Archives de la catégorie ‘‘Etudes liturgiques’’

Antependium ou Pallium altaris

Lundi, décembre 28th, 2009

Tenture ou parement d’étoffe qui couvre les quatre faces de l’autel, ou au moins sa partie antérieure. On le désigne sous d’autres noms, dont le plus primitif est sans doute pallium altaris (voile d’autel).

ORIGINE – Les Romains étendaient sur leurs tables des étoffes précieuses (mappa) avec ornements tissés ou brochés et de couleur brillante. Dès les origines, les chrétiens firent de même pour leurs autels.

HISTOIRE – Palladius, qui écrivait vers 421, mentionne quelques dames romaines qui, renonçant au monde, avaient légué leurs soies pour faire des revêtements d’autel. Au VIème siècle, le pallium ou vestis altaris était d’un usage général à Rome et dans l’Empire. Sur ce premier revêtement de soie et d’étoffes précieuses, les diacres étendaient des nappes de lin blanches pour la célébration des saints mystères. Le Liber Pontificalis témoigne que, durant les VIIIème et IXème siècles, des riches revêtements d’autel en fil d’or et ornés de bijoux, de perles, de broderies avec des figures de notre Seigneur, de la Bienheureuse Vierge Marie et des apôtres ont été fréquemment donnés aux grandes basiliques romaines par les papes successifs.

Initialement, le pallium altaris tombe sur les quatre côtés de l’autel comme un grande nappe. Voici comme exemple de pallium altaris une enluminure tirée du Benedictional de Saint Ethelwold composé vers 970 à l’attention de cet évêque de Winchester en Angleterre :

Benedictional de Saint Ethelwold

Dès les VIIIème-IXème siècles, on se met à réaliser des antependia en or ou en argent, dont les motifs imitent les riches tentures employées jusqu’alors. L’exemple le plus fameux est celui de l’autel majeur de la basilique de Saint-Ambroise à Milan :

Antependium de Saint-Ambroise de Milan

A l’époque gothique, les autels sont plus volontiers attachés à la murailles (on en trouve dès l’antiquité, mais la majorité des autels antiques sont détachés de la muraille) et les nappes de lin tombent de plus en plus sur les faces latérales ; l’autel devient de plus en plus un long rectangle adossé à un mur. La forme du pallium altaris suivit ces évolutions, et cela se reflète dans les nombreuses désignations que l’on employa pour parler de cette tenture liturgique de l’autel :

  • circitorium lorsque ce tissu enveloppait encore l’autel sur ses quatre faces,
  • dorsale, dossel, postabula, postaltare, retroaltare, lorsqu’il se réduisit progressivement aux parties restées visibles, devant & derrière (mais pas sur les côtés, recouverts par les nappes de lin)
  • frontale, devantier, devantel, devant d’autel, lorsque seule la face antérieure resta visible.
    Le terme d’antependium se rattache à cette dernière série. Son étymologie latine est claire : ante & pendeo, suspendre devant. C’est toutefois une erreur d’écrire comme on le voit parfois antipendium en se réclamant du grec anti, contre – même si tous les rits orientaux connaissent un usage similaire de notre antependium, preuve supplémentaire de son antiquité.

    Voici comme se présente un autel byzantin : il doit être recouvert jusqu’à terre sur ses quatre côtés d’une enveloppe de riche brocard qui correspond très exactement à notre pallium altaris :

    Autel byzantin

    Comme dans l’usage occidental, cette enveloppe de brocard doit tomber raide jusqu’à terre.

    Selon le dicton qui avait court à l’époque des Pères de l’Eglise, tout ce qui s’est toujours pratiqué partout doit être tenu comme d’institution apostolique. Le pallium altaris parait entrer parfaitement dans cette définition.

    SYMBOLIQUE – Dans l’esprit de la liturgie, l’autel représente le Christ, c’est à ce titre qu’il reçoit les marques d’honneur de la liturgie que sont par exemple l’encensement et le baiser. Dans le rite de l’ordination des sous-diacres, lors de la monition aux candidats, l’évêque les avertit que « les étoffes et les corporaux de l’autel [qui représente le Christ] sont les membres du Christ, peuple fidèle de Dieu, avec lequel, comme avec des vêtements coûteux, le Seigneur est vêtu, selon le Psalmiste : « Le Seigneur règne, vêtu de majesté ». Cette symbolique très forte associe donc l’étoffe précieuse de l’antependium à l’Eglise, l’Epouse du Christ, varietate circumdatæ, qui se pare des couleurs liturgiques diverses pour magnifier les fêtes et les temps qui l’unissent à son Epoux.

    FORME – L’esprit de la liturgie attend de cette tenture qu’elle soit noble afin de magnifier l’autel qui représente le Christ. Elle doit descendre de haut en bas, de la table au marchepied et devrait être fixée sur un cadre qui doit en assurer la tension. C’est ce que demande le Cérémonial des Evêques (Livre I., chap. XII, 11) : « Quand l’autel est séparé de la muraille, qu’on le garnisse devant et derrière, de pallia ou parements d’or, d’argent ou de soie artistiquement brochée d’or et de la couleur du jour. Il faudra les fixer sur un cadre de forme rectangulaire, afin qu’ils soient sans plis et sans rides, mais parfaitement déployés et tendus pour être visibles. » Le cadre dont parle le Cérémonial des Evêques s’apelle telarium.

    Sont donc à bannir ces plissés affreux :

    Monstruosité liturgique

    Car le tissu doit tomber parfaitement droit :

    Antependium parfait

    La Sacré Congrégation des Rites (n. 4000 ad 2) a interdit les « petits pallia d’un demi-mètre de côté suspendus au milieu de l’autel pour remplacer l’antependium qui doit couvrir toute la partie antérieure de l’autel. »

    Sont donc interdits ces ornements étriqués :

    Monstruosité liturgique

    Toute la face avant de l’autel doit être revêtue (pas nécessairement les côtés) :

    Antependium

    Mauvais exemple :

    Monstruosité liturgique

    Bon exemple :

    Cathédrale de Westminster

    MATIERE & DECORATION – Rappelons ce que nous disait à l’instant le Cérémonial des Evêques : les pallia doivent être d’or, d’argent ou de soie artistiquement brochée d’or et de la couleur du jour. Les antependia sont le plus souvent de soie ou de drap d’or, on en vit toutefois de cuir doré et gaufré, et même de bois peint, avec bas-reliefs, médaillons & plaques d’émaux.

    Exemple d’un ancien antependium français en cuir de Cordoue peint & doré de l’église de Notre-Dame de Vic d’Oust (Ariège), classé du reste aux Monuments Historiques en 1921 pour sa rareté et sa grande beauté :

    Antependium de Vic d

    Si l’on s’en tient à l’origine historique de l’antependium, l’usage du tissu est de très loin préférable, pourvu que ce tissu soit de qualité, riche & décoratif.

    Il n’est pas très difficile de réaliser des antependia simples & nobles, avec du beau damas ou du beau lampas, et des galons. Exemple : antependium réalisé par le séminaire de Witgratzbad de la Fraternité Saint-Pierre :

    Ordination à Wigratzbad

    Sur le tissu on applique usuellement des bandes décoratives (galons simples ou orfrois plus larges) soit verticaux (les auteurs conseillent que la surface verticale soit découpée en nombre impair, 5 parties dans l’usage romain ; on retrouve aussi les cinq compartiments verticaux assez souvent dans l’usage français, mais on y voit aussi la disposition avec 2 orfrois verticaux), soit horizontaux à la partie supérieure, sous la mensa de l’autel. La partie inférieure contre le marchepied de l’autel est terminée par des franges ou des glands.

    Un antependium à deux orfrois verticaux & contre-orfrois :

    Antependium parfait

    La forme romaine typique, à cinq parties verticales :

    Antependium romain

    Avec discrétion et mesure, des symboles ou monogrammes peuvent y être brodés ou peints. Le bon goût doit régner en la matière, la Sacré Congrégation des Rites (n. 3492) a ainsi interdit la représentation des Cœurs de Jésus ou Marie.

    En France, un bel usage est d’orner le centre de l’antependium d’une belle croix de Malte faite en simple galon.

    REGLES LITURGIQUES – OBLIGATIONS – L’usage de l’antependium est exigé toute l’année par les livres tridentins : le Cérémonial des Evêques (cf. supra) comme le Missel de saint Pie V (Rubriques générales du Missel, titre XX).

    La Sacré Congrégation des Rites recommande l’emploi d’un antependium au moins pour l’autel majeur de l’église, mais tous pourraient en être revêtus, surtout s’ils sont régulièrement utilisés.

    En dehors des célébrations liturgiques, on peut retirer l’antependium, celui-ci étant remis pour la célébration d’un office ou d’une messe.

    L’autel de Saint-Pierre non vêtu :

    Saint-Pierre de Rome - Autel nu

    L’autel de Saint-Pierre de Rome revêtu pour une messe papale (les riches antependia de Saint-Pierre ont traditionnellement été offerts pour des cérémonies de canonisation dans le passé) :

    Saint-Pierre de Rome - Autel vêtu

    Bien évidemment, l’antependium est retiré lors du dépouillement des autels le Jeudi Saint après la messe de la Cène du Seigneur, les autels restant nus jusqu’à none du samedi saint.

    L’usage de l’antependium ayant singulièrement diminué à l’époque moderne dans notre pays, nous ne résistons pas au plaisir de retranscrire ici le commentaire pertinent que Mgr Gromier, le fameux liturge, faisait au paragraphe susdit du Cérémonial des Evêques :

    « Le parement forme le complément principal de l’autel ; il est d’effet inimitable, irremplaçable. On souffre en voyant que les anglicans le comprennent mieux que nous. Le parement n’est pas une simple décoration de l’autel, mais bien un habillement dû à l’autel. Ce droit à l’habillement est promulgué, expliqué par le Pontifical, vers la fin de la consécration de l’autel, et dans la deuxième monition que fait l’évêque en ordonnant les sous-diacres. Si, de toute antiquité, le siège épiscopal doit être vêtu, à plus forte raison, dans la liturgie actuelle, l’autel ne doit pas se trouver dépouillé. Entre deux défauts, celui d’un parement n’ayant pas la couleur voulue, et celui du manque de parement, le Missel donne la préférence au premier. Si l’on dépouille l’autel pour le Vendredi saint, cela veut dire qu’il doit être vêtu les autres jours. Pour couvrir l’autel en superficie et sur ses deux faces latérales on n’a rien que les nappes ; pour couvrir sa face antérieure, ou les deux faces visibles, on n’a rien que les parements. L’un ne remplace pas l’autre. Un autel avec nappe, sans parement, est à moitié vêtu, demi-nu. Si sa face antérieure (ou les deux faces visibles) reste découverte, pourquoi le couvre-t-on sur ses côtés ? Quand, pendant la messe, la table de l’autel porte cinq toiles : toile cirée ou chrémeau, plus trois nappes (on n’a jamais bien su pourquoi), plus corporal ; et même six toiles à la messe papale, avec la nappe supplémentaire dite Incarnatus ; croit-on alors raisonnable de ne pas couvrir la façade qui se voit le mieux ? Entre autres preuves, les inventaires montrent que le parement était d’usage presque universel jusque vers la fin du XVIIIe siècle. Maintenant il trouve son refuge dans les musées, et aux enterrements qui payent bien. Laisser périr de consomption les rares qui existent, ne point en faire de neufs, passe pour très normal. Les soi-disant restaurateurs de la liturgie se gardent bien d’en parler. » – Mgr Gromier (1959).

    REGLES LITURGIQUES – COULEUR – Le Missel comme le Cérémonial des Evêques exigent que l’antependium soit de la couleur liturgique du jour.

    Voici un exemple idéal, où l’ensemble des ornements liturgiques du jour sont réalisés de façon complète dans le même tissu (ici un damas vert aux armes de la Fraternité Saint-Pierre pour cette messe de M. l’Abbé Berg, supérieur de la Fraternité Saint-Pierre célébrant à Nantes, ornement réalisé sur les indications de Monsieur l’Abbé Jouachim, fssp) :

    Antependium FSSP

    Toutefois, il existe une exception : lorsque le Très-Saint Sacrement est exposé sur l’autel, l’antependium doit être blanc (Sacré Congrégation des Rites, n. 1615 ad 7) quelle que soit la fête, même le jour de la Pentecôte (Sacré Congrégation des Rites, n. 2673).

    Seconde exception : aux messes & offices des morts, l’usage romain est d’employer un antependium violet et non noir. Cette règle est peu suivie voire inconnue en France ; l’usage ancien français de l’antependium noir, que l’on rencontre aussi dans d’autres pays de la chrétienté, a été toléré si le Très-Sacrement n’y est pas au tabernacle, ou s’il y est, à la condition que ce soit le seul autel de l’église & que le conopée soit violet (Sacré Congrégation des Rites, n. 3562 – la plupart des diocèses français employaient autrefois avant le XXème siècle des conopés noirs ; à l’inverse, l’usage romain a toujours eu quelque répugnance envers la couleur liturgique noire, qu’il paraît avoir accueillie plus tard qu’ailleurs – cette couleur est toujours inconnue du rit papal).

