Le rit mozarabe (1ère partie) : esquisse d’une histoire

Miniature mozarabe illustrant Apocalypse 7, 2-3. Beato de San Miguel de La Escalada, Pierpont Morgan Library, New York, Ms. 644, f.° 115v.La liturgie mozarabe est l’ancienne liturgie de l’Espagne, pratiquée depuis l’origine du christianisme en ce pays. Cette antique liturgie fut codifiée par les conciles et les Pères de cette Eglise dès le IVème siècle et connu son âge d’or au VIIème siècle sous le royaume des Wisigoths ; tâchant de survivre sous le joug musulman, elle finit par quasiment disparaître d’Espagne au profit de la liturgie romaine, sur laquelle les souverains catholiques s’appuyèrent lors de la Reconquête.

Mozarabe, un nom contestable

Il semblerait que l’étymologie du terme mozarabe demeure quelque peu incertaine. Elle dérive probablement de l’arabe musta ra’b qui signifie littéralement arabisé. Ce terme de mozarabe a, de fait, été employé pour désigner la population chrétienne qui vivait en Espagne sous la domination musulmane, et par extension la liturgie qu’elle pratiquait.

Appliqué à la liturgie, le terme mozarabe est cependant d’une justesse contestable. En effet, l’origine et l’organisation de cette liturgie sont antérieures à l’invasion musulmane (qui a plutôt contribué à la figer). D’autre part, elle continua d’être employée par les chrétiens espagnols dans les zones septentrionales de l’Espagne non soumises au califat de Cordoue. Enfin, le terme laisserait entendre que la liturgie des chrétiens d’Espagne aurait subi une arabisation, ce qui ne fut aucunement le cas (précisons que ce rit fut toujours célébré en latin jusqu’à une période très récente).

Aussi a-t-on proposé d’autres qualificatifs pour se substituer à celui de mozarabe : rit gothiquewisigothique ou gotho-hispanique, liturgie isidorienne, liturgie de Tolède. Le plus exact et adapté serait sans doute tout simplement liturgie ou rit hispanique.

Cependant, puisqu’un usage pluri-séculaire a consacré le terme de mozarabe et que les autres qualificatifs avancés ne sont pas non plus exempts d’imprécisions, nous continuerons à désigner – avec la grande majorité des auteurs – l’antique rit en usage depuis les premiers temps du christianisme en Espagne sous le nom de rit mozarabe.

Quelques jalons historiques sur les origines du rit mozarabe

Miniature mozarabe représentant un concile de TolèdeS’il n’existe pas de témoins directs des livres liturgiques hispaniques dans les premiers siècles chrétiens, on parvient toutefois à reconstituer de nombreux aspects de la vie liturgique des premiers chrétiens espagnols grâce aux actes des martyrs, aux écrits des Pères mais surtout aux nombreux conciles qui animèrent cette Eglise, depuis le Concile d’Elvire réuni dès l’an 305 (soit 20 ans avant le premier concile œcuménique de Nicée). Ces textes donnent avant tout une idée de la structuration hiérarchique de la communauté chrétienne (les lecteurs sont cités dès le milieu du IIIème siècle, les sous-diacres au Concile d’Elvire de 305, les exorcistes à Saragosse en 314). Il est intéressant de noter que le premier concile de Braga de 563 oblige quiconque veut être ordonné prêtre à recevoir au préalable les ordres de lecteur, sous-diacre & diacre et de les avoir exercé au moins un an. Le même concile indique les vêtements liturgiques portés par les différents ordres. Le Ier concile de Tolède tenu l’an 400 indique que tout le clergé doit chanter l’office tous les jours. Le concile de Tarragone de 516 décrit l’organisation de l’office quotidien de matines & de vêpres dans les petites paroisses rurales et insiste sur la présence de tous les clercs pour chanter les Ières vêpres du dimanche (le samedi soir) afin que tous puissent prendre part à la célébration de la liturgie dominicale le lendemain. Nous verrons lorsque nous décrirons ultérieurement l’office divin mozarabe que cette structure quotidienne (et archaïsante) de deux offices par jour – un office du matin et un office du soir – a été préservée.

