Programme de la solennité de la Fête-Dieu

Saint-Eugène, le dimanche 22 juin 2014, grand’messe de 11h.
Vêpres, procession & salut solennels du Très-Saint Sacrement : 16h.

> Catéchisme sur la Fête-Dieu

Dans l’année liturgique, la fête de l’Eucharistie est célébrée le Jeudi Saint. Toutefois, en raison de l’entrée à la suite du Christ dans les souffrances de la Passion, les fastes liturgiques ne peuvent être déployés ce jour-là. Aussi l’Eglise a-t-elle reporté la célébration glorieuse du sacrement de l’Eucharistie au jeudi qui suit la Trinité. Le mérite de l’institution de la fête de l’Eucharistie (c’est son nom dans les missels médiévaux) à cette date revient à sainte Julienne de Cornillon. A partir de 1209, cette religieuse & mystique liégeoise reçut la vision fréquente de la lune en laquelle une partie restait sombre et ne rayonnait pas. « Le Seigneur lui fit comprendre la signification de ce qui lui était apparu. La lune symbolisait la vie de l’Eglise sur terre, la ligne opaque représentait en revanche l’absence d’une fête liturgique, pour l’institution de laquelle il était demandé à Julienne de se prodiguer de façon efficace : c’est-à-dire une fête dans laquelle les croyants pouvaient adorer l’Eucharistie pour faire croître leur foi, avancer dans la pratique des vertus et réparer les offenses au Très Saint Sacrement » (Benoît XVI). Répondant aux demandes de sainte Julienne, l’évêque de Liège fit célébrer la première Fête-Dieu en sa ville en 1246. La providence appela ensuite l’archidiacre de Liège à siéger sur le trône de saint Pierre sous le nom d’Urbain IV, lequel institua la Fête du Corps du Christ pour l’Église d’Occident par la bulle Transiturus de hoc mundo le 11 août 1264, il y a donc 750 ans cette année. A la demande du pape, saint Thomas d’Aquin fut chargé de la composition de l’office et de la messe de la nouvelle fête (pour la messe, il centonisa des textes nouveaux sur les airs liturgiques les plus en faveurs de son temps, et pour l’office, il remania celui qui était déjà en cours dans certains monastères cisterciens des Flandres). La procession avec le Saint-Sacrement, pratiquée ici & là dès le XIème siècles aux Rameaux et au petit matin de Pâques, se fit ensuite volontiers à la Fête-Dieu, et elle était généralisée partout en Occident au XVème siècle. En général la procession se faisait après la messe le jour même de la fête, et après les vêpres chaque jour de l’octave.

La Fête-Dieu n’étant plus fériée en France, la solennité en est transférée au dimanche qui suit dans notre pays.

  • Propre grégorien du jour – Kyriale IV – Cunctipotens Genitor Deus
  • Procession d’entrée : Lauda Sion Salvatorem – extraits de la Prose du T. S. Sacrement – texte de Saint Thomas d’Aquin, mélodie d’Ernest Mazingue, organiste de Saint-Etienne de Lille (XIXème siècle) – Harmonisation d’Olivier Willemin, organiste de Sainte-Rosalie
  • Introït – Cibavit eos (ton ii.)
  • Graduel – Oculi omnium (ton vii.)
  • Alleluia – Caro mea (ton vii.)
  • Sequence – Lauda Sion (ton vii.)
  • Credo III – Et incarnatus de la Missa syllabica de Jean de Bournonville (1585 † 1632), maître de chapelle de la Sainte Chapelle de Paris
  • Offertoire – Sacerdotes Domini (ton iv.)
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Sacris solemniis – hymne du Saint Sacrement – texte de Saint Thomas d’Aquin – plain-chant et alternance polyphonique de la tradition de Langres – traduction versifiée du XVIIIème siècle
  • Après la Consécration : O salutaris hostia – François Giroust (1738 † 1799), maître de chapelle du roi Louis XVI
  • Pendant la communion : Tantum ergo sacramentum – Henri de Villiers – adaptation sur Hanac Pachap, cantique en Quechua (musique anonyme jésuite, Cuzco, XVIIème siècle)
  • Communion – Quotiescumque (ton vii.)
  • Prière pour la France, sur le ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Ite missa est IV
  • Après le dernier Evangile : Inviolata
  • Procession de sortie : Adoro te supplex – hymne au T. S. Sacrement de saint Thomas d’Aquin
  • Télécharger le livret de cette messe au format PDF.

