Programme du dimanche de la Passion

CanonPontifical-CrucifixionSaint-Eugène, le dimanche 6 avril 2014, grand’messe de 11h.
(Répétition samedi 5 avril à 18h, précédée du chant des vêpres de la Vierge à 17h40)

Avec les premières vêpres de ce dimanche, nous entrons dans le temps de la Passion. La première partie du Carême avait jusqu’alors été surtout consacrée à notre ascèse personnelle, à la contrition de nos péchés. Désormais, le rit romain nous fait méditer sur la Passion & sur la Croix de notre Seigneur. Ce deuil où nous pleurons l’Epoux divin est marqué par un symbole très fort : à compter des premières vêpres de ce dimanche, les saintes images et les croix sont désormais voilées de violet, en signe de deuil. Les derniers chants joyeux de la messe cessent de se faire entendre : le Gloria Patri disparaît à l’Introït, au Lavabo et dans les répons de l’Office divin. De même, le psaume 42 des prières au bas de l’autel n’est plus récité jusqu’à Pâques. Dans les leçons des vigiles nocturnes, on quitte la lecture des livres de Moïse pour prendre celle du prophète Jérémie, l’une des plus importantes figures du Messie souffrant. L’admirable texte du chapitre IX de l’épître aux Hébreux qui est lu à la messe de ce dimanche est commun au rits romain & byzantin : il s’agit d’une parfaite préface au temps de la Passion.

A Rome, la station se fait en la basilique Saint-Pierre : l’importance de ce dimanche, qui ne cède la place à aucune fête, quelque solennelle qu’elle soit, demandait que la réunion des fidèles eût lieu dans l’un des plus augustes sanctuaires de la ville sainte.

Notons une belle particularité en ce dimanche dans l’ancien rit parisien : au début de la communion, le prêtre présentait au peuple la sainte hostie tout en entonnant – exceptionnellement – l’antienne de communion « Hoc corpus, * quod pro vobis tradetur ». Ce rite particulier à ce dimanche s’observait aussi dans de nombreux autres diocèses français au Moyen-Age.

« Nous n’ignorons pas, mes bien-aimés, que le mystère pascal occupe le premier rang parmi toutes les solennités chrétiennes. Notre manière de vivre durant l’année tout entière doit, il est vrai, par la réforme de nos mœurs, nous disposer à le célébrer d’une manière digne et convenable ; mais les jours présents exigent au plus haut degré notre dévotion, car nous savons qu’ils sont proches de celui où nous célébrons le mystère très sublime de la divine miséricorde. C’est avec raison et par l’inspiration de l’Esprit-Saint, que les saints Apôtres ont ordonné pour ces jours des jeûnes plus austères, afin que par une participation commune à la croix du Christ, nous fassions, nous aussi, quelque chose qui nous unisse à ce qu’il a fait pour nous. Comme le dit l’Apôtre : « Si nous souffrons avec lui, nous serons glorifiés avec lui. » Là où il y a participation à la passion du Seigneur, on peut regarder comme certaine et assurée l’attente du bonheur qu’il a promis. »
Homélie de saint Léon, pape, IVème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

 

  • Procession d’entrée : Les étendards du roi s’avancent, traduction versifiée du Vexilla Regis prodeunt – harmonisation du plain-chant traditionnel par Maxime Kovalevsky (1903 † 1988), maître de chapelle à Paris
  • Kyrie XVII – Kyrie Salve
  • Epître : Hébreux (§ 321) IX, 11-14 : Il y est entré, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.
  • Trait : Faux-bourdon du 8ème ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Evangile : Jean VIII, 46-59 : En vérité, en vérité je vous le dis : si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais.
  • Credo I
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Vexilla Regis prodeunt – hymne du temps de la Passion, composé au VIème siècle par Saint Venance Fortunat lors de la susception à Poitiers des reliques de la vraie Croix par la reine de France Sainte Radegonde – mise en polyphonie d’Anthoine de Bertrand (1530 † 1581)
  • Sanctus XV
  • Après la Consécration : O Salutaris sur le ton de Vexilla Regis prodeunt, d’après Antoine de Bertrand
  • Agnus Dei XV
  • Pendant la communion : Stabat Mater pour des religieuses (H. 15) de Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la Sainte Chapelle – complainte de la Très Sainte Vierge au pied de la Croix du Sauveur – texte de Jacques de Todi († 1306)
  • Prière pour la France – faux-bourdon parisien du VIIIème ton (édition de 1739)
  • Ite missa est XV
  • Au dernier Evangile : Ave Regina cœlorum
  • Procession de sortie : Au sang qu’un Dieu va répandre – cantique sur un texte de François de Salignac de La Mothe-Fénelon (1651 † 1715), archevêque de Cambrai, de l’Académie française – mélodie d’Amédée Gastoué – harmonisation Henri de Villiers
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    Programme du Vème dimanche de Carême – Avant-fête de l’Annonciation – ton 8