    Avec la renaissance de la liturgie traditionnelle dans notre pays, il est agréable de constater que redevient de plus en plus fréquent l’usage de l’antependium, signe mystique de l’Eglise, épouse unie au Christ et présentant au monde la richesse, la variété et la beauté des couleurs de ses grâces. Souhaitons que cet usage antique et universel de toutes les églises chrétiennes soit renouvelé dans nos communautés.

    Henri de Villiers.

    Références :

  • Chanoine Robert Lesage, Dictionnaire pratique de liturgie romaine, Paris, 1952, articles Antependium, Autel, Dépouillement des Autels, Vendredi Saint & Vigile pascale.
  • Shawn Tribe, The History, Development and Symbolism of the Antependium, Altar Frontal, or « Pallium Altaris », in The New Liturgical Movement, 16 octobre 2008.
  • Cérémonial des Evêques avec les commentaires de Mgr Léon Gromier, 1959.
  • Thésaurus des objets religieux, Meubles, objets, linges, vêtements & instruments de musique du culte catholique romain, Paris, Editions du patrimoine, 1999.
  • Bernard Berthod & Pierre Blanchard, Trésors inconnus du Vatican, cérémonial & liturgie, Paris, 2001.
  • Blog de la Fraternité Saint-Pierre à Nantes
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    Angelus

    Mercredi, mars 25th, 2009
    L

    Prière de dévotion mariale en l’honneur de l’Annonciation et de l’Incarnation du Sauveur, qui se dit trois fois le jour au son de la cloche, à 6h, à 12h et à 18h mais ces heures peuvent varier selon le travail et les régions.
    Comme un grand nombre d’anciennes prière, l’Angelus doit son nom au premier mot qui la commence en latin.

    TEXTE

    V/. Angelus Domini nuntiavit Mariæ,
    R/. Et concepit de Spiritu Sancto.

    Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.
    Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostræ.

    V/. « Ecce Ancilla Domini. »
    R/. « Fiat mihi secundum Verbum tuum. »

    Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.
    Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostræ.

    V/. Et Verbum caro factum est. (Ici, on s’incline en l’honneur de l’Incarnation)
    R/. Et habitavit in nobis.

    Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.
    Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostræ.

    V/. Ora pro nobis, Sancta Dei Genetrix.
    R/. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

    Oremus.
    Gratiam tuam quæsumus, Domine, mentibus nostris infunde ; ut qui, angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per passionem eius et crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur.
    Per eumdem Christum Dominum nostrum.
    Amen.

    (On peut y ajouter par dévotion un triple Gloria Patri).

    TRADUCTION FRANCAISE

    V. L’ange du Seigneur fit l’annonce à Marie.
    R. Et elle conçut du Saint-Esprit.

    Je vous salue Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous.
    Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni.
    Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

    V. Voici la Servante du Seigneur.
    R. Qu’il me soit fait selon votre parole.

    Je vous salue Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous.
    Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni.
    Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

    V. Et le Verbe s’est fait chair. (Ici, on s’incline en l’honneur de l’Incarnation)
    R. Et il a habité parmi nous.

    Je vous salue Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous.
    Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni.
    Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

    V. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu,
    R. Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.

    Prions.
    Répandez, Seigneur, votre grâce en nos âmes, afin qu’ayant reçu, par le message de l’ange, l’incarnation du Christ votre Fils, nous parvenions, par sa passion et par sa croix, à la gloire de sa résurrection.
    Par ce même Christ, notre Seigneur. Amen.

    HISTOIRE – L’histoire de cette prière n’est pas facile à tracer, mais paraît étroitement liée aux sonneries des cloches tant monastiques (le moine sonneur récitant mentalement un Ave entre chaque série de triple coups pour répartir ceux-ci) que civiles (la volée finale de la sonnerie de l’Angelus dérive probablement d’un signal d’horaire civil (et initialement du signal du couvre-feu le soir) sonné au beffroi communal).

    La sonnerie quotidienne de la cloche, matin et soir se pratiquait en Allemagne en l’honneur de la Compassion de Notre-Dame. Un concile de Cologne de 1246 introduisit la sonnerie de midi, pour le seul vendredi, en mémoire de la Passion : midi est l’heure de la crucifixion.

    En 1269, saint Bonaventure décida de faire tinter la cloche le soir après complies pour appeler ses religieux et les fidèles d’alentour à réciter trois Ave. Cette pratique fut ensuite popularisée par les Franciscains un peu partout en Europe.

    En 1346, un concile de Sens fait état d’une indulgence accordée par le Pape Jean XXII à quiconque dira trois fois Ave Maria le matin, le midi et le soir. Certains auteurs attribuent toutefois la paternité de l’institution de l’Angelus au Pape Urbain II.

    Entre 1456, le Pape Calixte III ordonna que prière lors de la cloche du midi serait assignée à une prière ardente pour la protection de la Chrétienté contre l’invasion turque, invitant à voir dans l’Angelus la réplique chrétienne à l’appel du muezzin pour la prière musulmane.

    En 1472, le roi de France Louis XI rendit obligatoire pour tout le Royaume la sonnerie quotidienne des trois Angelus, laquelle continua même, au titre d’indication horaire, au plus fort de la Révolution.

    En somme, l’Angelus actuel se constitua entre 1250 et 1500.

    Sa forme définitive (avec les versets et l’oraison) est donnée en appendice de l’édition typique du Petit Office de la Sainte Vierge, annexée par saint Pie V en 1570 à la seconde édition du bréviaire romain.

    Dans sa Lettre apostolique Dum Maerenti Animo de 1956 sur la persécution de l’Eglise en Europe de l’Est et de la Chine, le Pape Pie XII a rappelé le 500ème anniversaire de la « cloche turque », une croisade de prière lancée par le Pape Calixte III contre l’invasion ottomane. Le Pape demanda à nouveau aux fidèles à travers le monde, à prier pour les Eglise persécutée en Orient au cours de l’Angelus de midi.

    Depuis le Pape Jean XXIII, le Souverain Pontife donne le midi une allocution suivie de la prière de l’Angelus qui donne lieu à des retransmissions radio et télévisuelles.

    Dans sa Lettre apostolique Marialis cultus de 1974, le Pape Paul VI a encouragé la prière de l’Angelus, et a confirmé son importance.

    USAGE – L’Angelus appartient davantage à la dévotion privée qu’à la liturgie, aussi aucune rubrique n’en prescrit ni n’en règle la récitation en commun. Les Moines, qui le sonnent à des moments où la communauté se trouve réunie au chœur, le disent en silence et chacun pour soi.

    Au Temps pascal, on remplace l’Angelus par l’antienne Regina cœli, avec son verset et son oraison, comme à la conclusion des heures de l’office divin. C’est le Pape Benoît XIV qui homologua cette substitution, en y transférant les indulgences accordées à l’Angelus par ses prédécesseurs. Le Regina cœli se dit durant tout le Temps pascal, y compris l’octave de la Pentecôte qui s’achève après none & la messe du samedi des Quatre-Temps de Pentecôte : le dernier Regina cœli est donc dit le samedi midi qui suit la Pentecôte, le samedi soir on reprend l’Angelus.

    La sonnerie de l’Angelus se compose de trois coups triples tintés, suivis d’une volée prolongée, aussi bien pour l’Angelus que pour le Regina cœli. La crécelle suit le même rythme pour annoncer l’Angelus depuis le Jeudi saint après la messe in Cœna Domini jusqu’à la Vigile pascale.

    On dit l’Angelus à genoux, sauf des premières vêpres aux secondes vêpres du dimanche (du samedi soir au dimanche soir donc), en l’honneur de la Résurrection du Seigneur (ressusciter = se tenir droit debout) et en souvenir d’un canon du saint Concile de Nicée de 325. Pour la même raison, le Regina cœli se dit toujours debout durant tout le temps pascal.

    Une indulgence partielle de 10 ans fut accordée à tout ceux qui récitent Angelus ou le Regina cœli le matin, à midi et le soir, ou le plus tôt qu’ils peuvent, ou au moins cinq fois l’Ave Maria. Une indulgence plénière fut accordée pour la récitation quotidienne pendant un mois (S. Pénit., 20 fév. 1933). La sonnerie de la cloche ne fut plus mentionnée pour le gain de ces indulgences (Preces & pia opera, 1950, n. 334).

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    Histoire de l’Eglise catholique d’Albanie et de sa langue liturgique

    Mardi, janvier 20th, 2009

    OBSERVATIONS AUTOUR

    DE L’HISTOIRE ECCLESIASTIQUE ET LITURGIQUE

    DU CATHOLICISME ALBANAIS

    TF

     

    1.- « Res gestas illustraturi sumus regionis mirabilissimae, nonnulla adhuc in re tenebris circumdatae« . C’est par cette phrase que les trois grands médiévistes, M. Sufflay, L. Thalloczy et C. Jirecek inaugurent leur monumental recueil d’actes sur l’histoire du Moyen-Age albanais[1]. C’est dire l’épaisseur de l’oubli dans lequel a été enfouie l’histoire d’un des plus anciens berceaux de la civilisation européenne. Le Haemus occidentalis, les Balkans occidentaux, notamment l’Illyricum qui s’étendait autrefois de la Carniole au nord (Slovénie) au golfe d’Arta en Grèce au sud et de la Mésie (Messicae) occidentale à l’Est à l’Adriatique et à la mer Ionienne à l’Ouest, ont souffert de la chape de plomb imposée par deux des plus impitoyables pourfendeurs de la civilisation européenne[2] à savoir l’empire ottoman et le communisme dans une époque plus récente. Le bâillonnement de la foi chrétienne, les conversions forcées, la destruction du patrimoine religieux et spirituel surtout catholique, la mise à mort de Dieu sous le communisme, l’extermination de l’hiérarchie ecclésiastique ont achevé, pendant 550 ans, hormis quelques rares et éphémères intervalles, d’anéantir ou presque le noyau de l’identité des descendants des Illyriens que sont les Albanais. Ceux-ci en souffrent toujours actuellement car l’absence de mémoire collective creuse l’ignorance sur les faits historiques et la réalité des événements. Ces repères peuvent pourtant toujours servir de solides repères pour avancer dans la voie du progrès humain. Or cette identité a reçu un coup fatal à la fois sous la domination ottomane et sous la dictature communiste et elle a été d’autant plus durement touchée que c’est un de ses ferments d’unité, à savoir l’appartenance religieuse, qui a été le plus visé. On n’apprendra rien en disant qu’en Albanie la religion fut interdite légalement[3] de 1967 à 1990, la célébration du culte pouvant être passible d’une peine d’emprisonnement de 20 ans et de travaux forcés. Les églises et tous les autres édifices à caractère religieux furent fermés, démolis – en grande partie hélas – ou transformés en hangars, salles de sport, cinémas, prisons….Si certaines églises orthodoxes furent épargnées en tant qu’objets muséaux, la quasi-totalité des églises catholiques furent démolies. La cathédrale primatiale de Saint-Etienne Protomartyr de Shkodra, construite en partie grâce au soutien financier du Pape Pie IX au milieu du XIXe siècle fut transformée en palais de sports et en salle de réunion des congrès du Parti. Elle ne retrouva un certain éclat qu’en 1993 lorsque le Pape Jean-Paul II vint en Albanie pour régénérer l’hiérarchie catholique disparue depuis 1967, en sacrant les quatre premiers évêques depuis les années 1950 dans cette cathédrale même rendue au culte catholique par le gouvernement qui suivit la chute du communisme en 1991.

    (Lire la suite…)

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    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le rit de Nidaros

    Mercredi, décembre 3rd, 2008

    … sans jamais oser le demander.

    Saint Olaf
    Le roi saint Olaf, patron de la Norvège

    - Nota : cet article, publié originellement sur Facebook, est une réponse à un pari avec une amie -

    La province ecclésiastique de Nidaros fut l’une des plus étendues de la Chrétienté : outre la Norvège, sa juridiction comprenait d’anciennes colonies norvégiennes, savoir les Orcades, l’Ile de Man, l’Islande, le Groënland et les îles Feroe.

    Nidaros est le nom ancien de l’actuelle ville de Trondheim en Norvège.

    Alors que le Danemark et la Suède, déjà chrétiens, n’avaient étrangement pas cherché à évangéliser la Norvège, celle-ci reçut la foi par son roi Olaf Tryggvason († 1002), qui était revenu d’Angleterre pour prendre possession de son royaume en 994, amenant avec lui l’évêque Sigurd et plusieurs prêtres. Le succès de leur apostolat fut tel qu’en 4 ans tout le pays fut converti. Le roi établi sa résidence à Nidaros, où il érigea la première église (dédiée à saint Clément), devenue cathédrale, et qui devait abriter les fameuses reliques de saint Olaf Haraldsson (1015†1030), l’un des successeurs d’Olaf Tryggvason , qui devint patron du pays (fête principale le 29 juillet).

    La province ecclésiastique de Nidaros fut érigée en 1152 par le Pape Eugène III et comporta onze évéchés :
    Norvège : Nidaros, Bergen, Stavanger, Oslo, Hamar
    Islande : Skalholt, Holar
    Groenland : Gardar
    Iles Feroe : Kirkebo en Straumo
    Orades : Kirkwall
    Sodors & Man : Saint-Germans.

