Programme de la messe de Requiem pour Louis XVI à la Chapelle Expiatoire

Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782 † 1859) - Une messe à la Chapelle Expiatoire (1835 - Musée Carnavalet)

Chapelle Expiatoire, le samedi 17 janvier 2015, messe de Requiem en rit dominicain de 10h30.

« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France » (Louis XVI).

A l’occasion du 222ème anniversaire de la mort du roi Louis XVI, l’Institut de la Maison de Bourbon organise une messe de Requiem pour Sa Majesté le roi Louis XVI à la Chapelle Expiatoire (29, rue Pasquier, 75008 Paris) le 17 janvier 2015, messe qui sera célébrée en présence de Monseigneur le duc d’Anjou, Chef de la maison de Bourbon et de Madame la duchesse d’Anjou.

L’évènement sur Facebook.

Le duc & la duchesse d'Anjou avec Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Programme de la messe de Requiem pour Louis XVI à la Chapelle Expiatoire

Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782 † 1859) - Une messe à la Chapelle Expiatoire (1835 - Musée Carnavalet)

Chapelle Expiatoire, le samedi 25 janvier 2014, messe de Requiem en rit dominicain de 10h.

« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France » (Louis XVI).

A l’occasion du 221e anniversaire de la mort du roi Louis XVI, l’Institut Duc d’Anjou organise une journée du souvenir le 25 janvier 2014 en présence de Monseigneur le duc d’Anjou, Chef de la maison de Bourbon. Cette journée débutera par le chant d’une messe de Requiem pour Sa Majesté le roi Louis XVI à la Chapelle Expiatoire (29, rue Pasquier, 75008 Paris). Cette messe sera chantée par la Schola Sainte Cécile, accompagnée pour l’occasion de sacqueboutes.

  • Introït : de la messe de Requiem à 5 voix dit des rois de France d’Eustache du Caurroy (1549 † 1609), maître de la chapelle du roi Henri IV. Employée d’abord pour les funérailles d’Henri IV en 1610, cette messe fut par la suite employée à Saint-Denys pour toutes les funérailles royales jusqu’à la révolution.
  • Kyrie : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Graduel Si ambulem : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy (graduel diffère de celui du rit romain , il propre à l’ancien usage de Paris & de la Chapelle royale (et de beaucoup d’autres diocèses français), et est resté en usage au rit dominicain)
  • Trait : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini (1697 † 1760), chantre de Saint-Laurent in Damaso à Rome
  • Dies iræ de la Missa pro defunctis de l’Abbé Homet, maître de chapelle de Notre-Dame de Paris et de Saint-Germain L’Auxerrois (XVIIIème siècle)
  • Offertoire : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini
  • Sanctus : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Benedictus : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Agnus Dei : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Pendant la communion : De profundis de la Messe de Requiem des évêques de Langres, de Nicolas-Mammès Couturier (1840 † 1911), maître de chapelle de la cathédrale de Langres
  • Communion : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini
  • Absoute : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini
  • Sortie : Domine salvum fac Regem – Prière pour le roi, de la Messe « Gaudete in Domino semper » du Sacre de Louis XVI (célébré en la Cathédrale de Reims, le dimanche de la Trinité, 11 juin 1775), par François Giroust (1738 † 1799), son maître de chapelle
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    Le Flabellum de Saint-Philibert de Tournus – flabella et ripidia d’Orient & d’Occident

    Si les flabella portés en signe d’honneur autour du Pape sont bien connus en Occident, on a généralement oublié que ceux-ci avaient connu un usage liturgique bien plus large, usage encore conservé de nos jours en Orient.