    Annonciation de la Très-Sainte Mère de Dieu - icône byzantine du XIVème siècleParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 6 avril 2014 du calendrier grégorien – 24 mars 2014 du calendrier julien, divine liturgie de saint Basile le Grand de 9h15.

    Dimanche du ton VIII de l’Octoèque. En ce jour, Vème dimanche de Carême, le rit byzantin fait ordinairement mémoire de sainte Marie l’Egyptienne, modèle de la pénitence. Cependant, cette année voit l’occurence en ce dimanche de l’Avant-Fête de l’Annonciation (24 mars). En conséquence, l’office de sainte Marie l’Egyptienne disparait complètement en faveur de celui de l’avant-fête (le canon de sainte Marie l’Egytienne est reporté aux grandes complies de mardi).

    Les lectures sont celles du Vème dimanche de Carême. L’admirable texte du chapitre IX de l’épître aux Hébreux qui est lu à la messe de ce dimanche est commun au rits romain & byzantin.

    Aux heures
    A tierce : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de l’Avant-fête de l’Annonciation. Et maintenant. Theotokion de tierce. Kondakion : du dimanche.
    A sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de l’Avant-fête de l’Annonciation. Et maintenant. Theotokion de sexte. Kondakion : de l’Avant-fête de l’Annonciation.

    Tropaires des Béatitudes : six tropaires du ton dominical occurrent & quatre tropaires de la 3ème ode du canon de l’Avant-fête de l’Annonciation :
    1. Souviens-toi de nous, Christ Sauveur du monde, * comme sur la croix tu t’es souvenu du bon Larron, * & rends-nous dignes, seul Seigneur compatissant, ** d’avoir tous notre part en ton royaume, dans les cieux.
    2. Adam, écoute, avec Eve, réjouis-toi, * car celui qui jadis vous dépouilla tous les deux * & dont la ruse nous rendit captifs ** est anéanti par la Croix du Christ.
    3. Sur l’arbre de la croix, Sauveur, tu acceptas d’être cloué * pour sauver Adam de la malédiction méritée sous l’arbre défendu * et lui rendre la ressemblance à ton image, Dieu de bonté, ** ainsi que le bonheur d’habiter le Paradis.
    4. En ce jour le Christ est ressuscité du tombeau, * à tout fidèle accordant l’incorruptible vie ; * aux Myrrophores il donne l’annonce de la joie ** après ses Souffrances & sa divine Résurrection.
    5. Sages Myrrophores, réjouissez-vous * qui les premières avez vu la Résurrection du Christ * & qui à ses Apôtres avez annoncé ** la restauration du monde entier.
    6. Vous les Apôtres, amis du Christ en cette vie * & destinés à partager son trône dans la gloire du ciel, * comme Disciples intercédez auprès de lui ** pour que sans crainte devant son trône nous puissions nous présenter.
    7. Terre ayant tristement produit les épines des passions, * exulte et danse de joie : * voici que l’immortel Jardinier ** vient te soustraire à la malédiction.
    8. Divine toison, prépare-toi, * car sur toi, ô Vierge immaculée, * le Seigneur va descendre comme pluie ** pour assécher le flot de nos péchés.
    9. Prépare-toi, livre divin, * car le doigt du Père en toi * inscrira le Verbe incarné ** pour effacer ma déraisonnable transgression.
    10. Chandelier d’or, reçois le feu de la divinité * resplendissant grâce à toi * et donnant au monde la clarté ** qui dissipera les ténèbres de nos maux.

