Cantilène de l’évangile de la messe de l’Epiphanie

Titre de l'évangile de l'Epiphanie

Chant de l'Evangile de l'Epiphanie
Chant de l'Evangile de l'Epiphanie
Chant de l'Evangile de l'Epiphanie

Livret PDF pour le diacre.

Texte & traduction :

V/. Dóminus vobiscum.
R/. Et cum spíritu tuo.
V/. Sequéntia Sancti Evangélii secúndum Matthæum.
R/. Glória tibi, Dómine
Cum natus esset Jesus in Bethlehem Juda in diébus Heródis regis, ecce, Magi ab Oriénte venérunt Jerosolymam, dicéntes : Ubi est, qui natus est rex Judæórum ? Vídimus enim stellam ejus in Oriénte, et vénimus adoráre eum. Audiens autem Heródes rex, turbátus est, et omnis Jerosólyma cum illo. Et cóngregans omnes príncipes sacerdótum et scribas pópuli, siscitabátur ab eis, ubi Christus nascerétur. At illi dixérunt ei : In Bethlehem Judæ : sic enim scriptum est per Propétam : Et tu, Bethlehem terra Juda, nequáquam mínima es in princípibus Juda ; ex te enim éxiet dux, qui regat pópulum meum Israel. Tunc Heródes, clam vocátis Magis, diligénter dídicit ab eis tempus stellæ, quæ appáruit eis : et mittens illos in Bethlehem, dixit : Ite, et interrogáte diligénter de púero : et cum invenéritis, renuntiáte mihi, ut ego véniens adórem eum. Qui cum audíssent regem, abiérunt.

Et ecce, stella, quam víderant in Oriénte, antecedébat eos, usque dum véniens staret supra, ubi erat Puer. Vidéntes autem stellam, gavísi sunt gáudio magno valde. Et intrántes domum, invenérunt Púerum cum María Matre ejus, (hic genuflectitur) et procidéntes adoravérunt eum. Et apértis thesáuris suis, obtulérunt ei múnera, aurum, thus et myrrham.

Et respónso accépto in somnis, ne redírent ab Heródem, per áliam viam revérsi sunt in regiónem suam.


V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec ton esprit.
V/. Suite du saint Evangile selon Matthieu.
R/. Gloire à toi, Seigneur.
Jésus étant né à Bethléem de Judée aux jours du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem en disant : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’Orient, et nous sommes venus l’adorer. » Apprenant cela, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et les scribes du peuple, et il leur demanda où devait naître le Messie. Ils lui dirent : « A Bethléem de Judée, car voilà ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas la moindre parmi les cités de Juda ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. » Alors Hérode convoqua secrètement les mages et il leur fit préciser le temps où l’étoile avait paru ; puis, le envoyant à Bethléem, il dit : « Allez vous informer avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi afin que, moi aussi, j’aille l’adorer. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.

Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’Orient les précédait, pour s’arrêter enfin au-dessus de l’endroit où était l’enfant. En voyant l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Entrant alors dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, (ici on fléchit le genou) et, se prosternant, ils l’adorèrent. Ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent comme présents, l’or, l’encens et la myrrhe.

Puis, instruits en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Source : Laudes festivæ lectionarium et cantarium – 1940, pp. 56-59.

Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2017

La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

Dans le rit romain, le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est obligatoirement reportée en France au dimanche qui suit – soit le dimanche 8 janvier cette année), le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

RIT ROMAIN

En voici le chant pour 2017, réalisé par nos soins :

Noveritis Romanum 2017

En voici le texte & la traduction pour 2017 :

Novéritis, fratres caríssimi, quod annuénte Dei misericórdia, sicut de Nativitáte Dómini nostri Jesu Christi gavísi sumus, ita et de Resurrectióne ejúsdem Salvatóris nostri gáudium vobis annuntiámus.

Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

Die duodécima Februárii erit Domínica in Septuagésima.