    Ayant reçu la foi de l’Angleterre, les liens ecclésiastiques entre ce pays et la Norvège furent très forts : les premiers évêques de Norvège furent sacrés en Angleterre, de nombreux prêtres & moines avaient été formés dans ce pays, même le vin de messe venait d’Albion ! A partir de l’épiscopat de l’archevêque Eric Ivarsson (1188 † 1205), qui avait fait ses études à l’abbaye de Saint-Victor de Paris, les liens avec la France et les Flandres devinrent aussi importants.

    On comprend dès lors que le rit de Nidaros dépend étroitement des rits en usage dans les Iles britanniques (principalement Sarum et York, également les usages celtiques d’Irlande (points de contacts avec le Missel de Stowe)) mais aussi des rits français (Normandie et Paris), et dans une moindre mesure, de certains usages allemand (la métropole de Brême englobait toute la Scandinavie initialement). Les anciens rits de Suède et de Danemark suivent d’avantage l’usage germanique.

    Comme dans tout le territoire de l’ancien empire de Charlemagne, il s’agit donc à la base du rit romain dans sa structure essentielle (c’est-à-dire l’ordonnance générale de la messe et le texte du canon), avec les variantes locales dues principalement à l’enrichissement eucologique qui s’est pratiqué dans l’Occident au IXème-Xème siècles pour certaines parties de la messe, soit les prières avant l’introït, les prières de l’offertoire, celle avant et après la communion. Ces prières, pour l’essentiel, sont dites à voix basses par le célébrant, et changent considérablement d’un rit à un autre.

    La connaissance de ce rit norvégien est difficile, car la réforme protestante lui a été fatale : on ne possède plus que 4 manuscrits médiévaux, et pour l’édition imprimée en 1519 tant du Missel de Nidaros que du Bréviaire (édités le premier à Copenhague, l’autre à Paris), qu’un unique exemplaire chacun. Par chance, le Missel a été imprimé avec la musique du graduel. A noter que le Missel imprimé ne comporte que très peu de rubriques.

    Globalement, on peut estimer que le rit de Nidaros avant sa suppression était resté assez pur et proche de son premier établissement. On notera en particulier qu’il est resté fermé aux excroissances de la dévotion liturgique qui ont surchargé certains rits ailleurs en Europe au XVème siècle.

    Le rit de Nidaros ne survécut cependant pas à la réforme protestante. En 1536, après une horrible guerre civile qui avait démarré en 1528, l’archevêque Olaf fut contraint de fuir vers les Pays-Bas & tout l’épiscopat fut emprisonné, sauf l’évêque renégat d’Oslo qui avait apostasié (mais il n’y eut pas de succession apostolique ultérieure). En 1537, le roi de Danemark imposa autoritairement le luthéranisme. Comme en Allemagne ou en Angleterre, la noblesse embrassa vite le protestantisme, trop heureuse de confisquer les biens de l’Eglise au passage. Dans les campagnes, on laissa le plus souvent les vieux prêtres dire la messe, mais à leur décès, ils étaient remplacés par des pasteurs.

    Hors de la Norvège, l’Eglise de Nidaros subit également de durs coups à cette époque. Au Groenland toutefois, qui était coupé de toutes communications avec la Scandinavie depuis environ 1410, le clergé avait déjà disparu vers 1392. Comme seul souvenir de la religion chrétienne, les habitants avaient conservé le corporal sur lequel le dernier prêtre avait consacré le Corps du Seigneur à la dernière messe et en faisaient une ostension annuelle. Le Protestantisme fut introduit dans les autres diocèses de la province par diverses voies au cours du XVIème siècle. Le rit de Nidaros avait cessé d’être.

    * LA MESSE DANS LE RIT DE NIDAROS

    1. Prières préparatoires :
    - Oraison pour obtenir le don des larmes
    - Veni Creator
    - Plusieurs psaumes
    - Ave Maria
    - Kyrie eleison
    - Pater
    - Versets & oraisons
    - Prières pour chaque vêtement sacerdotal (assez différentes du romain actuel)

    2. Prières en allant à l’autel :
    - Judica me
    - Kyrie eleison
    - Pater
    - Introibo ad altare Dei
    - Oraison Educ me, Domine, in via tua
    - Verset Confitemini Domino (cf. rit Dominicain)
    - Confiteor (plusieurs formules, toutes différentes du Romain)
    - Misereatur (texte différent)
    - Indulgentiam et remissionem omnium peccatorum nostrorum…
    - Versets pour l’encensement de l’autel
    - Aufer a nobis
    - Versets Adjutorium nostrum & Sit nomen Domini
    - Benedicite Deus
    - In nomine Patris, …

    3. Messe des catéchumènes
    - Introït
    - Kyrie
    - Gloria (avec des tropes pour la Sainte Vierge, le dimanche et le Saint-Esprit)
    - Epitre
    - Graduel (chanté par 4 ou 2 chantres dit Gradalarii)
    - Alleluia (chanté par 6 ou 4 chantres Gradalarii)
    - Proses fréquentes mais qui devaient présenter un caractère facultatif, car elles sont toujours dans un supplément en fin de missel
    - Dominus sit in corde tuo et réponse du diacre : Da mihi, Domine, sermonem rectum & benesonantes in os meum…
    - Evangile
    - Per istos sermones sancti evangelii pacis…
    - Pour le baiser du livre des évangiles par le chœur : Pax Christi, quam nobis per evangelium suum…
    - sermon

    4. Messe des fidèles – offertoire
    - Credo
    (les oblats ont préparés au préalable entre l’épître & l’évangile)
    - Offertoire
    - Sanctifica, quæsumus, Domine, hanc oblationem…
    - Suscipe sancta Trinitas (différent du Romain)
    - Acceptum sit omnipotenti Deo sacrificium nostrum…
    - Veni sanctificator (presque identique au Romain)
    - Bénédiction de l’encens (différente du Romain) puis encensement
    - Lavabo
    - In spiritu humilitatis
    - Orate pro me fratres et sorores… (sans réponse)

    5. Messe des fidèles – canon
    - Deux préfaces pour les Apôtres
    - Canon quasiment identique au canon romain, idem pour la suite jusqu’à la formule de commixition légèrement différente.
    - Baiser de paix très développé : Pax Christi et Sancte matris ecclesiæ abundet semper in cordibus vestris, per Spiritum Sanctum qui datus est nobis. Puis : V/. Pax tecum. R/. Et cum spiritu tuo. Puis : Habete vinculum pacis et caritatis ut apti sitis misteriis sacrosanctis…

    6. Messe des fidèles – communion
    - Domine sancte Pater omnipotens… (cf. Rit de Sarum)
    - Domine Jesu Christi Fili Dei vivi…
    - Communion du prêtre assez identique au Romain
    - Prières de l’ablution identiques mais dans l’ordre inverse du Romain
    - Lavement des mains avec Nunc dimittis
    - Communion
    - La Postcommunion s’appelle Complenda
    - Ite missa est
    - Benediction : Benedicat vos divina majestas, Pa + ter, et Fi + lius, et Spiritus + Sanctus. Amen.
    - Dernier évangile & trois collectes :
    - Deus qui humanæ substantiæ…
    - Protector noster in te sperantium…
    - Ecclesiam tuam, quæsumus Domine…

    7. Action de grâce après la messe
    - Hymne des 3 enfants
    - Psaume 150
    - Nunc Dimittis
    - Ave Maria
    - Kyrie eleison
    - Pater
    - Versets & deux collectes
    - Dominus vobiscum
    - Benedicamus Domino R/. Deo gratias
    - Gratias ago immense majestatis

    * QUELQUES MOTS SUR L’ANNEE LITURGIQUE

    - On compte les dimanches en parlant de dimanches après l’octave de l’Epiphanie et de dimanche après la Trinité (comme en Angleterre)
    - Les vêpres du jeudi saint sont chantées après la messe (idem le Vendredi Saint après les Présanctifiés)
    - La vigile pascale comporte 4 leçons et non 12 (structure du sacramentaire grégorien) mais curieusement avec un seul trait (Attende cœlum), pas de litanies, Sicut cervus après la bénédiction des fonts
    - La vigile de la Pentecôte est assez semblable à celle de Pâques, mais l’unique trait après les 4 prophéties est Sicut cervus
    - La préface de la Trinité est prescrite pour la fête de la Transfiguration le 6 août
    - Le sanctoral comporte, outre bien sûr les saints norvégiens, un grand nombre de saints anglais (et pas mal de normands aussi).

    * QUELQUES MOTS SUR LES CHANTRES ET LE CHANT

    Après le XIIIème siècle, les chantres du chapitre de Nidaros furent nommés prélats, on pense qu’ils portaient une mitre en toile en certaines occasions. Cela était du reste assez fréquent dans toute la Scandinavie. Pour la messe et l’office, il y avait deux, quatre ou six chantres, qui chantaient au lutrin placé au milieu du chœur. Pour les fêtes de troisième classe, ils étaient remplacés par deux enfants d’aube.

    On trouve des traces de polyphonies primitives (organum à deux voix à la quinte ou à l’octave) dès le XIème siècle, et des compositions à 3 voix dans le siècle suivant. Une hymne à deux voix à saint Magnus, qui a dû être composée au XIIIème siècle aux Orcades, est une merveille remarquable de composition.

    En 1434, le roi Eric instaura la laus perennis à la cathédrale de Nidaros : dans l’intervalle entre chaque office et messe, on devait chanter des psaumes, afin d’offrir à Dieu une louange ininterrompue. Il ne semble pas que cette institution ait duré longtemps cependant.

    Curieusement, l’orgue paraît d’usage ancien à Nidaros. On en parle incidemment en 1327-1329 lorsque Arngrim Brandsson, prêtre islandais, ramena de Nidaros le premier orgue d’Islande.

    * ET FINISSONS PAR QUELQUES DROLERIES

    En 1205, l’Archevêque de Nidaros fit une étrange requête au pape Innocent III : il lui demandait s’il pouvait remplacer l’eau par de la bière pour administrer le baptême ! Le pape refusa bien sûr catégoriquement. L’archevêque ne semble pas avoir accepté la réponse, puisqu’il réitère sa question à Grégoire IX, lequel réédita le refus de son prédécesseur dans une lettre à l’archevêque Sigurd en 1241.

    Si l’eau ne devait certes pas manquer en Norvège, le vin en revanche fut sans doute plus difficile à trouver (et ce fut pire, comme on peut l’imaginer, au Groenland ou en Islande). En 1203, Jean, evêque de Gardar, explique à Paul, évêque de Skalholt comment faire du vin avec des sortes de baies appelées kraekiberjum. Cette curieuse décoction fut interdite par le pape Grégoire IX en 1237.

    L’archevêque de Nidaros demanda au même Grégoire IX, décidément bien sollicité, si l’on pouvait communier le peuple avec de la bière, ce qui fut bien évidemment refusé. Le manque de vin demeura un problème : le concile provincial de Bergen de 1320 prescrivit par soucis d’économie de mettre plus d’eau que de vin dans le calice à l’offertoire. Le versement de l’eau dans le calice incombait du reste au célébrant et non à l’acolyte.

    SOURCE PRINCIPALE : Archdale A. King, Liturgies of the Past. Londres, Longmans, Green and C° Ltd, 1959.

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    Cappa

    Lundi, juillet 14th, 2008
    Mgr de Langavant en cappa
    Mgr François Emile Marie Cléret de Langavant,
    9ème évêque de Saint-Denis (Ile de La Réunion),
    s’apprête à entrer dans sa cathédrale, revêtu de la cappa épiscopale déployée (chaperon d’été)

    Grand manteau de chœur que portent les cardinaux, les évêques, le clergé des basiliques, certains dignitaires de la cour pontificale ainsi que les chanoines de certaines cathédrales.

    Littéralement, il faudrait dire chape, mais ce mot est devenu l’équivalent de pluvial ; ou cape, qui s’applique à une forme déterminée de manteau, qui, raccourci, est un des vêtements propres aux camériers de cape et d’épée. On l’appelle aussi cappa magna ou chape prélatice. Lorsque la cappa est déployée, elle constitue un signe de juridiction (il ne peut donc y avoir qu’une seule cappa déployée dans une cérémonie).

    FORME – C’est une chape fermée de toutes parts, qui ne comporte qu’une fente médiane ou deux fentes latérales pour passer les bras. La partie antérieure tombe jusqu’aux pieds en avant et se tient relevée, retroussée sur les bras, par un ruban pour permettre la marche (lorsque celui qui la porte est debout, la partie antérieure du manteau est retroussée sur les bras et quand il est au chœur, assis ou à genoux, il la laisse retomber au sol). En arrière elle se termine par une longue queue (tortillon), portée par un caudataire ou retroussée sur le bras gauche. Le chaperon se termine par un capuchon, qui se relève et s’attache sur le dos.

    MATIERE – Le corps de la cappa est en laine violette (mérinos, escot, mais jamais de drap). La soie, interdite aux évêques, est propres aux cardinaux. Le chaperon est en hermine, en principe sans mouchetures, avec doublure de laine violette et de soie rouge pour le capuchon. En été le chaperon est de laine violette par-dessous et de soie rouge foncée par-dessus.

    Pie XII en cappa
    Le futur pape Pie XII, alors nonce apostolique en Allemagne,
    entre les deux guerres, suivi de son caudataire.
    Jean XXIII en cappa
    Le futur pape Jean XIII en cappa magna.