    A la petite entrée :
    1. Tropaire du dimanche, ton 8 : Du ciel tu descendis, ô Dieu de miséricorde, * trois jours dans le tombeau tu souffris de demeurer * pour nous délivrer de nos péchés ; ** notre Vie & notre Résurrection, Seigneur, gloire à toi.
    2. Tropaire de l’Avant-fête de l’Annonciation, ton 4 : En ce jour d’avant-fête nous chantons * le début de l’universelle jubilation ; * voici que s’avance, en effet, Gabriel * pour annoncer à la Vierge la bonne nouvelle en disant : ** Réjouis-toi, Pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.
    3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
    4. Kondakion du dimanche, ton 8 : Ressuscité du tombeau, * tu as éveillé les morts & ressuscité Adam, * Eve danse de joie en ta Résurrection, * les confins de la terre célèbrent ton éveil d’entre les morts, ** ô Dieu de miséricorde.
    5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
    6. Kondakion de l’Avant-fête de l’Annonciation, ton 8 : Tu es le commencement du salut de nous tous mortels, O Vierge Mère de Dieu ; * Gabriel, le grand chef suprême, le serviteur de Dieu, * est envoyé du ciel pour se tenir devant toi, et t’offrir une joyeuse salutation. ** C’est pourquoi, nous te crions tous : Réjouis-toi, Epouse inépousée !

    Prokimen
    Du dimanche, ton 8 :
    R/. Prononcez des vœux et accomplissez-les pour le Seigneur, notre Dieu (Psaume 75, 12).
    V/. Dieu est connu en Judée, en Israël son Nom est grand (Psaume 75, 2).

    Epître
    Du cinquième dimanche de Carême : Hébreux (§ 321) IX, 11-14.
    Il y est entré, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.

    Alleluia
    Du dimanche, ton 8 :
    V/. Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons le Dieu qui nous sauve (Psaume 94, 1).
    V/. Allons devant lui en actions de grâces, au son des musiques, acclamons-le (Psaume 94, 2).

    Evangile
    Du cinquième dimanche de Carême : Marc (§ 47), X, 32-45.
    Nous allons, comme vous voyez, à Jérusalem ; et le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres, aux scribes et aux sénateurs ; ils le condamneront à la mort, et le livreront aux gentils.

    Mégalinaire de la liturgie de saint Basile le Grand :
    En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce, toute la création, la hiérarchie des anges et la race des hommes. Ô Temple sanctifié, ô Jardin spirituel, ô Gloire virginale, c’est en toi que Dieu s’est incarné, en toi qu’est devenu petit enfant celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De ton sein il a fait un trône, il l’a rendu plus vaste que les cieux. Ô Pleine de grâce, toute la création se réjouit en toi, gloire à toi.

    Verset de communion
    Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

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    Enregistrement : sainte messe du IVème dimanche de Carême – dimanche de Lætare

    L’enregistrement complet de cette messe :

    Sermon de M. l’Abbé Pinilla :

    Croix dans la chapelle royale de Versailles

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    Téléchargez les partitions de cette messe :

    Les fichiers MP3 sont téléchargeables ici.

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    František Picka – Crucem tuam adoramus Domine

    František PickaFrantišek Picka (1873 † 1918), organiste, chef d’orchestre & compositeur à Prague.
    Crucem tuam adoramus Domine
    Antienne pour l’adoration de la Croix – 4 voix mixtes (SATB).
    2 pages – Mi bémol majeur.

    Organiste de formation (comme son père), le tchèque František Picka eut beaucoup de succès comme directeur d’opéra au Théâtre National de Prague. Pourtant il s’est surtout intéressé à la musique d’Eglise : dans son « Etat actuel de la musique d’église en général et à Prague en particulier », il appelle au renouveau de celle-ci, et met en pratique ses aspirations en composant 9 messes, 2 Te Deum et deux très intéressants cycles de motets pour le temps de la Passion & pour les offices de la Semaine Sainte. C’est de ce dernier qu’est extraite cette antienne a capella pour l’adoration de la Croix le Vendredi saint, chantée au cours de la messe des Présanctifiés. Ce texte de la liturgie latine remonte à une haute antiquité, du reste le texte de la première partie de cette antienne est également chanté au rit byzantin pour la cérémonie de l’adoration de la Croix au IIIème dimanche de Carême de ce rit.

    Le texte de l’antienne :

    Crucem tuam adorámus, Dómine : et sanctam resurrectiónem tuam laudámus, et glorificámus : ecce enim propter lignum venit gáudium in univérso mundo.

    Ps. 26, 2. Deus misereátur nostri, et benedícat nobis : illúminet vultum suum super nos, et misereátur nostri.

    Crucem tuam adorámus, Dómine : et sanctam resurrectiónem tuam laudámus, et glorificámus : ecce enim propter lignum venit gáudium in univérso mundo.

      Ta croix, nous l’adorons, Seigneur, ta sainte résurrection, nous la chantons et nous la glorifions. Voici en effet que, par le bois, la joie est venue dans le monde entier.