Le 12 février sera le dimanche de la Septuagésime.
Prima Mártii dies Cínerum, et inítium jejúnii sacratíssimæ Quadragésimæ. Le 1er mars sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
Sexta décima Aprílis sanctum Pascha Dómini nostri Jesu Christi cum gáudio celebríbitis. Le 16 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
Quinta vigésima Máii erit Ascénsio Dómini nostri Jesu Christi. Le 25 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Quarta Júnii Festum Pentecóstes. Le 4 juin sera la fête de la Pentecôte.
Quinta décima ejúsdem Festum sacratíssimi Córporis Christi. Le 15 du même mois sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
Tértia Decémbris Domínica prima Advéntus Dómini nostri Jesu Christi, cui est honor et glória, in sæcula sæculórum. Amen.

Le 3 décembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

Plus de détails sur la Publication de la date de Pâques à l’Epiphanie.

Livret PDF imprimable à l’attention du clergé.

RIT PARISIEN

Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2017 :

Noverit Parisiense 2017

En voici le texte & la traduction pour 2017 :

Novérit cáritas vestra, fratres caríssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die sexta décima mensis Aprílis Pascha Dómini celebrábimus.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 16 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

RIT AMBROSIEN

Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2017 :

Noverit Ambrosianum 2017

En voici le texte & la traduction pour 2017 :

Novérit cháritas vestra, fratres charíssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die sexta décima, mensis Aprílis, Pascha Dómini cum gáudio celebrábimus. R/. Deo grátias.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 27 mars, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. R/. Rendons grâces à Dieu.

Cantilène de l’épître de la fête des Saints Innocents

Epître des saints Innocents - plain-chant d'Amiens

Epître des saints Innocents - plain-chant d'Amiens
Epître des saints Innocents - plain-chant d'Amiens

Livret PDF téléchargeable.

Texte (Apocalypse XIV, 1-5) :

In diébus illis : Vidi supra montem Sion Agnum stantem, et cum eo centum quadragínta quatuor mília, habéntes nomen ejus, et nomen Patris ejus scriptum in fróntibus suis. Et audívi vocem de cœlo, tamquam vocem aquárum multárum, et tamquam vocem tonítrui magni : et vocem, quam audívi, sicut citharœrórum citharizántium in cítharis suis. Et cantábant quasi cánticum novum ante sedem, et ante quátuor animália, et senióres : et nemo póterat dícere cánticum, nisi illa centum quadragínta quátuor mília, qui empti sunt de terra. Hi sunt, qui cum muliéribus non sunt coinquináti : vírgines enim sunt. Hi sequúntur Agnum, quocúmque íerit. Hi empti sunt ex homínibus primítiæ Deo, et Agno : et in ore eórum non est invéntum mendácium : sine mácula enim sunt ante thronum Dei. En ces jours là : Je vis ensuite l’Agneau debout sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom, et le nom de son Père, écrit sur le front. J’entendis alors une voix qui venait du ciel, semblable à un bruit de grandes eaux, et au bruit d’un grand tonnerre ; et cette voix que j’entendis était comme le son de plusieurs joueurs de harpe qui touchent leurs harpes. Ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux et les vieillards ; et nul ne pouvait chanter ce cantique, que ces cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont là ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes, car ils sont vierges. Ceux-là suivent l’Agneau partout où il va ; ils ont été rachetés d’entre les hommes pour être consacrés à Dieu et à l’Agneau comme des prémices. Et il ne s’est point trouvé de mensonge dans leur bouche : car ils sont purs et sans tache devant le trône de Dieu.

Sources :

  • Abbé Jean Lebeuf, Traité historique et pratique sur le chant ecclésiastique. Paris, Hérissant, p. 129-132.
  • Dr Marcel Jérôme Rigollot, Epîtres farcies telles qu’on les chantait dans les Eglises d’Amiens au XIIIème siècle. Amiens, Caron-Vitet, 1838.

