Domine, salvam fac Galliam – Prière pour la France du IInd ton en faux-bourdon parisien

Arrangements Henri de Villiers.
Prière pour la France : Domine, salvam fac Galliam du IInd ton en faux-bourdon parisien.
3 voix égales (TBB) ou 4 voix mixtes (SATB).
1 page – Ré mineur.

Sous l’Ancien Régime, la prière pour les autorités publiques utilisait le dernier verset du Psaume 19 : Domine, salvum fac Regem, & exaudi nos in die qua invocaverimus te. L’Empire transforma ce verset en Domine, salvum fac imperatorem nostrum Napoleonem, la République en Domine, salvam fac Rem Publicam. Le XXème siècle a chanté également Domine, salvum fac gentem Francorum. Le texte que nous utilisons, Domine, salvam fac Galliam – Seigneur, sauvez la France était déjà en usage au XIXème siècle.

De tradition, ce verset est chanté le dimanche à la grand’messe à la fin de la communion (uniquement le dimanche à partir du XXème siècle), ainsi qu’aux saluts du Très-Saint Sacrement. Il a été psalmodié sur divers tons, les Vème & VIème tons ayant eu aux XVIIIème & XIXème siècles les plus grandes faveurs. A Saint-Eugène, nous chantons ordinairement (sauf aux grandes fêtes) le Domine salvam fac dans le ton de l’antienne de communion qui le précède immédiatement. Le faux-bourdon parisien employé se retrouve dans de nombreuses éditions liturgiques de ce diocèse depuis le XVIIIème siècle. Il est néanmoins beaucoup plus ancien.

Le rythme de cette prière pour la France s’inspire directement de celui utilisé par Charles Gounod dans sa Messe solennelle de sainte Cécile (où le te final est considéré comme enclitique et déplace l’accent tonique d’invocavérimus). D’autres solutions rythmiques ont été utilisées du XVIIème au XIXème siècle pour la cadence finale.

Dans le faux-bourdon à 4 voix, les parties de dessus et de taille sont interchangeables.

Les premières mesures de cette partition :

Domine salvam fac Galliam du second ton - faux-bourdon parisien

Dómine, salvam fac Gálliam : *
Et exáudi nos in die
qua invocavérimus te. (ter).
Seigneur, sauve la France,
Et exauce-nous au jour
où nous t’invoquerons.

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Giovanni Croce – Missa Decantabat Populus, octo vocum duo chori

Giovanni Croce (1557 † 1609), maître de chapelle de la basilique Saint-Marc de Venise.
Missa Decantabat Populus.
8 voix réparties en 2 chœurs (SATB / SATB).
40 pages – Sol mineur.

A la suite d’Andrea Gabrieli et de son neveu Giovanni Gabrieli à la direction de la basilique Saint-Marc de Venise, Giovanni Croce porta le style polychoral vénitien hérité de ces derniers à un haut degré de beauté, en mettant en pratique les nouveaux impératifs d’intelligibilité des textes liturgiques lorsqu’ils sont chantés, clarté demandée expressément par le concile œcuménique de Trente.

Parmi les nombreuses œuvres écrites à double par Croce pour être données dans les deux tribunes des musiciens se faisant face dans la basilique Saint-Marc, on note plusieurs messes, dont celle-ci, écrite selon l’usage de la messe-parodie, d’après la musique d’un motet composé par le même auteur :

Decantabat populus in Israel, alleluia, et universa multitudo Jacob canebat legitime, et David cum cantoribus citharam percutiebat in domo Domini, et laudes Deo canebat, alleluia, alleluia.

Cette messe est écrite dans le second ton (sol mineur). Les effets stéréophoniques des deux chœurs dialoguant sont caractéristiques de la technique des cori spezzati – des chœurs brisés vénitiens.

La partition fut publiée avec deux autres messes – Percussit Paul & Sopra la Battaglia – en 1596 à Venise chez Giacomo Vincenti et cette publication fut dédiée par Croce à Mgr Lorenzo Priuli, patriarche de Venise.

Frontispice de l'édition de 1596 des messes polychorales de Croce

L’édition originale comporte à la suite des 8 voix en parties séparées une basse continue qui reprend simplement les lignes de basses chantantes des deux chœurs. A noter que cette basse continue se tait pour le Crucifixus du Credo – chanté donc a capella par un quatuor de solistes.