    Ps. 26, 2. Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s’illumine pour nous et qu’il ait pitié de nous.

    Ta croix, nous l’adorons, Seigneur, ta sainte résurrection, nous la chantons et nous la glorifions. Voici en effet que, par le bois, la joie est venue dans le monde entier.

    Les premières mesures de cette partition :

    František Picka - Crucem tuam

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    František Picka - Crucem tuam adoramus Domine
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    Guillaume Bouzignac – Ecce homo

    Guillaume Bouzignac (c. 1587 † ap. 1643), maître de chapelle des cathédrales d’Angoulème, de Bourges, de Rodez, de Clermont-Ferrand & de la collégiale Saint-André de Grenoble.
    Ecce homo
    Scène sacrée sur la Passion – 5 voix mixtes (SATBB).
    4 pages – Ré mineur.

    Avec son talent habituel, Guillaume Bouzignac dramatise un épisode du récit de la Passion de Notre Seigneur en instaurant un dialogue entre Pilate (représenté par une taille soliste) & la populace (le chœur à 5 voix à la française). Le contraste est saisissant entre les lentes déclamations désolées de Pilate et les invectives haletantes de la foule. Cette scène sacrée pour le temps de la Passion annonce l’arrivée postérieure de l’oratorio.

    Le texte du motet :

    V/. Ecce homo !   V/. Voici l’homme !
    R/. Crucifíge eum !   R/. Crucifie-le !
    V/. Regem vestrum crucifígam ?   V/. Vais-je crucifier votre roi ?
    R/. Tolle, crucifíge eum !   R/. Prends-le, crucifie-le !
    V/. Quid enim mali fecit ?   V/. Qu’a-t-il fait de mal ?
    R/. Crucifíge eum !   R/. Crucifie-le !
    V/. Ecce Rex vester !   V/. Voici votre Roi !
    R/. Non habémus Regem nisi Cæsarem !   R/. Nous n’avons pas d’autre Roi que César !
    V/. Dimíttam illum in Pascha ?   V/. Dois-je le libérer pour Pâques ?
    R/. Non hunc, sed Bárrabam !   R/. Pas lui, mais Barrabas !
    V/. Quid fáciam de Jesu ?   V/. Que vais-je faire de Jésus ?
    R/. Tolle, crucifíge eum !   R/. Prends-le, crucifie-le !
    V/. Quid enim mali fecit ?   V/. Qu’a-t-il fait de mal ?
    R/. Crucifíge eum !   R/. Crucifie-le !

    Les premières mesures de cette partition :

    Guillaume Bouzignac - Ecce homo

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    Guillaume Bouzignac - Ecce homo

    L’interprétation de ce motet par les Arts Florissants
    sous la direction de William Christie :

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    François Cosset – Missa Exsultate Deo (1659)

    Missa Exsultate Deo de François Cosset - Frontispice de l'édition de 1659 par BallardFrançois Cosset (c. 1600 † c. 1664), maître de chapelle de la cathédrale de Reims.
    Missa Exsultate Deo.
    Sébastien de Brossard (1655 † 1730), maître de chapelle des cathédrales de Strasbourg, puis de Meaux (sous Bossuet).
    2 Domine, salvum fac Regem ajoutés à la Missa Exsultate Deo de François Cosset.
    4 voix mixtes (SATB).
    20 pages – La mineur.

    La biographie de François Cosset (le t final de son nom était vraisemblablement prononcé car on trouve la graphie Cossette ou Cozette) comporte de nombreuses zones d’ombre. En voici cependant les principaux faits connus. Probablement rémois d’orgine, François Cosset prend la direction de la musique de Notre-Dame de Paris à la mort de Jean Veillot en 1643, mais dû démissionner de ce poste prestigieux en 1646, ayant fortement déplu à la reine Anne d’Autriche à la suite d’une exécution malheureuse d’un Te Deum. Il retourne diriger la psallette de la cathédrale de Reims (au moins à partir de 1650), avant de prendre celle de la cathédrale d’Amiens après 1659. En 1664, on le retrouve une dernière fois se consacrant à la composition pour la psallette de Saint-Quentin.