    L’usage liturgique des flabella débute très haut dans l’histoire chrétienne, aussi n’est-ce guère étonnant de constater de grandes similitudes dans leur emploi en Orient comme en Occident. En effet leur emploi remonte au moins au IVème siècle, ainsi que l’atteste ce passage du VIIIème livre des Constitutions Ecclésiastiques :

    « Que deux diacres, de chaque côté de l’autel, tiennent un éventail, constitué de fines membranes, ou des plumes du paon, ou de drap fin, et qu’ils chassent silencieusement les petits animaux qui volent, afin qu’ils ne s’approchent pas des calices. (VIII, 2) »

    L’abbaye de Tournus, en Bourgogne, possédait un très ancien flabellum remontant à l’époque carolingienne. Ce flabellum liturgique avait été décrit comme figurant au trésor de Tournus par dom Edmond Martène et dom Ursin Durand, lors de leur mémorable campagne de collecte d’information dans tous les monastères de France en vue de la rédaction de Gallia christiana (cf. Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de St-Maur, Paris, 1712 & 1724) : ils décrivent un vieux flabellum, possédant un manche d’ivoire de deux pieds de long, magnifiquement sculptés ; les deux côtés du disque comprenant quatorze figures de saints.

    Ce témoignage unique se trouve actuellement conservé à Florence, en Italie, au Museo Nazionale del Bargello.

    Le flabellum de Tournus est un témoin exceptionnel de part son ancienneté (il date des années 850), sa fragilité (le disque est en papier plissé et peint) et la virtuosité de son décor sculpté en ivoire (qui témoigne de la renaissance des lettres comme des arts à l’époque carolingienne, puisqu’il revivifie des textes de Virgile). C’est le plus ancien témoin occidental que nous possédions (un flabellum copte, décrit plus bas, lui est à peine antérieur de quelques années).

    Ce flabellum a été offert par Génaut, abbé de Cunault, protecteur des arts, dont l’abbatiat se situe aux alentours de 850. Depuis cette époque, le précieux objet a suivi l’histoire mouvementée des reliques de saint Philibert, puisqu’il a été versé dans le trésor accompagnant la pérégrination du corps de ce saint.

    Saint Philibert fut au VIIème siècle un infatigable fondateur de monastères parmi lesquels la grande abbaye de Jumièges & le monastère de l’île d’Hério (devenu plus tard Noirmoutier). Il mourut du reste, à un âge avancé, à Noirmoutier le 20 août 685. En raison des invasions normandes qui commencèrent à déferler à partir de 819, les moines de Noirmoutier entreprirent une longue errance à travers la France, emportant avec eux les reliques de saint Philibert ainsi que le trésor de leur abbaye de plus en plus loin à travers les terres. En 836, ils abandonnent Noirmoutier pour se fixer à Déas (Loire-Atlantique), puis en 845 vont à Cunault (sur la Loire en Anjou), puis 4 ans après à Messais en Poitou, près de Châtellerault, dans un domaine concédé par Charles-le-Chauve. Le Poitou étant à son tour menacé par les Normands, Charles-le-Chauve, très favorable aux moines, leur donne d’abord le lieu de Goudet près du Puy-en-Velay pour construire un nouveau monastère. Puis le 30 octobre 871, il leur concède l’abbaye de Saint-Pourçain en Auvergne dans l’Allier avec toutes ses dépendances. Le 19 mars 875, l’empereur accorde enfin comme refuge aux moines de saint Philibert l’abbaye Saint-Valérien de Tournus, avec le château et toutes ses dépendances. Les moines s’y fixèrent définitivement, renonçant à réintégrer Noirmoutier qui devint par la suite, une fois le péril normand écarté, comme Déas et Cunault, simple dépendance de Tournus. Les reliques de saint Philibert furent alors installées dans cette église qui, magnifiquement agrandie aux XIème & XIIème siècles, prendra le nom de Saint-Philibert de Tournus. Ainsi s’achève le laborieux exode des moines de Noirmoutier qui dura comme celui de l’Ecriture une quarantaine d’années. Cet exode est resté fameux en raison des très nombreux miracles accomplis par les reliques de saint Philibert à chacune des étapes de ses translations.

    L’éventail de Saint-Philibert est fabriqué dans une longue bande de parchemin aux plis réguliers. La décoration s’organise en trois registres séparés par des bordures et des inscriptions. Le peintre enlumineur a utilisé plusieurs couleurs, surtout du vert et du rouge. Les motifs animaliers et végétaux du rinceau du registre supérieur s’intercalent dans le registre central avec 14 figures de saints (7 de chaque côté).

    Nous empruntons au P. Juenin la description de ce fameux flabellum que l’on remarquait autrefois au trésor de l’abbaye de Tournus.

