Quam pulchre graditur, la « Marseillaise de Saint-Sulpice »

En cette belle fête de la Présentation de la Vierge au Temple, nous vous proposons la musique et le texte d’une hymne de cette fête, composition naguère très célèbre.

Quam pulchre graditur fut composée dans la première moitié du XVIIIème siècle par Urbain Robinet, docteur en théologie, qui avait été élève à Saint-Sulpice vers 1706. Cette hymne fut accueillie par la suite par plusieurs bréviaires diocésains français pour les vêpres de la Présentation, cet office étant dépourvu d’hymne propre au Bréviaire romain. Elle constitue du reste toujours l’hymne des vêpres de la Présentation dans le propre de Paris (sa musique ci-après est tirée des Offices propres du diocèse de Paris approuvés par Sa Sainteté le Pape Pie XI et publiés par ordre de Son Eminence le Cardinal Dubois, archevêque de Paris en 1923). L’hymne est surtout célèbre pour avoir servi à la touchante cérémonie de renouvellement des promesses cléricales le 21 novembre en la fête de la Présentation, cérémonie instituée par les Sulpiciens et diffusée par la suite dans de nombreux séminaires. Elle était chantée avec ferveur et entrain par les membres du clergé, d’où son sobriquet de « Marseillaise de Saint-Sulpice » ou de « Marseillaise de la Sainte Vierge ».

La musique en est évidemment ternaire (il faut penser les épisèmes verticaux de la notation de 1923 comme des notes longues).

Télécharger la partition sous forme de livret.

Quam pulchre graditur filia principis,
Templi cum properat limina tangere !
Praeludit meliori
Quam mox offeret hostiam.
Qu’elle est belle la démarche de la fille du prince, se hâtant de toucher au parvis du Seigneur ! Elle prélude, en s’immolant elle-même, au sacrifice plus précieux qu’elle offrira bientôt.
E matris gremio, Numinis in sinum
Infans non dubiis passibus advolat ;
Virgo Numinis ara,
Aris victima sistitur.
Encore enfant, elle accourt, non d’un pas incertain, des bras de sa Mère dans le sein de Dieu ; et cette Vierge, dont le cœur est un autel consacré à la Divinité, se présente devant les autels comme victime.
Sponso membra Deo mollia devovet ;
Cordis Virginei dedicat intima
Verbo debita Mater,
Verbo viscera consecrat.
En prenant Dieu pour son Époux, elle lui voue son tendre corps ; elle lui dédie l’intérieur de son cœur virginal, et consacre déjà son propre sein au Verbe, dont elle doit être la Mère.
Tecum cuncta Deo prodiga dum voves,
Numen, Virgo fui pectoris incola,
Quanto foenore pensat
Terras qua bona despicis !
O Vierge qui vouez à Dieu toutes choses avec vous, de quel accroissement de grâces le Dieu qui habite dans votre cœur ne paye-t-il pas les biens que vous lui sacrifiez ?
Quid nos illa queant improba gaudia ?
Cur nos jam pigeat vincula rumpere ?
Dux est Virgo sacerdos :
Fas sit quo properat sequi !
Pourquoi de misérables joies nous retiennent-elles ? Pourquoi différer encore de rompre tous nos liens ? Vierge et prêtre, elle nous ouvre la voie : qu’il nous soit donné de marcher à sa suite !
Ergo nunc tua gens se tibi consecrat ;
Ergo nostra manes portio tu Deus,
Qui de Virgine natus,
Per nos sape renasceris.
C’en est donc fait, ô Dieu, votre tribu se consacre à vous seul ; donc vous demeurez notre unique partage, vous qui, né de la Vierge, daignez chaque jour renaître à notre voix.
Sit laus summa Patri, summaque Filio ;
Sit par, sancte, tibi gloria, Spiritus !
Si nos intus aduris,
Puro corde litabimur. Amen.
Gloire suprême au Père, gloire suprême au Fils, égale gloire à vous, Esprit-Saint ! si vous nous enflammez intérieurement, nous offrirons d’un cœur pur le divin sacrifice.

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