    La musique de Cosset, en dépit de sa disgrâce parisienne de 1643, connu néanmoins un succès certain. En 1659, alors qu’il dirige la maîtrise de la cathédrale de Reims, quatre de ses messes sont imprimées chez Ballard, dont celle que nous publions – Exsultate Deo. Les messes de Cosset (on en possède huit) étaient fort goûtées de Louis XIV. On sait par Brossard que l’une d’entre elles – la missa Gaudeamus omnes – était la messe préférée du roi, qui la demandait souvent. Les manuscrits musicaux de Sébastien de Brossard contiennent les messes de Cosset et conservent du reste les traces des exécutions qu’il dirigea probablement à Meaux : il y ajoute des parties instrumentales tissées à partir des parties vocales écrites par Cosset, selon une pratique courante à l’époque. Sébastien de Brossard a également ajouté des Domine salvum fac Regem écrits pour les messes de Cosset. Nous avons mis à la suite de notre édition les deux qu’il a composés pour Exsultate Deo (avec un texte adapté à l’exécution liturgique actuelle).

    La messe Exsultate Deo témoigne à la fois de la permanence en France du style de la messe polyphonique a capella issue de l’école franco-flamande de la Renaissance, mais aussi des mutations stylistiques qui y sont apportées au cours du XVIIème siècle : un contrepoint moins sévère et moins fleuri, doté d’un langage harmonique plus moderne et plus lisible.

    Les premières mesures de cette partition :

    Kyrie de la messe Exsultate Deo de François Cosset

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    François Cosset - Missa Exsultate Deo (1659)
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    Programme du IVème dimanche de Carême – dimanche de Lætare

    Victor Matorin, La Multiplication des painsSaint-Eugène, le dimanche 30 mars 2014, grand’messe de 11h.

    > Catéchisme sur le Carême

    A Rome, la messe stationnale de ce jour se tient en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Cette basilique, l’une des sept basiliques du pèlerinage romain, fut construite autour d’une pièce du palais impérial de sainte Hélène, le palais du Sessorium, qu’elle avait transformée en chapelle vers l’an 320. Sainte Hélène fit répandre une grande quantité de la terre du Golgotha sur le sol des fondations de ce sanctuaire, où elle fit déposer plusieurs reliques insignes de la Passion qui y sont toujours. Quelques décennies plus tard, cette chapelle est transformée en un véritable basilique, appelé Heleniana ou Sessoriana. Lorsqu’il récupéra la vraie croix volée par les Perses, l’empereur Héraclius fit partager celle-ci en trois morceaux : Jérusalem conserva le principal d’entre eux, mais l’empereur fit envoyer les deux autres parties à Constantinople et à Rome, qui l’accueillit tout naturellement en la Basilique de Sainte-Croix de Jérusalem (cette partie insigne du bois de la vraie Croix fut transféré en 1629 sur ordre du pape Urbain VIII dans la basilique Saint-Pierre où elle est conservée près de la statue monumentale de sainte Hélène).

    La basilique de Sainte-Croix de Jérusalem représente symboliquement à Rome la sainte cité de Jérusalem. C’est pour cette raison que les textes de la messe de ce jour y font allusion :

    • Lætare, Jerusalem – Réjouis-toi Jérusalem (introït),
    • Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est ei, quæ nunc est Jerusalem – le mon Sinaï se trouve en Arabie ; elle correspond à la Jérusalem actuelle (saint Paul, dans l’épître de ce jour, aux Galates)
    • Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus – Je me suis réjoui de ce qu’on m’a dit : Nous allons à la maison du Seigneur (graduel),
    • Qui confídunt in Dómino, sicut mons Sion : non commovébitur in ætérnum, qui hábitat in Jerúsalem – Qui se confie en le Seigneur sera comme le Mont Sion : jamais il ne sera ébranlé, celui qui habite Jérusalem (trait).
    • Jerúsalem, quæ ædificátur ut cívitas, cuius participátio eius in idípsum – Jérusalem, qui est édifiée comme une cité où toutes les parties ne font qu’une (communion)

    Comme la liturgie byzantine qui célèbre joyeusement la vénération de la Croix au IIIème dimanche de Carême[1], le rit romain, méditant en ce milieu du Carême devant les reliques de la Croix & de la Passion, n’y associe nullement les sentiments de la tristesse mais bien au contraire ceux de la joie : la Croix, autrefois symbole de la mort la plus vile réservée aux criminels, est devenue par le sacrifice du Christ le glorieux Arbre de vie qui nous réconcilie avec le Père et nous rouvre les portes du ciel.

    Aussi répondant à l’appel de l’introït de ce jour – Lætare Jerusalem – le rit romain suspend-il en ce jour les rigueurs du Carême : les ornements de la messe ne sont plus violet mais roses, on fleurit les autels, le diacre & le sous-diacre laissent les chasubles pliées pour prendre la dalmatique & la tunique qui sont des vêtements de joie, l’orgue – muet depuis le Mercredi des Cendres – fait tonner ces accents glorieux et joyeux.