Cette cantilène propre à l’épître de la fête des Saints Innocents (28 décembre) était autrefois chantée entremêlée de vers français qui paraphrasaient le texte latin, ce qu’on appelait au Moyen-Age une épître farcie. Ces épîtres étaient chantées par deux ou trois sous-diacres à certaines fêtes de l’année, surtout pendant la période autour de la fête de Noël, de la saint Nicolas à l’Epiphanie. On trouve des épîtres farcies assez fréquemment dans les manuscrits liturgiques du XIIème & XIIIème, puis l’usage semble se restreindre voire disparaître. On en composa tout de même encore quelques unes au XIVème siècle, et on en chantait encore, avec leurs textes en vieux français, dans certaines provinces de France au beau milieu du XVIIIème siècle, surtout celle de saint Etienne, probablement la plus ancienne. Pour les linguistes qui étudient l’histoire de la langue française, ces farces sont d’une haute valeur, car elles figurent parmi les plus anciens témoignages écrits du français, décliné dans ses nombreuses formes régionales

Voici le début de cette épître des Saints Innocents transcrite par l’Abbé Lebeuf dans son fameux Traité sur le chant ecclésiastique, avec les farces en vieux picard :

Epître farcie de la fête des Saints Innocents - plain-chant d'Amiens

Epître farcie de la fête des Saints Innocents - plain-chant d'Amiens

Epître farcie de la fête des Saints Innocents - plain-chant d'Amiens

Epître farcie de la fête des Saints Innocents - plain-chant d'Amiens

On notera que la paraphrase française évolue dans le même VIIème que la cantilène du texte latin, mais sur un chant qui ne décalque pas celui-ci. Dans d’autres épîtres farcies, toutes les strophes reproduisent la même mélodie, distincte de celle du latin qui évolue plus librement d’une verset à l’autre. Il est probable qu’on aura composé les vers français pour s’insérer dans la cantilène latine préexistante.

Ces cantilènes, du moins pour le texte latin, sont-elles anciennes ? Probablement. Notons qu’on les retrouve sur des tons similaires d’un diocèse à un autre. Les deux exemples que donne l’Abbé Lebeuf de l’épître farcie de la fête de saint Etienne (26 décembre), tirés à la fois des livres d’Amiens (vers l’an 1250) et d’une église de la province Lyon ou de Sens (vers l’an 1400) montrent en effet des mélodies – tant latines que françaises – très proches, avec pourtant des paroles différentes pour les paraphrases françaises (sauf dans la première strophe).

De ce fait, les épîtres farcies sont précieuses car elles nous permettent d’avoir un écho de la très grande variété des cantilènes liturgiques qui dût être en usage pour chanter les différents épîtres et évangiles de l’année ; elles sont donc le souvenir d’un état ancien de la liturgie, beaucoup plus riche que ce qui est parvenu jusqu’à nous (les livres liturgiques romains depuis le XVIIème siècle ne comportent plus que deux tons pour l’épître, dont l’un est le recto-tono).

Le chant de l’épître des Saint Innocents cité par Lebeuf est tiré des anciens livres liturgiques d’Amiens. La farce française y comporte pas moins de 130 vers, tous en rimes masculines pour faciliter leur adaptation au plain-chant. Nous n’avons conservé que le chant des versets latins, sans leurs paraphrases versifiées en français, & complété les premiers versets que donne l’Abbé Lebeuf à partir du travail fait au XIXème siècle par le Dr Rigollot. Le choix du VIIème ton, qui possède naturellement un ambitus très ample, a peut-être été guidé par le sens du texte, la mélodie s’élevant sur le second verset pour rendre compte du texte :

Et audívi vocem de cœlo, tamquam vocem aquárum multárum, et tamquam vocem tonítrui magni.
J’entendis alors une voix qui venait du ciel, semblable à un bruit de grandes eaux, et au bruit d’un grand tonnerre.

Notons que le 4ème verset surtout (et dans une mesure le 5ème verset), reproduit une psalmodie du VIIème ton, et celle-ci est peut-être la source inspiratrice de cette cantilène de l’épître des Innocents.

Les livres de Paris ne nous ont pas conservé d’épîtres farcies, il est vrai qu’on n’a gardé que peu de manuscrits liturgiques de notre ville antérieurs à la moitié du XIIIème siècle. Est-ce à dire que notre diocèse avait répugné à chanter des épîtres farcies ?