    « C’est, dit-il un éventail flabellum tel que ceux dont parle Durantus son livre De Ritibus ecclesiasticis et qu’il assure d’après le pape saint Clément que deux diacres tenaient de chaque côté de l’autel pour empêcher les petits animaux volants de tomber dans le calice. Le nôtre est attaché à un manche de bois couvert d’ivoire travaillé et long de 20 pouces. Il s’ouvre en rond et a 17 pouces de diamètre. Il se replie au bout du manche où il est attaché et s’y ferme entre des plaques aussi couvertes d’ivoire longues de 8 pouces et demi et larges de 2 pouces : de telle manière qu’étant fermé toute sa longueur est de 29 pouces, dont 3 à 4 seulement, par le bout d’en bas, ne sont pas couverts d’ivoire mais aboutissent un peu en pointe comme pour être emboîtés dans un trou. L’éventail est en vélin peint de diverses figures et contient les vers suivants, qui en font connaître l’usage, mais qui ne sont pas des meilleurs, contenant des fautes contre la quantité et des transpositions. »

    Voici les inscriptions qui figurent sur les diverses parties du flabellum de Tournus.

    On lit d’un côté du disque de papier :

    Flaminis hoc donum, regnator summe polorum,
    Obtatum puro pectore sume libens.
    Virgo parens Christi voto celebraris eodem.
    Hic coleris pariter tu, Filiberte sacer.
    Sunt duo quæ modicum confert æstate flabellum :
    Infestas abigit muscas, et mitigat æstum,
    Et sine dat tedio gustare munus ciborum.
    Proptereà calidum qui vult transire per annum,
    Et tutus cupit ab atris existere muscis,
    Omni se studeat æstate muniri flabello.

    Au dessus des figures qui sont représentées du même côté :

    Sancta Lucia – Sancta Agnes – Sancta Cæcilia – Sancta Maria – Sanctus Petrus – Sanctus Paulus – Sanctus Andreas.

    De l’autre côté :

    Hoc decus eximium pulchro moderamine gestum
    Condecet in sacro semper adesse loco.
    Namque suo volucres infestas flamine pellit,
    Et strictim motus longiùs ire facit.
    Hoc quoque flabellum tranquillas excitat auras,
    Æstus dùm eructat ventum, excitatque serenum,
    Fugat et obcænas importunasque volucres.

    Au dessus des figures :

    Judex – Sanctus Mauritius – Sanctus Dionisius – Sanctus Filibertus – Sanctus Hilarius – Sanctus Martinus – Levita

    Les 2 plaquettes d’ivoire qui protège l’éventail une fois replié sont ornées d’éléments végétaux et d’un vaste répertoire animalier inspiré de Virgile.

    « Les éléments profanes, inspirés des Eglogles de Virgile, et copiés sur un manuscrit de la fin de l’antiquité, sont d’un style qui rappelle les enluminures du manuscrit de Virgile au Vatican. » (W. F. Wolbach, Les ivoires sculptés, de l’époque carolingienne au XIIe siècle, in Cahiers de civilisation médiévale, 1958, Vol. 1, numéro 1.1., p. 21).

    Le manche est réalisé avec des éléments en os séparés par des noeuds de couleur verte. Sur la première pomme du manche, au dessous de quatre figures en relief :

    S. Maria – S. Agnes – S. Filibertus – S. Petrus.

    (Saint Paul a remplacé par la suite la figure originelle de sainte Agnès).

    Sur la seconde figure la signature de l’artiste, un certain Joël :

    † Johel me sanctæ fecit in honore Mariæ.

    La troisième pomme ne comporte point d’inscription.

    L’ensemble des inscriptions renvoient à l’usage liturgique de l’objet et confirment la dédicace à la Vierge et à saint Philibert. Les flabella étaient donc utilisés autour de l’abbé célébrant la messe, à l’origine pour chasser les insectes autour de l’autel et sans doute aussi pour apporter de l’air frais les jours de grande chaleur. Cet usage purement utilitaire devait toutefois s’empreindre dès l’origine de hiératisme, à l’instar de l’usage qu’en faisait les anciens Egyptiens.

    Les flabella en Orient

    Dans les liturgies orientales, les flabella liturgiques sont toujours employés ; ils ont perdus au cours des âges leurs évents (de plume, papier ou tissu) et il ne subsiste plus, au bout du manche de l’objet, que le disque central – sur lequel figure usuellement un chérubin aux six ailes.