    COULEUR – La cappa des évêques est toujours violette, même s’ils portent usuellement le noir en temps de deuil ou de pénitence.
    Les cardinaux portent la cappa rouge en temps ordinaire, la cappa violette en temps de deuil ou de pénitence, la cappa rose le 3e dimanche de l’Avent (Gaudete) et le 4e dimanche de Carême (Lætare).
    Les cardinaux & évêques réguliers pouvaient revêtir des cappa différentes : cappa noire pour les évêques et cardinaux bénédictins, dominicains et ermites de Saint-Augustin ; cappa blanche pour les cisterciens, olivétains, prémontrés et carmes ; cappa gris perle (avec fourrure de petit-gris) pour les franciscains ; cappa marron (dit puce, avec fourrure de loutre) pour les capucins ; enfin cappa bleue sombre (avec fourrure de loup de Sibérie) pour les sylvestrins. Les cardinaux jésuites et autres cardinaux réguliers portent l’usuelle cappa rouge mais en drap de laine fine, non en soie (l’usage général des cardinaux appartenant à un ordre religieux étant de ne pas faire usage de la soie).

    USAGE – La cappa est proprement le vêtement de chœur de l’évêque dans son diocèse. Il le revêt toutes les fois qu’il célèbre ou préside au trône. En signe de juridiction, l’archevêque métropolitain le porte aussi dans toute sa province, le légat sur tout le territoire de sa légation et les cardinaux dans le monde entier (selon la maxime qu’un cardinal est partout chez lui). La cappa est toujours déployée sauf en présence d’un prélat supérieur (comme l’évêque diocésain en présence de son archevêque ou d’un cardinal). Toutefois, l’évêque peut toujours la déployer s’il va pontifier solennellement et qu’il ne marche pas avec ses supérieurs (S.R.C. n. 4355, II ad 2 et n. 2909).

    Hors de son diocèse, l’évêque ne peut porter la cappa que s’il pontifie solennellement au trône avec l’autorisation de l’ordinaire du lieu (S.R.C. n. 4355, III ad 3) ou, à Rome, s’il assiste aux fonctions solennelles devant le pape ou le Sacré-Collège (il la porte alors retroussée) (Cérémonial des Evêques, livre I, c. III, n. 6).

    L’évêque administrateur a de droit l’usage de la cappa (S.R.C. n. 2274 ad 9). Quand il la porte, il convient que tous les chanoines aillent à sa rencontre. L’évêque coadjuteur ou auxiliaire peut porter la cappa pour officier, avec la permission de son ordinaire (S.R.C. n. 2010, ad 1 et 2 ; n. 2011, ad 1 ; n. 4023 ; n. 4355, III ad 2). Deux chanoines doivent alors aller à sa rencontre. Un évêque titulaire ne peut en aucun cas faire usage de la cappa, même pour officier pontificalement (De Herdt, Prax. Pontif., L. III, n. 347).

    En chapelle papale, les prélats romains (à l’exception des référendaires et des prélats domestiques) portent la cappa violette avec chaperon d’hermine l’hiver, et de soie cramoisie l’été, la queue n’étant jamais déployée, mais torsadée et retenue du côté gauche par un ruban violet passé en bandoulière sous le chaperon :

    Jean XXIII avec deux cardinaux en cappa
    Le pape Jean XIII assisté au trône par deux cardinaux en cappa magna d’hiver (le violet de cette photo semble tirer sur le rouge, comme en témoigne la soutane du cérémoniaire du pape, le cardinal Dante).

    Enfin les chanoines des basiliques majeures et ceux de certaines basiliques mineures, voire même de certaines cathédrales, portent la cappa canoniale, qui ne diffère de la cappa épiscopale que par la coupe du manteau.

    En théorie, on ne met rien sur la cappa. Toutefois, les cardinaux français ont l’habitude contra legem d’y placer la croix pectorale.

    le cardinal de Richelieu en cappa
    Le cardinal de Richelieu, en cappa cardinalice d’hiver,
    portant sur celle-ci l’ordre du Saint-Esprit,
    par Philippe de Champaigne.

    Le capuchon demeure fonctionnel même si son usage est rare. Dans les temps anciens, il recouvrait usuellement la tête sous le galero, ce qui fut encore longtemps pratiqué lors de la création de cardinaux par le pape à un consistoire :

    Pie XII impose le galero à un cardinal en cappa
    Le pape Pie XII, aidé de Mgr Dante, maître des cérémonies, impose le chapeau cardinalice (galero) à un nouveau cardinal revêtu de la cappa, capuchon rabattu, au consistoire public de 1953.

    Enfin, dernier usage, le capuchon est porté rabattu sur la tête pour les cérémonies pénitentielles :

    Paul VI en cappa
    Le futur pape Paul VI, alors qu’il était archevêque de Milan, en cappa d’hiver avec capuchon rabattu lors d’une procession pénitentielle.
    L’archevêque de Milan est précédé de deux chanoines de son chapitre, portant la cappa canoniale, aussi rabattue (ici avec chaperon d’hermine, selon un ancien privilège du chapitre cathédral de Milan).

    L’usage de la cappa fut codifié en 1464, mais son existence est plus ancienne. Son port reste d’actualité et n’est pas prohibé, y compris dans le nouveau rit. La cappa magna continue ainsi d’être portée très régulièrement par le patriarche latin de Jérusalem :

    Mgr Sabbah en cappa
    Sa Béatitude Mgr Sabbah, ancien patriarche latin de Jérusalem, en cappa d’hiver.

    Et enfin une photo très récente, puisqu’elle date du mois dernier :

    Le cardinal Hoyos en cappa
    S.E. le cardinal Hoyos, allant célébrer pontificalement la messe traditionnelle en la cathédrale de Westminster, à Londres, le 14 juin 2008.

    Références :
    Chanoine Robert Lesage, Dictionnaire pratique de liturgie romaine, Paris, 1952.
    Bernard Berthod & Pierre Blanchard, Trésors inconnus du Vatican, cérémonial & liturgie, Paris, 2001.

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    Initiation aux manuscrits liturgiques

    Mercredi, février 27th, 2008
    Missel d

    Initiation aux manuscrits liturgiques, par Jean-Baptiste Lebigue

    J’ai découvert un peu par hasard cet excellent site de l’Institut de Recherche & d’Histoire des Textes (IRHT) du CNRS : c’est une mine très bien construite, qui permet plus globalement de s’initier à la liturgie romaine (avec ses particularités médiévales, les divergences avec les périodes postérieures étant bien expliquées).

    D’une grande beauté, ce site comporte même des exercices qui permettront de tester votre sagacité, tel cet exercice d’identification d’un livre d’office ! (facile, j’ai trouvé du premier coup :-D ).

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    Dominus est – étude sur la communion par Mgr Schneider

    Mardi, janvier 29th, 2008

    dominusestmonsathanasiuje6.jpg

    La Libreria Editrice Vaticana vient de publier cet ouvrage (en italien pour l’heure), Dominus est, de Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda au Kazakhstan.

    Mgr Schneider y étudie principalement la question de la Sainte Communion, montrant la nécessité de revenir à la pratique traditionnelle de celle-ci : à genoux, & sur la langue.

    Non seulement ce livre a été publié par la maison d’édition du Vatican, mais de plus il a reçu une admirable préface de Mgr Malcolm Ranjith, archevêque & secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin. Voici une tentative de traduction de quelques extraits :

    monsranjith.jpg

    Dans le Livre de l’Apocalypse, saint Jean raconte comment il avait vu et entendu ce qui a été révélé et comment il s’est lui-même prosterné en adoration, au pied de l’ange de Dieu (Cf. Apocalypse 22, 8). Se prosterner, ou se mettre à genoux devant la majesté de la présence de Dieu en une adoration humble, était déjà une habitude de révérence qu’Israël avait en la présence du Seigneur. Il est dit au Premier Livre des Rois : « Salomon, ayant achevé d’offrir au Seigneur cette oraison & cette prière, se leva de devant l’autel du Seigneur, car il avait mis les deux genoux en terre, et tenait les mains étendues vers le ciel. Etant donc debout devant le peuple, il bénit toute l’assemblée d’Israël » (3 Rois 8, 54-55). La position de supplication du roi est clair: Il était agenouillé devant l’autel.

    La même tradition est également visible dans le Nouveau Testament où nous voyons Pierre à genoux devant Jésus (cf. Luc 5, 8), Jaïre quand il lui demande de guérir sa fille (Luc 8, 41), le Samaritain lorsqu’il revient le remercier, et Marie, la sœur de Lazare demandant la vie de son frère (Jean 11, 32). C’est là la même attitude de prostration devant la révélation de la présence divine qui est généralement présente dans le Livre de l’Apocalypse (Apoc. 5, 8, 14 et 19, 4).

    Etroitement liée à cette tradition a été la conviction que le saint Temple de Jérusalem a été la demeure de Dieu, et donc, dans le temple, qu’il était nécessaires de se préparer & se disposer par une expression corporelle, un sentiment profond de d’humilité et de révérence en présence du Seigneur.

    Même dans l’Eglise, la profonde conviction que, dans les espèces eucharistiques, le Seigneur est vraiment et réellement présent, – de même que la pratique croissante de la préservation du Saint-Sacrement dans les tabernacles -, ont contribué à la pratique de s’agenouiller dans une attitude d’humble adoration du Seigneur dans l’Eucharistie.

    [...]

    La foi dans la présence réelle du Christ sous les espèces eucharistiques appartient à l’essence de la foi de l’Eglise catholique et a été une partie intrinsèque du catholicisme. Il est clair que nous ne pourrions plus édifier l’Eglise si cette foi était pour le moins affectée.

    Donc, l’Eucharistie, pain transubstantié en Corps du Christ et vin en Sang du Christ, Dieu parmi nous, doit être accueillie avec émerveillement, révérence et profonde attitude d’humble adoration. Le Pape Benoît XVI souligne que « Recevoir l’Eucharistie signifie se mettre en attitude d’adoration envers Celui que nous recevons [...] ce n’est que dans l’adoration que peut mûrir un accueil profond et vrai. » (Sacramentum caritatis, 66).

    Selon cette tradition, il est clair qu’il est devenu indispensable et cohérent de prendre des mesures et des attitudes du corps et de l’esprit qui rendent plus facile le silence, le recueillement, et l’humble acceptation de notre pauvreté face à la grandeur infinie et à la sainteté de Celui qui vient à notre rencontre sous les espèces eucharistiques. La meilleure façon d’exprimer notre sentiment de révérence au Seigneur dans la Messe est de suivre l’exemple de Pierre, qui, comme nous dit l’Evangile, se jeta à genoux devant le Seigneur et lui dit: « Seigneur, écarte-toi de moi, car je suis un pécheur » (Luc 5, 8).

    Comme nous le voyons dans certaines églises aujourd’hui, cette pratique est en diminution et certains responsables non seulement exigent que les fidèles reçoivent la Sainte Eucharistie debout, mais encore les empêchent de s’agenouiller en les forçant à s’asseoir ou à se tenir debout, même pendant l’élévation et l’adoration des Saintes Espèces. Il est ironique de constater que ces mesures ont été prises dans des diocèses
    par les responsables de la liturgie, ou dans des églises, par les pasteurs, sans même la moindre consultation des fidèles, même si aujourd’hui, plus que jamais, il existe un environnement qui désire la démocratie dans l’Eglise.

    A ce propos, au sujet de la communion dans la main, on doit reconnaître que cette pratique est abusive, qu’elle s’est rapidement introduite dans certaines parties de l’Eglise peu après le Concile, changeant la pratique ancienne et qu’elle est devenue une pratique régulière dans toute l’Eglise. On a justifié ce changement en affirmant qu’il reflète mieux l’Evangile ou de l’antique pratique de l’Eglise… Certains, pour justifier cette pratique, ont fait référence à la parole de Jésus: « Prenez et mangez » (Marc 14, 22; Matthieu 26, 26).

    Quelles que soient les raisons de cette pratique, nous ne pouvons ignorer ce qui se passe partout où elle a été mise en oeuvre. Ce geste a contribué à un affaiblissement graduel de l’attitude de révérence envers les Saintes Espèces eucharistiques, alors que la pratique antérieure avait mieux protégées ce sentiment de vénération. On constate un manque de recueillement alarmant & un grand esprit d’insouciance. Nous voyons des communiants qui reviennent souvent leur place, comme si rien d’extraordinaire s’était passé… Dans de nombreux cas, on ne peut pas discerner ce sentiment de gravité et de silence intérieur qui doit marquer la présence de Dieu dans l’âme.

    Et puis il y a ceux qui enlèvent les saintes espèces pour les garder comme souvenirs, ceux qui les vendent, ou pire encore, qui les prennent afin de les profaner dans des rituels sataniques. Même dans les grandes concélébrations, même à Rome, à plusieurs reprises les Saintes Espèces ont été jetées par terre.