Non ! Dans une intéressante ordonnance prise en1198 par l’évêque Eude de Sully afin de régler la célébration de la fête de la Circoncision, le 1er janvier, à Paris, on notera le passage suivant, qui atteste que notre ville, à l’instar des autres diocèses de France, connaissait bien l’usage des épîtres farcies :

Missa similiter cum ceteris Horis ordinate celebrabitur a aliquo prœdictorum, hoc addito quod Epistola cum farsia dicetur a duobus in cappis sericeis. La messe de même, comme les autres heures, sera célébrée par l’un de ceux sus-mentionnés, en ajoutant qu’une épître avec farce sera dite par deux en chapes de soie.

Tomás Luis de Victoria – O magnum mysterium

Tomás Luis de Victoria (c. 1548 † 1611), maître de chapelle de l’impératrice Marie au couvent royal des Clarisses déchaussées de Madrid
O magnum mysterium (1572)
4 voix mixtes (SATB).
4 pages.

Septième d’une famille de onze enfants, Tomás Luis de Victoria devint chantre de la cathédrale d’Avila en 1558. En 1567, il se rendit à Rome où il étudia la théologie au Collegio romano et reçut probablement les leçons de Palestrina, maître de chapelle et de chant au Séminaire romain.

En 1569 il exerçe les fonctions de maître de chapelle et d’organiste à Santa Maria di Montserrato à Rome. À partir de 1571, il enseigne la musique au Séminaire romain. Il publie d’ailleurs en 1572 son premier recueil de motets à Venise chez Gardano Fils et succède à Palestrina en 1573 dans la charge de maître de chapelle de ce séminaire. En 1575, il fut ordonné prêtre, et trois ans plus tard, en 1578, Victoria entra dans la Congrégation de l’Oratoire, fondé par saint Philippe Néri.

En 1586, il fut nommé chapelain et maître de chœur du couvent royal des clarisses déchaussées à Madrid, où vivait, retirée, la fille de Charles Quint, l’impératrice Marie d’Autriche (veuve de l’empereur Maximilien II et sœur de Philippe II). Durant cette partie de sa vie, il reçut plusieurs offres des plus importantes cathédrales espagnoles qu’il refusa toutes.

Il revint à Rome en 1592 pour publier ses Missæ, liber secundus. Deux ans plus tard, il assistait aux funérailles de Palestrina, et en 1595, il rentra définitivement en Espagne où il meurt à Madrid le 27 août 1611.

O magnum mysterium est le 5ème des motets publiés en 1572 chez Gardano Fils. Cette première publication de jeunesse est d’emblée un chef d’œuvre.

Le motet O magnum mysterium est établi sur le texte du IVème répons des matines de Noël. Du reste la modalité choisie par Victoria permettrait de chanter le verset en plain chant de ce répons, avec la réclame en polyphonie reprise après le verset (* Beata Virgo).

Voici le plain-chant de ce répons, du IIIème ton :

omagnummysterium

Curieusement, dans le recueil imprimé chez Gardano, ce motet est assigné à la fête de la Circoncision de Notre Seigneur (1er janvier), où ce répons n’est pas chanté (certes, le texte convient à toute l’octave de Noël). Voici le texte de ce répons et sa traduction :

O magnum mystérium, et admirábile sacraméntum, ut animália vidérent Dóminum natum, jacéntem in præsépio : * Beáta Virgo, cujus viscéra meruérunt portáre Dóminum Christum. O grand mystère & admirable sacrement, que des animaux aient vu le Seigneur né, gisant dans une crêche ! * Heureuse la Vierge dont les entrailles ont mérité de porter le Seigneur Christ !

Les premières mesures de cette partition :

O magnum mysterium - motet de Thomas Louis de Victoria

L’édition originale chez Gardano Fils en 1572 :

O magnum mysterium - Victoria - Frontispice de l'édition de 1572

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Sébastien de Brossard – Missa Quinti Toni pro nocte ac die festi Natalis Domini, quatuor vocum cum organo (1700)

Sébastien de Brossard (1655 † 1730), maître de chapelle des cathédrales de Strasbourg, puis de Meaux.
Missa Quinti Toni pro nocte ac die festi Natalis Domini, quatuor vocum cum organo (1700)
3 voix mixtes (STB).
2 pages.

