de petit-gris) pour les franciscains ; cappa marron (dit puce, avec fourrure de loutre) pour les capucins ; enfin cappa bleue sombre (avec fourrure de loup de Sibérie) pour les sylvestrins. Les cardinaux jésuites et autres cardinaux réguliers portent l’usuelle cappa rouge mais en drap de laine fine, non en soie (l’usage général des cardinaux appartenant à un ordre religieux étant de ne pas faire usage de la soie).

USAGE – La cappa est proprement le vêtement de chœur de l’évêque dans son diocèse. Il le revêt toutes les fois qu’il célèbre ou préside au trône. En signe de juridiction, l’archevêque métropolitain le porte aussi dans toute sa province, le légat sur tout le territoire de sa légation et les cardinaux dans le monde entier (selon la maxime qu’un cardinal est partout chez lui). La cappa est toujours déployée sauf en présence d’un prélat supérieur (comme l’évêque diocésain en présence de son archevêque ou d’un cardinal). Toutefois, l’évêque peut toujours la déployer s’il va pontifier solennellement et qu’il ne marche pas avec ses supérieurs (S.R.C. n. 4355, II ad 2 et n. 2909).

Hors de son diocèse, l’évêque ne peut porter la cappa que s’il pontifie solennellement au trône avec l’autorisation de l’ordinaire du lieu (S.R.C. n. 4355, III ad 3) ou, à Rome, s’il assiste aux fonctions solennelles devant le pape ou le Sacré-Collège (il la porte alors retroussée) (Cérémonial des Evêques, livre I, c. III, n. 6).

L’évêque administrateur a de droit l’usage de la cappa (S.R.C. n. 2274 ad 9). Quand il la porte, il convient que tous les chanoines aillent à sa rencontre. L’évêque coadjuteur ou auxiliaire peut porter la cappa pour officier, avec la permission de son ordinaire (S.R.C. n. 2010, ad 1 et 2 ; n. 2011, ad 1 ; n. 4023 ; n. 4355, III ad 2). Deux chanoines doivent alors aller à sa rencontre. Un évêque titulaire ne peut en aucun cas faire usage de la cappa, même pour officier pontificalement (De Herdt, Prax. Pontif., L. III, n. 347).

En chapelle papale, les prélats romains (à l’exception des référendaires et des prélats domestiques) portent la cappa violette avec chaperon d’hermine l’hiver, et de soie cramoisie l’été, la queue n’étant jamais déployée, mais torsadée et retenue du côté gauche par un ruban violet passé en bandoulière sous le chaperon :

Jean XXIII avec deux cardinaux en cappa
Le pape Jean XIII assisté au trône par deux cardinaux en cappa magna d’hiver (le violet de cette photo semble tirer sur le rouge, comme en témoigne la soutane du cérémoniaire du pape, le cardinal Dante).

Enfin les chanoines des basiliques majeures et ceux de certaines basiliques mineures, voire même de certaines cathédrales, portent la cappa canoniale, qui ne diffère de la cappa épiscopale que par la coupe du manteau.

En théorie, on ne met rien sur la cappa. Toutefois, les cardinaux français ont l’habitude contra legem d’y placer la croix pectorale.

le cardinal de Richelieu en cappa
Le cardinal de Richelieu, en cappa cardinalice d’hiver,
portant sur celle-ci l’ordre du Saint-Esprit,
par Philippe de Champaigne.

Le capuchon demeure fonctionnel même si son usage est rare. Dans les temps anciens, il recouvrait usuellement la tête sous le galero, ce qui fut encore longtemps pratiqué lors de la création de cardinaux par le pape à un consistoire :

Pie XII impose le galero à un cardinal en cappa
Le pape Pie XII, aidé de Mgr Dante, maître des cérémonies, impose le chapeau cardinalice (galero) à un nouveau cardinal revêtu de la cappa, capuchon rabattu, au consistoire public de 1953.

Enfin, dernier usage, le capuchon est porté rabattu sur la tête pour les cérémonies pénitentielles :

Paul VI en cappa
Le futur pape Paul VI, alors qu’il était archevêque de Milan, en cappa d’hiver avec capuchon rabattu lors d’une procession pénitentielle.
L’archevêque de Milan est précédé de deux chanoines de son chapitre, portant la cappa canoniale, aussi rabattue (ici avec chaperon d’hermine, selon un ancien privilège du chapitre cathédral de Milan).

L’usage de la cappa fut codifié en 1464, mais son existence est plus ancienne. Son port reste d’actualité et n’est pas prohibé, y compris dans le nouveau rit. La cappa magna continue ainsi d’être portée très régulièrement par le patriarche latin de Jérusalem :

Mgr Sabbah en cappa
Sa Béatitude Mgr Sabbah, ancien patriarche latin de Jérusalem, en cappa d’hiver.

Et enfin une photo très récente, puisqu’elle date du mois dernier :

Le cardinal Hoyos en cappa
S.E. le cardinal Hoyos, allant célébrer pontificalement la messe traditionnelle en la cathédrale de Westminster, à Londres, le 14 juin 2008.

Références :
Chanoine Robert Lesage, Dictionnaire pratique de liturgie romaine, Paris, 1952.
Bernard Berthod & Pierre Blanchard, Trésors inconnus du Vatican, cérémonial & liturgie, Paris, 2001.

Ce contenu a été publié dans Etudes liturgiques, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.