    Cette situation, non seulement nous amène à réfléchir sur cette grave perte de la foi, mais aussi sur ces scandaleuses offenses…

    Le Pape parle de la nécessité non seulement de comprendre le sens véritable et profond de l’Eucharistie, mais aussi de célébrer avec dignité et révérence. Il dit que nous devons être conscients « des gestes et des postures, comme le fait de s’agenouiller pendant les moments centraux de la prière eucharistique. » (Sacramentum caritatis, 65). Aussi, parlant de la réception de la Sainte Communion, il invite tout le monde à « faire leur possible pour que le geste, dans sa simplicité, corresponde à sa valeur de rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus dans le Sacrement. » (Sacramentum
    Caritatis, 50
    ).

    Dans cette veine, le livre écrit par Mgr Athanase Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda au Kazakhstan, intitulé Dominus Est, est important et apprécié. Il veut apporter une contribution au débat actuel sur la présence réelle & substantielle du Christ sous les espèces consacrées du pain et du vin… De son expérience, qui a suscité en lui une foi profonde, l’émerveillement et l’attachement au Seigneur présent dans l’Eucharistie, il nous présente une perspective historique et théologique montrant comment la pratique de la réception de la Sainte Communion sur la langue & à genoux a été acceptée et pratiquée dans l’Eglise depuis fort longtemps.

    Maintenant, je pense qu’il est grand temps de revoir et de réévaluer de si bonnes pratiques et, si nécessaire, d’abandonner la pratique actuelle qui n’a pas été demandé ni par la Constitution Sacrosanctum Concilium, ni par les Pères du Concile, mais qui est seulement passée dans l’usage après avoir été illégitimement introduite dans certains pays. Maintenant, plus que jamais, nous devons aider les fidèles à renouveler une foi profonde en la Présence réelle du Christ sous les Espèces eucharistiques, afin de renforcer la vie de l’Eglise et de la défendre au milieu des dangereuses distorsions de la foi que cette situation continue de provoquer.

    Les raisons de ce changement ne doivent pas être légitimées sur des preuves académiques mais pastorales – spirituelles autant que liturgiques – en bref, sur ce qui édifie le mieux la foi. Mgr Schneider en ce sens montre un courage louable, car il a été capable de saisir le vrai sens des paroles de saint Paul: « Que tout se fasse pour l’édification. » (1 Corinthiens 14, 26).

    Malcolm Ranjith
    Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin

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    Dom Guéranger, Caractéristiques de l’hérésie antiliturgique – 1841 -

    Dimanche, janvier 27th, 2008
    dom Guéranger

    « 1° Le premier caractère de l’hérésie antiliturgique est la haine de la Tradition dans les formules du culte divin. On ne saurait contester ce caractère spécial dans tous les hérétiques que nous avons nommé, depuis Vigilance jusqu’à Calvin, et la raison en est facile à expliquer. Tout sectaire voulant introduire une doctrine nouvelle, se trouve infailliblement en présence de la Liturgie, qui est la Tradition à sa plus haute puissance, et il ne saurait avoir de repos qu’il n’ait fait taire cette voix, qu’il n’ait déchiré ces pages qui recèlent la foi des siècles passés. En effet, comment le luthéranisme, le calvinisme, l’anglicanisme se sont-ils établis et maintenus dans la messe ? Il n’a fallu pour cela que la substitution de livres nouveaux et de formules nouvelles, aux formules et aux livres anciens, et tout a été consommé. Rien ne gênait plus les nouveaux docteurs; ils pouvaient prêcher tout à leur aise: la foi des peuples était désormais sans défense. Luther comprit cette doctrine avec une sagacité digne de nos jansénistes, lorsque, dans la première période de ses innovations, à l’époque où il se voyait encore obligé de garder une partie des formes extérieures du culte latin, il établit le règlement suivant pour la messe réformée : « Nous approuvons et conservons les introït des dimanches et des fêtes de Jésus-Christ, savoir de Pâques, de la Pentecôte et de Noël. Nous préférerions volontiers les psaumes entiers d’où ces introït sont tirés, comme on faisait autrefois ; mais nous voulons bien nous conformer à l’usage présent. Nous ne blâmons pas même ceux qui voudront retenir les introït des Apôtres, de la Vierge et des autres Saints, lorsque ces trois introït sont tirés des psaumes et d’autres endroit de l’Ecriture » Il avait trop en horreur les cantiques sacrés composés par l’Eglise elle-même pour l’expression publique de sa foi. Il sentait trop en eux la vigueur de la Tradition qu’il voulait bannir. En reconnaissant à l’Eglise le droit de mêler sa vois dans les assemblées saintes aux oracles des Ecritures, il s’exposait par là même à entendre des millions de bouches anathématiser ses nouveaux dogmes. Donc, haine à tout ce qui, dans la Liturgie, n’est pas exclusivement extrait des Ecritures.

    2° C’est le second principe de la secte antiliturgique, de remplacer les formules de style ecclésiastique par des lectures de l’Ecriture Sainte. Elle y trouve deux avantages: d’abord celui de faire taire la voix de la Tradition qu’elle craint toujours; ensuite un moyen de propager et d’appuyer ses dogmes, par voie de négation ou d’affirmation. Par voie de négation en passant sous silence, au moyen d’un choix adroit, les textes qui expriment la doctrine opposée aux erreurs qu’on veut faire prévaloir; par voie d’affirmation, en mettant en lumière des passages tronqués qui, ne montrant qu’un des côtés de la vérité, cachent l’autre aux yeux du vulgaire. On sait, depuis bien des siècles, que la préférence donnée, par tous les hérétiques, aux Ecritures Saintes sur les définitions ecclésiastiques, n’a pas d’autre raison que la facilité qu’ils ont de faire dire à la parole de Dieu tout ce qu’ils veulent, en la laissant paraître ou en l’arrêtant à propos. Nous verrons ailleurs ce qu’ont fait en ce genre les jansénistes, obligés, d’après leur système, à garder le lien extérieur avec l’Eglise; quant aux protestants, ils ont presque réduit la Liturgie tout entière à la lecture de l’Ecriture, accompagnée de discours dans lesquels on l’interprète par la raison. Quant au choix et à la détermination des livres canoniques, ils ont fini par tomber au caprice du réformateur, qui, en dernier ressort, décide non plus seulement du sens de la parole de Dieu, mais du fait de cette parole. Ainsi Martin Luther trouve que, dans son système de panthéisme, l’inutilité des oeuvres et la suffisance de la foi sont dogmes à établir, et dès lors il déclarera que l’Epître de saint Jacques est une épître de paille, et non une épître canonique, par cela seul qu’on y enseigne la nécessité des oeuvres pour le salut. Dans tous les temps, et sous toutes les formes, il en sera de même; point de formules ecclésiastiques ; l’Ecriture seule, mais interprétée, mais choisie, mais présentée par celui ou ceux qui trouvent leur profit à l’innovation. Le piège est dangereux pour les simples, et ce n’est que longtemps après que l’on s’aperçoit qu’on a été trompé, et que la parole de Dieu, ce glaive à deux tranchants, comme parle l’Apôtre, a fait de grandes blessures, parce qu’elle était maniée par les fils de perdition.

    3° Le troisième principe des hérétiques sur la réforme de la Liturgie est, après avoir expulsé les formules ecclésiastiques et proclamé la nécessité absolue de n’employer que les paroles de l’Ecriture dans le service divin, voyant ensuite que l’Ecriture ne se plie pas toujours, comme ils le voudraient, à toutes leurs volontés, leur troisième principe, disons-nous, est de fabriquer et d’introduire des formules diverses, pleines de perfidie, par lesquelles les peuples sont plus solidement encore enchaînés à l’erreur, et tout l’édifice de la réforme impie sera consolidé pour des siècles.

    4° On ne doit pas s’étonner de la contradiction que l’hérésie présente ainsi dans ses oeuvres, quand on saura que le quatrième principe, ou si l’on veut la quatrième nécessité imposée aux sectaires par la nature même de leur état de révolte, est une habituelle contradiction avec leurs propres principes. Il en doit être ainsi pour leur confusion dans ce grand jour, qui vient tôt ou tard, où Dieu révèle leur nudité à la vue des peuples qu’ils ont séduits, et aussi parce qu’il ne tient pas à l’homme d’être conséquent; la vérité seule peut l’être. Ainsi, tous les sectaires, sans exception, commencent par revendiquer les droits de l’antiquité. Ils veulent dégager le christianisme de tout ce que l’erreur et les passions des hommes y ont mêlé de faux et d’indigne de Dieu; ils ne veulent rien que de primitif, et prétendent reprendre au berceau l’institution chrétienne. A cet effet, ils élaguent, ils effacent, ils retranchent; tout tombe sous leurs coups. Et lorsqu’on s’attend à voir reparaître dans sa première pureté le culte divin, il se trouve qu’on est encombré de formules nouvelles qui ne datent que de la veille et qui sont incontestablement humaines, puisque celui qui les a rédigées vit encore.
    Toute secte subit cette nécessité; nous l’avons vu chez les monophysites, chez les nestoriens; nous retrouvons la même chose dans toutes les branches de protestants. Leur affectation à prêcher l’antiquité n’a abouti qu’à les mettre en mesure de battre en brèche tout le passé, et puis ils se sont posés en face des peuples séduits, et leur ont juré que tout était bien, que les superfétations papistes avaient disparu, que le culte divin était remonté à sa sainteté primitive. Remarquons encore une chose caractéristique dans le changement de la Liturgie par les hérétiques. C’est que, dans leur rage d’innovation, ils ne se contentent pas d’élaguer les formules de style ecclésiastique qu’ils flétrissent du nom de parole humaine, mais ils étendent leur réprobation aux lectures et aux prières mêmes que l’Eglise a empruntées à l’Ecriture; ils changent, ils substituent, ne voulant pas prier avec l’Eglise, s’excommuniant ainsi eux-mêmes, et aussi craignant jusqu’à la moindre parcelle de l’orthodoxie qui a présidé au choix de ces passage.

    5° La réforme de la Liturgie étant entreprise par les sectaires dans le même but que la réforme du dogme dont elle est la conséquence, il s’ensuit que, de même que les protestants se sont séparés de l’unité afin de croire moins, ils se sont trouvés amenés à retrancher, dans le culte, toutes les cérémonies, toutes les formules qui expriment des mystères. Ils ont taxé de superstition, d’idolâtrie, tout ce qui ne leur semblait pas purement rationnel, restreignant ainsi les expressions de la foi, obstruant par le doute et même la négation toutes les voies qui ouvrent sur le monde surnaturel. Ainsi plus de sacrements,, hors le baptême, en attendant le socinianisme qui en affranchira ses adeptes; plus de sacramentaux, de bénédictions, d’images, de reliques de saints, de processions, de pèlerinage, etc. Il n’y a plus d’autel, mais simplement une table; plus de sacrifice, comme dans toute religion, mais seulement une cène; plus d’église, mais seulement un temple, comme chez les Grecs et les Romains; plus d’architectures religieuse, puisqu’il n’y a plus de mystères; plus de peinture et de sculpture chrétiennes, puisqu’il n’y a plus de religion sensible ; enfin, plus de poésie dans le culte, qui n’est fécondé ni par l’amour, ni par la foi.

    6° La suppression des choses mystérieuses dans la Liturgie protestante devait produire infailliblement l’extinction totale de cet esprit de prière qu’on appelle onction dans le catholicisme. Un coeur révolté n’a point d’amour, et un cœur sans amour pourra tout au plus produire des expressions passables de respect ou de crainte, avec la froideur superbe du pharisien; telle est la Liturgie protestante. On sent que celui qui la récite s’applaudit de n’être pas du nombre de ces chrétiens papistes qui rabaissent Dieu jusqu’à eux par la familiarité de leur langage vulgaire.

    7° Traitant noblement avec Dieu, la Liturgie protestante n’a point besoin d’intermédiaires créés. Elle croirait manquer au respect dû à l’Etre souverain, en invoquant l’intercession de la sainte Vierge, la protection des saints. Elle exclut toute cette idolâtrie papiste qui demande à la créature ce qu’on ne doit demander qu’à Dieu seul ; elle débarasse le calendrier de tous ces noms d’hommes que l’Eglise romaine inscrit si témérairement à côté du nom de Dieu ; elle a surtout en horreur ceux des moines et autres personnages des derniers temps qu’on y voit figurer à côté des noms révérés des apôtres que Jésus-Christ a choisis, et par lesquels fut fondée cette Eglise primitive, qui seule fut pure dans la foi et franche de tout superstition dans le culte et de tout relâchement dans la morale.