Appartenant à une vieille famille de la noblesse normande, Sébastien de Brossard fit ses études de philosophie et de théologie à Caen avant d’être ordonné prêtre. Il étudie la musique en autodidacte et s’établit à Paris en 1678. Il est nommé vicaire à la cathédrale de Strasbourg, à la suite de l’annexion de la ville par Louis XIV en 1681. Maître de chapelle de cette cathédrale, il fonde également une Académie de Musique dans la même ville en 1687. C’est aussi à Strasbourg qu’il se procure la majeure partie de sa bibliothèque musicale, devenue légendaire et qui constitue encore aujourd’hui le principal fond ancien du département de la musique de la Bibliothèque nationale de France.

En décembre 1698, il est nommé maître de chapelle de la cathédrale de Meaux, où Jacques-Bénigne Bossuet († 1704) est évêque depuis 1681. Chanoine du chapitre depuis 1709, il laisse la maîtrise à un de ses élèves, en 1715. Il meurt le 10 août 1730 à Meaux et est inhumé en la cathédrale Saint-Étienne de cette ville.

C’est donc pour la cathédrale de Meaux que Brossard compose – du 13 au 16 décembre 1700 – sa « messe du Vème pour la nuit et le jour de la fête de la Naissance du Seigneur », à 4 voix & orgue.

Comme les messes de noël de Guillaume Minoret ou de Marc-Antoine Charpentier, celle de Sébastien de Brossard est établie sur les thèmes des vieux noëls populaires français (thèmes aujourd’hui bien oubliés hélas). Cette messe comporte, outre les pièces usuelles (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), une élévation – O miraculum ! – et une prière pour le Roi – Domine, salvum fac Regem.

Nous vous proposons dans un premier temps la partition de l’élévation O miraculum !, ainsi que le Kyrie, le Sanctus & l’Agnus Dei de cette messe, avant que de mettre en ligne les fichiers de l’intégralité de cette messe de Sébastien de Brossard.

L’élévation est traitée en petit motet à trois voix solistes (l’Altus en est absent). Le manuscrit de Brossard indique la présence du basson (fagotto) avec la basse continue de l’orgue (dispositif vraisemblablement identique pour tout le restant de la messe).

Le texte de cette élévation n’est curieusement pas l’O salutaris usuel en France depuis qu’un édit de Charles V renouvelée pour Louis XII avait imposé ce chant à toutes les messes hautes du royaume de France. O miraculum ! est tiré des poésies laissées dans les années 1680 par Pierre Portes, chanoine & théologal de la collégiale de Saint-Chamond, l’un de ces poètes néo-latins qui proposaient alors de nouveaux textes à l’attention des compositeurs de motets.

Voici le texte de Pierre Portes utilisé par Sébastien de Brossard et sa traduction. Il convient davantage à la messe de minuit qu’à celles de l’aurore ou du jour de Noël.

O miráculum !
O novitátis prodígium !
In hac tenebrósa nocte
Novum lumen cérnitur
In hac obscúra quiéte
Nobis splendor óritur.
O miráculum !
O novitátis prodígium !
O miracle !
O prodige ultime !
Dans cette ténébreuse nuit
Une nouvelle lumière est discernée.
Dans cette obscure quiétée,
Pour nous une splendeur s’est levée.
O miracle !
O prodige ultime !

Les premières mesures de cette partition :

O miraculum - Sébastien de Brossard

Le manuscrit original de Sébastien de Brossard :

elevatio-o-miraculum-manuscrit-de-sebastien-de-brossard

Comme vous pouvez le constatez, nous vous proposons cette œuvre un ton plus bas que dans le manuscrit de Brossard, afin de tenir compte des diapasons des orgues actuels.