    Les flabella sont désignés en grec sous le nom d’άγια ριπίδια (aghia ripidia : saints éventails) et parfois sous le terme d’εξαπτέρυγα (hexapteryga : « six ailes »). Le symbolisme angélique va particulièrement être développé en Orien. Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem († 641) indique que, dans l’esprit de l’Eglise, les images des ripidia figurant des chérubins & des séraphins symbolisent l’invisible participation des puissances angéliques aux sacrements de l’Eglise. Saint Photius, patriarche de Constantinople († 886) témoigne qu’à cette époque les ripida étaient encore ornés de plumes. Dans son esprit, ils ont été conçus pour « prévenir l’esprit obscurci à ne pas s’attarder sur le visible, mais, en détournant son attention, à attirer les yeux de son esprit & à les détourner vers le haut, du visible à la beauté invisible & ineffable. »

    Ripidion byzantin présentant un chérubin.

    Ripidion copte en argent de la fin du VIIIème – début du IXème siècle.
    Brooklyn Museum of Art, New York.
    Les 4 animaux de l’Apocalypse, figurant les 4 évangiles, entourés chacun des six ailes, sont présentés de part & d’autre du disque.

    Selon les livres liturgiques byzantins, et conformément aux Constitutions Apostoliques du IVème siècle, pendant la liturgie de saint Jean Chrysostome, deux diacres se tiennent près de l’autel avec des ripidia qu’ils agitent doucement au-dessus des saints dons, depuis l’offertoire jusqu’à la communion (mais seulement pendant la consécration pour la liturgie de saint Basile). De nos jours, comme les saints dons sont désormais couverts, cet usage est tombé en désuétude pour les diacres, sauf le jour de leur ordination diaconale : l’évêque leur remet le ripidion avec leurs vêtements diaconaux et leur livre d’office, et les présente ainsi au peuple pour l’acclamation Axios ! (Il est digne !), ensuite le diacre ordonné agitera son ripidion près de l’autel selon l’antique pratique décrite par les livres liturgiques.

    Les ripidia sont portés usuellement, dans l’Orient byzantin, à l’évangile, lors de la Grande Entrée (offertoire de la Divine Liturgie) et à toutes les processions. Leur usage est souvent laissé aux sous-diacres ou aux acolytes. La photo ci-dessus montre le chant de l’évangile par le diacre à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, entouré de 4 sous-diacres portant des ripidia.

    Les Russes les emploient fréquemment pour honorer une relique ou une icône insigne. Ci-dessus, des ripidia honorent l’icône de la Très-Sainte Trinité le jour de la Pentecôte à la Laure de la Trinité-Saint-Serge.

    Lorsqu’ils ne sont pas employés, les ripidia sont disposés derrière l’autel (ou non loin de celui-ci en Russie du Nord, car l’usage s’y est établi de disposer à leur place les icônes du Christ & de la Mère de Dieu).

    Les ripidia sont en usage également chez les Arméniens (qui l’appellent Kechotz), les Maronites, les Syriaques (qui l’appellent Marvahtho) & les Chaldéens. On y attache d’ordinaire de petites clochettes. On les agite à certains moments importants de la liturgie (l’épiclèse chez les Arméniens par exemple), ce qui produit un effet similaire à celui des clochettes dans le rit romain.

    Marvahtho syriaque orné de branchages pour le jour des Rameaux

    Les Ethiopiens enfin se servent de chasse-mouches liturgiques en crin de cheval, plus rudimentaires mais efficaces !

    Sainte Sanctification (=messe) dominicale dans l’antique cathédrale d’Axoum en Ethiopie. L’un des diacres tient un cierge et un chasse-mouche liturgique.

