17 juin 1614 : IVème centenaire du Rituale Romanum de Paul V

Rituale Romanum - Edition de 1614

Par sa bulle Apostolicæ sedi du 14 juin 1614, le pape Paul V Borghèse promulguait il y a 4 siècles le Rituale Romanum ou Rituel Romain.

Le Rituale Romanum peut être considéré comme l’avant dernier livre liturgique issu de la réforme tridentine dont voici la chronologie éditoriale, conduite par le Saint-Siège :
1568 : Breviarum Romanum
1570 : Missale Romanum
1584 : Martyrologium Romanum
1595 : Pontificale Romanum
1600 : Cæremoniale Episcoporum
1612 : Breviarium Monasticum
1614 : Rituale Romanum
1628 : Octavarium Romanum

A l’origine du Rituel

Le Rituel Romain contient les cérémonies – autres que la messe et l’office divin – qu’un prêtre peut être amené à faire, telles que l’administration des sacrements (baptême, mariage, onction des malades, communion aux malades), les funérailles, les bénédictions.

Dans les premiers siècles, les oraisons de ces fonctions se trouvaient le plus souvent dans les sacramentaires (mais ceux-ci ne décrivaient pas le détail des cérémonies ou des chants). Lorsque les sacramentaires disparurent au Moyen-Age au profit des Missels pléniers (contenant, outre les oraisons des sacramentaires, les chants et les lectures de chaque messe), on constitua aussi progressivement en parallèle un manuel de plus en plus complet pour aider les prêtres dans les cérémonies autres que la messe qu’ils pouvaient être appelés à faire.

Au cours du Moyen-Age, ce type d’ouvrage se multiplia grandement. Il y en avait pour chaque diocèse, ou même pour de simples communautés religieuses particulières, sous des noms très variés. Ainsi le diocèse de Paris imprima sous l’épiscopat de Mgr Simon son Manuale Sacerdotum en 1497.

Les prédecesseurs immédiats du Rituale de 1614

Au cours du XVIème siècle, des liturgistes romains vont publier trois éditions qui se placeront sous l’autorité du Pape.

Main guidonienne dans le Sacedotale de Castellani de 1523Le Sacerdotale de Castellani de 1523

Publié à Venise par Albert Castellani en 1523, cet ouvrage est approuvé par le pape Léon X. Le livre revendique sa romanité par son titre : Sacerdotale juxta usum Sanctæ Romanæ Ecclesiæ.

Ce liturgiste dominicain divise sa matière en trois parties :
1. Les sacrements
2. Les bénédictions
3. Les processions
Cette organisation deviendra courante dans les rituels postérieurs.

Le Sacerdotale de Samarini de 1579

Il s’agit d’une édition romaine fondée sur le précédent ouvrage de Castellani : Sacerdotale sive sacerdotum Thesaurus collectus.

Le Rituale de Santorius de 1602

Publié à Rome en 1602 sous le titre de Rituale Sacramentorum Romanum.

En 1584, le pape Grégoire XIII, qui avait succédé à saint Pie V, avait chargé le cardinal Santori de préparer un Rituel qui corresponde davantage aux desiderata du Concile de Trente, notamment pour l’administration des sacrements. Après la mort du pape, Santori poursuit son travail avec la bénédiction de Sixte Quint et de Clément VIII.

Cependant, en 1602, le cardinal Santori décède et ses héritiers publient alors son travail.

Le Rituale Romanum de 1614

Pourtant le pape Paul V (1605-1621) n’approuve pas tels quels les travaux publiés par les héritiers du cardinal Santori et préfère publier un autre Rituel en 1614, certes en utilisant beaucoup des éléments déjà présents chez Santori.

Dans la constitution Apostolicæ sedi du 17 juin 1614, le pape Paul V fait remarquer que Clément VIII a publié deux livres officiels pour les évêques : le Pontifical de 1595 et le Cérémonial de 1600. Or Paul V fait très justement remarquer que ces deux ouvrages norment aussi de fait – par ricochet – certaines fonctions liturgiques qu’un simple prêtre doit effectuer. Le pape conclue donc à la nécessité d’un ouvrage pour les prêtres qui soit en harmonie avec les fonctions décrites par les autres livres liturgiques publiés par Rome.