    8° La réforme liturgique ayant pour une de ses fins principales l’abolition des actes et des formules mystiques, il s’ensuit nécessairement que ses auteurs devaient revendiquer l’usage de la langue vulgaire dans le service divin. Aussi est-ce là un des points les plus importants aux yeux des sectaires. Le culte n’est pas une chose secrète, disent-ils. Il faut que le peuple entende ce qu’il chante. La haine de la langue latine est innée au coeur de tous les ennemis de Rome. Ils voient en elle le bien des catholiques dans tout l’univers, l’arsenal de l’orthodoxie contre toutes les subtilités de l’esprit de secte, l’arme la plus puissante de la papauté. L’esprit de révolte qui les pousse à confier à l’idiome de chaque peuple, de chaque province, de chaque siècle, la prière universelle, a, du reste, produit ses fruits, et les réformés sont à même tous les jours de s’apercevoir que les peuples catholiques, en dépit de leurs prières latines, goûtent mieux et accomplissent avec plus de zèle les devoirs du culte que les peuples protestants. A chaque heure du jour, le service divin a lieu dans les églises catholiques; le fidèle qui y assiste laisse sa langue maternelle sur le seuil; hors les heures de la prédication, il n’entend que des accents mystérieux qui même cessent de retentir dans le moment le plus solennel, au canon de la messe ; et cependant ce mystère le charme tellement, qu’il n’envie pas le sort du protestant, quoique l’oreille de celui-ci n’entende jamais que des sons dont elle perçoit la signification. Tandis que le temple réformé réunit, à grand’peine, une fois la semaine, les chrétiens puristes, l’Eglise papiste voit sans cesse ses nombreux autels assiégés par ses religieux enfants; chaque jour, ils s’arrachent à leurs travaux pour venir entendre ces paroles mystérieuses qui doivent être de Dieu, car elles nourrissent la foi et charment les douleurs. Avouons-le, c’est un coup de maître du protestantisme d’avoir déclaré la guerre à la langue sainte; s’il pouvait réussir à la détruire, son triomphe serait bien avancé. Offerte aux regards profanes, comme une vierge déshonorée, la Liturgie, dès ce moment, a perdu son caractère sacré, et le peuple trouvera bientôt que ce n’est pas trop la peine qu’il se dérange de ses travaux ou de ses plaisirs pour aller entendre parler comme on parle sur la place publique. Otez à l’Eglise française ses déclamations radicales et ses diatribes contre la prétendue vénalité du clergé, et allez voir si le peuple ira longtemps écouter le soi-disant primat des Gaules crier: Le Seigneur soit avec vous; et d’autres lui répondre : Et avec votre esprit. Nous traiterons ailleurs, d’une manière spéciale, de la langue liturgique.
    (Lire la suite…)

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    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles le jour de l’Epiphanie

    Vendredi, janvier 4th, 2008

    L’Epiphanie étant la dernière fête du Temporal avant le cycle pascal, le Pontifical Romain (Pars III. De publicatione festorum mobilium in Epiphania Domini) fait publier solennellement au jour de cette fête, dans les églises cathédrales, la date de Pâques et des principales fêtes mobiles de l’année. Cette publication, selon des usages locaux, peut également se faire dans les églises principales et les églises paroissiales.

    HISTOIRE – Cette tradition remonte aux tous premiers temps de l’Eglise. Le Patriarche d’Alexandrie, où se trouvaient les plus habiles astronomes de la chrétienté, avait la mission d’envoyer la date de la solennité pascale aux autres Patriarches orientaux et au Souverain Pontife, lequel en informait les métropolites d’Occident.

    Bien vite, les évêques prirent l’habitude de publier chaque année, le 6 janvier, une epistola festivalis, lettre pastorale dans laquelle étaient annoncées les dates de Pâques et des fêtes mobiles de l’année courante.

    Beaucoup de Pères de l’Eglise des premiers siècles parlent de cette annonce de la date de Pâques lors de la fête de l’Epiphanie. Le Concile de Nicée paraît avoir formalisé la coutume. On consultera à ce propos le Canon qui se lisait à prime de l’Epiphanie dans l’ancien bréviaire parisien.

    L’ancien rit parisien avait conservé une formule très courte, sur un récitatif très simple, dans laquelle seule la date de Pâques est proprement annoncée ; tout cela possède sûrement une saveur très antique.

    Le rit romain, lui, possède une formule (le « Noveritis ») plus développée (sans doute plus récente) ; à la date de Pâques sont ajoutées celles de la Septuagésime, du mercredi des Cendres, du synode diocésain, de l’Ascension, de la Pentecôte et du premier dimanche de l’Avent.

    REGLES LITURGIQUES – Le « Noveritis » est chanté en la fête de l’Epiphanie dans les cathédrales (et par usage dans les églises paroissiales) après l’évangile de la messe la plus solennelle du jour. La proclamation en est faite par l’Archidiacre, ou bien, selon l’usage des lieux, par le chanoine préchantre ou par un autre chanoine. Revêtu de la chape blanche, celui qui est désigné pour cet office se rend à l’ambon ou au pupitre de l’évangile, paré d’une étoffe de soie blanche. Dans l’ancien rit parisien, le Noveritis était chanté dans chaque paroisse par le diacre, face à l’Orient, immédiatement après le chant de l’évangile au jubé, sans changement d’ornement.

    TEXTE – Nous avons la joie de donner ici le texte du Noveritis pour l’année 2008 :

    Annonce de Pâques - Noveritis 2008

    Traduction pour 2008 :

    Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

  • Le 20 janvier sera le dimanche de la Septuagésime.
  • Le 6 février sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
  • Le 23 mars sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que nous célèbrerons avec joie.
  • Le 1er mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
  • Le 11 du même mois sera la fête de la Pentecôte.
  • Le 22 mai sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
  • Le 30 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

    Un immense merci à la famille Brandt, d’Australie, qui réalise fidèlement chaque année ce fichier du Noveritis sur son site web.

    On consultera aussi le livret (au format PDF) distribué dimanche prochain 6 janvier aux fidèles de Saint-Eugène-Sainte-Cécile, dans lequel on trouvera la traduction.

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  • Epiphanie (prose parisienne de l’)

    Vendredi, janvier 4th, 2008

    HISTOIRE – Cette prose (ou séquence) est entrée au missel de Paris de 1685, elle s’est diffusée ensuite rapidement dans beaucoup de diocèses français avec la propagation du rit parisien au XVIIIème siècle. Nous la donnons ici avec la traduction du Missel de Paris latin-français, 1764.

    Ad Jesum accurite
    Corda vestra subdite
    Regi novo Gentium.

    Prosternés aux pieds de Jésus, venez en foule soumettre vos cœurs à ce nouveau Roi des Gentils.
    Stella foris prædicat,
    Intus fides indicat
    Redemtorem omnium.

    L’étoile qui frappe les yeux, marque l’endroit où il est né; mais la foi qui anime les cœurs, apprend à le reconnaître pour le Rédempteur de tous les hommes.
    Huc afferte munera
    Voluntate libera,
    Sed munera cordium.

    Empressez-vous de lui apporter des présents ; mais que ce soient les présents de vos cœurs
    Hæc erit gratissima
    Salvatori victima
    Mentis sacrificium.

    C’est là le plus agréable sacrifice que vous puissiez offrir au Sauveur.
    Offert aurum caritas,
    Et myrrham austeritas,
    Et thus desiderium.

    Offrez-lui l’or d’une charité pure, la myrrhe d’une vie pénitente, & l’encens de vos saints désirs.
    Auro Rex agnoscitur,
    Homo myrrha, colitur
    Thure Deus Gentium.

    L’or est l’hommage rendu à sa royauté, la myrrhe une preuve de son humanité, & l’encens une marque du culte souverain qui est dû à sa divinité.
    Judæa, gaudentibus
    Non invide Gentibus
    Relectum mysterium.

    Juifs, n’enviez point aux Gentils la connaissance qui leur est donnée de ce divin mystère.
    Post custodes ovium,
    Se Magi fidelium
    Jungunt in consortium.

    Les mages suivent de près les bergers, & viennent se joindre à cette bienheureuse troupe des premiers fidèles.
    Qui Judæos advocat
    Christus Gentes convocat
    In unum tugurium.

    Jésus-Christ
    appelle à soi les Gentils comme les Juifs, & rassemble
    ces deux peuples dans une même crêche.
    Bethléem fit hodie
    Totius Ecclesiæ
    Nascentis exordium.

    Bethléem devient aujourd’hui le berceau de toute l’Eglise naissante.
    Regnet Christus cordibus,
    Et victis rebellibus
    Proferat imperium. Amen.

    Que Jésus règne dans nos cœurs; & qu’après avoir vaincu ses ennemis rebelles, il étende partout son empire. Amen.

    MUSIQUE – La mélodie, du 1er ton, reprend celle d’une vieille prose du XIIème siècle. Le rythme est mesuré, ternaire. Le second ut des versets 3 & 4 (Ut afferte munera / Hæc erit gratissima) est altéré en ut dièse (altération de la sensible) dans certains diocèses français. La musique que nous donnons ici provient des livres du propre de Paris publiés au XIXème siècle sous le cardinal Richard, après le passage au rit romain :

    Prose de l'Epiphanie - Ad Jesum accurite

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    Epiphanie (Fête de l’)

    Vendredi, janvier 4th, 2008
    L

    Fête célébrée le 6 janvier qui prolonge le cycle de l’Incarnation, lequel est commencé par l’Avent, exalté dans la solennité de Noël et achevé à la Purification.

    ORIGINE – Le nom grec d’Epiphanie (qui signifie : apparition, manifestation, en particulier, apparition de la lumière du jour, secours apporté par des êtres divins, manifestation de la puissance d’un souverain) montre assez que l’origine de cette fête doit être cherchée en Orient.

    Chez les auteurs et liturgies latins, on emploie la dénomination grecque, ou bien on la traduit par festivitas declarationis (saint Léon le Grand), ou manifestatio (saint Fulgence d’Algesiras) ou apparitio.

    Comme en témoigne saint Epiphane pour Alexandrie et d’autres lieux, il s’agissait à l’origine de substituer – par une fête en l’honneur de la manifestation du Christ – des cérémonies païennes en l’honneur du soleil.

    HISTOIRE – Cette fête est une des plus ancienne de l’année liturgique. Son origine est a rechercher en Orient et sans doute à Alexandrie. Les actes du martyre de saint Philippe, évêque d’Héraclée mort en 304, parlent de l’Epiphanie comme d’une grande fête, & de celles qui nous ont appelés à la foi.

    En Orient, ce fut d’abord une fête de la naissance du Christ. Saint Clément d’Alexandrie affirme ainsi que les chrétiens regardent le 6 janvier comme le jour de la naissance du Sauveur, tandis que les hérétiques Basilidiens croient qu’il est né le 10 janvier.

    Puis, au IVème siècle, il advint que par suite d’influences réciproques entre les diverses Eglises d’Orient et d’Occident, la fête du 25 décembre (d’origine romaine) s’acclimata en Orient entre 380 et 430, et la fête du 6 janvier fut reçue en Occident, d’abord en Gaule puis en Espagne et enfin à Rome.

    Dès lors, le caractère de chacune des deux fêtes se fixa définitivement : Noël célèbre la naissance charnelle du Sauveur, l’Epiphanie sa manifestation glorieuse à tous les hommes.

    On commémora donc le 6 janvier les trois grandes Epiphanies-manifestation du Christ-Dieu :

  • L’adoration des Mages venus de l’Orient et reconnaissant le Messie,
  • le baptême du Christ au Jourdain, où la voix du Père se fait entendre et où l’Esprit Saint descend sur les eaux,
  • le premier miracle aux noces de Cana en Galilée.
  • Si la mention de ces trois manifestations figurent toujours en ce jour dans les différents textes liturgiques d’Orient et d’Occident, en Occident, l’accent mis par la ferveur populaire se porta surtout sur l’adoration des Mages, et à l’inverse en Orient sur le baptême dans le Jourdain.

    Notons ainsi pour le rit romain que :

  • les matines du 6 janvier parlent surtout du baptême du Seigneur,
  • les antiennes des laudes, des petites heures et des vêpres, les textes de la messe parlent surtout de l’adoration des mages,
  • l’hymne Hostis Herodes impie, les grandes antiennes de Magnificat et de Benedictus parlent des trois manifestations,
  • l’évangile de l’adoration des mages est lu le 6 janvier, celui du baptême du Christ au Jourdain le jour octave (13 janvier), celui des noces de Cana le Second Dimanche après l’Epiphanie.
  • Le continuateur la Chronique latine de Guillaume de Nangis, pour l’an 1375, dit qu’autrefois les rois de France, à l’exemple des Mages, allaient à l’offrande & présentaient à l’autel de l’or, de la myrrhe et de l’encens.

    REGLES LITURGIQUES – I. Quatrième des cinq grandes fêtes de l’année liturgique nommées « Fêtes cardinales » (après Pâques, Noël et la Pentecôte et avant l’Ascension), elle n’est pourtant plus jour férié en France, où la solennité externe en est de ce fait obligatoirement transférée au dimanche suivant.

    II. La couleur liturgique est le blanc au rit romain. Dans les traditions diocésaines françaises, on usait souvent en ce jour du jaune (à distinguer du drap d’or) qui rappelait l’offrande des mages.

    III. La préface est propre à la fête de l’Epiphanie (et à son octave) :

    Vere dignum et justum est…
    quia cum Unigenitus tuus in subtantia nostræ mortalitais apparuit, nova nos immortalitatis suæ luce reparavit.
    Et ideo…

    Vraiment, il est digne et juste…
    de ce que votre Unique engendré, apparaissant dans la substance de notre mortalité, nous a réparés par cette nouvelle lumière de son immortelle splendeur.
    Et donc…

    IV. Le jour de la fête, l’office des matines possède une particularité remarquable : il ne possède pas d’invitatoire ni d’hymne, mais le psaume 94 (qui constitue l’invitatoire ordinaire le restant de l’année) est chanté avec reprises de l’antienne à la manière antique au cours du 3ème nocturne.
    Autrefois, dans les diocèses français, on chantait à la fin des matines l’évangile de la Généalogie du Christ selon saint Luc (faisant ainsi pendant au chant de la généalogie du Christ selon saint Matthieu à la fin des matines de Noël).
    On regrettera la désaffection générale de ce noble et antique office tandis que la célébration de l’office nocturne est encore très populaire dans les différents rits orientaux et il y a peu dans le rit ambrosien.