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https://www.youtube.com/watch?v=9qHPd60JSmU

O miraculum - Sébastien de Brossard

O miraculum – Sébastien de Brossard

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu

Dominus vobiscum de la généalogie des matines de Noël
Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 01

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 02

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 03

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 04

Source : Missel de Notre-Dame de Paris (XIIIème siècle) – BnF latin 1112, f° 7 r° & v°.

Livret imprimable au format PDF.

Depuis au moins le IVème siècle (comme l’atteste le récit de la pèlerine Egérie à Jérusalem), un évangile est chanté solennellement à la fin de l’office nocturne les dimanches & fêtes. Cet évangile de l’office divin s’est conservé à cet endroit dans la plupart des rits (dans le rit byzantin, il y a ainsi une série des 11 évangiles de la résurrection qui sont chantés aux matines de chaque dimanche, saint Benoît décrit aussi cet évangile de matines auquel on répond Amen dans sa règle, etc…). L’évangile de matines ne reprend pas le texte de l’évangile de la messe du jour, il est chanté par l’évêque, l’abbé ou le prêtre officiant, mais pas par le diacre (contrairement à l’évangile de la messe).

Au rite romain pur cependant, il n’en subsiste aujourd’hui plus grand chose : seul le premier verset de l’évangile du jour est chanté au troisième nocturne et suivi de trois leçons, tirées des homélies des Pères sur cet évangile. Les différents usages diocésains français avaient toutefois conservé une structure primitive plus ancienne du rit romain : usuellement, le chant solennel de l’évangile arrivait – comme dans la règle de saint Benoît – à la fin de l’office nocturne, entre le neuvième répons du dernier nocturne (répons disparu du rit romain actuel) et le Te Deum.

Pour la nuit de Noël, aussi bien chez les bénédictins que dans les antiques usages diocésains français, l’évangile des matines consiste en la généalogie du Christ selon saint Matthieu. Le chant solennel de cette généalogie est modulé depuis toujours sur un ton très particulier, d’une grande beauté. De même, on chantait sur une autre mélodie solennelle la généalogie selon saint Luc à la fin des matines de l’Epiphanie. Certains diocèses connaissaient également le chant solennel au salut après les secondes vêpres de Noël du prologue de saint Jean sur une sublime mélodie (mais cet usage est plus récent).

Lorsque l’usage de chanter les matines de Noël avant la messe de minuit commença à s’effriter, de nombreuses paroisses maintinrent cependant le chant de la généalogie à minuit, avant la première messe de Noël. C’est toujours le cas à Saint-Eugène.

Nous présentons ci-dessus la version parisienne de cette généalogie. Notez que la fin s’achève un peu curieusement, mais cette fin est calculée pour pouvoir enchaîner directement avec l’intonation du Te Deum final.

(d’après) Zoltán Kodaly – Veni, veni Emmanuel

Plain-chant français et polyphonie adaptée de Zóltan Kodaly (1882 † 1967).
Veni, veni Emmanuel – hymne de l’Avent.
4 voix mixtes (SATB).
1 page.