    Il est possible que le fleurissement des croix à Byzance en ce dimanche ait influé sur l’usage des fleurs dans la liturgie occidentale en ce même dimanche. A Rome, le pape bénit en ce jour la rose d’or qu’il offre ensuite à une princesse catholique ou à un sanctuaire. Cette coutume est attestée depuis au moins le XIème siècle. Voici le texte de la bénédiction employé à cette occasion :

    « O Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé, dont la volonté gouverne toutes choses, vous qui êtes la joie et l’allégresse de tous les fidèles ; nous supplions votre majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd’hui dans nos mains, en signe de joie spirituelle : afin que le peuple qui vous est consacre, étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère. Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, tressaille de bonheur, pour la gloire de votre Nom ; vous, Seigneur, donnez-lui un contentement véritable et parfait. Agréez la dévotion, remettez les pèches, augmentez la foi : guérissez par votre pardon, protégez par votre miséricorde ; détruisez les obstacles, accordez tous les biens : afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l’odeur des parfums de cette Fleur qui, sortie et de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le lis des vallées, et qu’elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette Fleur divine qui vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. »

    L’évangile chanté ce jour est le récit de la multiplication des cinq pains & deux poissons. Il fait partie du cycle de préparation des catéchumènes au baptême lors de la vigile pascale et figure l’Eucharistie, où le Christ, en son action de grâce au Père, se donne lui-même en une nourriture qui ne s’épuise jamais.

    Car c’est un plus grand miracle de gouverner le monde entier que de rassasier de cinq pains cinq mille personnes. Et pourtant, nul ne s’étonne du premier prodige, tandis que l’on est rempli d’admiration pour le second, non parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est rare. Qui, en effet, maintenant encore, nourrit le monde entier, sinon celui qui, de quelques grains, fait sortir les moissons ? Jésus a donc agi à la manière de Dieu. En effet, par cette même puissance qui d’un petit nombre de grains multiplie les moissons, il a multiplié entre ses mains les cinq pains. Car la puissance était entre les mains du Christ. Ces cinq pains étaient comme des semences non plus confiées à la terre, mais multipliées par celui qui a fait la terre.
    Homélie de saint Augustin, évêque, VIIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

     

  • Procession d’entrée : Audi benigne Conditor, hymne du Carême, à vêpres – alternances polyphoniques de Jean de Bournonville (1585 † 1632), maître de chapelle des cathédrales d’Abbeville et d’Amiens, et de la Sainte Chapelle de Paris
  • Ordinaire : messe Exsultate Deo (1659) de François Cosset (c. 1600 † c. 1664), maître de chapelle de la cathédrale de Reims
  • Epître : Galates IV, 22-31 : Au lieu que la Jérusalem d’en haut est vraiment libre ; et c’est elle qui est notre mère.
  • Trait : Faux-bourdon du 8ème ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Evangile : Jean VI, 1-15 : Ils les ramassèrent donc, et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d’orge, après que tous en eurent mangé.
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Ecce homo – scène sacrée de Guillaume Bouzignac (c. 1587 † ap. 1643), maître de chapelle des cathédrales d’Angoulême, de Bourges, de Rodez et de Clermont-Ferrand
  • Après la Consécration : Benedictus de la messe Exsultate Deo de François Cosset
  • Pendant la communion : Crucem tuam – Frantisek Picka (1873 † 1918), organiste, chef d’orchestre et compositeur à Prague
  • Prière pour la France ajouté à la Missa Exsultate Deo de François Cosset par Sébastien de Brossard (1655 † 1730), maître de chapelle des cathédrales de Strasbourg, puis de Meaux (sous Bossuet)
  • Ite missa est XV
  • Au dernier Evangile : Ave Regina cœlorum
  • Procession de sortie : improvisation à l’orgue sur Attende Domine/li>
     
    Télécharger le livret de cette messe au format PDF.
    Télécharger le livret des chants des dimanches de la Septuagésime aux Rameaux au format PDF.

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    Notes :    (↵ reviens au texte)
    1. Le IIIème dimanche de Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême romain, la façon de compter étant différente : en Orient on compte pour premier dimanche de Carême celui qui arrive au bout de la première semaine complète de jeûne, alors qu’à Rome celui-ci est compté pour IInd dimanche de Carême.
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