Les premières mesures de la partition :

Giovanni Croce - Début de la messe Decantabat Populus (1596) à deux chœurs

Alexis V. Kastorsky (d’après) – O salutaris Hostia

Alexis Vassilievitch Kastorsky (1869 † 1944) (d’après), chantre de la chapelle impériale de Saint-Pétersbourg.
O salutaris Hostia.
4 voix mixtes (SATB).
2 pages – Mi mineur.

Disciple de Rimsky-Korsakov au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, le compositeur Alexis V. Kastorsky, au début du XXème siècle, recueillit les traditions musicales de la Chapelle impériale – où il était chantre – traditions qu’il publia et partiellement ré-harmonisa.

Cette adaptation de l’O salutaris Hostia latin a été réalisée sur l’un des Cherouvikon (i.e. l’hymne des Chérubins, le chant d’offertoire de la liturgie de saint Jean Chrysostome) harmonisés par Kastorsky et présents dans un recueil des chants de la divine liturgie slavonne qu’il fit imprimer en 1901 à Saint-Pétersbourg.

Les premières mesures de cette partition :

O salutaris Hostia d'après Alexis Kastorsky

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Deux enregistrements de cette partition :

*

Quelques mots sur la partition originale de Kastorsky qui a servi à cette adaptation.

Alexis Kastorsky a habilement harmonisé – en le simplifiant quelque peu – un plain-chant russe ancien (le n°8 de l’Obichod de l’édition synodale de 1909 – n°7 de l’Obichod qu’il avait à sa disposition), lui-même modulé sur un ancien ton employé pour le chant de communion (koinonikon) des fêtes des Apôtres :

Obichod de 1909 : 8ème cherouvikon, sur le ton du koinonikon des Apôtres

Vous pouvez télécharger l’harmonisation de ce plain-chant par Kastorsky en cliquant sur ce lien (3ème édition de 1905).

En voici une interprétation par un chœur russe :

Et une bien meilleure interprétation :

Nicolas-Mammès Couturier – De profundis

Chanoine Nicolas-Mammès Couturier (1840 † 1911), maître de chapelle de la cathédrale de Langres.
De profundis (Psaume CXXIX) – à 3 chœurs.
4 voix mixtes (SATB).
4 pages – Fa mineur.

L’œuvre magnifique & féconde du chanoine Couturier comprend une très belle messe de Requiem, manifestement conçue pour servir aux funérailles d’un évêque de Langres, car elle comporte – fait tout à fait extraordinaire – les cinq répons des cinq absoutes mis en polyphonie. Il semble que le chanoine l’ait composé pour les funérailles de son évêque, Mgr Guerrin, en 1877.

Ce Requiem du reste est vraiment très complet, puisque tous les chants de la messe des morts sont mis en musique par Couturier (ce fait est à souligner car très peu de compositeurs l’ont fait), l’auteur utilisant le plain-chant comme base thématique de sa composition.

A la fin de la partition figure même ce beau De profundis, qui, s’il n’exploite pas un thème de plain-chant préexistant et n’est pas une pièce strictement prescrite dans la messe des morts, est conçu comme un genre de faux-bourdon mesuré dans le 2nd ton.

Les premières mesures de cette partition :

De profundis du chanoine Couturier

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Dirigatur du IInd ton

Réalisation : Henri de Villiers .
Pendant les encensements de l’offertoire : Dirigatur du IInd ton.
4 voix mixtes (SATB).
1 page.

Plusieurs provinces de France (Normandie, Champagne) connaissaient sous l’Ancien Régime l’usage de psalmodier avec antienne par le chœur les versets du psaume 140 que le Missel romain fait réciter secrètement au célébrant pendant que celui-ci encense l’autel & les oblats à l’offertoire. Nous avons repris cet usage (encore bien vivant en Normandie au XXème siècle) à Saint-Eugène – Sainte-Cécile pour les dimanches après la Pentecôte, en faisant en sorte que le ton sur lequel nous chantons le Dirigatur s’accorde avec celui de l’offertoire de la messe du jour. Les antiennes – facilement reprises par le peuple – sont celles transmises par la tradition normande (de simples psalmodies un peu plus ornées), ou bien – à leur instar – ont été recomposées à partir d’anciens tons de psalmodies ornées autrefois en usage en France (comme ici pour ce Dirigatur du IInd ton, où l’antienne a été reprise d’une ancienne psalmodie oratorienne). Les versets du psaume sont chantés en faux-bourdons parisiens à quatre parties, dans lesquels la teneur grégorienne est chanté par l’une des voix (ici celle du dessus, mais on peut échanger également les parties de dessus & de taille). Ce faisant, les fidèles sont progressivement familiarisés avec les huit tons de l’octoèque grégorien, surtout dans les paroisses où ils ont peu l’habitude de psalmodier les offices.