    V. Dans les cathédrales (et les églises principales par extension), l’archidiacre chante le Noveritis (Voyez Publication de la date de Pâques).

    VI. « L’aliam viam » – Une antique coutume veut qu’aujourd’hui la procession retourne à la sacristie après la messe en empruntant un itinéraire différent de celui du reste de l’année, pour marquer le retour par un autre chemin des mages lorsqu’ils eurent adoré l’Enfant-Dieu, ainsi que le diacre le chante dans l’évangile d’aujourd’hui : « Et responso accepto in somnis, ne redirent ad Herodem, per aliam viam reversi sunt in regionem suam » – « Mais ayant été avertis en songe de ne pas revenir auprès d’Hérode, ils retournèrent dans leur pays par un autre chemin » (Luc II, 12).

    VI. L’Epiphanie est au moins depuis le VIIIème siècle suivie d’une octave (hélas supprimée dans le calendrier de 1962 – en pratique cette suppression est limitée par le fait que le jour octave existe toujours sous le nom de Commémoraison du Baptême du Christ et que les différentes féries répètent la messe du 6 janvier).
    Cette octave avait au Moyen-Age une grande solennité (octave privilégiée de 2e ordre dans le calendrier antérieur, l’octave de Noël était de 3e ordre). On trouve le jour octave chômé en France sous Louis le Débonnaire, comme on le voit dans les Capitulaires de ce Prince rapportés par l’Abbé Ansegise.
    Dans les anciens rits romano-francs du Moyen-Age (e.g. Missel de Paris dans l’édition de 1584), chaque jour de cet octave recevait une prose particulière.
    La Messe du dimanche dans l’octave était celle de la Station qui se faisait à Rome au lendemain de la fête sur le mont Célius; celle du jour octave (13 janvier) est celle de la fête, à l’exception de la collecte, qui, dit le cardinal Schuster, a toute la valeur de l’âge léonien, et de l’évangile du baptême du Christ, qui se lisait autrefois à la synaxe du mercredi après la fête.

    VII. L’Epiphanie a donné son nom au temps ou période liturgique qui la suit jusqu’à la Septuagésime ; d’où le terme : « dimanches après l’Epiphanie ».
    La couleur de tout ce temps est le vert.
    Les dimanches après l’Epiphanie sont au nombre de six. Lorsqu’arrive la Septuagésime, les dimanches qui n’ont pu être célébrés trouvent leur place entre le 23ème et le dernier dimanche après la Pentecôte.

    VIII. Le rituel romain comporte une solennelle bénédiction de l’eau lors de la vigile nocturne de l’Epiphanie, qui rappelle fortement ce qui se pratique dans les rits orientaux. Trois autres bénédictions marquent aussi cette fête :

  • Bénédiction des maisons le jour de l’Epiphanie (cette bénédiction comporte aussi un encensement de la maison),
  • Bénédiction de l’or, de l’encens & de la myrrhe,
  • Bénédiction des craies (avec lesquelles on marque sur le linteau des portes le millésime & les trois initiales des rois mages (lesquelles signifieraient également « Christus Benedicat Mansionem »).
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    In memoriam : Abbé Franck-Marie Quoëx (1967 † 2007)

    Mercredi, janvier 2nd, 2008
    Abbé Franck-Marie Quoëx

    Il y a un an, le mardi 2 janvier 2007, en cette fête du Saint Nom de Jésus, Monsieur l’Abbé Franck Quoëx, prêtre du diocèse de Vaduz (principauté de Liechtenstein), professeur de liturgie à la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre, était rappelé à Dieu, âgé de 39 ans.

    Grand liturgiste, il était docteur en théologie de l’université Angelicum à Rome. Il y avait soutenu sa thèse en 2001 : « Les Actes extérieurs du culte dans l’histoire du salut, selon saint Thomas d’Aquin ». Historien de la liturgie au Moyen Age, il recensait et étudiait pour l’Ecole pratique des Hautes Etudes (Paris-Sorbonne, Section des Sciences historiques et philologiques) les manuscrits liturgiques de la Bibliothèque capitulaire de Verceil. Il résidait en Suisse romande où il exerçait son ministère sacerdotal (diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg), lorsque le cancer l’a cruellement frappé.

    J’avais pu apprécier le savoir si précis en liturgie de Monsieur l’Abbé Quoëx a de nombreuses reprises. J’avais aussi eu le bonheur de suivre les cours de liturgie qu’il dispensa à Notre-Dame-du-Lys (Paris XV) : je ne crois pas avoir jamais lu ni vu ni ouï de meilleure synthèse sur la liturgie : Monsieur l’Abbé Quoëx en effet établissait un équilibre parfait entre l’histoire factuelle & la spiritualité des rites. Sa présentation de la notion de sacrifice – plus intéressante que celle développée par René Girard sous certains aspects, me fit aussi grande impression.

    *

    Voici une présentation de ce grand liturgiste – qui était aussi un parfait liturge en cérémonies – par Monsieur l’Abbé Meissonnier, fssp :

    « Le mardi 2 janvier dernier, en la fête du St Nom de Jésus, l’abbé Franck Quoëx était rappelé à Dieu, terrassé par un cancer implacable. Ce prêtre de 39 ans seulement, incardiné dans l’archidiocèse de Vaduz (principauté du Liechtenstein), était d’abord, pour ceux qui eurent l’honneur de l’approcher et de le connaître, un prêtre d’une grande délicatesse et d’une grande courtoisie, élégant et discret, fidèle en amitié et d’une politesse exquise. Mais l’abbé Quoëx était surtout, et c’est en cela qu’il va cruellement manquer à la science ecclésiastique, un grand scientifique, un liturgiste incomparable, spécialiste incontesté de la liturgie romaine, de son histoire et de son cérémonial, un professeur recherché et aujourd’hui regretté. Toute la courte vie de l’abbé Franck Quoëx aura été centrée sur la liturgie.

    Né le 21 juin 1967, à Bonneville en Haute-Savoie, d’une ancienne famille savoyarde, il aimait à se définir comme savoyard plutôt que français, signe de sa double culture mêlant le meilleur de la France et de l’Italie.

    En 1986, il entre au Séminaire international St-Pie X à Ecône. Mais en 1989, il rejoint le jeune Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, d’abord à Moissac puis à Gricigliano. Il sera de cet Institut l’emblématique cérémoniaire et professeur de liturgie.

    Le 21 juin 1992, il est ordonné prêtre, dans et pour le rit tridentin, par le Cardinal Pallazzini. Il commence alors des études de théologie à l’Université pontificale de l’Angelicum à Rome, tout en assurant un ministère pastoral dans la Ville éternelle, ville plus que toute autre chère à son cœur, ville qui sera la passion de toute sa vie, ville où il aurait tant voulu mourir ! Car l’abbé Quoëx était foncièrement et viscéralement romain, dans ce que cette acception a de plus noble. Ce qui faisait dire à ses amis qu’il était « le plus romain des prêtres français ». Le souvenir et les amitiés qu’il a laissés dans la capitale de la chrétienté sont à l’image de l’amour et de la passion qu’il portait à Rome.

    En mai 2001, il soutient brillamment, dans la prestigieuse université romaine, sa thèse de doctorat, avec pour sujet : « les actes extérieurs du culte dans l’histoire du salut, selon St Thomas d’Aquin ». Ce thème original et riche lui permettra de développer ses talents de théologien et d’historien du culte. L’alliance de ces deux facettes caractérisera toujours sa démarche intellectuelle, faisant ainsi de lui l’élève des grands liturgistes de la fin du XIXe et du XXe siècles. Parmi eux, citons le RP Gy o.p., qui malgré leurs divergences sur le fond, avait loué à de nombreuses reprises et publiquement l’intelligence, l’érudition et la remarquable qualité des travaux liturgiques de l’abbé Quoëx. Les deux hommes s’estimaient grandement, et restèrent en contact fréquent jusqu’au décès du dominicain.

    La thèse de doctorat, dont l’abbé Quoëx préparait la publication aux éditions Ad Solem, fut à l’époque remarquée par le Cardinal Ratzinger, à qui elle avait été envoyée. Durant ces dernières années, l’abbé Quoëx reprit son sujet de thèse pour plusieurs articles importants dans diverses revues, comme la Revue thomiste (« St Thomas d’Aquin mystagogue : l’expositio missae de la Somme théologique ») ou Sedes sapientiae, à laquelle il confia cinq grands articles et des recensions.

    A partir de 2001, il est de plus en plus sollicité, pour des colloques, diverses recherches scientifiques, ou tout simplement pour son enseignement. Il était jusqu’à sa maladie professeur de liturgie au Séminaire international St-Pierre de Wigratzbad, et au Couvent St-Thomas d’Aquin de Chémeré-le-Roi. Il venait aussi d’être nommé, quelques jours avant son décès, professeur à l’Université pontificale Ste-Croix à Rome, pour la rentrée 2007.

    Le professeur Bruno Neveu, de l’Institut, président de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, l’encourage à passer le diplôme de la prestigieuse institution qu’il dirige, ce qui requiert l’étude d’un sujet jamais exploité. L’abbé Quoëx choisit de faire le catalogue raisonné des manuscrits liturgiques de la Bibliothèque capitulaire de Verceil (Italie). Ce travail d’une folle érudition, qu’il prépare sous la direction du Pr Jean-Loup Lemaître, permet, pour la première fois, une classification et une étude de ces sources liturgiques inestimables et très précieuses pour l’histoire du culte. L’Ecole publiera prochainement le résultat de ce long labeur.

    L’abbé Quoëx se spécialise dans l’histoire de la liturgie romaine durant le Haut Moyen Age, et en particulier dans la transplantation et l’adaptation de cette liturgie dans l’espace franc. Dans ce domaine, il écrit des articles d’histoire de la liturgie, notamment pour la revue Aevum (Université du Sacré-Cœur de Milan). Il participe aussi à plusieurs colloques et séminaires d’étude, comme le séminaire de musicologie médiévale de la Fondation Ars antica à Gênes, le 3e colloque international d’études du chant grégorien à Subiaco, etc… Son autre thème de prédilection est la liturgie papale. En 2005, il reçoit les félicitations du pape Benoît XVI, à qui il a fait parvenir une étude importante sur ce sujet.

    Notre ami collabore aussi à plusieurs reprises avec le CNRS, dans le cadre du groupe de travail « Morphogenèse de l’espace ecclésial et religieux au Moyen Age ». Il préparait, toujours sous l’égide du CNRS, un travail à la fois remarquable et considérable : l’étude des diaires manuscrits des maîtres des cérémonies pontificales de l’époque moderne, dont la rédaction s’échelonne de la Renaissance au XIXe siècle, une étude inédite et fondamentale pour l’histoire de la liturgie papale. Ces diaires réglementent également des évènements en lien avec le concept de souveraineté temporelle des papes, s’avérant d’une importance particulière pour la connaissance de la cérémonialité baroque en général. L’objectif était de montrer l’influence du cérémonial politico-religieux du Pontife romain sur celui des cours européennes catholiques des XVIe et XVIIe siècles. L’abbé Quoëx proposait une étude systématique (catalogation, classification, édition des textes) de ces diaires, en commençant par celui de Paride de Grassi (cérémoniaire de Jules II vers 1520), jusqu’aux contemporains de l’avènement d’Urbain VIII (1623). Hélas cette contribution capitale à l’histoire de la liturgie restera inachevée.

    Mais l’abbé Quoëx n’était pas qu’un pur intellectuel. Il fut aussi un grand praticien de la liturgie, un incomparable cérémoniaire. C’est peut-être d’ailleurs cette image qu’il laissera au « grand public ». Artisan de la restauration des rites pontificaux, dont il maîtrisait mieux que quiconque la pratique, il sut aussi former et inspirer toute une génération de disciples, qui aujourd’hui dirigent les cérémonies dans la plupart de nos instituts traditionnels. Son immense culture ne faisait jamais défaut, et il savait non seulement expliquer l’arcane des rites liturgiques, mais aussi communiquer l’amour des cérémonies de l’Eglise.

    Historien, théologien, praticien de la liturgie, mais aussi esthète, il était convaincu que « la parfaite beauté de la liturgie permet d’entrevoir la suprême beauté de Dieu », comme il l’écrivait. D’un goût infaillible, il ne confondait pas le beau et le clinquant, le raffiné et le pompeux, le sobre et l’indigent. Tout dans la liturgie doit participer à nous faire entrevoir « la suprême beauté de Dieu ». D’où le soin tout particulier qu’il apportait à retrouver les formes les plus nobles, les plus élégantes et les plus abouties de la paramentique. Inlassablement, à travers les tableaux, les fresques et les gravures, il se mit en quête de l’esthétique parfaite, sa préférence allant à la période de la Réforme catholique à Rome. Il fut le premier à faire réaliser, avec l’aide du célèbre paramentiste de Vérone Piero Montelli, des ornements, des aubes, des surplis s’inspirant de cette période qui était à ses yeux celle de l’apogée de la liturgie catholique. Son goût de la perfection le poussait encore à dessiner lui-même ses chandeliers, ses autels, les faisant réaliser par les meilleurs artisans italiens, avec l’aide d’un ami esthète, l’héraldiste romain Maurizio Bettoja.