    Les flabella en Occident

    Même s’il est sans doute le plus ancien témoin occidental conservé, le flabellum de Saint-Philibert de Tournus ne constitue pas un hapax, et l’instrument a été autrefois d’un emploi fréquent. En 813, on signale un flabellum en argent dans l’inventaire de l’abbaye de Saint-Riquier en Ponthieu (Migne, P. L., CLXXIV, 1257). Le testament d’Everard (mort en 837), fondateur de l’abbaye de Cisoin en mentionne un autre. L’inventaire du trésor de la cathédrale de Sarum (Salisbury, en Angleterre), daté de 1222, mentionne un flabellum en argent et deux en parchemin. L’inventaire de la cathédrale d’York recèle à la même époque un flabellum dont le manche était d’argent et le disque doré, lequel portait une image en émail de l’évêaue. Haymon (Hamo Hethe), évêque de Rochester (mort en 1352), a laissé à son Eglise un flabellum d’argent à manche d’ivoire. La cathédrale Saint-Paul de Londres en possédait un orné de plumes de paon.

    L’abbaye de Kremsmünster en Haute-Autriche possède toujours un très intéressant flabellum du XIIIème siècle : dans les quartiers dessinés par une croix grecque est représentée la résurrection du Christ.

    Voici ci dessus le magnifique disque d’un flabellum de Cologne, datant du début du XIIIème siècle (restauré & complété au XIXème siècle) conservé au Metropolitan Museum de New York.

    L’usage liturgique du flabellum semble s’être un peu partout éteint en Occident à partir du XIVème siècle. L’invention de la pale pour recouvrir le calice (qui remonte au moins au XVIème siècle), accéléra, comme en Orient, sa désuétude.

    Toutefois, il s’est maintenu en Occident dans quelques usages particuliers.

    Le Pape – ainsi que nous l’avons noté au début de cet article – était, jusqu’au dernières réformes liturgiques, accompagné de deux flabella. Les plumes de paon dont ils étaient confectionnés, à cause de leurs ocelles, symbolisaient le regard, et donc la vigilance du pape sur l’ensemble de l’Église.

    Le vénérable Pie XII porté sur la sedia gestatoria et entouré des deux flabella.

    Le bienheureux Jean XXIII porté sur la sedia gestatoria et entouré des deux flabella.

    L’archevêché de Lisbonne a été érigé en patriarcat par la bulle « In Supremo Apostolatus Solio » du 22 octobre 1716, afin de tenir compte de son autorité spirituelle sur l’ensemble de l’empire colonial portugais (mais aussi afin de remercier le Portugal pour son aide dans la lutte contre les Turcs). Le patriarche de Lisbonne possède depuis plusieurs privilèges, dont celui d’être accompagné de deux flabella.

    S.E. Manuel, cardinal Gonçalves Cerejeira, patriarche of Lisbonne de 1929 à 1971, accompagné par ses flabella. Notez aussi la mitre du patriarche qui imite la forme de la tiare papale (le patriarche de Lisbonne timbre ses armes d’une tiare sans les clefs).

    Le rit dominicain connait l’usage du flabellum. Voici une photo d’une messe solennelle célébrée dans le rit dominicain. Les 2 flabella sont tenus par les acolytes agenouillés.

    Flabellum dans le rit dominicain

    Voici encore quelques usages des flabella en Occident, dans des cadres un peu moins prestigieux mais toujours actuels (et, du reste, dans un contexte de nouveau rit).

    Procession de reliques avec flabella sur l’île de Malte.

    Procession des reliques de saint Liboire précédé du flabellum en la cathédrale de Paderborn (dans l’antique Saxe, actuellement en Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
    Plus d’informations & de photos sur cette procession.

    Et pour finir, voici une photo de la procession des rameaux dans la paroisse anglicane de Saint-Timothée, à Fort-Worth au Texas :

    En conclusion, même si l’usage des flabella pourrait paraître désuet dans notre monde moderne, leur histoire extrêmement ancienne est aussi un témoin indirect de la grande vénération et de la prudence extrême dont la Sainte Eglise a entouré dès l’origine les saints dons eucharistiques, et par là même l’affirmation de sa foi en la présence réelle de notre Seigneur sous les espèces du pain & du vin.

    PS. : plus de photos pour illustrer cet article sur cet album de la page Facebook de la Schola Sainte Cécile.

    Rit parisien – Hymne Christe qui lux es & dies – complies de Carême

    L’évangile de la Transfiguration, qui a été lu hier samedi à la messe des Quatre-Temps de Carême et repris ce matin à la messe du IInd dimanche de Carême, m’offre l’opportunité de vous présenter une antique hymne de complies glorifiant le Christ, Lumière du monde.