Plain chant, texte & traduction :
Dirigatur du IInd ton

R/. Que ma prière, Seigneur, s’élève comme l’encens devant toi.
(les fidèles sont invités à reprendre ce répons avec la schola).
V/. Elevátio mánuum meárum * sacrifícium vespertínum. V/. L’élévation de mes mains soit un sacrifice vespéral.
V/. Pone, Dómine, custódiam ori meo * et óstium circumstántiæ lábiis meis. V/. Mets Seigneur une garde à ma bouche, et une barrière sur la porte de mes lèvres.
V/. Non declínes cor meum in verba malítiæ * ad excusándas excusatiónes in peccátis. V/. Ne laisse pas dévier mon cœur à des paroles de malice, cherchant des excuses aux œuvres d’iniquité.
V/. Glória Patri, et Fílio, * & Spirítui Sancto. V/. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.
V/. Sicut erat in princípio, & nunc, & semper : * & in sæcula sæculórum. Amen. V/. Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.

Les premières mesures de cette partition :

Dirigatur du 2nd ton

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Andrea Gabrieli – Caro mea

Andrea Gabrieli (c. 1533 † 1586), organiste de la basilique Saint-Marc de Venise.
Caro mea
4 voix mixtes (SATB).
4 pages.

Appartenant à l’une des familles patriciennes de Venise, Andrea Gabrieli fut élève d’Adrian Willaert, maître de chapelle de Saint-Marc, et par lui reçut l’héritage de l’Ecole polyphonique franco-flamande. Il devint lui-même organiste de Saint-Marc en 1566 et quitta son poste peu avant sa mort. Musicien fécond, il laissa une œuvre musicale abondante, tant sacrée que profane, & fut le maître – entre autres – de son neveu Giovanni Gabrieli, du théoricien Ludovico Zacconi ou encore du Bavarois Hans Leo Hassler, l’un des premiers allemands à venir se former en Italie.

Le motet au Très-Saint Sacrement Caro mea est extrait des Ecclesiasticorum Cantionum Quatuor Vocum, Omnibus Sanctorum Solemnitatibus deservientium publiés de manière posthume chez Angelo Gardano à Venise en 1589. Les motets présentés dans ce recueil sont un ensemble homogène de petites pièces courtes pour chaque grande fête, présentées selon l’ordre de l’année liturgique, et ciselées avec un art abouti du contrepoint qui en fait de véritables petits bijoux. Notre motet Caro mea est indiqué pour la fête du Très-Saint Sacrement – Corpus Christi – mais bien évidemment pourra convenir à une communion ou à un salut du Très-Saint Sacrement le restant de l’année. Nous offrons cette partition en deux tonalités différentes : La mineur (ton originel) & Si mineur.

Le texte de ce motet est tiré du Discours sur le Pain de Vie de Notre Seigneur< Jésus-Christ dans l'Evangile selon saint Jean, chapitre VI, versets 56 & 57 :

Caro mea vere est cibus & sanguis meus vere est potus. Ma chair est une vraie nourriture et mon sang une vraie boisson.
Qui mandúcat meam carnem & bibit meum sánguinem in me manet & ego in eo. Quiconque mange ma chair & boit mon sang demeure en moi & moi en lui.

Les premières mesures de cette partition :

Andrea Gabrieli - Caro mea

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Andrea Gabrieli - Caro mea vere est cibus

Orfeo Vecchi – Tantum ergo / Pange lingua

Orfeo Vecchi (c. 1550 † 1604), maître de chapelle de Santa Maria alla Scala à Milan.
Tantum ergo / Pange lingua
4 voix mixtes (SATB).
2 pages.