1. Veni, veni Emmanuel,
Captívum solve Israel,
Qui gemit in exílio,
Privátus Dei Fílio.
Viens, viens Emmanuel
Libère Israël captif
Qui gémit en exil
Privé du Fils de Dieu
R/.   Gaude ! Gaude !
Emmanuel nascetur pro te Israël.
Réjouis-toi, réjouis-toi,
l’Emmanuel naitra pour toi Israël.
2. Veni, veni, Rex géntium,
Veni, redémptor hóminum,
Ut salves tuos fámulos
Peccáti sibi cónscios.
Viens, viens, Roi des Nations,
Viens Rédempteur des hommes,
Afin de sauver tes serviteurs
Qui ont la connaissance de leurs péchés.
3. Veni, veni, o Oriens,
Soláre nos advéniens ;
Noctis depélle nébulas
Dirásque mortis ténebras.
Viens, viens ô Orient
Réconforte nous par ton avènement ;
Repousse les brouillards de la nuit
Et les ténèbres sinistres de la mort.
4. Veni, Clavis Davídica,
Regna reclúde cœlica ;
Fac iter tutum súperum
Et claude vias ínferum.
Viens, clef de David,
Ouvre le Royaume des Cieux ;
Fraye-nous un chemin sûr vers les choses d’en haut, Et ferme les routes de l’Enfer.
5. Veni, o Jesse vírgula,
Ex hostis tuos úngula,
De specu tuos tártari
Educ et antro bárathri.
Viens, ô racine de Jessé,
Conduis ceux qui sont à toi
Hors de la caverne du Tartare
Et de l’antre des enfers.
6. Veni, veni, Adonai,
Qui pópulo in Sinai,
Legem dedísti vértice,
In majestáte glóriæ.
Viens, viens, Adonaï,
Qui au Sinaï dans la majesté de ta gloire
As donné au peuple
La loi venue d’en-haut.
7. Veni, o Sapiéntia,
Quæ hic dispónis ómnia,
Veni, viam prudéntiæ
Ut dóceas et glóriæ.
Viens, ô Sagesse,
Qui dispose toutes choses ici-bas,
Viens, afin de nous enseigneur le chemin
De la prudence et de la gloire.

Le texte de Veni, Veni Emmanuel apparait pour la première fois dans le Psalteriolum Cantionum Catholicarum, un hymnaire jésuite publié à Cologne en 1710, mais ce recueil a pu recueillir un texte plus ancien, peut-être d’origine monastique. Cette édition de 1710 ne comptait que 5 strophes, qui se présentent comme une paraphrase versifiée de 5 des 7 fameuses grandes antiennes d’O, lesquelles ornent les Magnificat des vêpres romaines des 7 jours précédant Noël. Deux strophes (Veni, o Sapientia & Veni, Rex Gentium) ont été ajoutées au cours du XIXème afin de compléter la série des 7 noms divins des 7 grandes antiennes d’O (cet ajout se trouve pour la première fois dans les Cantiones Sacrae que publie le jésuite hymnographe allemand Joseph Hermann Mohr en 1878).

L’hymne publiée par les Jésuites en 1710 était dépourvue de mélodie, mais son mètre classique en octosyllabes réguliers permettait de lui adapter de très nombreux tons pré-existants.

L’anglais Thomas Helmore fut le premier en 1851 à pourvoir le texte des Jésuites allemand d’un ton qui assura le large & définitif succès de Veni, veni Emmanuel dans le monde anglo-saxon jusqu’à nos jours. Helmore décrivit ce ton comme emprunté à un missel français détenu par la Bibliothèque nationale de Lisbonne au Portugal. Cette mélodie mystérieuse qui suscita beaucoup de recherches fut en effet retrouvée en 1966 par la musicologue britannique Mary Berry, mais dans un processionnal français du XVème de la Bibliothèque nationale de France (BnF Latin 10581, ff. 89v-101, probablement un manuscrit d’un monastère de Clarisses, Cordelières ou Colettistes des années 1490-1510). Cette mélodie y est chantée à deux voix sur des tropes du répons Libera me de l’office des défunts, ces tropes à deux voix ressemblant à un conduit médiéval. Voici le début de ces tropes du Libera me, les deux voix polyphoniques étant notées en regard :

bone-jesu-dulcis-cuntis-manuscrit-bnf-latin-10581

Voici une transcription de ce plain-chant français sur le texte de l’hymne Veni, Veni Emmanuel, telle qu’elle est usuellement chantée en Angleterre :

Veni, veni Emmanuel en plain-chant français
Veni, veni Emmanuel en plain-chant français
Veni, veni Emmanuel en plain-chant français

Le compositeur hongrois Zoltán Kodaly construisit une magnifique polyphonie à 3 voix de Veni, veni Emmanuel, tissant ce ton dans de savantes (et quelques peu complexes) transpositions du thème. Nous proposons une version à 4 voix très simple pour le refrain Gaude, gaude Emmanuel à partir du matériel polyphonique de Kodaly, les strophes elles-mêmes restant à l’unisson.

Les premières mesures de cette partition :

Veni, veni Emmanuel - simplex

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