Le fond de la liturgie hispano-mozarabe est indéniablement latin : ce rit partage un patrimoine commun avec les autres liturgies latines : italiques (Rome, Aquilée, Milan), africaine, gallicane, celtique. De nombreux points communs la rapprochent plus précisément de l’ancien rit des Gaules. On note aussi la présence de nombreux éléments byzantins. Ceux-ci à mon avis durent être reçus et assimilés lors de la reconquête d’une partie de l’Espagne (la Bétique) par les troupes de l’empereur saint Justinien Ier (qui régna de 527 à 565). Ce règne – marqué par une politique religieuse ferme et de grands travaux, dont Sainte-Sophie de Constantinople demeure l’achèvement le plus connu – vit aussi le déploiement des premiers fastes liturgiques byzantins.

Saint Braulion de Saragosse et saint Isidore de SévilleQuoi qu’il en soit des relations qu’entretint le rit mozarabe avec les autres familles liturgiques, cette liturgie forme un ensemble cohérent qui présente des caractères nationaux bien marqués. Outre les 18 conciles de Tolède qui s’échelonnèrent de 400 à 702, ce sont surtout les Pères espagnols des VIème et VIIème siècle qui contribuèrent à lui donner son organisation, et surtout sa physionomie propre. Saint Léandre de Séville, saint Isidore de Séville, saint Julien de Tolède, saint Ildefonse de Tolède jouèrent pour ce rit le même rôle que les papes saint Damase, saint Léon le Grand, saint Gélase ou saint Grégoire le Grand pour le rit romain. Sous le règne des Wisigoths qu’ils avaient converti à la foi catholique, ces Pères organisèrent les offices, établirent et rédigèrent les textes euchologiques, instituèrent le chant liturgique, & uniformisèrent les usages pour toute l’Espagne. Cet œuvre combinée des grands docteurs espagnols produisit une des liturgies les plus originales qui soit.

Après l’invasion musulmane

Vue de la vieille ville de Tolède : la cathédrale et l'AlcazarLe roi Rodrigue tombé sous le cimeterre, Tolède – la capitale de l’Espagne chrétienne – fut conquise en 714. Néanmoins, les musulmans laissèrent aux chrétiens devenus dhimmis une certaine liberté de culte. Il ne leur était pas permis de construire de nouvelles églises, un certain nombre fut transformé en mosquées, tout prosélytisme était interdit, mais l’exercice du culte catholique put se continuer et les chrétiens parviennent à maintenir la hiérarchie ecclésiastique et les principales charges épiscopales d’avant l’invasion : trois sièges métropolitains (Tolède, Séville et Mérida), ainsi que 18 sièges épiscopaux purent continuer d’exister. Pendant près de 4 siècles, les mozarabes furent coupés du reste de la chrétienté, aussi leur liturgie de même que leurs arts se figèrent-ils et cessèrent d’évoluer. Cela expliquera, comme nous le verrons dans un article ultérieur, que ce rit ait pu conservé de nombreux archaïsmes liturgiques.

La compétition avec le rit romain

Notons que la liturgie romaine s’était curieusement déjà implantée dans le diocèse de Braga dès 563. Il semble bien que c’était la première fois que le rit de Rome s’acclimatait ailleurs que dans la Ville éternelle. Cette greffe a donné l’actuel rit de Braga (il ne serait plus de nos jours que par un seul prêtre), qui est de fait un rit romain ayant conservé nombre d’éléments anciens disparus entre temps à Rome.