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Le Rituel de Paul V adopte l’organisation des matières déjà présente dans le Sacerdotal de 1523 : sacrements / bénédictions / processions. Il y ajoute comme on le verra une quatrième partie.

L’ouvrage présente tout d’abord l’administration des sacrements : baptême, pénitence, eucharistie (et en particulier le viatique), extrême onction.

Les sept psaumes de pénitence et les litanies des saints – en liaison avec la pénitence – servent à faire le lien avec la visite des malades, la recommandation de l’âme des mourants, les funérailles, l’office des morts et les funérailles des petits enfants. Les nombreuses pièces chantées des funérailles et de l’office des morts sont notées en plain-chant.

Après cette digression allant du traitement de la maladie de l’âme à celui de la maladie du corps et à la mort, le Rituel termine de façon assez amusante (ou surprenante) le cours de la vie sacramentaire par le mariage.

Vient ensuite la partie consacrée aux bénédictions qui commence par celle de l’eau bénite avant la grand messe chaque dimanche. Notons la présence parmi ces bénédictions de certaines réservées à l’évêque, qui n’avaient put trouver place dans le Pontifical. Lorsque des pièces de chant apparaissent, elles sont là encore notées en plain-chant.

Une troisième partie est consacrée aux processions : chandeleur, rameaux, litanies majeures et mineures, Fête-Dieu puis pour des occasions particulières : intempéries, guerre, action de grâces, translations de reliques, etc. Les chants de ces processions sont tous notés.

L’ouvrage ajoute une quatrième partie contenant les divers exorcismes et se termine par les formules à utiliser pour remplir les registres paroissiaux.

Portée du Rituale de 1614

Paul V n’a pas voulu conférer un quelconque caractère obligatoire à son ouvrage : il n’a ni aboli les autres ouvrages similaires existants ni ordonné à quiconque de l’utiliser. Il a simplement voulu publier un modèle dont pourraient s’inspirer les éditions diocésaines.

Celles-ci continuèrent d’être très nombreuses. Rien que pour la France, Jean-Baptiste Molin et Annick Aussedat-Minvielle dénombraient en 1984 pas moins de 2952 éditions de rituels et de processionnaux.

Cependant, avec l’abandon des rits diocésains particuliers au cours du XIXème siècle et l’adoption du Missel Romain, les éditions diocésaines de rituels s’éteignirent (la dernière en France semble remonter à 1853) et on adopta partout le Rituel Romain.

Additions au Rituel de 1614

Dans la mesure où il voulait un ouvrage type, donné en exemple, le pape Paul V promulgua un texte plutôt minimaliste, présentant ce qui de longue date était pratiqué à peu près partout en Occident. Si on le compare à ses prédécesseurs romains du XVIIème siècle, on constate en effet que le pape est allé à l’essentiel, laissant de côté de nombreux aspects (et parfois, il faut le dire des traditions anciennes voire antiques). Ce minimum laissait quelque peu sur sa faim.

Dès le XVIIème siècle on note ça et là diverses impressions de petits suppléments qui se présentent comme issus du travail de Paul V – mais qui sont absents de celui-ci pourtant, alors qu’ils figurent dans les Sacedotale romains du XVIème siècle. Je citerai en particulier l’antique cérémonie de la solennelle bénédiction des eaux dans la nuit de l’Epiphanie (présente dans les Sacerdotale romains du XVIème siècle, imprimée à part au XVIIème siècle et présentée comme tirée du Rituel de Paul V, insérée pour de bon au XIXème siècle dans le Rituel Romain mais au prix d’une grave mutilation très mal réalisée de cette vénérable cérémonie). On pourrait citer bien d’autres éléments anciens laissés de côtés, comme la procession de l’ensevelissement du Christ le Vendredi Saint.

Du Rituel de 1614, de nombreuses rééditions eurent lieu au fur & à mesures des siècles, apportant plus ou moins de changements, enrichissant en général la partie consacrée aux bénédictions, et organisant mieux la matière en différents titres :
Benoît XIV (1742),
Pie IX (1862),
Léon XIII (1884),
Pie XI (1925),
Pie XII (1952).

Pourtant, malgré ces éditions successives, il s’agit substantiellement du même ouvrage qui est parvenu jusqu’à nous, dont l’usage est toujours autorisé et garanti par le motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007 et dont nous fêtons de ce fait le 400ème centenaire.

