La procession de la Fête-Dieu en France au XVIIIème siècle

La procession de la Fête-Dieu

Cette gravure est l’œuvre du célèbre graveur Bernard Picard. Elle figure hors texte dans les Cérémonies & coutumes religieuses de tous les Peuples du monde, volume II Cérémonies & coutumes des Catholiques romains, éditées à Amsterdam par J.-F. Bernard (1723-1743).

La gravure représente l’arrivée de la procession du Très-Saint Sacrement au reposoir.

Quelques notes & remarques :

  • Notons le dais rigide à la française, à six hampes surmontées de plumes d’autruche. Une tablette recouverte d’un corporal permet de poser l’ostensoir et de reposer le célébrant. Les processions étaient en effet fort longues ; à Paris par exemple, elles comportaient douze reposoirs & se faisaient chaque jour de l’octave de la Fête-Dieu.
  • Le dais est porté par six magistrats de ville en robes & rabats et semble accompagnés de notables portant des cierges, conformément aux rubriques qui demandent que le Saint-Sacrement soit ainsi accompagné ; notez la présence de cartouches sur ceux-ci (ils doivent recevoir des blasons).
  • Les cierges sont du reste très nombreux. Conformément à l’Instruction Clémentine, l’autel du reposoir est garni d’un grand nombre de cierges (j’en compte 24) et est encore surmonté de cinq lustres en cristaux portant au moins huit bras de lumière chaque. Tout le clergé porte des cierges. Le Saint-Sacrement est en outre précédé de 8 hautes torchères en deux groupes de 4 et encore suivi de 4 hautes torchères. Des entonnoirs recueillent la cire des 8 premiers.
  • Deux thuriféraires encensent simultanément le Saint-Sacrement. Deux thuriféraires seulement, serait-on tenté de dire (deux est bien la rubrique romaine, sept était plus fréquent en France). Notons aussi qu’ils encensent à pleines chaînes en lançant l’encensoir en haut, ce qui est d’ancienne coutume en France (on voit encore ces encensements pratiqués de nos jours par les 7 thuriféraires de Saint-Etienne de Caen).
  • Le nombre de chapiers est impressionnant (j’en compte au moins 15) ; comme on ne voit pas de prêtres en chasuble, la rubrique romaine qui veut que les prêtres en revêtent pour cette procession ne semble pas observée, on peut imaginer que les prêtres sont donc revêtus de chapes ; quelques dalmatiques aussi de diacres & sous-diacres ; les deux acolytes sont positionnés de part & d’autre de l’autel du reposoir, ils ne sont vêtus que de surplis à larges manches ; notez que selon l’ancienne coutume parisienne, tous les membres du clergé portent une couronne de roses sur la tête !
  • Deux enfants de chœur jettent des fleurs devant le Saint-Sacrement, le pavé est jonché du reste de branchages ; deux autres enfants les précèdent et semblent porter une réserve de pétales dans un drap ; notons leurs ceintures sur le surplis (vieil usage français) et aussi qu’ils portent des ailes d’ange. Promis à un bel avenir, ce détail donnera lieu par la suite à d’amples développements au XIXème siècle & à la première moitié du XXème siècle : autour du reposoir s’organisèrent de grandes représentations scéniques d’enfants déguisés en anges. A droite, la bannière d’un saint patron évêque a été portée en tête de procession.
  • Revenons au reposoir ; c’est une véritable construction provisoire. L’autel est vêtu d’un antependium à trois compartiments principaux, surmonté d’un gradin, de la croix & d’un retable ; on y accède par trois marches. De magnifiques tapisseries l’entourent et masquent la construction.
  • A gauche de l’autel du reposoir a été édifié une tribune de musique ; y prennent placent instruments & chanteurs qui exécutent un motet pour le reposoir. On distingue au moins deux violons, une flûte d’Allemagne & un hautbois, le maître de musique au centre bat la mesure. Marc-Antoine Charpentier nous a laissé plusieurs œuvres pour les reposoirs de la Fête-Dieu, e.g. ses Symphonies pour un reposoir [H.515] ou Pour un reposoir [H.523] exigent la présence d’un véritable orchestre de bonne taille ; son motet In Festo Corporis Christi Canticum [H.344] fut exécuté au reposoir de la Fête-Dieu de Versailles devant le Roi. Nous avons par ailleurs déjà évoqué sur ce blog les 300 exécutants du motet de la Fête-Dieu de Langres écrit par le chanoine Couturier.
  • Notons pour finir les deux femmes qui lancent des pétales de fleur depuis leur fenêtre (de nos jours nous recevons usuellement bien autre chose…). C’était la Chrétienté.

Une réflexion au sujet de « La procession de la Fête-Dieu en France au XVIIIème siècle »

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