Cloître de l'Abbaye bénédictine de SilosPlus tard, lors de l’invasion islamique, les chrétiens du Nord de la Péninsule résistèrent aux musulmans de Cordoue et furent dans un premier temps soutenus par les Carolingiens. Ce soutien politique d’Outre-Pyrénées fut épaulé par le soutien spirituel du monachisme clunisien qui amena avec lui dans le Nord de l’Espagne non seulement la règle de saint Benoît, mais également le rit romain tel qu’il était pratiqué dans l’Empire franc.  La mise en place du grand pèlerinage de saint Jacques de Compostelle va entraîner sur les routes du Nord de la péninsule les fidèles venu de tout le reste de l’Europe, qui pratiquaient le rit romain. La reconquête catholique vers le Sud va de ce fait amener avec elle le monachisme bénédictin et l’ordo romanus.

Un jugement par le feu

Dès le XIème siècle, les royaumes de Navarre et d’Aragon avaient définitivement abandonné la liturgie mozarabe pour la romaine, en dépit des efforts de saint Veremond, (1020 † 1092), abbé du monastère d’Irache, auprès du Saint-Siège. La Castille et le Léon restaient encore largement mozarabes.

Le roi Alphonse VI  de Léon & Castille (1040 † 1109) – surnommé le Brave – fut une figure déterminante de la Reconquête chrétienne. Conseillé par son épouse la reine Agnès de France et les moines clunisiens, il cherchait à introduire le rit romain partout dans ses états à la place des usages mozarabes. Déjà le problème liturgique s’était posé avec acuité à Alphonse VI dès mars 1475 à Ovideo où les deux rits étaient en concurrence lors de l’ouverture des reliques de l’Arche sainte. Le roi avait exhorté ceux qui étaient présent à redoubler leurs prières pour résoudre la controverse liturgique. Il semblerait qu’en 1076, Alphonse VI avait pris la décision d’abolir le rit mozarabe sur ses terres, mais voyant la réelle affection de son peuple pour celle-ci, il retarda l’acte formel de la suppression. Le 9 avril 1077, qui était dimanche des Rameaux, on décida de régler l’épineuse question liturgique au moyen d’un duel entre deux chevaliers qui eut lieu à Burgos. Le champion du rit mozarabe en sortit vainqueur. Malgré tout, le roi promulga en 1080 l’abandon dans ses états du rit mozarabe pour le rit romain.

Jugement par le feu des livres mozarabe et romainEn 1085, Tolède fut reconquise et libérée par Alphonse VI. Les Tolédans protestèrent alors de leur fidélité à l’antique liturgie de saint Isidore et de saint Julien, refusant l’introduction de la nouvelle liturgie romaine dans la cité du primat d’Espagne. La Chronique de Najera rapporte le jugement par le feu qui eut alors lieu. On jeta dans un feu un missel romain et un missel mozarabe, celui qui brûlerait serait condamné à disparaître de Tolède. Le mozarabe resta dans le feu mais ne se consuma pas, le romain bondit hors de celui-ci, aussi sans se consumer. Le signe fut interprété comme une réponse de Dieu pour que les deux rits puissent cohabiter. La population mozarabe put continuer à célébrer l’antique liturgie dans les six paroisses de Tolède dont elle avait déjà la jouissance sous le joug musulman : Saint-Just, Saint-Luc, Sainte-Eulalie, Saint-Marc, Saint-Torcat & Saint-Sébastien.

En dehors de Tolède cependant, le rit disparut à peu près partout dans les territoires progressivement reconquis. Ainsi Cordoue avait eu la possibilité de continuer le rit mozarabe, mais celui-ci s’y éteignit une cinquantaine d’années seulement après sa reconquête opérée en 1236 par saint Ferdinand de Castille.

En dehors des six paroisses de Tolèdes, quelques très rares endroit maintinrent la célébration du rit, le plus notable étant la basilique de Saint-Isidore de León, qui était nécropole royale.