Bénédictions de saint Blaise contre les maux de gorge

Saint Blaise guérissant un enfant qui s'étouffait avec une arête« Apprends, misérable, que je suis le serviteur de Notre Seigneur Jésus-Christ et que je n’adore pas les démons ! »
Saint Blaise au préfet Agricolaüs. Actes du martyre.

Réputé pour ses dons de thaumaturge, saint Blaise avait en particulier sauvé la vie à un enfant qu’une arête, prise dans le gosier, étouffait. Pour cette raison, il est invoqué pour guérir les maux de gorge. Le rituel romain prévoit le 3 février une bénédiction spéciale de deux cierges en son honneur, cierges que le prêtre impose ensuite sur la gorge des fidèles qui le désirent et qui pour cela viennent s’agenouiller après la messe devant l’autel. C’est de coutume que les deux cierges croisés sur la gorge des fidèles soient reliés par un ruban rouge. Normalement, les cierges sont allumés, mais l’on peut s’en abstenir. En Europe centrale, il existe en certains lieux un support en forme de croix qui permet de tenir les cierges allumés tout en recueillant la cire qui s’écoule. Une seconde bénédiction des aliments pour soigner les maux de gorges, qu’on trouvait dans beaucoup d’anciens rituels, a été introduite dans le Rituel romain en 1883 (avec quelques modifications dans le texte de l’oraison).

A Sébaste, en Arménie, la passion de saint Blaise, évêque et martyr. Ce grand thaumaturge subit, sous le préfet Agricolaüs, une longue flagellation ; attaché à un poteau où on lui déchira le corps avec des peignes de fer, il fut ensuite enfermé dans un horrible cachot, puis on le jeta dans un lac d’où il sortit sain et sauf ; enfin, sur l’ordre du même juge, il eut la tête tranchée, et avec lui deux enfants subirent le même sort. Auparavant, sept femmes qui avaient recueilli les gouttes de sang qui coulaient de son corps furent à ce signe reconnues comme chrétiennes et, après avoir enduré de cruels tourments, furent elles-mêmes mises à mort par le glaive. Martyrologe romain, au 3 février.

 

Benedictio Candelarum

in Festo S. Blasii Episcopi et Martyris

 

 

Bénédiction des Cierges

en la Fête de St Blaise Évêque et Martyr

 

V/. Adjutórium nostrum in nómine Dómini.

V/. Notre secours est dans le nom du Seigneur.

R/. Qui fecit cœlum et terram. R/. Qui a fait ciel & terre.
V/. Dóminus vobíscum. V/. Le Seigneur est avec vous.
R/. Et cum spíritu tuo. R/. Et avec ton esprit.
Orémus. Prions.
Omnípotens et mitíssime Deus, qui ómnium mundi diversitátes solo verbo creásti et hóminum reformatiónem illud idem Verbum, per quod facta sunt ómnia, incarnári voluísti : qui magnus es et imménsus, terríbilis atque laudábilis, ac fáciens mirabília : pro cujus fídei confessióne gloriósus Martyr et Póntifex Blásius, diversórum tormentórum généra non pavéscens, martyrii palmam felíciter est adéptus : quique eídem, inter céteras grátias, hanc prærogatívam contulísti, ut quoscúmque gútturis morbos tua virtúte curáret ; majestátem tuam supplíciter exorámus, ut non inspéctu reátus nostri, sed ejus placátus méritis et précibus, hanc ceræ creatúram bene†dícere ac sancti†ficáre tua venerábili pietáte dignéris, tuam grátiam infúndendo ; ut omnes, quorum colla per eam ex bona fide tacta fúerint, a quocúmque gútturis morbo, ipsíus passiónis méritis, liberéntur, et in Ecclésia sancta tua sani et hílares tibi gratiárum réferant actiónes, laudéntque nomen tuum gloriósum, quod est benedíctum in sæcula sæculórum. Per Dóminum nostrum Jesum Christum Fílium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti Deus, per ómnia sæcula sæculórum. Dieu tout-puissant et très doux, par votre seul Verbe vous avez créé les multiples choses de ce monde, et vous avez voulu que ce même Verbe, par qui toutes choses ont été faites, prenne chair pour racheter l’humanité ; vous qui êtes grand et immense, redoutable et louable, qui faites merveilles, vous pour qui le glorieux Blaise, Martyr & Pontife a fait confession de sa foi, sans craindre toutes sortes de tourments et en accueillant dans la joie la palme du martyre, en vertu du pouvoir – entre autres dons – que vous lui avez accordé de guérir toutes les affections de la gorge, nous supplions votre majesté : que, sans tenir compte de notre péché mais seulement de ses mérites et de ses prières, vous daignez en votre grande bonté bénir et sanctifier ces créatures de cires et y répandre votre grâce. Que tous ceux dont le cou sera – avec foi – touché par elles, soient libérés de toute maladie de la gorge, par les mérites de la passion de votre Martyr ; que, guéris et joyeux, ils reviennent vous rendre grâce dans votre Eglise sainte, et qu’ils louent votre nom glorieux, qui est béni dans les siècles des siècles. Par Notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui avec vous vit & règne en l’unité du Saint Esprit, Dieu pour les siècles des siècles.
R/. Amen. R/. Amen.