    Cette hymne, Christe qui lux es et dies, fut autrefois chantée pour les complies durant le Carême, mais elle n’a pas été retenue par le Bréviaire Romain. Il faut rappeler ici, ainsi que le suggère le mot lui-même, que le Bréviaire représente une abréviation de l’ancien office choral, afin de faire tenir celui-ci en un seul livre facile à transporter avec soi. Cette abréviation s’est faite principalement selon deux axes : d’une part en réduisant la longueur des leçons des matines, d’autre part en diminuant radicalement la grande variété d’antienne, d’hymnes et de répons qui existaient dans les livres de chœur plus anciens. Le Bréviaire Romain – dont la réalisation première paraît être le fait de clercs de la chapelle pontificale sous Innocent III (1198 – 1216) – a ainsi – par exemple – considérable simplifié l’office de complies, tout comme celui des vêpres de Carême.

    Toutefois, cette hymne des complies a été conservée plus longtemps par un grand nombre de rites et usages diocésains ou religieux (e.g. Sarum, Worcester, Paris, Cambrai, Tours, Utrecht, Tongres, Salzbourg, Aix-la-Chapelle, Mayence, Trèves, Esztergom, Benevent, Dominicain, Augustinien, etc.), généralement pour le Carême. Cette large diffusion peut s’expliquer, à mon avis par la vénérable antiquité de cette hymne. En effet, Christe qui lux es et dies est déjà citée dans la Règle des Vierges écrite aux alentours de l’an 500 par saint Césaire d’Arles, où elle était déjà assignée aux complies durant l’année (à l’exception du temps pascal pendant lequel elle est remplacée par Christe precamur annue). Ce très beau texte a longtemps été attribué à saint Ambroise (cf. Pat. Lat. 17, 1176-1177), malheureusement son véritable auteur demeure inconnu. La construction rythmique est cependant la même que dans les hymnes de saint Ambroise.

    L’adoption de la liturgie romaine dans l’Empire carolingien s’accompagna d’une diffusion généralisée de la Règle de saint Benoît, par suite d’un canon du Concile d’Aix-la-Chapelle tenu en 817 sous Louis Le Pieux.

    111. Ut officium juxta quod in regula sancti Benedicti continetur celebrent monachi.
    (cf. Labbe, Concilia, t. VII, c. 1505 ; Baluze, Capitul., I, c. 579).

    Cependant, on assista à cette époque à une fusion significative de l’hymnaire bénédictin (où l’hymne assignée à complies est Te lucis ante terminum) & l’hymnaire gallican, ainsi que le montre plusieurs manuscrits de ce temps. Par exemple, le manuscrit 2106 de Darmstadt (qui peut être du des VIIIème et IXème siècles) donne : « Ad completorium Christe qui lux es et dies, item ad completorium Te lucis ante terminum ». Saint Ethelwold, évêque de Winchester, donne la même ordonnance dans sa règle monastique de 963.

    Bien sûr, il y a des variantes dans les manuscrits d’un usage diocésain à un autre. Toutefois, en règle générale, le chant de cette hymne est construit de manière calme & méditative autour de la tierce mineure (ré-fa) du second ton ecclésiastique. Voici le chant de cette hymne d’après les livres de chœur de Notre-Dame de Paris datés des alentours de l’an 1300 :

    Voici une traduction française des élégants dimètres iambiques de Christe qui lux es et dies d’après Charles de Courbes en 1622 :