Orfeo Vecchi fut nommé en 1580 par saint Charles Borromée comme maître de chapelle de Santa Maria alla Scala, alors l’une des plus importantes églises de Milan, édifice qui fut détruit au cours du XVIIIème siècle afin d’y édifier le fameux Théâtre de la Scala qui y tire son nom. A ce poste, qu’il occupa jusqu’à sa mort, il laissa une production abondante de musique sacrée qui fit de lui le musicien milanais le plus célèbre de son temps. Son œuvre témoigne de la volonté de traduire les principes musicaux de clarté et de dignité demandés par le Concile de Trente, il collabora de ce fait à l’œuvre immense de profonde Contre-Réforme catholique engagée par saint Charles Borromée à la tête de l’Archidiocèse de Milan, le plus vaste diocèse catholique d’Europe.

Ce Tantum ergo a capella, s’il continue d’être écrit dans le stile antico traditionnel, témoigne ainsi parfaitement des nouvelles exigences d’intelligibilité du texte demandés à Trente.

Nous le présentons sur la forme de deux partitions :

  • le Tantum ergo originel de l’auteur, où la même polyphonie s’adapte aux deux dernières strophes de l’hymne Pange lingua
  • une réadaptation de cette même polyphonie aux strophes de l’hymne Pange lingua, aux fins de créer une alternance régulière avec le plain-chant usuel (à prendre sur une tonique de Fa# au lieu du Mi habituel)

Voici le texte de cette hymne et sa traduction française du XVIIIème siècle :

Pange lingua gloriósi
Córporis mystérium,
Sanguinísque pretiosi,
Quem in mundi prétium
Fructum ventris generosi
Rex effúdit géntium.
Chante, chante ma langue, un mystère terrible,
Mystère aux sens inaccessible,
Du corps rempli de gloire, & du sang précieux,
Que, pour prix infini de l’univers coupable,
Versa le monarque adorable.
Fruit d’un très chaste sein d’une fille des cieux,
Nobis datus, nobis natus
Ex intácta Vírgine,
Et in mundo conversátus,
Sparso verbi sémine,
Sui moras incolátus
Miro clausit órdine.
Ce roi se donne à nous ; le Verbe né du Père,
Nait pour nous d’une Vierge mère :
Et parmi les mortels, mortel passe ses jours :
Il sème dans les cœurs sa parole féconde ;
Et près de partir de ce monde,
Par un ordre admirable il achève son cours.
In suprémæ nocte cœnæ,
Recúmbens cum frátribus,
Observáta lege plene
Cibis in legálibus,
Cibum turbæ duodénæ
Se dat suis mánibus.
Assis avec les siens, la nuit qui fut suivie
De la triste fin de sa vie,
Il accomplit la loi dans ce dernier festin,
En mangeant de l’agneau la Pâque désirée,
A ceux de la troupe sacrée,
Se donne, en pain vivant, Lui-même de sa main.
Verbum caro, panem verum
Verbo carnem éfficit :
Fitque sanguis Christi merum,
Et si sensus déficit,
Ad firmándum cor sincérum
Sola fides súfficit.
Du Verbe, rendu chair, la parole ineffable
Rend le pain sa chair véritable,
Et le vin se transforme au sang de notre roi ;
Et quoique tous les sens combattent ce mystère,
Pour affermir un cœur sincère
Il suffit de l’armer d’une invincible foi.
Tantum ergo Sacraméntum
Venerémur cérnui :
Et antíquum documéntum
Novo cedat rítui :
Præstet fides suppleméntum
Sénsuum deféctui.
Adorons avec crainte au pied de cette table,
Un sacrement si vénérable ;
Et que l’ancienne loi cède aux nouveaux présents,
Que la vérité même en efface les ombres ;
Et que nos yeux étant sombres,
Notre foi nous éclaire au défaut de nos sens.
Genitóri, Genitóque
Laus et jubilátio,
Salus, honor, virtus quoque
Sit et benedíctio :
Procedénti ab utróque
Compar sit laudátio.

Amen.
Au Dieu Père éternel, au Fils, égal au Père,
Louange en ce jour salutaire,
Gloire, chant d’allégresse, honneur, force, grandeur :
Qu’ils soient bénis sans cesse, & qu’on bénisse encore
L’Esprit Saint que le ciel adore,
Dieu procédant des deux, souffle brûlant de leur cœur. Ainsi soit-il.

Les premières mesures de cette partition :

Tantum ergo - Orfeo Vecchi

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