Et aspergantur aqua benedicta.
Deinde Sacerdos duos cereos in modum crucis aptatos apponit sub mento gutturi singulorum, qui benedicendi sunt, ipsis ante Altare genuflectentibus, dicens :

Et on les asperge d’eau bénite.
Ensuite, le Prêtre appose deux cierges disposés en forme de croix sous le menton de chacun de ceux qui doivent être bénis, à genoux devant l’autel, en disant :

Per intercessiónem sancti Blásii, Epíscopi et Mártyris, líberet te Deus a malo gútturis, et a quólibet álio malo. In nómine Patris, et Fílii, et Spíritus Sancti. Que par l’intercession de saint Blaise, Evêque et Martyr, Dieu te libère du mal de gorge et de tout autre mal, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
 

Benedictio panis, vini, aquæ et fructuum

contra gutturis ægritudinem

in Festo S. Blasii Episcopi et Martyris

Approbata a S. R. C. die 25 Sept. 1883

 

Bénédiction du pain, du vin, de l’eau et des fruits

contre le mal de gorge

en la Fête de St Blaise Évêque et Martyr

Approuvée par la S.C.R. le 25 sept. 1883

V/. Adjutórium nostrum in nómine Dómini. V/. Notre secours est dans le nom du Seigneur.
R/. Qui fecit cœlum et terram. R/. Qui a fait ciel & terre.
V/. Dóminus vobíscum. V/. Le Seigneur est avec vous.
R/. Et cum spíritu tuo. R/. Et avec ton esprit.
Orémus. Prions.
Salvátor mundi Deus, qui hodiérnam diem beatíssími Blásii martýrio consecrásti, quique eídem inter céteras grátias, hanc prærogatívam contulísti, ut, quoscúmque gútturis morbos tua virtúte curáret : ineffábilem misericórdiam tuam supplíciter exorámus, et pétimus ; ut hos panes, vinum, aquam et fructus, quæ plebs fidélis tibi devóte hódie ad sanctificándum áttulit, tua pietáte benedícere et sanctificáre dignéris : ut, qui ex his gustáverint, ab omni gútturis plaga, et quavis ália ánimæ et córporis infirmitáte, méritis et intercessióne eiúsdem beáti Blásii Mártyris tui atque Pontíficis, plenam recípiant sanitátem : Qui vivis et regnas Deus in sǽcula sæculórum. Dieu, Sauveur du monde, qui avez consacré ce jour par le martyre du très bienheureux Blaise, et lui avez accordé cette prérogative, parmi d’autres grâces, de guérir toutes les maladies de la gorge : Nous prions en suppliant votre miséricorde ineffable, et nous vous demandons de daigner bénir et sanctifier par votre piété ces pains, ce vin, cette eau et ces fruits que votre peuple fidèle vous a apportés aujourd’hui dévotement pour être bénits ; pour que tous ceux qui en goûteront soient libérés de toute plaie de la gorge, et de toute autre infirmité de l’âme et du corps et qu’ils reçoivent une bonne santé, par les mérites et l’intercession de ce même bienheureux Blaise, votre Martyr et Pontife : vous qui vivez et régnez, Dieu, pour les siècles des siècles.
R/. Amen. R/. Amen.
Et aspergantur aqua benedicta. Et ils sont aspergés d’eau bénite.