Avec l’implantation en Espagne du rit romain disparut aussi l’ère hispanique, qui avait été établie par l’évêque Idace (388 † 470) et qui avait la particularité d’avoir 38 ans de plus que notre ère commune, élaborée par Denys le Petit.

La restauration du Cardinal Cisneros

Portrait du cardinal Cisneros dans la salle du chapitre de la cathédrale de TolèdeFrancisco Jiménez, cardinal de Cisneros (1436 † 1517) est une figure majeure et attachante de la Renaissance espagnole. Austère et ascétique franciscain, il fut choisi pour confesseur par Isabelle la Catholique qui le promut archevêque de Tolède et primat d’Espagne, honneur qu’il refusa et il fallut l’intervention insistante du Pape pour qu’il l’accepte au bout de quelques mois. Le cardinal Cisneros devint par la suite un homme politique de premier plan : il assura à plusieurs reprise la régence de la Castille et affermit le trône du jeune Charles Quint. Il conduisit à ses frais une expédition militaire en Afrique du Nord et conquis Oran, Bougie et Tripoli. Hélas, le roi Ferdinand d’Aragon préféra se consacrer aux guerres d’Italie, plutôt qu’à une conquête de grande ampleur de l’Afrique du Nord, qu’appelait de ses vœux Cisneros.

A la tête du diocèse de Tolède, le cardinal Cisneros s’inquiéta de la décadence des traditions mozarabes dans sa ville. Chaque paroisse mozarabe célébrait la messe & les offices de manières divergentes, et la tradition orale qui seule soutenait le chant était en train de se perdre.

Cathédrale de Tolède : la Chapelle Mozarabe de Corpus Christi se trouve sous la coupole de droiteCisneros commença par fonder en 1495 dans sa cathédrale la Chapelle du Corpus Christi ou Chapelle mozarabe. Recevant l’appui de la reine Isabelle la Catholique, la Chapelle mozarabe se vit dotée de revenus importants afin de subvenir au nécessaire des 13 prêtres chanoines devant y assurer perpétuellement le chant quotidien de la messe et de l’office mozarabes.

Le cardinal – en grand érudit qu’il était – fit également réunir une grande quantité de manuscrits mozarabes en provenance de tout le royaume. Se fondant sur l’étude de ces manuscrit, il fit imprimer pour la première fois le missel (1500) et le bréviaire (1502) mozarabes. Le rit mozarabe, ainsi fixé par l’imprimerie, était sauvé. Ce rit intégra toutefois à cette occasion quelques éléments venus du rit romain.

Pour l’usage de la chapelle mozarabe, Cisneros fit aussi réaliser 4 livres de chœur manuscrits contenant tout le chant pour la messe & l’office, recueillant les traditions orales des paroisses mozarabes de Tolède : c’était la première fois (à une exception près sur laquelle nous reviendront) que le chant mozarabe était noté en notation carrée sur une portée. Le chant subit néanmoins quelques aménagements que nous examinerons dans un prochain article.

Le rit mozarabe restauré par Cisneros fut pleinement reconnu dans l’Eglise. Les fidèles qui le suivaient avaient des droits particuliers et formait une communauté canonique, à la fois civile et liturgique. On devenait mozarabe (et on le devient toujours ! il y a actuellement en Espagne 2000 fidèles relevant canoniquement du rit mozarabe) par la naissance de parents mozarabes et le baptême dans ce rit, ou par mariage. Le pape Jules III (1550-1555) accorda aux Mozarabes de Tolède de ne relever que de l’une de leurs six paroisses et d’y payer exclusivement les dîmes, en quelqu’endroit qu’ils habitassent dans toute l’Espagne. On découvre ainsi historiquement établi le principe de la paroisse personnelle, non territoriale (cf. le canon 518 du nouveau Code de droit canonique de 1983).