    Christe qui lux es & dies,
    Noctis ténebras détegis,
    Lucísque lumen créderis,
    Lumen beátum prædicans.
    Christ lumière, & jour apparent,
    Toutes ténèbres découvrant,
    Qui, splendeur de splendeur, est né,
    Prêchant la divine clarté.
    Precámur, sancte Dómine,
    Defénde nos in hac nocte :
    Sit nobis in te réquies,
    Quiétam noctem tríbue.
    Tres-saint Seigneur, doux Jésus-Christ,
    Défend-nous durant cette vie :
    Si bien qu’en toi ayons repos,
    Et douce vie par ton saint laus.
    Ne gravis somnus írruat,
    Nec hostis nos surrípiat :
    Nec caro illi conséntiens
    Nos tibi reos státuat.
    Non d’un tel profond somme épris,
    Que de Satan fussions surpris :
    Notre chair n’adhère à ses faits,
    Qu’à toi ne nous accuse, infects.
    Oculi somnum cápiant,
    Cor ad te semper vígilet :
    Déxtera tua prótegat
    Fámulos qui te díligunt.
    Que si notre œil est sommeillant,
    Le coeur soit à toi surveillant :
    Ta dextre soit l’appui constant,
    De tes élus qui t’aiment tant.
    Defénsor noster, áspice,
    Insidiántes réprime :
    Gubérna tuos fámulos
    Quos sánguine mercátus es.
    Sois donc notre bon défenseur,
    Réprime des malins le cœur,
    Régi tes servants affectés,
    Que par ton sang as rachetés.
    Meménto nostri, Dómine,
    In gravi isto córpore :
    Qui es defénsor ánimæ,
    Adesto nobis, Dómine.
    O Seigneur, souviens toi de nous,
    En ce corps grave & si reboux,
    Toi, de nos âmes, défenseur,
    Assiste-nous, ô cher Sauveur.
    Deo Patri sit glória,
    Ejusque soli Fílio,
    Cum Spirítu Paráclito,
    Et nunc et in perpétuum. Amen.
    A Dieu le Père soit honneur,
    Et à son Fils notre Seigneur,
    Au Saint Esprit semblablement,
    Ores & perdurablement. Amen.

    Le chant Dominicain est quasiment le même que le Parisien, avec une seule note qui diffère : ré au lieu de do au commencement du second verset (et aussi la périélèse à la fin de l’intonation, tradition parisienne typique). Voilà, s’il en était besoin, une preuve supplémentaire de l’étroite parenté entre ces deux rites. Voici le chant tel qu’il est noté dans le Completorium de Suarez de 1949. Notez la génuflexion sur le chant du verset « Quos sanguine mercatus es » :

    Le chant de Sarum est en ligne sur l’excellent site web Music of the Sarum Rite, page 855 :

    Plusieurs compositeurs ont laissé de la musique pour cette hymne : citons Eustache du Caurroy, Charles de Courbes ou encore William Byrd. Voici les très belles alternances polyphoniques écrites par le catholique anglais Robert White (c. 1538 † 1574), chantées ici avec le plain-chant de Sarum :

    Une autre version par le même compositeur :

    Programme du XXème dimanche après l’octave de la Trinité

    saint Dominique

    Saint-Eugène, le dimanche 24 octobre 2010, grand’messe de 11h, célébrée en rit dominicain par le RP. Ambroise-Marie Pellaumail, de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, ancien grand clerc de Saint-Eugène. Propre du jour chanté en plain-chant dominicain – Kyriale dominicain des dimanches mineurs

  • Procession d’entrée : Dixit Dominus (H. 197) de Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de chapelle de Ma-demoiselle de Guise, du Dauphin, des Jésuites et de la Sainte Chapelle
  • Asperges me Dominicain
  • Kyrie des dimanches mineurs
  • Gloria des dimanches mineurs
  • Répons Ecce quam bonum
  • Alleluia Qui sanat contritos corde
  • Credo dominicain
  • Offertoire Recordare
  • Dialogue de la préface
  • Sanctus des dimanches mineurs
  • Après la Consécration : O vere digna Hostia de Guillaume Bouzignac
  • Réponses au Pater & au Pax Domini
  • Agnus des dimanches mineurs
  • Pendant la communion : Quam dilecta tabernacula tua – grand motet sur le psaume LXXXIII de Michel Richard de Lalande (1657 † 1726), maître de la chapelle des rois Louis XIV et Louis XV (extraits)
  • Communion Dico vobis
  • Prière pour la France, faux-bourdon parisien du Vème ton (d’après l’édition de 1739)
  • Ite missa est des dimanches mineurs
  • Après le dernier Evangile : Salve Regina
  • Procession de sortie : Psaume CL – tradition du monastère de Valaam – adaptation Henri de Villiers
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    Plain-chant dominicain – Aspersion dominicale

    Plain-chant dominicain – XXème dimanche après l’octave de la Trinité – Officium Si iniquitates