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    VEPRES & PROCESSION – 16h

  • Vêpres chantées en plain-chant parisien avec faux-bourdons parisiens
  • Motet d’exposition : O salutaris de l’abbé du Gué, maître de chapelle de Saint-Germain-L’Auxerrois (1768 -1780) puis de Notre-Dame de Paris (1780 – 1790) – les fidèles sont invités à chanter avec la schola
  • Première partie de la procession :
    Pange lingua
    Benedictus qui venit – cantique du Chanoine Darros – versets du Benedictus (Luc, I-vv. 68 – 79), psalmodie du VIème ton
  • Au premier reposoir : Tantum ergo
  • Seconde partie de la procession :
    Antienne Lauda Jerusalem du Chanoine Noël Darros († 1954), maître de chapelle de Lourdes – versets du psaume 147, psalmodie du Vème ton de l’Oratoire
  • Au second reposoir : Tantum ergo
  • Troisième partie de la procession :
    Lauda Sion – Texte de saint Thomas d’Aquin composé sur la séquence Laudes Crucis d’Adam de Saint-Victor – mélodie d’Ernest Mazingue, organiste de Saint-Etienne de Lille (XIXème siècle)
  • Au Salut du Très-Saint Sacrement :
    Adoro te supplex – hymne au T. S. Sacrement de saint Thomas d’Aquin
    Panis angelicus – plain-chant de Langres
    Tantum ergo
    Louanges divines en réparation des blasphèmes
    Motet final au très Saint Sacrement : Adoremus in æternum en plain-chant musical
  • Télécharger le livret des vêpres & de la procession au format PDF.

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    Plain-chant de la Solennité du Corps du Christ dans le graduel de Nivers (1679)

    4 réflexions au sujet de « Programme de la solennité de la Fête-Dieu »

    1. Vous chanterez «Adoro te Supplex» qui, autant que je peux dire, c’est ce que j’appellerais «Adoro te devote»: Est-ce tout simplement un caprice de l’histoire, ou l’histoire textuelle de ce chant de St Thomas est si complexe?

      1. Bonsoir Marc,

        Le texte que nous suivons « Adoro te supplex » est celui reçu par l’usage dans les diocèses français jusqu’au début du XXème siècle. Même s’il n’est pas le texte original, il a une longue tradition derrière lui.

        La leçon « Adoro Te devote » a été popularisée par le Missel de saint Pie V qui l’insère comme prière d’action de grâces après la communion (à titre facultatif). Il ne s’agit pas pour autant de la version primitive du texte et elle possède le désavantage d’avoir 12 pieds au premier vers, au lieu des 11 pieds présents à tous les autres vers. Ce n’est pas très grave pour la récitation privée, mais ce texte irrégulier se révèle impossible à chanter avec le chant traditionnel, sauf à supprimer la césure musicale traditionnelle de chaque vers, ce qui se fit dans les éditions du XXème siècle. A mon avis, le chant y perd grandement en équilibre, & partant en dignité (et en intérêt…). Plusieurs autres passages du texte imprimé dans le Missale Romanum de 1570 se révèlent tout aussi inchantables (en tout cas avec le chant et rythme traditionnels) car ils détruisent la coupure régulière de certains hémistiches.

        A dire vrai, le texte original donné par les manuscrits est différent. Dom Wilmart s’est penché sur la question dans un article de 1929 publié dans la Revue de Théologie ancienne et médiévale et de son étude des différentes traditions manuscrites, il restitue ainsi le texte de la première strophe :

        Adoro devote / – latens veritas –
        Te qui sub his / formis vere latitas :
        Tibi se cor meum / totum subicit,
        Quia te contemplans / totum deficit.

        Notons dès le second vers qu’il y a un hémistiche impossible à rendre musicalement. Je pense que saint Thomas (la paternité du texte est contestée, comme l’est aussi la restitution de dom Wilmart…) n’a pas écrit ce texte pour qu’il soit chanté. Il est davantage dans l’esprit des prières de dévotions des livres d’heures médiévaux, et selon Wilmart, la lecture de ce texte devait servir à édifier à l’origine les fidèles au moment de l’élévation.

        Il est bien possible en tout cas que les premiers à avoir eu l’idée de mettre en musique ce texte soient les parisiens 🙂

        En effet, on ne le trouve pas mis en musique avant le Processionale du cardinal de Noailles de 1695, p. 192 à 197, où ses strophes sont distribuées afin de servir de pièces à chanter pour les 4ème, 5ème, 6ème & 7ème des douze reposoirs parisiens de la Fête-Dieu. C’est foncièrement ce texte que nous utilisons, et ce chant – bien rythmé à l’origine – que nous suivons.

    2. Merci beaucoup! Il me n’occupe pas un peu de temps pour comprendre l’ensemble (les pieds, le rythme, la césure, eh! :-)) de votre véritable essai. Vous devez avoir des jours de quarante heures et ne jamais dormir, cher monsieur. Merci beaucoup aussi pour le download du processionale du Cardinal Noailles!

      Je suis tellement habitué au textus romanus de l’Adore te devote qu’il m’est apparu jamais de penser à l’histoire, l’histoire textuelle etc. Si j’avais réfléchi à tout, c’était que le «supplex» a été introduit plus tard, supplantant «devote» — pas du tout forcément le cas, comme vous le notez. Mais Dom Wilmart! Bien sûr! J’ai lu cet article, «La tradition littéraire et textuelle de l’Adoro te deuote», dont vous parlez, mais il ya de longues années, trente années!– je l’avais oublié.

      Je ne serais pas surpris d’apprendre que vos ancêtres parisiens ont été les premiers à chanter l’Adoro te.

      Avec des sentiments les plus cordiaux, et avec un chapelet pour votre travail et la Schola, merci beaucoup!

      M.P.

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