    Ne voulant pas garder pour lui seul le fruit de ses recherches, et voulant participer à sa manière au renouveau liturgique, l’abbé Quoëx avait projeté de fonder une société pour l’étude et la promotion des traditions et des arts liturgiques (SEPTAL). L’idée, originale et passionnante, était de rassembler ainsi des spécialistes de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la musique, de l’héraldique, de la paramentique et de l’orfèvrerie religieuses, des liturgistes, des esthètes, des philosophes, des historiens de l’art, des théologiens du culte, des biblistes, des patrologues, le tout dans une optique délibérément tridentine. Désireux d’unir la formation et la recherche, il envisageait la publication de Cahiers, pour transmettre le fruit de tous ces travaux. En excellent pédagogue, il souhaitait que les articles réunis soient scientifiques, précis, inédits, sans toutefois être abscons. Là aussi sa mort prématurée l’aura empêché de mener à bien cet ambitieux projet, mais ne peut-il espérer que son idée aboutisse un jour ?

    En 2005, il avait déjà fondé avec quelques amis et disciples, reprenant une idée du Pr Bruno Neveu, la Société Barbier de Montault, qui a pour objet de faire connaître la personne, l’œuvre et l’esprit de Mgr Xavier Barbier de Montault (1830-1901). Ce prélat romain, archéologue, liturgiste, canoniste et héraldiste, fut à son époque un modèle atypique d’exceptionnelle érudition ecclésiastique. Dans une France fortement imprégnée de néo-gallicanisme, Mgr Barbier de Montault fut le propagateur acharné de l’esprit, de la liturgie et des coutumes romaines. Il laissa une œuvre colossale, livres et articles, se distinguant donc par un goût et une spiritualité profondément romaines. Une partie, encore inédite, pourra désormais être publiée. L’abbé Quoëx, premier président de la Société, était un disciple exemplaire de celui que le Bx Pie IX appelait « le plus liturgiste des archéologues et les plus archéologue des liturgistes ».

    Fervent admirateur de la poétesse italienne Cristina Campo (1923-1977), l’abbé Quoëx traduisit et présenta en 2006, pour les éditions Ad Solem, son recueil de poèmes liturgiques : « Entre deux mondes ». Avec elle il partageait une conception plutôt « orientale » de la liturgie, vue comme célébration et contemplation des mystères divins. De même il appréciait sa vision doctrinale de la liturgie : « le combat de Cristina, s’il est mû par son amour de la beauté, ne se réduit pas à la seule dimension esthétique ou, plus exactement, il sous-tend le beau comme splendeur du vrai. Il suppose la foi et l’amoureux ravissement de tout l’être en Jésus-Christ. La liturgie est la beauté suprême, l’archétype de la poésie, parce qu’elle est théophanie du Verbe fait chair, rayonnement du divin Poète. C’est pourquoi ce combat peut et doit devenir doctrinal, mû non seulement par amour de ce qui est menacé, mais aussi par amour pour ce peuple de Dieu avide de ce sacré et de ces gestes sublimes dont on veut le priver ».

    Enfin comment ne pas souligner que l’abbé Quoëx était avant tout un prêtre, un pasteur d’âmes, un directeur spirituel. Le souvenir qu’il a laissé dans ses divers lieux d’apostolat, Rome, Strasbourg, et depuis 2004 Genève, Lausanne et Neuchâtel, nous prouve que sa mission sacerdotale était bien ce qui lui importait le plus. Il sut toucher les âmes par son intelligence, sa culture, certes, mais aussi et surtout par sa bonté courtoise et sa délicate charité. Et c’est en prêtre qu’il est mort, le 2 janvier 2007, à l’hôpital d’Aubonne, en Suisse. Laissons la parole aux amis qui l’ont veillé jour et nuit pendant un mois, jusqu’à son dernier soupir : « notre cher abbé Quoëx est mort, oserais-je dire, comme un saint ! Après quelques mois de maladie implacable et une agonie qui aura duré plus d’un mois, de grandes souffrances, et toujours une grande générosité intérieure, des petits mots délicats, des plaintes détournées et à peine formulées, s’excusant d’être à charge. (…) Toujours il a bu la prière comme une eau d’une grande saveur, tandis que tout le corps semblait brûlure. Il aimait particulièrement la prière de Jésus. Combien de fois nous aura-t-il demandé, sur le petit matin, après une nuit de souffrance : « Aidez-moi à me lever, je veux dire la messe… » Il fallait alors lui expliquer qu’il ne pourrait pas se lever, et que la messe il la disait avec le Christ des douleurs, avant de la dire bientôt dans le Ciel, cette belle liturgie du Ciel dont il nous avait si bien parlé un jeudi saint… Il s’est éteint doucement ce matin, fête du Saint Nom de Jésus, tandis qu’une très proche le veillait. Celle-ci, après avoir chanté l’hymne Jesu dulcis memoria et récité les laudes dans cette chambre d’hôpital, après lui avoir lu aussi un poème de Cristina Campo (Non si può nascere, ma si può morire innocenti) s’est approché le soutenant et lui a dit : « C’est la fête du Saint Nom de Jésus. Vous allez la célébrer là-haut, la liturgie du Ciel est plus belle que celle que vous avez décrite. Allez-y, Monsieur l’Abbé, allez-y, la porte du Ciel est grande ouverte ». Il a alors pris le souffle à deux reprises, et y est allé…»

    L’abbé Franck Quoëx avait trente-neuf ans et quinze ans de sacerdoce.

    RIP »

    Abbé Brice Meissonnier, fssp.

    *

    On pourra aussi consulter le site http://www.quoex.com/

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    « Présent » du 17 août 2007 – article de Jean Madiran

    Samedi, août 18th, 2007

    Article extrait du n° 6401 de Présent, du vendredi 17 août 2007

    Les prêtres à qui sera rendue à partir du 14 septembre la libre célébration de la messe traditionnelle seront-ils obligés, en échange, de ne plus refuser ni contester la messe de Paul VI ? Depuis trente-huit ans l’argument se présente comme sans réplique, comme décisif, comme contraignant. Il consiste à prétendre que critiquer ou rejeter la messe de Paul VI comme dangereuse pour la foi serait récuser l’indiscutable magistère de l’Eglise en un tel domaine. Cet argument a fait cette année une réapparition insistante.

    Il faut le (re)dire aujourd’hui comme avant-hier, cet argument est en réalité tout à fait inconsistant. Pour montrer son inconsistance, rappelons qu’un précédent fameux existe dans l’histoire de l’Eglise.

    Voici. Le concile de Trente avait ordonné une révision de la Vulgate, pour la rendre plus conforme à la traduction établie par saint Jérôme. Le pape Sixte- Quint publia donc en 1590 une version révisée, à laquelle il avait personnellement travaillé, et qu’il imposa comme version officielle de la Bible. Plusieurs cardinaux et théologiens la refusèrent comme un danger pour la foi. Robert Bellarmin (qui fut canonisé) déclare : « Je ne sais si l’Eglise a jamais connu un tel péril. »

    A la mort de Sixte-Quint, qui survint la même année, son édition de la Bible fut retirée du commerce, tous les exemplaires détruits. L’Eglise entreprit ce que nous appelons aujourd’hui une « réforme de la réforme ». En 1592 le pape Clément VIII fit paraître une édition corrigée, que l’on nomme « sixto-clémentine » ; mais comme Sixte-Quint avait reconnu avant de mourir qu’il avait promulgué un travail raté, dangereux pour la foi, son nom seul figure sur la page de titre, ce qui était la manière la meilleure, et la plus radicale, de réparer et supprimer la mauvaise édition.

    Comme quoi, même en une matière touchant directement à la foi et aux moeurs, tous les actes d’un souverain pontife ne sont pas forcément infaillibles.

    Nul ne sait encore si la contestation et le refus, licites et légitimes, de la messe de Paul VI, – qui déjà, n’étant plus obligatoire à l’exclusion de toute autre, est donc devenue facultative, – aboutira à une solution analogue à la Bible « sixto-clémentine », c’est-à-dire à une messe « paulobénédictine ». Il est évident que le Pape a le pouvoir de promulguer une messe « nouvelle », à la double condition qu’elle soit explicitement catholique en tous points, et qu’elle ne soit pas employée comme un moyen, une occasion (une arme par destination) pour supprimer les rites traditionnels.

    On peut rêver à ce sujet ; considérer que l’obscurantisme spirituel du monde moderne se situe à un niveau mental, philosophique et religieux fort inférieur à celui des citoyens romains dans l’empire du premier et du second siècle ; et se demander en conséquence si l’on n’aurait pas réellement besoin qu’à côté de la messe traditionnelle existe aussi, pour certains sauvages modernes, une messe simplifiée, peut-être une messedigest pour une Eglise yankee, fille plus ou moins émancipée de l’Eglise latine ? C’est sans doute ce qu’a voulu faire Paul VI. Mais il l’a raté.

    D’ailleurs, si l’on réclame un précédent plus récent que celui de Sixte-Quint, il y a celui de l’article 7 dans l’Institutio generalis de la messe de Paul VI. Il fut aussitôt publiquement contesté au nom de la foi. Dans cette contestation Paul VI vit si peu une récusation du magistère de l’Eglise qu’il s’empressa de la justifier en corrigeant l’article.

    Cela se passait en 1969. C’était, dès le début de la messe nouvelle, une très claire indication.

    JEAN MADIRAN
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    Naissance d’un nouveau rit catholique : le rit anglican

    Mardi, août 7th, 2007

    Depuis les années 70, un nombre grandissant de ministres de la Communion Anglicane ont rejoint l’Eglise Catholique, demandant usuellement à devenir prêtres catholiques. Comme la Communion Anglicane ne dispose pas de la succession apostolique, ces ministres ont reçu une ordination sacerdotale catholique. Ceux d’entre eux qui étaient mariés ont pu être le plus souvent ordonnés prêtres, à l’instar des prêtres des rits orientaux. En Angleterre, on estime ainsi que 600 ministres anglicans ont été ordonnés prêtres catholiques depuis 1990. 150 d’entre eux étaient mariés (75 autres prêtres mariés ont été ordonnés aux Etats-Unis depuis 1983). Depuis 1980, une commission spéciale (The Pastoral Provision) s’occupe de ces questions auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi. A sa tête, l’archevêque John Myers de Newark, assisté par l’abbé William Stetson.

    La crise moderniste s’accentuant dans la Communion Anglicane (avec l’épineuse question de l’ordination des femmes), ce ne sont plus seulement de simples pasteurs mais des paroisses entières qui choisissent d’entrer en bloc dans l’Eglise Catholique.

    Certaines de ces paroisses ont demandé à conserver leurs traditions liturgiques anglicanes, ce qui a été autorisé. Ont été ainsi érigées aux Etats-Unis sept paroisses personnelles, catholiques certes mais célébrant la liturgie selon l’Anglican use. Un Book of Common Worship a été édité, basé sur le Book of Common Prayer (hélas une version assez récente de celui-ci, celle de 1979).

    Or, surprise ! Ce rit anglican s’est mis à attirer beaucoup de catholiques bon teint, lassés de tant d’abus liturgiques dans leurs propres paroisses. Par exemple, 60% des paroissiens de Our Lady of the Atonement de San Antonio sont ainsi des catholiques de tradition, 40% d’anciens épiscopaliens convertis.

    Il est vrai que l’Anglican use, très High Church, a de quoi séduire : célébration face à Dieu, ornements liturgiques traditionnels, musique sacrée & service d’autel de grande qualité, etc…

    On les comprend aisément. :-)
    Voyez par exemple cette photo de la messe célébrée à Our Lady of the Atonement de San Antonio :

    Ou encore une procession eucharistique le jour du Christ-Roi à la toute récente mais néanmoins très belle église Our Lady of Walsingham de Houston :

    Références :

  • l’article du magasine Crisis, qui a attiré mon attention sur cette question,
  • Anglican Use Society,
  • The Pastoral Provision.
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    Un site pour apprendre à dire la messe traditionnelle

    Lundi, août 6th, 2007

    Saluons le lancement hier soir d’un site américain qui promet beaucoup :

    Sancta Missa

    Ce site s’adresse en priorité aux prêtres désireux d’apprendre à dire la messe selon le rit traditionnel. Mais les laïcs peuvent bien entendu y perfectionner leurs connaissances de la liturgie ancienne.

    Conçus sous forme de tutoriaux, vidéos & photographies détaillent chaque moment de l’ordo missæ. Pour le moment, seule la messe basse (celle du dimanche de la Trinité en l’occurence) est ainsi exposée. Gageons que ce site offrira bientôt des vidéos de la messe haute.

    On y trouve aussi le Missel Romain en format PDF. Le site semble envisager de mettre le Fortescue en ligne (LE manuel de référence en langue anglaise pour apprendre les cérémonies).

    Sancta Missa est un site réalisé par les chanoines réguliers de saint Jean Cantius.

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