Francisco Antonio, cardinal de Lorenzana, archevêque de Tolède, primat d'EspagneAu XVIIIème siècle, l’épuisement des livres imprimés sous Cisneros appela une nouvelle édition entreprise avec beaucoup de soin par le cardinal Francisco Antonio de Lorenzana y Butrón. Lorenzana n’introduisit aucune modification aux livres mozarabes imprimés par son prédécesseur Cisneros.

La réforme du cardinal González Martín

La réforme liturgique post-conciliaire du pape Paul VI eut également des répercussions dans toutes les liturgies occidentales : soit qu’elles furent purement & simplement abandonnées (ce fut le cas par exemple du vénérable rit lyonnais ou du rit carme dit du Saint-Sépulchre) soit qu’elles durent subir une réforme (celle du rit ambrosien fut ainsi opérée sur des bases de travail tout à fait contestables).  Le rit mozarabe n’échappa pas à ce mouvement, mais, comme cette réforme fut l’une des dernières engagées, elle fut plutôt très bien conduite.

arcelo González Martín, archevêque de Tolède, primat d'EspagneCe travail fut réalisé sur ordre du cardinal de Tolède, Marcelo González Martín, et dura plus de neuf ans. Contrairement aux réformes liturgiques engagées ailleurs, celle-ci s’attachât à restaurer les textes antiques des manuscrits qui n’avaient pas été retenus par Cisneros, en éliminant d’autre part les éléments de romanisation introduits au XVIème siècle, et ceci sans faire entrer d’innovations malheureuses et intellectualisantes.

Néanmoins, on pourra s’interroger sur la nécessité de supprimer les usages romains qui avaient été introduits en petit nombre par le cardinal Cisneros : ne constituaient-ils pas un développement organique naturel, permettant en quelque sorte de rattrapper les « retards » qu’avait pris le rit mozarabe sur ses voisins romano-francs, lesquels avaient pu explorer à l’époque carolingienne des développements positifs. On songe ici aux prières secrètes dites d’apologies qui renforcent la préparation spirituelle & la piété des célébrants mais ne concernent pas les fidèles : apparues d’abord dès le Vème siècle en milieu syriaque, pratiquées par les autres rites orientaux, elles connurent une grande extension dans les liturgies carolingiennes et post carolingiennes : prières de préparation avant la messe et d’habillement, prière au bas de l’autel, prières de l’offertoire, prières avant et après la communion, dernier évangile, prières après la messe. Il est vrai que la réforme bugninienne s’était acharnée à faire disparaître tous ces éléments dans le nouveau missel de Paul VI. Une messe de semaine dans le rit mozarabe réformé débarrassé des éléments romains traditionnels commence ex abrupto par les lectures, après un simple Dominus sit semper vobiscum.

En 1992, le premier volume du Missel Hispano-Mozarabe fut publié, fruit de ce long travail de recherche et de restauration des anciens rites. Un travail de restauration musicale a été également parallèlement tenté.

De plus, pour assurer le développement de ce rit réformé, le pape Jean-Paul II a étendu la permission d’utilisation de la liturgie mozarabe et de son chant à tous les lieux d’Espagne qui le demanderaient. Des chapelles mozarabes se sont alors instituées dans les cathédrales de Cordoue et de Salamanque, sur le modèle de celle de Tolède. Des messes mozarabes sont désormais célébrées régulièrement à Madrid, à Séville et dans différentes villes d’Espagne. Si la chapelle mozarabe de Tolède maintient une célébration en latin, l’espagnol tend aussi à s’imposer par ailleurs, avec un nouveau répertoire de chants qui ne s’inscrivent plus dans la tradition du rit. L’ars celebrendi actuel parait de même très influencé par les usages que l’on observe en général pour le missel de Paul VI (perte de la célébration ad Orientem).

On peut espérer que le nouveau mouvement liturgique qui se dessine globalement dans l’Eglise profite à terme à l’antique rit de l’Espagne.

Une réflexion au sujet de « Le rit mozarabe (1ère partie) : esquisse d’une histoire »

Laisser un commentaire